Fonction publique territoriale • Congés annuels • SIRH
Le décret n° 2026-768 du 11 août 2026 est applicable depuis le 13 août. Mais combien de SIRH territoriaux sont déjà capables de gérer automatiquement les nouvelles obligations d’information ? Pour les DRH, l’enjeu immédiat est désormais d’organiser une période transitoire juridiquement sécurisée.
Le droit est entré en vigueur avant les évolutions des logiciels. Attendre que l’éditeur du SIRH livre une nouvelle fonctionnalité n’exonère donc pas l’employeur territorial de ses obligations. La question devient très concrète : quel processus mettre en place immédiatement et qui doit piloter son automatisation future ?
1. Le droit va plus vite que le SIRH
Le décret n° 2026-768 du 11 août 2026 impose désormais, dans plusieurs situations, une information individuelle du fonctionnaire concernant ses congés annuels reportés.
Lorsqu’un agent n’a pas pu prendre ses congés annuels en raison d’un congé pour raison de santé ou d’un congé lié à ses responsabilités parentales ou familiales, il doit notamment être informé du nombre de jours de congé annuel reportés ainsi que de la date jusqu’à laquelle ces jours peuvent être pris.
Cette information doit être transmise par un moyen permettant de conférer une date certaine à sa réception.
Point de vigilance : dans les situations prévues par le décret, la date de transmission de cette information peut avoir une incidence directe sur le point de départ ou la suspension de la période de report.
Or les SIRH actuellement utilisés par les collectivités ont, par définition, été conçus et paramétrés avant la publication de ce nouveau texte. Il serait donc illusoire d’imaginer que tous les logiciels proposent immédiatement une gestion native et juridiquement sécurisée de cette nouvelle obligation.
La difficulté ne réside donc pas seulement dans l’interprétation du décret. Elle réside désormais dans sa traduction immédiate en processus de gestion.
2. Construire immédiatement un processus transitoire
La première question que les directions des ressources humaines devraient se poser n’est donc plus seulement : « Mon SIRH sait-il gérer cette nouvelle règle ? »
La vraie question est : « Comment respectons-nous l’obligation avant que notre SIRH sache la gérer ? »
Les collectivités ont intérêt à formaliser sans attendre un processus provisoire suffisamment simple pour être utilisé quotidiennement par les gestionnaires, mais suffisamment robuste pour permettre à l’employeur de démontrer que l’information exigée a bien été communiquée à l’agent.
Selon l’organisation de la collectivité et les outils disponibles, plusieurs supports peuvent être envisagés : courrier individuel, remise contre signature, transmission électronique permettant d’établir la date de réception ou solution de signature électronique.
Mais le choix du support n’est qu’une partie du problème. Le véritable enjeu est de construire une chaîne de gestion complète.
Le processus devrait notamment permettre de répondre à ces questions :
Qui identifie la reprise de l’agent ? Qui vérifie que son absence entre dans le champ du dispositif ? Qui calcule le nombre de jours reportés ? Qui détermine l’échéance applicable ? Qui génère la notification ? Qui la transmet ? Où la preuve de réception est-elle conservée ?
Une procédure juridiquement correcte mais dépendant entièrement de la mémoire d’un gestionnaire restera fragile.
3. Identifier précisément les responsabilités
Le décret fait apparaître un enjeu d’organisation qui dépasse largement la simple gestion des compteurs de congés.
Selon les collectivités, la gestion de l’absence, le calcul des congés, la paie, le dossier individuel, le paramétrage du SIRH et les relations avec l’éditeur peuvent relever de services ou d’agents différents.
Une nouvelle obligation transversale crée donc mécaniquement un risque : chacun peut penser qu’un autre acteur s’en charge.
Bonne pratique : désigner explicitement un pilote de la mise en conformité, même si la réalisation opérationnelle implique plusieurs services.
Ce pilote peut être situé au sein de la DRH, auprès de l’administrateur fonctionnel du SIRH ou dans un binôme associant ressources humaines et système d’information. Ce qui importe est que la responsabilité soit clairement attribuée.
4. Éviter le piège du « on verra avec l’éditeur »
Une difficulté supplémentaire doit être anticipée.
Dans quelques semaines, l’actualité statutaire aura évolué. D’autres textes seront publiés. Les collectivités seront mobilisées sur d’autres urgences RH, budgétaires ou organisationnelles.
Le risque est alors très classique : une solution manuelle est mise en place dans l’urgence, fonctionne tant bien que mal, puis demeure pendant plusieurs mois parce que la demande d’évolution du logiciel n’a jamais été réellement suivie.
Il faut donc conduire deux démarches en parallèle : sécuriser immédiatement une solution transitoire et lancer sans attendre le chantier de paramétrage ou d’évolution du SIRH.
Le provisoire ne doit pas devenir la solution définitive. Une demande adressée à un éditeur sans responsable identifié, sans échéance et sans suivi risque rapidement de disparaître parmi les autres demandes d’évolution.
Il est donc utile de formaliser la demande dès maintenant, de lui attribuer un pilote et de prévoir une date de revue permettant de vérifier l’avancement du paramétrage.
5. Automatisation ne signifie pas automatiquement conformité
L’arrivée future d’une nouvelle fonctionnalité dans le SIRH ne devra pas conduire la collectivité à considérer que le sujet est définitivement réglé.
Encore faudra-t-il vérifier ce que fait réellement le logiciel.
Il devra notamment être possible de s’assurer que le système identifie correctement les situations concernées, calcule les jours reportés, détermine la bonne échéance, génère l’information attendue, permet sa transmission à l’agent et conserve une preuve exploitable en cas de contestation ultérieure.
Une simple mention d’un solde de congés sur un espace agent ou un portail RH ne doit donc pas être automatiquement assimilée à l’accomplissement de l’ensemble des obligations nouvelles.
« Le cahier des charges du SIRH doit partir de l’obligation juridique et du processus métier, pas uniquement de la fonctionnalité informatique disponible. »
La bonne question à adresser à l’éditeur n’est donc probablement pas seulement : « Pouvez-vous créer une alerte ? » mais plutôt : « Comment votre solution permet-elle de sécuriser l’ensemble du processus imposé par le nouveau cadre juridique ? »
6. Le plan d’action immédiat pour les DRH
À très court terme, les directions des ressources humaines peuvent utilement distinguer trois priorités.
1. Sécuriser le processus transitoire
Déterminer le fait générateur, le responsable du calcul, le responsable de la notification, le mode de transmission et les modalités de conservation de la preuve.
2. Désigner un pilote du paramétrage
Formaliser la demande d’évolution auprès de l’éditeur et attribuer explicitement son suivi à un acteur identifié.
3. Prévoir dès maintenant la sortie du dispositif provisoire
Fixer une échéance de revue afin de tester la solution proposée par l’éditeur, vérifier sa conformité et organiser le basculement vers l’automatisation.
Cette approche permet d’éviter deux risques opposés : attendre passivement une évolution informatique qui peut prendre plusieurs mois ou, à l’inverse, installer une procédure manuelle qui finirait par devenir permanente.
7. Un sujet de sécurité juridique avant d’être un sujet informatique
À première lecture, le décret n° 2026-768 pourrait être considéré comme créant une obligation supplémentaire d’information à la charge de l’employeur public.
Ses conséquences pratiques sont pourtant plus profondes.
Il oblige les collectivités à articuler correctement le droit statutaire, la gestion des absences, les reprises de fonctions, les compteurs de congés, le dossier individuel, le SIRH et la traçabilité des informations adressées aux agents.
Et c’est précisément durant la période comprise entre l’entrée en vigueur d’une nouvelle règle et son intégration complète dans les systèmes d’information que le risque organisationnel peut être le plus élevé.
Deux questions devraient donc être posées immédiatement dans chaque DRH :
Quel processus transitoire avons-nous mis en place dès maintenant ?
Qui est responsable de faire en sorte que ce processus ne soit plus nécessaire dans six mois ?
Le sujet ne relève donc plus seulement du paramétrage d’un compteur de congés. Il constitue désormais un véritable enjeu de sécurité juridique, de traçabilité et d’organisation RH pour les employeurs territoriaux.
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