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  • En responsabilité dans le domaine des Ressources Humaines (spécificité Public) depuis maintenant pratiquement 26 ans
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Seconde carrière dans la fonction publique territoriale : pourquoi attendons-nous encore l'inaptitude pour agir ?

Vieillissement des effectifs, allongement des carrières, usure professionnelle : les collectivités territoriales connaissent les risques. Elles disposent aussi de plusieurs instruments pour accompagner les mobilités. Pourtant, la reconversion demeure trop souvent une réponse à une situation devenue difficilement réversible. Cette contradiction interroge notre manière de concevoir la gestion des ressources humaines.

Par Pascal NAUD
Président fondateur de NAUDRH.COM
Expertise en ressources humaines et management public territorial

naudrhexpertise@gmail.com

 

Il est une situation que connaissent bien les directeurs des ressources humaines territoriaux. Un agent exerce depuis vingt ou trente ans un métier physiquement exigeant. Il a longtemps donné satisfaction, connaît parfaitement son environnement professionnel et bénéficie de la confiance de son encadrement. Puis les difficultés apparaissent. Les arrêts de travail deviennent plus fréquents, des restrictions médicales sont formulées, certains gestes ne peuvent plus être accomplis dans les mêmes conditions. Le service tente de s'adapter. La direction des ressources humaines recherche des solutions. Mais lorsque la question d'une réorientation professionnelle finit par être posée, les possibilités sont déjà considérablement réduites.

Ce scénario n'a rien d'exceptionnel. Il révèle pourtant une contradiction de plus en plus difficile à justifier. Nous savons que les carrières s'allongent. Nous connaissons les métiers exposés à des contraintes physiques ou psychologiques importantes. Nous disposons d'informations sur la structure démographique de nos effectifs. Malgré cela, nous continuons souvent à traiter la reconversion professionnelle comme une conséquence de l'inaptitude plutôt que comme une évolution possible du parcours d'un agent.

Le problème n'est pas seulement juridique ou financier. Il tient à notre conception de la carrière territoriale. Nous avons longtemps organisé la gestion des personnels autour de la stabilité des affectations, de l'acquisition progressive de l'expérience et de la continuité dans un métier. Cette organisation a ses vertus. Elle permet de construire des compétences solides et de maintenir une connaissance approfondie des services. Elle devient néanmoins insuffisante lorsque les conditions d'exercice d'un emploi ne permettent plus raisonnablement d'envisager une carrière entière sur les mêmes fonctions.

La question des secondes carrières ne peut donc plus être renvoyée aux seules procédures de reclassement. Elle concerne directement la stratégie des employeurs territoriaux, leur capacité à anticiper les besoins de compétences et, plus largement, leur responsabilité dans la construction de parcours professionnels soutenables.

1. Le vieillissement des effectifs ne constitue pas, à lui seul, le problème

La fonction publique territoriale présente une structure démographique qui rend particulièrement sensible la question de l'allongement de la vie professionnelle. Les travaux consacrés à l'emploi territorial montrent depuis plusieurs années une progression de la part des agents âgés de 50 ans et plus. Cette évolution concerne un versant de la fonction publique dans lequel les emplois de catégorie C demeurent largement représentés et où de nombreuses missions comportent des contraintes professionnelles importantes.

Les agents de voirie, des espaces verts, de la restauration collective, de la propreté, de la petite enfance ou de l'aide à domicile ne sont pas confrontés aux mêmes risques. Ils ont néanmoins en commun d'exercer des activités dont certaines exigences peuvent devenir plus difficiles à supporter avec le temps. Les manutentions, les postures répétées, les déplacements, le bruit, les horaires ou les sollicitations émotionnelles peuvent produire des effets cumulatifs qui ne se manifestent pas toujours immédiatement.

Il faut toutefois se garder d'une lecture exclusivement démographique. Un agent de 58 ans n'est pas nécessairement plus fragile qu'un collègue de 40 ans. Certains professionnels poursuivent leur activité jusqu'à la retraite sans difficulté majeure, tandis que d'autres rencontrent des problèmes de santé beaucoup plus tôt. Ce n'est pas l'âge qui détermine mécaniquement l'usure, mais la combinaison des conditions de travail, des expositions professionnelles, des possibilités d'adaptation et des situations individuelles.

Cette distinction devrait guider nos politiques RH. Elle permet d'éviter que la prévention de l'usure professionnelle ne se transforme, même involontairement, en une gestion des agents fondée sur des présomptions liées à leur âge.

L'enjeu est ailleurs. Il consiste à reconnaître que certains métiers présentent des contraintes dont les effets peuvent s'accumuler au cours d'une carrière et que l'employeur doit s'interroger suffisamment tôt sur les conditions dans lesquelles ces métiers pourront continuer à être exercés.

Or, dans beaucoup d'organisations, cette interrogation intervient tardivement. Tant que l'agent tient son poste, la situation paraît maîtrisée. Les premières restrictions médicales conduisent à des aménagements successifs. Le service s'organise, parfois au prix d'efforts importants. Ce n'est que lorsque ces adaptations atteignent leurs limites que la perspective d'une reconversion est véritablement examinée.

À ce stade, la collectivité découvre souvent qu'elle dispose de peu de postes adaptés, que l'agent ne possède pas nécessairement les qualifications requises pour exercer d'autres fonctions et qu'une formation longue aurait dû être engagée plusieurs années auparavant.

L'usure professionnelle devient alors un problème de reclassement. Elle aurait dû être, bien plus tôt, un sujet de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.

2. Le droit permet d'accompagner les transitions, mais ne construit pas les parcours à notre place

La fonction publique dispose de plusieurs dispositifs destinés à favoriser la formation et l'évolution professionnelle. Le compte personnel de formation, le congé de formation professionnelle, le bilan de compétences, la validation des acquis de l'expérience et les mécanismes de mobilité constituent autant de possibilités susceptibles d'accompagner un changement de métier.

Leur existence ne suffit pourtant pas à garantir une seconde carrière.

Dans la pratique, les difficultés apparaissent souvent dans l'articulation de ces instruments. Un agent peut envisager une formation sans disposer d'une perspective d'emploi à son terme. Une collectivité peut identifier un poste susceptible de convenir à un professionnel en reconversion sans avoir préparé l'acquisition des compétences nécessaires. Un projet peut être pertinent sur le plan professionnel, mais difficile à financer ou à organiser compte tenu des contraintes de fonctionnement du service d'origine.

Cette fragmentation explique en partie pourquoi les parcours restent difficiles à construire. Les dispositifs sont connus des gestionnaires RH, mais leur mobilisation dépend encore trop souvent des circonstances et de la capacité des acteurs à élaborer une solution individualisée.

La période de préparation au reclassement, ou PPR, illustre à la fois les progrès réalisés et les limites de notre approche. Elle permet, dans les conditions prévues par les textes, de préparer un fonctionnaire concerné par une situation d'inaptitude aux fonctions correspondant aux emplois de son grade à l'exercice de nouvelles fonctions. Les actions de formation, d'observation et de mise en situation professionnelle peuvent donner une véritable consistance au projet de reclassement.

Ce dispositif représente une avancée importante. Mais il ne faut pas lui faire dire ce qu'il ne dit pas. La PPR n'est pas un droit général à la reconversion préventive ouvert à tout agent dont le métier présente des risques d'usure. Elle répond à des conditions statutaires et médicales précises.

Autrement dit, elle intervient dans un cadre où la question de l'aptitude professionnelle est déjà posée. Elle ne remplace pas une politique permettant d'organiser des évolutions de carrière avant que la santé de l'agent ne soit durablement affectée.

La même prudence s'impose pour les dispositifs de formation. Les conditions d'accès, de prise en charge et de rémunération ne sont pas identiques selon les situations. Le congé de formation professionnelle, notamment, ne garantit pas automatiquement le maintien intégral du traitement pendant toute la durée du parcours. Les droits doivent être appréciés à partir des dispositions applicables à l'agent concerné.

Ces précisions ne relèvent pas d'un formalisme excessif. Elles conditionnent la confiance des agents dans les propositions qui leur sont faites. Une politique de seconde carrière perd rapidement sa crédibilité lorsqu'elle laisse entrevoir des garanties financières ou des possibilités de mobilité qui ne peuvent finalement pas être assurées.

Le droit doit donc être considéré comme un cadre permettant de construire les transitions, non comme une réponse suffisante à toutes les difficultés professionnelles.

3. Une collectivité devrait connaître les métiers qui risquent de devenir difficiles à exercer

La prévention de l'usure professionnelle devrait occuper une place beaucoup plus importante dans les démarches de gestion prévisionnelle des emplois, des effectifs et des compétences.

Les collectivités disposent déjà d'une partie des informations nécessaires. Le rapport social unique renseigne sur la structure des effectifs et certaines caractéristiques de leur évolution. Le document unique d'évaluation des risques professionnels permet d'identifier les risques associés aux situations de travail. Les données relatives aux absences, aux restrictions d'aptitude et aux mobilités apportent des indications complémentaires sur les difficultés rencontrées.

Le problème réside moins dans l'absence totale d'informations que dans leur exploitation insuffisante au service d'une stratégie de parcours professionnels.

Une direction des ressources humaines devrait pouvoir identifier les métiers dans lesquels les contraintes professionnelles sont les plus fortes, apprécier l'évolution démographique des agents concernés et anticiper les besoins de compétences susceptibles d'apparaître dans les années suivantes.

Cette analyse ne doit évidemment pas conduire à constituer des fichiers médicaux parallèles. Les informations relatives à la santé des agents sont protégées et leur traitement obéit à des règles strictes. La prévention doit s'appuyer sur des indicateurs collectifs, sur l'évaluation des situations de travail et sur les préconisations des professionnels compétents, sans confondre gestion RH et appréciation médicale individuelle.

L'objectif n'est pas de prédire quels agents deviendront inaptes. Il est de comprendre quels emplois présentent des contraintes durables et quelles possibilités d'évolution pourraient être proposées aux professionnels qui les occupent.

Une telle démarche suppose de travailler avec les directions opérationnelles. Les responsables de service connaissent les exigences réelles des métiers, les adaptations déjà mises en œuvre et les compétences qui pourraient être valorisées dans d'autres fonctions. Leur participation est indispensable.

Elle suppose également d'aborder plus tôt les perspectives professionnelles avec les agents. Un entretien consacré à l'évolution de carrière, distinct de l'entretien professionnel annuel, peut permettre d'évoquer les souhaits de mobilité, les compétences transférables et les conditions dans lesquelles l'agent envisage la poursuite de son activité.

Il ne s'agit pas d'imposer à tous les agents un changement de métier à partir d'un âge déterminé. Il s'agit d'ouvrir des possibilités avant que la reconversion ne devienne une nécessité médicale.

Cette différence est fondamentale. Une mobilité préparée plusieurs années à l'avance laisse le temps de se former, de découvrir un autre environnement et de construire un projet. Une reconversion engagée dans l'urgence laisse beaucoup moins de place au choix.

4. Nous continuons à surestimer les possibilités de reclassement sur les emplois administratifs

Lorsqu'un agent ne peut plus exercer un métier physiquement exigeant, la recherche d'une nouvelle affectation se tourne fréquemment vers les fonctions administratives.

Cette orientation paraît logique. Les postes administratifs sont généralement moins exposés à certaines contraintes physiques. Ils peuvent offrir des conditions de travail plus compatibles avec des restrictions d'aptitude.

Mais cette solution, souvent présentée comme naturelle, mérite d'être interrogée.

Un emploi administratif ne constitue pas un poste d'accueil universel. Il suppose des compétences, une maîtrise des outils numériques, une capacité d'organisation et, selon les fonctions, des connaissances juridiques ou réglementaires spécifiques.

L'expérience acquise dans un métier technique ou éducatif ne suffit pas toujours à répondre immédiatement à ces exigences. Inversement, elle peut recouvrir des compétences que les organisations identifient insuffisamment.

Un agent des espaces verts peut disposer d'une connaissance remarquable du patrimoine communal, des procédures de sécurité et de l'organisation des interventions. Un professionnel de la restauration collective maîtrise des règles d'hygiène, des contraintes logistiques et des méthodes de coordination. Une ATSEM expérimentée possède des compétences relationnelles et organisationnelles qui peuvent présenter un intérêt dans d'autres fonctions de proximité.

Ces acquis peuvent constituer le point de départ d'une évolution professionnelle. Encore faut-il identifier les emplois auxquels ils peuvent réellement correspondre et les compétences complémentaires nécessaires.

Il serait tout aussi contestable de considérer qu'un agent peut être affecté à n'importe quelle fonction administrative que de penser qu'un professionnel ayant exercé longtemps un métier technique ne serait plus capable d'apprendre autre chose.

La difficulté réside précisément dans l'évaluation de cette capacité d'évolution.

Les périodes d'immersion professionnelle présentent ici un intérêt considérable. Elles permettent à l'agent de découvrir un autre métier, d'en mesurer les exigences et de vérifier que le projet correspond à ses attentes. Elles donnent également à l'employeur la possibilité d'identifier les besoins de formation avant d'engager une réorientation durable.

Cette démarche est préférable à une mobilité décidée sur la seule base de la disponibilité d'un poste.

Il faut également accepter que certaines reconversions ne puissent pas être organisées au sein de la collectivité d'origine. Les possibilités de mobilité dépendent de la taille de l'employeur, de la diversité de ses métiers et des emplois disponibles. Pour les petites collectivités, les marges de manœuvre sont nécessairement limitées.

Les centres de gestion et les coopérations entre employeurs publics peuvent contribuer à élargir les perspectives. Les mobilités entre versants de la fonction publique peuvent également être envisagées lorsque les conditions statutaires et professionnelles sont réunies.

Mais aucune de ces possibilités ne dispense d'un projet construit. Une seconde carrière ne peut pas se résumer à la recherche d'une affectation disponible.

5. Le coût de la reconversion doit être comparé à celui de l'absence d'anticipation

La question financière revient systématiquement dans les échanges consacrés aux secondes carrières.

Former un agent pendant plusieurs mois représente une dépense. Organiser son remplacement peut également peser sur le budget du service. Lorsque le parcours suppose une qualification nouvelle, l'investissement peut devenir important.

Dans un contexte de maîtrise des dépenses de personnel, il est compréhensible que les employeurs hésitent à engager des reconversions longues dont l'issue n'est pas entièrement garantie.

Mais cette analyse devient incomplète lorsqu'elle ne retient que le coût immédiat de la formation.

Le maintien d'un agent dans un emploi devenu difficilement soutenable peut lui aussi entraîner des conséquences financières et organisationnelles importantes. Les absences répétées, les remplacements, les adaptations successives, la désorganisation du travail et les tensions qui peuvent en résulter ont un coût.

Il ne serait pas sérieux d'affirmer que toute reconversion constitue nécessairement une économie. Les situations sont trop différentes pour autoriser une conclusion générale.

En revanche, une direction des ressources humaines devrait pouvoir comparer plusieurs scénarios sur une durée suffisamment longue.

Que représente le coût d'une formation qualifiante permettant à un agent de retrouver durablement une activité adaptée ? Quels seraient les effets d'une absence prolongée de solution ? Existe-t-il un besoin de recrutement auquel cette reconversion pourrait répondre ? Quelles dépenses pourraient être évitées et quelles charges nouvelles devraient être assumées ?

Ces questions permettent de replacer la formation dans une perspective de gestion.

Les dispositifs de financement disponibles peuvent contribuer à la faisabilité de certains projets. Le Fonds pour l'insertion des personnes handicapées dans la fonction publique peut notamment intervenir dans les conditions prévues par ses aides. Le CNFPT et les centres de gestion peuvent également accompagner les employeurs selon leurs compétences et les dispositifs proposés.

Il faut toutefois distinguer les financements effectivement mobilisables des mécanismes encore à l'état de proposition. Le rapport de préfiguration consacré à un fonds de prévention de l'usure professionnelle dans la fonction publique territoriale a ouvert des perspectives intéressantes de mutualisation. Il ne suffit pas, à lui seul, à créer un droit à financement.

La reconversion doit donc être préparée financièrement comme tout autre investissement RH. Elle ne peut pas dépendre exclusivement des crédits restant disponibles lorsqu'une situation d'inaptitude devient urgente.

6. Changer de métier après vingt-cinq ans de carrière ne relève pas d'une simple procédure administrative

Les directions des ressources humaines ont parfois tendance à aborder la reconversion à travers ses dimensions statutaires, médicales et organisationnelles. Ces dimensions sont indispensables. Elles ne suffisent pas à comprendre ce que représente un changement de métier pour l'agent concerné.

Un professionnel qui exerce les mêmes fonctions depuis de nombreuses années a construit une identité autour de son activité. Il connaît ses gestes, ses collègues, son environnement et les attentes de son service. Cette expérience lui procure une forme de reconnaissance qui ne se retrouve pas automatiquement dans une nouvelle affectation.

Lorsque la reconversion intervient à la suite d'une dégradation de la santé, elle peut être vécue comme une perte. L'agent doit parfois renoncer à un métier auquel il était attaché, accepter de redevenir débutant dans un autre domaine et reconstruire sa place au sein d'un collectif professionnel.

Cette dimension explique certaines réticences qui peuvent, à première vue, sembler difficiles à comprendre.

Un agent peut refuser une proposition de mobilité qui paraît objectivement adaptée parce qu'il n'arrive pas à se représenter dans les nouvelles fonctions. Il peut également craindre une perte de reconnaissance ou une évolution défavorable de sa rémunération.

Ces inquiétudes ne doivent pas être réduites à une résistance au changement.

L'accompagnement doit permettre à l'agent de participer à la construction de son projet et de comprendre les conséquences professionnelles, statutaires et financières des solutions envisagées.

Le rôle de l'encadrement est ici essentiel. Une reconversion présentée comme une manière de libérer un poste ou de résoudre une difficulté de fonctionnement sera rarement vécue comme une perspective positive.

À l'inverse, la reconnaissance de l'expérience acquise, la préparation progressive du changement et l'accueil dans le nouveau service peuvent favoriser une transition réussie.

Une seconde carrière ne se décrète pas. Elle se construit, avec le temps nécessaire à l'acquisition des compétences et à l'appropriation d'une nouvelle identité professionnelle.

7. Les agents expérimentés constituent aussi une réponse aux difficultés de recrutement

La réflexion sur l'usure professionnelle ne doit pas conduire à considérer les agents les plus âgés uniquement sous l'angle de leurs difficultés futures.

Les collectivités territoriales sont confrontées à des problèmes de recrutement, à des départs importants et à des risques de perte de compétences. Dans ce contexte, l'expérience des agents constitue une ressource que les organisations ne valorisent pas toujours suffisamment.

Certains professionnels détiennent une connaissance approfondie des équipements, des procédures, des territoires ou des partenaires. Ces savoirs ne figurent pas nécessairement dans les fiches de poste. Ils reposent sur des années de pratique et peuvent être difficiles à reconstituer après un départ.

Une évolution de carrière peut permettre de mieux utiliser cette expérience.

Des missions de tutorat, de formation interne, d'accompagnement des nouveaux agents ou de prévention des risques peuvent constituer des perspectives intéressantes lorsque les compétences et les besoins de l'organisation le permettent.

Il ne s'agit pas de créer artificiellement des emplois pour occuper les dernières années d'une carrière. Il s'agit d'examiner comment les compétences acquises peuvent continuer à contribuer utilement au service public.

Cette approche présente également un intérêt pour les agents qui ne souhaitent pas nécessairement changer complètement de métier, mais qui ne peuvent plus en supporter toutes les contraintes.

Une évolution des missions, une réduction de certaines expositions ou un repositionnement vers des fonctions de transmission peuvent parfois offrir une alternative à une reconversion totale.

Encore faut-il que ces solutions soient préparées et que leur contenu professionnel soit clairement défini.

Le vieillissement des effectifs ne doit pas seulement être appréhendé comme une difficulté à gérer. Il constitue aussi une occasion de repenser la transmission des compétences et l'organisation des parcours.

8. La seconde carrière ne peut pas rester une affaire exclusivement RH

La réussite d'une politique de reconversion suppose une implication réelle de la direction générale et des directions opérationnelles.

Une DRH peut proposer des dispositifs, organiser des formations et sécuriser les procédures. Elle ne peut pas, à elle seule, créer les conditions nécessaires à l'accueil d'un agent dans un nouveau métier.

Les responsables de service doivent participer à l'identification des compétences transférables, à la définition des possibilités de mobilité et à l'accompagnement des agents concernés.

Cette participation ne va pas toujours de soi.

Certains managers hésitent à laisser partir des agents expérimentés dont ils connaissent la valeur professionnelle. D'autres sont réticents à accueillir un agent en reconversion parce qu'ils anticipent un besoin de formation ou une période d'adaptation.

Ces comportements peuvent être compréhensibles à l'échelle d'un service. Ils deviennent problématiques lorsqu'ils empêchent toute mobilité à l'échelle de la collectivité.

Une politique de seconde carrière exige donc des arbitrages dépassant les intérêts immédiats de chaque direction.

Elle suppose de définir les conditions dans lesquelles les services peuvent accueillir des agents en transition, d'organiser les périodes de formation et de reconnaître l'effort d'accompagnement demandé aux équipes.

La direction générale doit donner une orientation claire. Sans cette impulsion, les reconversions risquent de rester des situations exceptionnelles, traitées au cas par cas, avec des résultats très variables.

Le dialogue social a également sa place dans cette démarche. Les orientations relatives à l'évolution des emplois, aux conditions de travail et à la prévention des risques doivent être examinées dans le respect des compétences des instances représentatives.

La seconde carrière ne peut devenir une politique crédible que si elle est intégrée à la stratégie de l'employeur territorial.

9. Ce qui doit changer dans notre manière de gérer les carrières

La principale évolution attendue n'est pas la création d'un dispositif supplémentaire.

Les collectivités disposent déjà de plusieurs instruments juridiques et professionnels. Le véritable progrès consisterait à mieux les articuler et à les mobiliser suffisamment tôt.

Cela suppose de connaître les métiers dont les contraintes peuvent compromettre la poursuite durable de l'activité, de développer des possibilités d'évolution avant l'apparition d'une inaptitude et de construire les formations à partir des besoins réels des services.

Cela suppose également de reconnaître qu'une carrière territoriale ne doit pas nécessairement se dérouler dans un seul métier.

Le changement de fonctions peut répondre à un souhait personnel, à une évolution des compétences, à une transformation de l'organisation ou à la nécessité de préserver la santé. Il ne devrait pas être systématiquement associé à une difficulté professionnelle.

Cette évolution culturelle est probablement plus exigeante que la mise en œuvre des dispositifs statutaires eux-mêmes.

Elle demande aux employeurs de considérer la mobilité comme une composante normale de la carrière, aux managers d'accepter que les compétences puissent circuler entre les services et aux agents de pouvoir envisager une évolution sans craindre d'être dévalorisés.

Elle exige surtout de ne pas attendre qu'une situation devienne médicalement ou professionnellement difficile pour ouvrir la discussion.

10. Conclusion — Travailler plus longtemps suppose de pouvoir travailler autrement

L'allongement de la vie professionnelle ne peut pas être envisagé comme la simple prolongation des conditions d'exercice d'un métier.

Pour certains agents, poursuivre les mêmes fonctions jusqu'à la retraite restera possible. Pour d'autres, les contraintes professionnelles imposeront des adaptations, des évolutions de missions ou des reconversions plus importantes.

Les collectivités territoriales doivent se préparer à cette diversité de situations.

Elles ne peuvent pas garantir à chaque agent une seconde carrière correspondant exactement à ses aspirations. Les emplois disponibles, les compétences nécessaires et les contraintes budgétaires imposent des limites réelles.

Elles peuvent en revanche faire évoluer leur manière d'anticiper les parcours professionnels.

La question ne devrait plus être uniquement de savoir comment reclasser un agent lorsqu'il ne peut plus exercer ses fonctions. Elle devrait être de déterminer ce que l'employeur aurait pu préparer plusieurs années auparavant pour éviter que sa situation ne se retrouve dans une impasse.

Cette interrogation concerne directement les directeurs des ressources humaines, mais elle engage également les directions générales, les responsables opérationnels et les autorités territoriales.

Nous avons progressivement appris à mieux encadrer les procédures de reclassement. Il nous reste à faire de la seconde carrière une perspective professionnelle suffisamment ordinaire pour qu'elle ne soit plus associée, dans l'esprit des agents, à la perte de leur aptitude ou de leur place dans l'organisation.

Une politique RH ne se juge pas seulement à sa capacité à gérer les fins de carrière. Elle se mesure aussi à la manière dont elle permet aux agents de continuer à exercer un métier, à développer leurs compétences et à trouver leur place lorsque leur activité initiale ne peut plus être poursuivie dans les mêmes conditions.

C'est probablement l'un des enjeux les plus importants de la gestion des ressources humaines territoriales pour les années à venir.

Pascal NAUD
Président fondateur de NAUDRH.COM
Expertise en ressources humaines et management public territorial

nauddrhexpertise@gmail.com
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31 octobre 2026 6 31 /10 /octobre /2026 17:08

 

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NAUDRH.COM | ANALYSE ET PROSPECTIVE RH

L’intelligence artificielle va-t-elle remplacer les fonctionnaires ?

Ce que le projet néerlandais révèle des transformations à venir dans la fonction publique française

Par Pascal NAUD — Président fondateur de NAUDRH.COM

La perspective d’une réduction importante des effectifs de l’administration centrale néerlandaise, notamment grâce à l’intelligence artificielle, ouvre un débat qui concerne directement les employeurs publics français. Derrière la promesse de gains de productivité se dessine une interrogation autrement plus complexe : comment l’automatisation des activités administratives pourrait-elle transformer les emplois, les compétences et l’organisation du service public ?

Il y a encore quelques années, l’intelligence artificielle était principalement présentée comme une technologie susceptible de faciliter le travail des agents publics. Elle devait accélérer la recherche documentaire, simplifier la rédaction administrative, automatiser certaines opérations répétitives et permettre aux professionnels de consacrer davantage de temps aux situations nécessitant une véritable expertise. La perspective était celle d’une administration mieux équipée, non celle d’une administration employant nécessairement moins de personnels.

Le débat change aujourd’hui de nature. Aux Pays-Bas, le gouvernement a annoncé, le 26 octobre 2026, son intention de réduire d’environ 15 à 16 % les effectifs de son administration centrale d’ici 2035, soit près de 25 000 emplois. L’intelligence artificielle est présentée comme l’un des moyens permettant d’atteindre cet objectif, aux côtés de la simplification des procédures et d’une réorganisation des services. L’ambition budgétaire affichée atteindrait 3,5 milliards d’euros d’économies annuelles à cet horizon.

Ces chiffres appellent toutefois une précaution. Ils correspondent à une orientation gouvernementale, non à des suppressions d’emplois déjà réalisées. Ils ne démontrent pas davantage que l’intelligence artificielle serait techniquement capable de remplacer, à elle seule, 25 000 agents. Les modalités de mise en œuvre, les effets réels sur les activités et les conséquences sociales d’une telle transformation restent à établir.

L’intérêt de cette annonce est ailleurs. Elle rend visible une évolution dans la manière d’envisager les technologies numériques au sein des administrations : l’intelligence artificielle peut désormais être associée explicitement à un objectif chiffré de réduction de l’emploi administratif.

En France, la stratégie présentée en juin 2026 sous l’appellation « Notre IA » emprunte officiellement une autre voie. L’accent est mis sur l’assistance aux agents, l’amélioration du fonctionnement administratif et la souveraineté technologique. Aucun objectif national comparable de réduction des effectifs n’a été associé à cette présentation.

Pour autant, les employeurs territoriaux auraient tort de considérer que cette différence d’approche les met durablement à l’écart du sujet. Les collectivités connaissent déjà des tensions budgétaires, des difficultés de recrutement et des transformations profondes de leurs métiers. L’intelligence artificielle intervient désormais dans un environnement où chaque évolution de productivité peut conduire à s’interroger sur l’organisation des services et les moyens humains nécessaires à leur fonctionnement.

La question n’est donc plus seulement de savoir ce que l’intelligence artificielle permet de faire. Elle est de déterminer ce que les employeurs publics décideront de faire des capacités nouvelles qu’elle leur apporte.

1. Le précédent néerlandais : une réduction des effectifs qui ne repose pas uniquement sur la technologie

La démarche néerlandaise mérite d’être examinée avec attention, car elle ne se limite pas à l’idée d’un remplacement direct des fonctionnaires par des outils numériques. Elle repose sur une transformation plus générale de l’organisation administrative, associant automatisation, simplification réglementaire et réexamen des besoins de personnel.

Cette distinction est importante. Une administration peut réduire sa charge de travail en automatisant certaines opérations, mais elle peut également y parvenir en supprimant des formalités devenues inutiles, en regroupant des activités ou en modifiant les circuits de décision. L’intelligence artificielle n’est alors qu’un élément d’une politique de réorganisation beaucoup plus large.

Le mécanisme envisagé aux Pays-Bas paraît notamment accorder une place importante au non-remplacement de certains départs. Lorsqu’un agent quitte son poste ou part à la retraite, l’administration pourrait réexaminer la nécessité de maintenir l’emploi au regard des possibilités d’automatisation et des évolutions de son organisation.

Une telle approche peut sembler plus progressive qu’une politique de suppressions immédiates de postes occupés. Elle n’est cependant pas dépourvue de risques. Le départ d’un agent ne signifie pas que les missions qu’il exerçait ont disparu. Il ne garantit pas non plus que ses activités pourront être réparties entre les autres membres du service sans dégradation des conditions de travail ou de la qualité des prestations.

Dans les administrations, une part importante de l’activité réelle demeure insuffisamment décrite par les fiches de poste. Les agents ne se contentent pas d’exécuter des procédures. Ils apportent des réponses à des situations imprévues, compensent des dysfonctionnements, entretiennent des relations professionnelles et assurent parfois une continuité de service qui repose davantage sur leur expérience que sur l’organisation formelle.

C’est précisément cette dimension du travail qui rend délicate toute projection mécanique entre automatisation et réduction des effectifs. Une tâche peut devenir plus rapide sans que le besoin de compétence humaine disparaisse. Une procédure peut être simplifiée sans que les responsabilités associées soient allégées dans les mêmes proportions.

Pour les directeurs des ressources humaines, le précédent néerlandais présente donc un intérêt qui dépasse largement les objectifs financiers annoncés. Il montre que l’intelligence artificielle peut désormais être intégrée à une stratégie explicite de transformation de l’emploi public. Il rappelle surtout que les conséquences d’une telle orientation dépendent des choix d’organisation et de la connaissance réelle des métiers.

2. En France, l’assistance aux agents constitue la priorité affichée, mais la question des effectifs reste ouverte

La stratégie française présentée en juin 2026 privilégie officiellement le développement d’outils destinés à accompagner les agents dans l’exercice de leurs missions. Le plan « Notre IA » met en avant une intelligence artificielle utile, humaine et souveraine, avec l’ambition de faciliter l’accès à l’information et d’améliorer la qualité des services publics.

Les applications envisagées ou développées concernent notamment la recherche documentaire, la production de synthèses, la rédaction de documents administratifs, la transcription des réunions et certaines fonctions support. Ces usages présentent un intérêt réel pour des administrations confrontées à une multiplication des normes, à des exigences croissantes de traçabilité et à des volumes importants d’informations à traiter.

Dans une direction des ressources humaines territoriale, les possibilités sont nombreuses. Un outil peut faciliter la recherche d’un texte, préparer la structure d’une note, comparer des documents ou aider à identifier les points d’attention d’un dossier. Il peut également contribuer à réduire le temps consacré à certaines opérations matérielles.

Ces capacités ne doivent cependant pas être confondues avec la maîtrise des décisions administratives. La gestion d’une carrière, l’appréciation d’une situation de reclassement, l’instruction d’un dossier disciplinaire ou la préparation d’une décision relative à la rémunération supposent une analyse juridique contextualisée. Elles exigent de vérifier les textes applicables, leur entrée en vigueur, les dispositions transitoires et les circonstances propres à l’agent concerné.

Une réponse produite rapidement n’est pas nécessairement une réponse juridiquement exacte. La qualité apparente d’une rédaction peut même rendre certaines erreurs plus difficiles à détecter.

L’intelligence artificielle peut ainsi modifier profondément les conditions de préparation des décisions sans faire disparaître la responsabilité professionnelle de ceux qui les prennent ou les sécurisent.

Il serait néanmoins excessif d’en conclure que son déploiement restera sans effet sur l’organisation des emplois. Si des tâches qui mobilisaient auparavant plusieurs heures peuvent être accomplies plus rapidement, les employeurs seront nécessairement conduits à examiner l’utilisation du temps disponible. Ils pourront choisir de renforcer certaines missions, d’améliorer les délais de traitement ou de redéployer des compétences vers des activités insuffisamment couvertes.

Ils pourront également, dans certaines circonstances, reconsidérer les besoins de recrutement.

La stratégie française ne permet donc pas de conclure à une réduction programmée des effectifs territoriaux. Elle ne permet pas davantage d’affirmer que l’organisation des emplois restera inchangée. Entre ces deux affirmations, il existe un espace considérable dans lequel se construiront les politiques de ressources humaines des prochaines années.

3. Ce sont les activités professionnelles qui seront d’abord transformées, et non les métiers dans leur ensemble

L’une des principales difficultés du débat sur l’intelligence artificielle tient à la manière dont sont présentées les professions susceptibles d’être automatisées. Les classements de métiers exposés donnent parfois le sentiment que certaines fonctions seraient promises à une disparition rapide, tandis que d’autres seraient durablement préservées.

La réalité est beaucoup moins tranchée.

Un métier ne correspond pas à une succession homogène d’opérations. Il associe des connaissances, des gestes professionnels, des responsabilités, des relations humaines et des capacités d’adaptation. L’intelligence artificielle peut intervenir sur certaines de ces dimensions sans pouvoir se substituer à l’ensemble de l’activité.

Cette distinction concerne directement les fonctions administratives des collectivités territoriales. Les métiers de la gestion RH, des finances, de la commande publique ou des affaires juridiques comportent de nombreuses tâches documentaires susceptibles d’être assistées par des outils d’IA. Mais ils reposent également sur des compétences d’analyse, d’interprétation, de conseil et de contrôle qui demeurent essentielles.

Un gestionnaire RH ne se limite pas à préparer des arrêtés ou à appliquer des procédures. Il doit comprendre la situation d’un agent, identifier les règles pertinentes, anticiper les conséquences d’une décision et alerter sa hiérarchie lorsqu’une difficulté juridique apparaît. Dans certains dossiers, l’expérience professionnelle permet de détecter une anomalie qu’aucun formulaire ne fait apparaître.

La même observation vaut pour les métiers du travail social. L’intelligence artificielle peut faciliter la rédaction de comptes rendus ou l’exploitation de certaines informations. Elle ne remplace pas la relation de confiance, l’évaluation d’une situation familiale complexe ou la responsabilité attachée à une décision d’accompagnement.

Les métiers techniques de terrain présentent d’autres caractéristiques. Une partie de leur gestion administrative peut être simplifiée, mais les interventions physiques, les diagnostics sur site et l’adaptation aux contraintes matérielles ne se prêtent pas aux mêmes formes d’automatisation.

Pour les DRH territoriaux, l’enjeu consiste donc à dépasser les classifications générales et à examiner le contenu réel des emplois. Cette démarche suppose une connaissance fine des activités exercées, y compris de celles qui ne figurent pas explicitement dans les documents d’organisation.

Une collectivité qui chercherait à anticiper les effets de l’intelligence artificielle uniquement à partir des intitulés de postes prendrait le risque de tirer des conclusions erronées sur ses besoins futurs.

4. Les gains de productivité ne se traduisent pas automatiquement par des économies de personnel

Le raisonnement selon lequel un outil permettant de gagner 20 % de temps autoriserait une réduction équivalente des effectifs paraît séduisant par sa simplicité. Il repose pourtant sur une représentation très incomplète du fonctionnement administratif.

Lorsqu’un agent consacre moins de temps à la rédaction d’un document, ce temps peut être réaffecté à d’autres activités. Il peut permettre de traiter des dossiers en attente, d’améliorer les échanges avec les usagers ou de consacrer davantage d’attention aux situations complexes. Le gain peut donc être réel sans entraîner de diminution du besoin de personnel.

Il faut également intégrer le temps consacré au contrôle des résultats produits. Dans les domaines juridiques, financiers ou RH, une réponse générée par un système d’intelligence artificielle doit être vérifiée. La rapidité de production ne dispense pas d’une analyse critique, particulièrement lorsque les conséquences d’une erreur peuvent engager la responsabilité de l’administration.

L’introduction de nouveaux outils génère par ailleurs des charges propres. Leur déploiement suppose de former les agents, de sécuriser les données, d’organiser les accès, d’assurer la maintenance des systèmes et de définir les conditions de supervision. Ces activités ne sont pas accessoires. Elles participent directement à la fiabilité du service.

Enfin, l’automatisation peut modifier les attentes adressées aux administrations. Lorsque les délais de traitement diminuent, les usagers peuvent légitimement attendre des réponses plus rapides ou plus personnalisées. Les gains obtenus sont alors absorbés, au moins partiellement, par une amélioration du service rendu.

Il serait donc imprudent de convertir des estimations théoriques de temps gagné en objectifs immédiats de suppression d’emplois. La question budgétaire ne peut être sérieusement examinée qu’à partir d’une mesure des effets réels sur l’activité, en tenant compte des coûts complets et des exigences de qualité.

Pour les collectivités territoriales, cette précaution est d’autant plus nécessaire que les effectifs répondent souvent à des obligations de continuité du service et à des besoins de proximité qui ne se réduisent pas à des volumes de dossiers traités.

5. Le statut territorial n’interdit pas les réorganisations, mais il en encadre les conséquences

La perspective d’une transformation des emplois par l’intelligence artificielle appelle également une analyse juridique précise.

Il serait inexact de considérer que le statut des fonctionnaires territoriaux interdit toute suppression d’emploi liée à une évolution de l’organisation ou des techniques. Le Code général de la fonction publique prévoit les conditions dans lesquelles un emploi territorial peut être supprimé et organise les garanties applicables aux fonctionnaires concernés.

Les articles L. 542-1 et suivants encadrent notamment les conséquences de ces suppressions et les obligations qui en résultent pour les employeurs.

Une collectivité peut donc faire évoluer son organisation et supprimer certains emplois lorsque les conditions légales sont réunies. Elle ne peut pas pour autant considérer qu’un agent titulaire devient librement licenciable parce qu’un logiciel permet désormais d’accomplir une partie de ses missions.

La suppression d’un emploi, la situation statutaire du fonctionnaire qui l’occupait et les obligations de reclassement ou de prise en charge relèvent de règles distinctes. Leur application suppose une analyse individualisée.

Les agents contractuels relèvent d’un cadre juridique différent, qui doit également être apprécié au regard de la nature de leur contrat et des circonstances de la réorganisation.

Il faut ajouter que l’introduction de l’intelligence artificielle peut entraîner des modifications importantes des conditions de travail. Selon la nature des projets, les obligations de consultation des instances compétentes, de prévention des risques professionnels et d’information des agents devront être examinées.

L’intelligence artificielle ne crée donc aucune dérogation générale au droit de la fonction publique.

Pour les DRH, la difficulté sera de distinguer les réorganisations effectivement justifiées par une évolution des activités de celles qui reposeraient sur des économies anticipées sans démonstration suffisante de leur faisabilité.

6. La décision administrative ne peut pas être abandonnée à un système algorithmique

L’utilisation de l’intelligence artificielle dans les administrations soulève une autre difficulté, particulièrement sensible pour les services RH : celle de la place du traitement algorithmique dans la préparation des décisions individuelles.

Le droit français n’interdit pas, par principe, toute décision administrative fondée sur un traitement algorithmique. Il prévoit cependant des obligations de transparence et des garanties spécifiques.

L’article L. 311-3-1 du Code des relations entre le public et l’administration encadre notamment l’information des personnes concernées par certaines décisions individuelles prises sur le fondement d’un traitement algorithmique.

La réglementation relative à la protection des données personnelles prévoit également des restrictions particulières concernant les décisions fondées exclusivement sur un traitement automatisé.

Le règlement européen sur l’intelligence artificielle ajoute un cadre de conformité fondé sur les risques présentés par les systèmes utilisés. Certaines applications intervenant dans le recrutement, l’évaluation professionnelle ou la gestion des travailleurs peuvent relever des catégories de systèmes à haut risque, dans les conditions prévues par ce règlement.

Ces dispositions ne sont pas théoriques pour les employeurs territoriaux.

Un outil utilisé pour analyser des candidatures, préparer un classement, apprécier des compétences ou contribuer à une décision de carrière peut avoir des conséquences directes sur les droits et les perspectives professionnelles des agents.

La collectivité doit alors examiner la fiabilité des données, les risques de discrimination, les possibilités de contrôle humain et les responsabilités attachées à l’utilisation du dispositif.

Le recours à l’intelligence artificielle ne saurait servir à diluer la responsabilité administrative. La décision doit demeurer juridiquement maîtrisée par l’autorité compétente, dans le respect des garanties applicables.

Cette exigence devrait constituer un principe directeur des politiques d’intelligence artificielle dans les services RH.

7. Avant de transformer les emplois, les collectivités doivent maîtriser les usages déjà installés

La question de la substitution des fonctionnaires par l’intelligence artificielle peut sembler encore prospective. Celle de son utilisation quotidienne ne l’est plus.

Dans de nombreuses organisations, les agents ont commencé à recourir spontanément à des assistants conversationnels pour préparer des courriers, résumer des documents ou rechercher des informations. Ces usages se développent parfois avant même que l’employeur ait défini une doctrine interne.

Le phénomène est souvent désigné sous l’expression de shadow AI, par analogie avec les pratiques informatiques qui échappent aux dispositifs officiels de gouvernance.

Pour les services de ressources humaines, les risques sont particulièrement importants.

La transmission à un outil non maîtrisé d’informations relatives à une situation médicale, à une procédure disciplinaire, à une rémunération ou à un dossier individuel peut soulever de sérieuses difficultés de confidentialité et de protection des données.

La fiabilité juridique des réponses constitue un autre point de vigilance. Un assistant conversationnel peut produire une analyse convaincante tout en citant une disposition abrogée, en confondant les trois versants de la fonction publique ou en présentant comme certaine une interprétation qui ne l’est pas.

Le danger ne tient pas seulement à l’erreur. Il réside dans la facilité avec laquelle une réponse bien rédigée peut être considérée comme fiable.

Pour autant, une interdiction générale qui ne serait accompagnée d’aucune solution adaptée pourrait favoriser la poursuite d’usages informels.

Les collectivités ont donc intérêt à organiser progressivement un cadre d’utilisation. Celui-ci doit préciser les outils autorisés, les catégories de données pouvant être traitées, les obligations de vérification et les responsabilités des utilisateurs.

La formation devra occuper une place centrale. Elle ne peut pas se limiter à l’apprentissage de techniques de formulation des demandes adressées aux systèmes d’IA. Elle doit développer une véritable culture du contrôle, de la protection des données et de l’analyse critique.

8. La gestion prévisionnelle des emplois et des compétences devra changer de méthode

L’intelligence artificielle constitue un nouveau facteur de transformation des métiers, mais elle ne peut pas être abordée comme une simple évolution des outils bureautiques.

Son développement peut modifier la répartition des tâches au sein des services, les compétences attendues des agents et les modalités de transmission des savoir-faire.

Pour les DRH territoriaux, cela implique de revoir progressivement les méthodes d’analyse des emplois.

Les fiches de poste décrivent souvent les missions et les activités à un niveau relativement général. Elles ne permettent pas toujours d’identifier la part du travail susceptible d’être automatisée, celle qui pourrait être assistée et celle qui exige une intervention humaine.

Une analyse plus fine sera nécessaire, notamment dans les fonctions administratives.

Elle devra également tenir compte d’une difficulté moins immédiatement visible : la transformation des conditions d’apprentissage professionnel.

Dans de nombreux métiers, les agents débutants acquièrent leurs compétences en réalisant progressivement des tâches simples avant d’accéder à des dossiers plus complexes. Si ces premières activités sont largement automatisées, les organisations devront repenser les modalités de formation et d’acquisition de l’expérience.

Une administration qui automatise une partie du travail sans organiser la transmission des compétences risque, à terme, de fragiliser son propre renouvellement professionnel.

La gestion prévisionnelle devra donc porter autant sur les compétences à préserver que sur celles à développer.

L’expertise juridique, le jugement professionnel, la capacité à contrôler les résultats, la relation avec les usagers et la compréhension des organisations pourraient prendre une importance accrue.

Ces évolutions ne concernent pas seulement les agents. Elles interrogent également les fonctions d’encadrement. Un responsable hiérarchique devra être capable d’apprécier la qualité d’un travail réalisé avec l’assistance de l’intelligence artificielle, sans confondre rapidité de production et pertinence du résultat.

Le management devra apprendre à évaluer autrement la contribution professionnelle.

9. Le dialogue social sera déterminant dans l’acceptation des transformations

Les conséquences de l’intelligence artificielle sur le travail ne peuvent pas être examinées exclusivement sous l’angle de la performance administrative.

L’introduction de nouveaux outils peut alléger certaines tâches répétitives, mais elle peut également modifier les rythmes de travail, les exigences de contrôle et le sentiment de responsabilité des agents.

Un professionnel qui utilisait auparavant plusieurs heures pour préparer un dossier peut désormais disposer d’une première version en quelques minutes. Mais il doit ensuite vérifier les informations, apprécier leur pertinence et assumer les conséquences de leur utilisation.

Cette évolution peut être vécue comme un progrès. Elle peut aussi accroître la pression lorsque les gains de temps supposés sont immédiatement transformés en objectifs supplémentaires.

Les collectivités devront donc examiner les effets réels sur les conditions de travail, en associant les responsables hiérarchiques, les agents et les représentants du personnel.

Les instances compétentes devront être consultées lorsque les projets relèvent de leurs attributions, notamment en matière d’organisation des services et de santé, de sécurité et de conditions de travail.

Le dialogue social ne devrait pas intervenir uniquement lorsque les décisions technologiques sont déjà arrêtées. Il peut contribuer à identifier les risques, à préciser les besoins de formation et à mieux comprendre les conséquences des nouveaux outils sur les métiers.

Cette démarche est d’autant plus importante que les inquiétudes relatives à l’emploi peuvent se développer indépendamment des intentions initiales de l’employeur.

Une collectivité qui présente l’intelligence artificielle comme un moyen de gagner du temps sans expliquer ce qu’elle entend faire de ce temps laisse nécessairement ouverte la question des effectifs.

La clarté des objectifs constitue donc une condition de confiance.

10. Ce que les DRH territoriaux doivent retenir du projet néerlandais

Le précédent néerlandais ne signifie pas que les collectivités françaises s’engageront dans une politique comparable de réduction de l’emploi public. Les organisations administratives, les cadres juridiques et les choix politiques diffèrent.

Il montre néanmoins qu’une transformation technologique peut rapidement devenir un instrument de politique budgétaire.

Cette perspective impose aux DRH territoriaux de ne pas limiter leur réflexion à la diffusion des outils d’intelligence artificielle.

La question décisive sera celle de leur articulation avec les besoins de service, les compétences disponibles et les perspectives d’évolution des agents.

Une politique d’IA qui se contenterait de rechercher des gains de productivité sans analyser le travail réel pourrait produire des économies apparentes au prix d’une fragilisation des organisations.

À l’inverse, une approche qui refuserait par principe toute transformation des emplois ignorerait les possibilités réelles d’amélioration du service public.

Entre ces deux positions, les collectivités disposent d’une responsabilité importante : déterminer ce qui doit être automatisé, ce qui doit rester sous contrôle humain et ce qui mérite d’être renforcé grâce au temps éventuellement dégagé.

Cette responsabilité ne relève pas de la seule direction des systèmes d’information. Elle concerne directement les directions générales et les directions des ressources humaines.

Les choix technologiques auront des conséquences sur la structure des emplois, les parcours professionnels, la formation, le management et le dialogue social.

Ils doivent donc être intégrés à une stratégie de ressources humaines, et non traités comme un simple programme d’équipement numérique.

Conclusion — L’intelligence artificielle ne décidera pas seule de l’avenir des fonctionnaires

Le débat ouvert aux Pays-Bas mérite d’être suivi avec attention, non parce qu’il annoncerait nécessairement une disparition massive des emplois publics, mais parce qu’il rend explicite une question que les administrations françaises devront elles aussi affronter.

Que faire des gains de productivité permis par l’intelligence artificielle ?

Les consacrer à l’amélioration de la qualité du service, à la réduction des délais, au renforcement des missions prioritaires ou à une évolution des besoins de personnel relève de choix d’organisation et de politique publique.

La technologie ne détermine pas, à elle seule, la réponse.

Pour les collectivités territoriales, l’enjeu est particulièrement sensible. La proximité avec les usagers, la diversité des missions et la place des relations humaines dans de nombreux métiers rendent toute approche uniforme peu pertinente.

L’intelligence artificielle peut contribuer à moderniser profondément les administrations locales. Elle peut faciliter le travail des agents, améliorer l’accès à l’information et permettre une utilisation plus pertinente des compétences.

Mais elle ne dispense ni de l’expertise professionnelle, ni de la responsabilité administrative, ni du respect des garanties statutaires.

Les DRH territoriaux devront donc accompagner une transformation dont les conséquences ne seront pas seulement techniques. Ils auront à anticiper les évolutions des métiers, à sécuriser les pratiques, à préserver les compétences et à éclairer les décisions des employeurs.

La question n’est finalement pas de savoir si l’intelligence artificielle remplacera les fonctionnaires dans leur ensemble. Une telle formulation ne rend pas compte de la diversité des emplois publics ni de la complexité des missions exercées.

La véritable question est de savoir quelles activités les collectivités choisiront de confier à l’intelligence artificielle, quelles responsabilités elles continueront à exercer par l’intermédiaire de leurs agents et quelle place elles souhaiteront donner au travail humain dans le service public de demain.

Ce choix ne sera pas fait par les algorithmes.

Il appartiendra aux employeurs publics.

Pascal NAUD

Président fondateur de NAUDRH.COM
Expertise en ressources humaines et management public territorial

naudrhexpertise@gmail.com

www.naudrh.com

Références juridiques et documentaires

Rapport conjoint IGF-IGAS-IGA de juillet 2026 sur le déploiement de l'intelligence artificielle dans les administrations publiques ; présentation du plan français « Notre IA » de juin 2026 ; Code général de la fonction publique, articles L. 542-1 et suivants ; Code des relations entre le public et l'administration, article L. 311-3-1 ; règlement (UE) 2024/1689 du 13 juin 2024 établissant des règles harmonisées concernant l'intelligence artificielle ; annonces du gouvernement néerlandais du 26 octobre 2026.

Note éditoriale : les annonces politiques et les données chiffrées prospectives doivent être distinguées des mesures effectivement adoptées. Les règles applicables à chaque projet de réorganisation ou de traitement algorithmique doivent être vérifiées selon sa nature et sa date de mise en œuvre.

Consulter les textes officiels sur Légifrance

 

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Élections professionnelles 2026 : ce que les commissions consultatives paritaires disent de notre gestion des contractuels.

Le 10 décembre 2026, les agents territoriaux renouvelleront leurs représentants du personnel. Derrière les opérations électorales, une question mérite l'attention des DRH : quelle place accordons-nous réellement aux agents contractuels dans le dialogue social et les processus de décision ?

Pascal NAUD — Président fondateur de NAUDRH.COM | Octobre 2026

 

Les élections professionnelles ont ceci de particulier qu'elles mobilisent beaucoup d'énergie administrative pour un résultat dont nous ne mesurons pas toujours suffisamment les conséquences sur la gestion quotidienne des ressources humaines. Pendant plusieurs mois, les services RH vérifient les listes électorales, préparent les opérations de vote, examinent les candidatures et s'assurent du respect d'un calendrier réglementaire exigeant. Puis vient le scrutin, la proclamation des résultats et l'installation des nouvelles instances.

L'essentiel semble alors accompli.

Pourtant, les élections ne constituent que le point de départ d'une nouvelle période de dialogue social. Leur véritable portée se mesure ensuite, dans la qualité des échanges entre l'employeur et les représentants du personnel, mais aussi dans la manière dont les instances sont associées aux décisions qui relèvent de leurs compétences.

Cette observation vaut particulièrement pour les commissions consultatives paritaires, les CCP, dont le rôle demeure parfois insuffisamment connu.

Le développement du recours aux agents contractuels a profondément modifié la composition des effectifs territoriaux. Dans de nombreuses collectivités, ces agents ne répondent plus seulement à des besoins temporaires de remplacement. Ils occupent des emplois permanents, exercent des responsabilités techniques ou administratives importantes et contribuent durablement à la continuité des services publics.

Cette évolution oblige les directions des ressources humaines à porter un regard différent sur leur représentation institutionnelle.

La CCP ne peut plus être considérée comme une instance secondaire, que l'on solliciterait occasionnellement pour satisfaire à une obligation réglementaire. Elle intervient dans des situations individuelles souvent sensibles, notamment lorsque la poursuite de la relation professionnelle est en cause.

Sa place dans le fonctionnement des collectivités mérite donc d'être réexaminée à l'occasion du renouvellement électoral de 2026.

1. Une participation électorale qui interroge la relation entre les agents et leurs représentants

Les résultats des dernières élections professionnelles témoignent d'une diminution de la participation dans la fonction publique territoriale. Celle-ci est passée de 51,8 % en 2018 à 45,6 % en 2022.

Le recul est significatif. Il serait néanmoins hasardeux d'en tirer une conclusion générale sur le désintérêt des agents pour le dialogue social.

L'abstention électorale ne possède pas une explication unique. Elle peut traduire un éloignement à l'égard des organisations syndicales, une méconnaissance du rôle des instances ou une difficulté à percevoir les effets concrets de la représentation du personnel.

Elle peut aussi résulter de contraintes matérielles, particulièrement dans les collectivités dont les agents sont répartis sur de nombreux sites.

Les personnels territoriaux n'exercent pas tous leurs fonctions dans des bureaux disposant d'un accès permanent aux outils numériques. Les agents des collèges, les personnels techniques, les agents intervenant à domicile ou ceux affectés dans des équipements éloignés des services centraux ne bénéficient pas nécessairement des mêmes conditions d'information.

Cette réalité doit être prise en considération dans l'organisation des élections.

La situation des contractuels mérite une attention particulière. Certains connaissent des parcours professionnels discontinus, alternant plusieurs engagements ou changements d'affectation. D'autres, pourtant présents depuis de nombreuses années, ne disposent pas toujours d'une connaissance précise des instances qui peuvent être consultées sur leur situation individuelle.

Le lien entre la représentation du personnel et les préoccupations professionnelles quotidiennes n'apparaît pas toujours clairement.

Il faut toutefois distinguer deux questions. Une participation électorale limitée ne rend pas, à elle seule, une instance irrégulièrement constituée. La légalité de son fonctionnement dépend du respect des dispositions électorales et réglementaires applicables.

En revanche, une mobilisation insuffisante peut affaiblir la perception de sa représentativité.

Pour les DRH, cette distinction est importante. Nous ne pouvons pas traiter la participation comme une simple donnée statistique. Elle constitue aussi un indicateur de la manière dont les agents comprennent et s'approprient le dialogue social.

2. Les difficultés de candidature révèlent des évolutions plus profondes de l'engagement professionnel

La préparation des élections professionnelles fait parfois apparaître une autre difficulté : celle de constituer des listes de candidats. Les organisations syndicales doivent trouver des agents prêts à s'engager dans un mandat, à consacrer du temps à la représentation du personnel et à participer à des instances dont les sujets peuvent être techniquement complexes.

Cet engagement suppose une disponibilité qui n'est pas toujours facile à concilier avec les contraintes professionnelles. Dans certaines collectivités, les difficultés sont accentuées par la dispersion géographique des services ou par la faible connaissance des fonctions exercées par les représentants du personnel.

Il serait excessif de considérer que ces situations caractérisent une crise générale de l'engagement syndical. Les réalités locales demeurent différentes et certaines élections continuent de susciter une mobilisation importante. Elles invitent néanmoins les employeurs à s'interroger sur les conditions concrètes d'exercice des mandats.

Lorsqu'aucune liste n'est présentée, les règles électorales prévoient des modalités particulières de désignation des représentants.

Le recours au tirage au sort peut alors devenir nécessaire. Cette procédure ne doit pas être abordée comme une simple formalité de remplacement.

Les dispositions applicables diffèrent selon qu'il s'agit du comité social territorial, d'une commission administrative paritaire ou d'une commission consultative paritaire. La FAQ officielle relative aux élections professionnelles 2026 rappelle notamment que les règles concernant le refus de nomination après tirage au sort ne sont pas identiques pour toutes les instances.

Pour les CCP, la réglementation ne prévoit pas un droit général permettant à l'agent tiré au sort de refuser librement sa nomination. La possibilité d'une démission ultérieure et les modalités de remplacement doivent être distinguées de cette question. Ces différences peuvent sembler techniques. Elles sont pourtant déterminantes pour la régularité de la constitution des instances.

L'expérience montre que les difficultés électorales naissent souvent de l'application, par habitude, d'une procédure prévue pour une autre instance. Le renouvellement de 2026 impose donc une lecture attentive des règles propres à chaque organisme consultatif.

3. Le vote électronique ne résout pas, à lui seul, la question de la participation

Le développement du vote électronique modifie les conditions d'organisation des élections professionnelles. Pour les collectivités dont les agents sont répartis sur de nombreux sites, il peut présenter des avantages importants. Il facilite certaines opérations matérielles, permet une organisation centralisée du scrutin et peut offrir davantage de souplesse aux électeurs.

Mais la dématérialisation ne garantit pas une meilleure participation. Un agent qui ne dispose pas d'un équipement adapté, qui rencontre des difficultés de connexion ou qui ne maîtrise pas suffisamment les outils numériques peut se trouver, dans les faits, éloigné du vote.

Les employeurs doivent donc apprécier l'accessibilité réelle du dispositif.

La confidentialité du scrutin, la fiabilité de l'identification des électeurs, la sécurité informatique et la possibilité de bénéficier d'une assistance appropriée constituent des exigences essentielles. Il faut également veiller à ce que l'information électorale parvienne effectivement aux agents qui n'utilisent pas quotidiennement une messagerie professionnelle.

Le vote électronique ne devrait pas être considéré comme une simple prestation informatique confiée à un opérateur extérieur.

Il engage directement la responsabilité de l'organisateur du scrutin. Pour les DRH, sa préparation suppose une coordination étroite entre les services RH, les systèmes d'information, les responsables opérationnels et les prestataires concernés. La qualité de cette organisation conditionne la confiance que les agents pourront accorder aux résultats.

4. La place croissante des contractuels oblige à reconsidérer le rôle des CCP

Le développement de l'emploi contractuel est devenu une caractéristique durable de la fonction publique territoriale. Les collectivités y recourent pour répondre à des besoins divers : remplacement d'agents absents, recrutement sur certains emplois permanents, recherche de compétences spécialisées ou difficultés à pourvoir des postes.

Cette évolution a progressivement transformé les pratiques de gestion. Dans certains services, les contractuels représentent désormais une part importante des effectifs. Ils exercent des missions comparables à celles des fonctionnaires, parfois dans des fonctions d'encadrement ou d'expertise particulièrement recherchées.

Leur situation juridique demeure pourtant distincte.

Les conditions de recrutement, la durée des engagements, les modalités de renouvellement, les garanties entourant le licenciement et les possibilités de reclassement répondent à des dispositions particulières.

Cette diversité explique l'importance de la commission consultative paritaire.

La CCP constitue l'instance de représentation compétente pour certaines questions individuelles concernant les agents contractuels de droit public. Elle est organisée selon des règles qui lui sont propres. Contrairement aux commissions administratives paritaires, elle n'est pas structurée par catégories hiérarchiques distinctes.

Son organisation peut relever du centre de gestion compétent, selon les règles applicables à la collectivité. Pour les DRH, la première exigence consiste donc à identifier précisément l'instance dont relèvent les agents et les conditions dans lesquelles elle doit être saisie. Cette question n'est pas uniquement administrative. Elle conditionne le respect des garanties reconnues aux contractuels lorsque l'employeur envisage certaines décisions susceptibles d'affecter leur situation professionnelle.

5. La CCP n'est pas une instance de validation générale des décisions RH

Une confusion persiste parfois sur la portée de la consultation de la CCP. Certains employeurs peuvent être tentés de la considérer comme une étape permettant de sécuriser globalement une décision individuelle. Or, son intervention répond à un champ de compétences précisément défini.

La CCP est consultée dans certaines procédures de licenciement, pour des sanctions disciplinaires déterminées et dans plusieurs situations particulières prévues par les textes. Elle peut également être saisie à la demande de l'agent dans les hypothèses réglementaires correspondantes.

Cela ne signifie pas que toute décision défavorable à un contractuel doit lui être soumise. Un refus de renouvellement de contrat ne relève pas systématiquement d'une consultation obligatoire.

De même, les garanties applicables à une rupture pendant la période d'essai ne sont pas identiques à celles qui entourent un licenciement intervenant ultérieurement.

La qualification de la décision est donc déterminante. Cette exigence peut paraître évidente à des DRH expérimentés. Elle devient pourtant délicate lorsque les situations professionnelles sont conflictuelles. Un responsable de service peut souhaiter mettre fin à la présence d'un agent en invoquant successivement des difficultés relationnelles, une insuffisance professionnelle ou des manquements aux consignes.

Ces motifs ne sont pas interchangeables. Une insuffisance professionnelle ne constitue pas nécessairement une faute disciplinaire. Une difficulté relationnelle ne suffit pas, par elle-même, à établir une incapacité à exercer les fonctions. Un non-renouvellement de contrat ne doit pas être utilisé pour contourner les garanties attachées à une autre procédure lorsque les circonstances révèlent une décision d'une nature différente.

La DRH doit donc commencer par qualifier les faits et déterminer le fondement juridique approprié.

La consultation de la CCP intervient ensuite, lorsqu'elle est requise. Elle ne peut pas remplacer ce travail préalable.

6. Le licenciement des contractuels exige des dossiers mieux documentés

Les procédures de licenciement constituent l'un des domaines dans lesquels la qualité de l'instruction administrative est la plus importante. Lorsqu'une collectivité envisage de licencier un agent pour insuffisance professionnelle, elle doit pouvoir démontrer que les difficultés invoquées correspondent à une incapacité suffisamment caractérisée à exercer les fonctions.

Cette appréciation suppose de connaître les missions réellement confiées à l'agent, les objectifs fixés, les moyens dont il disposait et les difficultés constatées. Elle nécessite également de distinguer les insuffisances professionnelles des désaccords personnels ou des problèmes d'organisation.

Une appréciation défavorable ne peut pas reposer uniquement sur le sentiment d'un responsable hiérarchique.

Les faits doivent être suffisamment précis pour permettre à l'administration de justifier sa décision.

Nous rencontrons parfois des situations dans lesquelles la DRH est saisie d'une demande de licenciement alors que les difficultés invoquées n'ont jamais donné lieu à une évaluation formalisée ou à des observations circonstanciées.

L'agent découvre alors, au moment où son départ est envisagé, une accumulation de reproches dont il n'avait pas nécessairement eu connaissance.

Cette manière de procéder fragilise les décisions. Elle révèle aussi une difficulté plus profonde : la gestion juridique intervient trop tard, lorsque la relation professionnelle est déjà fortement dégradée.

La préparation d'un dossier soumis à la CCP devrait au contraire s'inscrire dans une continuité de gestion. Les évaluations professionnelles, les échanges avec l'agent et les observations des responsables hiérarchiques doivent permettre de comprendre les raisons de la décision envisagée.

Il ne s'agit pas de constituer artificiellement un dossier à charge. Il s'agit de pouvoir démontrer que l'employeur a apprécié la situation de manière objective, dans le respect des garanties applicables.

7. Les agents exerçant un mandat représentatif appellent une vigilance procédurale renforcée

Les agents contractuels investis de responsabilités représentatives bénéficient de garanties particulières dans certaines procédures de licenciement. L'article 42-2 du décret du 15 février 1988 prévoit notamment, pour les agents relevant des situations qu'il énumère, une consultation de la CCP avant l'entretien préalable au licenciement.

Cette disposition mérite une attention particulière.

Elle modifie l'ordre habituel des opérations.

La collectivité ne peut donc pas se contenter de consulter l'instance à un moment qu'elle jugerait opportun. Elle doit respecter la chronologie imposée par le texte.

Les protections concernent notamment certaines situations liées à l'exercice d'un mandat représentatif, à des autorisations spéciales d'absence ou à une décharge d'activité de service. Elles peuvent également bénéficier, pendant les périodes prévues par la réglementation, à d'anciens représentants ou à des candidats non élus.

Les modifications réglementaires intervenues en 2025 rendent indispensable une vérification actualisée des dispositions applicables. Pour les DRH, cette question doit être examinée dès qu'une procédure de licenciement est envisagée. Il convient de vérifier si l'agent exerce ou a exercé des fonctions représentatives susceptibles d'ouvrir droit à une protection particulière.

Une erreur dans la chronologie de la procédure peut constituer une irrégularité sérieuse.

Il faut néanmoins éviter de considérer que toute irrégularité entraîne automatiquement l'annulation de la décision.

Depuis la jurisprudence Danthony du 23 décembre 2011, le juge administratif apprécie notamment si le vice de procédure a pu exercer une influence sur le sens de la décision ou priver l'intéressé d'une garantie. La consultation obligatoire d'une instance représentative constitue précisément une garantie dont l'omission peut avoir des conséquences importantes. La portée de l'irrégularité doit cependant être appréciée dans le cadre juridique et factuel du dossier.

8. La consultation de la CCP ne dispense jamais l'employeur de justifier le motif de sa décision

Une procédure peut être régulièrement conduite et aboutir néanmoins à une décision illégale.

Cette distinction est essentielle. La consultation de la CCP ne suffit pas à établir la réalité d'une insuffisance professionnelle, la légalité d'un motif de licenciement ou la proportionnalité d'une sanction disciplinaire.

L'instance rend un avis dans les conditions prévues par les textes. Elle ne se substitue pas à l'autorité territoriale dans l'exercice de son pouvoir de décision. La jurisprudence rappelle régulièrement que l'administration doit pouvoir établir les faits sur lesquels elle fonde ses décisions individuelles.

Dans les situations de licenciement, cette exigence est particulièrement importante. La collectivité doit pouvoir démontrer que le motif retenu correspond à la situation réelle de l'agent et que les garanties applicables ont été respectées.

Les difficultés de qualification apparaissent notamment lorsque la rupture intervient pendant ou à l'issue d'une période d'essai.

Les règles applicables doivent être appréciées au regard de la validité de cette période, des conditions contractuelles et de la nature exacte de la décision prise.

Il serait imprudent de considérer que toute rupture intervenant à proximité de la fin d'une période d'essai échappe nécessairement aux garanties applicables aux autres formes de cessation de la relation contractuelle. Pour les DRH, la prudence consiste à examiner chaque situation dans son contexte. La sécurité juridique ne résulte pas de l'application mécanique d'une procédure. Elle dépend de la cohérence entre les faits, leur qualification juridique et la décision finalement adoptée.

9. Le droit de se taire renforce les exigences de préparation des dossiers disciplinaires

Les évolutions récentes relatives au droit de se taire concernent également les procédures disciplinaires engagées à l'encontre des agents contractuels. Dans sa décision du 19 décembre 2024, n° 490157, le Conseil d'État a précisé les garanties résultant du principe selon lequel nul n'est tenu de s'accuser lui-même.

Lorsqu'un agent fait l'objet d'une procédure disciplinaire, il doit être informé de son droit de se taire avant sa première audition sur les manquements qui lui sont reprochés, dans les conditions définies par la jurisprudence.

Cette obligation ne doit pas être confondue avec les échanges ordinaires relevant de l'exercice du pouvoir hiérarchique.

Une demande d'explication, un entretien professionnel ou une enquête administrative préalable ne relèvent pas automatiquement du même régime.

La distinction dépend notamment de la nature de la démarche engagée et du moment auquel intervient l'audition.

Point de jurisprudence. Le défaut d'information sur le droit de se taire n'entraîne pas nécessairement l'annulation de toute sanction. Le juge examine notamment si la sanction repose de manière déterminante sur des déclarations recueillies alors que l'agent n'avait pas été informé de son droit.

Cette jurisprudence doit conduire les employeurs à améliorer la préparation des dossiers disciplinaires. Une sanction ne devrait jamais dépendre exclusivement des déclarations obtenues auprès de l'agent. Les faits reprochés doivent être établis par des éléments suffisamment précis et vérifiables. Lorsque la CCP intervient en matière disciplinaire, elle doit pouvoir examiner un dossier dont les fondements ne reposent pas sur des preuves juridiquement fragiles.

10. L'inaptitude physique rappelle la nécessité de distinguer les régimes applicables

Les situations d'inaptitude physique des agents contractuels présentent une difficulté particulière. Elles associent des appréciations médicales, des obligations éventuelles de reclassement et des garanties procédurales qui doivent être examinées au regard du régime juridique applicable.

La consultation de la CCP, lorsqu'elle est requise, ne remplace ni les avis médicaux nécessaires ni les démarches de reclassement prévues par les textes. L'employeur doit déterminer les obligations qui lui incombent en fonction de la situation de l'agent et du motif de la décision envisagée.

Une vigilance particulière s'impose lorsque l'inaptitude est liée à un accident du travail ou à une maladie professionnelle.

Les agents contractuels ne relèvent pas automatiquement des mêmes dispositifs statutaires que les fonctionnaires.

Le congé pour invalidité temporaire imputable au service, ou CITIS, concerne les fonctionnaires relevant des dispositions qui l'organisent. Les contractuels bénéficient de règles propres en matière de congés pour raison de santé et de protection sociale.

Ces régimes ne doivent pas être confondus.

La même exigence de précision s'applique aux obligations de reclassement. Celles-ci doivent être appréciées selon le motif de licenciement, les dispositions réglementaires applicables et les possibilités réelles dont dispose l'employeur. La CCP peut intervenir dans la procédure, mais elle ne dispense jamais l'administration de conduire les vérifications nécessaires.

Pour les DRH, ces dossiers illustrent l'importance d'une gestion individualisée, fondée sur les textes effectivement applicables à la situation de l'agent.

11. La médiation ne se substitue pas aux compétences de la commission consultative paritaire

Le développement de la médiation dans la fonction publique peut contribuer à prévenir certains différends entre les agents et leurs employeurs. Il convient cependant de distinguer les fonctions respectives de la médiation et des instances consultatives.

La CCP intervient dans les situations prévues par la réglementation pour rendre un avis sur certaines décisions individuelles. La médiation poursuit une autre finalité : permettre aux parties de rechercher une solution amiable à un différend. Ces deux mécanismes ne sont donc pas interchangeables.

Dans la fonction publique territoriale, la médiation préalable obligatoire demeure soumise aux conditions fixées par le décret du 25 mars 2022. Elle suppose notamment, pour les agents territoriaux concernés, que l'employeur ait conclu une convention avec le centre de gestion compétent. Elle ne s'applique qu'aux catégories de décisions individuelles définies par la réglementation.

Attention au champ de la MPO. Elle ne constitue pas un préalable général à toutes les contestations de licenciement, aux sanctions disciplinaires ou à l'ensemble des litiges relatifs aux contrats.

Le développement de la médiation ne dispense pas l'employeur de consulter la CCP lorsqu'une telle consultation est obligatoire. Inversement, l'existence d'une procédure devant la CCP ne signifie pas qu'une médiation serait systématiquement nécessaire.

Les DRH doivent apprécier ces dispositifs selon leurs finalités et leurs champs d'application respectifs. La médiation peut contribuer à résoudre certaines difficultés relationnelles ou certains désaccords juridiques. Elle ne peut pas remplacer les obligations de l'employeur ni les garanties procédurales prévues par les textes.

12. Le renouvellement de 2026 doit être l'occasion de réexaminer nos pratiques de gestion contractuelle

Les élections professionnelles constituent une occasion utile pour les collectivités de s'interroger sur la place accordée aux agents contractuels dans leur politique de ressources humaines. Cette réflexion ne devrait pas se limiter à leur représentation au sein des CCP.

Elle concerne aussi les conditions de recrutement, la qualité des contrats, l'évaluation professionnelle, les pratiques de renouvellement et les modalités de rupture de la relation contractuelle. Dans certaines organisations, les procédures RH demeurent largement construites autour de la carrière des fonctionnaires titulaires.

La gestion des contractuels s'est parfois développée par adaptation successive de ces procédures, sans toujours faire l'objet d'une doctrine suffisamment structurée.

Cette situation peut entraîner des pratiques hétérogènes entre les directions. Les conditions d'évaluation, les modalités d'information des agents et la préparation des décisions individuelles peuvent varier sensiblement selon les services.

La CCP constitue alors un révélateur de ces différences. Lorsqu'un dossier lui est soumis, les difficultés d'instruction deviennent visibles. Les représentants du personnel peuvent constater que certains éléments essentiels manquent, que les motifs de la décision ne sont pas suffisamment explicités ou que les étapes de la procédure n'ont pas été correctement anticipées.

Ces situations ne devraient pas être considérées uniquement comme des difficultés de fonctionnement de l'instance. Elles doivent conduire la collectivité à examiner la qualité de ses propres pratiques.

Pour les DRH, le renouvellement de 2026 pourrait ainsi être l'occasion de réinterroger les procédures de gestion contractuelle, d'harmoniser les pratiques entre les services et de renforcer l'accompagnement des responsables hiérarchiques. La prévention du contentieux commence bien avant la consultation de la CCP.

Cette réflexion ne devrait pas se limiter à leur représentation au sein des CCP. Elle concerne aussi les conditions de recrutement, la qualité des contrats, l'évaluation professionnelle, les pratiques de renouvellement et les modalités de rupture de la relation contractuelle.

13. La qualité du dialogue social dépend aussi de la manière dont l'employeur prépare ses décisions

La relation entre les directions des ressources humaines et les représentants du personnel est parfois abordée principalement sous l'angle des obligations de consultation. Cette approche est nécessaire, mais elle demeure insuffisante.

Une instance consultative ne peut fonctionner correctement que si les dossiers qui lui sont présentés permettent un examen réel des situations.

La qualité des informations transmises, la clarté des motifs invoqués et le respect des délais de communication conditionnent directement la portée des échanges.

Il ne s'agit pas de demander aux représentants du personnel de partager systématiquement les analyses de l'employeur.

Le désaccord fait partie du dialogue social. Mais il doit pouvoir porter sur des faits établis et sur des décisions dont les fondements sont clairement exposés.

Lorsqu'une CCP est saisie d'un dossier incomplet ou insuffisamment documenté, le débat risque de se déplacer vers les lacunes de la procédure plutôt que vers la question professionnelle qu'elle devait examiner. La responsabilité de la DRH consiste à éviter cette situation.

Elle suppose de travailler suffisamment en amont avec les responsables opérationnels pour que les décisions soumises à l'instance soient juridiquement qualifiées et professionnellement justifiées. Cette exigence ne remet pas en cause le pouvoir de décision de l'autorité territoriale. Elle contribue au contraire à en renforcer la légitimité.

14. Une responsabilité managériale qui ne peut pas être transférée à la DRH

La gestion des agents contractuels révèle parfois une difficulté récurrente dans les collectivités : la tendance à solliciter les services RH pour résoudre des situations professionnelles qui n'ont pas été suffisamment traitées par l'encadrement.

Un responsable de service peut demander la fin d'un contrat après plusieurs mois de difficultés, sans avoir formalisé les insuffisances constatées ni organisé les échanges nécessaires avec l'agent.

La DRH se retrouve alors chargée de préparer une décision juridiquement solide à partir d'éléments incomplets.

Cette situation est particulièrement problématique lorsque la consultation de la CCP est obligatoire. L'instance ne peut pas compenser l'absence d'évaluation professionnelle ou la faiblesse de l'instruction préalable.

Il appartient donc aux managers d'assumer leurs responsabilités dans l'organisation du travail, l'évaluation des agents et le traitement des difficultés professionnelles. La DRH apporte son expertise juridique, accompagne les procédures et veille au respect des garanties applicables.

Elle ne peut cependant pas reconstituer artificiellement, après plusieurs mois, les éléments qui auraient dû être établis au cours de la relation professionnelle.

Cette distinction est essentielle. La sécurité juridique des décisions individuelles dépend directement de la qualité de la chaîne managériale. Le renouvellement des CCP devrait aussi être l'occasion de rappeler cette responsabilité partagée.

Conclusion : les CCP méritent une autre place dans notre politique RH.

Le scrutin du 10 décembre 2026 constitue une échéance importante pour les collectivités territoriales. Il mobilise les services RH autour d'obligations électorales précises et détermine les conditions de représentation du personnel pour les quatre prochaines années.

Mais son intérêt ne se limite pas à l'organisation du vote. Le renouvellement des commissions consultatives paritaires intervient dans un contexte où les agents contractuels occupent une place durable dans le fonctionnement des services publics locaux.

Cette évolution oblige les employeurs à porter une attention renouvelée aux garanties qui leur sont reconnues et à la qualité des décisions qui affectent leur situation professionnelle. La CCP n'est pas une instance de codécision. Elle ne constitue pas davantage une protection automatique contre le contentieux.

Elle représente un espace institutionnel dans lequel certaines décisions individuelles doivent pouvoir être examinées dans des conditions juridiquement satisfaisantes. Pour les DRH, sa véritable utilité dépend donc de la qualité du travail accompli avant sa saisine.

Une procédure de licenciement ne devient pas juridiquement solide parce qu'elle a été soumise à une commission. Elle le devient lorsque les faits ont été établis, que le motif de la décision a été correctement qualifié et que les garanties applicables ont été respectées.

De la même manière, la qualité du dialogue social ne se mesure pas uniquement au nombre de réunions organisées ou d'avis rendus. Elle dépend de la capacité de l'employeur à présenter des décisions compréhensibles, à accepter la contradiction et à assumer les responsabilités qui lui reviennent.

Le renouvellement des CCP devrait ainsi nous conduire à poser une question simple : avons-nous organisé la gestion de nos agents contractuels avec le même degré d'exigence que celle de nos fonctionnaires titulaires, tout en respectant les différences de leurs régimes juridiques ?

La réponse ne se trouve pas uniquement dans les textes. Elle se trouve aussi dans nos pratiques de recrutement, d'évaluation, d'encadrement et de préparation des décisions.

C'est à cette condition que les commissions consultatives paritaires pourront exercer pleinement leur rôle, au service d'une gestion contractuelle plus cohérente, d'un dialogue social mieux compris et de décisions administratives juridiquement plus sûres.

Bibliothèque professionnelle par problèmes RH

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Ces trois lectures prolongent des problèmes opérationnels distincts : organiser, décider et sécuriser. Les textes en vigueur à la date de chaque décision doivent toujours être vérifiés.

Références juridiques

Code général de la fonction publique ; décret n° 88-145 du 15 février 1988, notamment ses articles 13, 39-3, 39-5, 42, 42-1 et 42-2 ; décret n° 2025-695 du 24 juillet 2025 ; FAQ officielle des élections professionnelles territoriales 2026 ; Conseil d'État, Assemblée, 23 décembre 2011, n° 335033, Danthony ; Conseil d'État, 19 décembre 2024, n° 490157 ; décret n° 2022-433 du 25 mars 2022 relatif à la médiation préalable obligatoire.

Analyse éditoriale arrêtée au 29 octobre 2026.

Les règles applicables doivent être appréciées au regard de la situation de l'agent et de la version des textes en vigueur à la date de la décision.

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27 octobre 2026 2 27 /10 /octobre /2026 08:01

 

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Protection sociale complémentaire territoriale : les DRH face à une réforme qui va bien au-delà de la prévoyance.

Avec les décrets n° 2026-986 et 2026-987 du 23 octobre 2026, la réforme de la protection sociale complémentaire entre dans une nouvelle phase. Pour les collectivités territoriales, l'échéance du 1er janvier 2029 ne représente pas seulement une obligation réglementaire supplémentaire. Elle oblige les employeurs à repenser le financement de la prévoyance, la protection des agents et les conditions de mise en œuvre d'un dispositif collectif dont les conséquences seront à la fois sociales, budgétaires et organisationnelles.

La protection sociale complémentaire a longtemps occupé une place relativement secondaire dans les politiques de ressources humaines territoriales. Elle relevait souvent d'une gestion spécialisée, associant les services RH, les organismes assureurs et, selon les collectivités, les représentants du personnel.

Les arbitrages portaient principalement sur le montant de la participation employeur, le choix d'une convention de participation ou le maintien de contrats individuels labellisés.

Cette approche ne correspond plus à la portée de la réforme engagée depuis 2021.

La généralisation programmée des contrats collectifs à adhésion obligatoire en matière de prévoyance modifie sensiblement les responsabilités des employeurs territoriaux. Elle conduit les collectivités à intervenir plus directement dans la couverture des risques auxquels leurs agents sont exposés et à prendre en charge une part plus importante du financement de cette protection.

Pour les directeurs des ressources humaines, le sujet dépasse désormais la seule gestion des contrats d'assurance. Il concerne la politique de rémunération, la prévention de la précarisation financière liée aux arrêts de travail, la soutenabilité budgétaire et les relations avec les organisations syndicales.

Les décrets n° 2026-986 et n° 2026-987 du 23 octobre 2026 précisent le cadre de cette transformation. Leur mise en œuvre nécessite une lecture attentive des obligations applicables, mais surtout une préparation suffisamment anticipée pour éviter que l'échéance de 2029 ne soit abordée comme une simple opération de renouvellement contractuel.

Une réforme qui modifie profondément la place de la prévoyance dans la politique RH

Le système de protection sociale complémentaire des agents territoriaux s'est historiquement développé de manière très inégale.

Certaines collectivités ont engagé depuis plusieurs années une politique volontariste, avec des participations employeur importantes et des garanties négociées collectivement. D'autres se sont limitées aux obligations minimales ou ont privilégié des dispositifs reposant essentiellement sur l'initiative individuelle des agents.

Ces différences ont produit des situations contrastées, particulièrement visibles en matière de prévoyance.

Lorsqu'un agent connaît un arrêt de travail prolongé, les conséquences financières peuvent être importantes. Le passage à une rémunération statutaire réduite, la diminution éventuelle du régime indemnitaire et la durée des procédures administratives peuvent fragiliser rapidement l'équilibre financier d'un foyer.

Cette réalité est bien connue des gestionnaires RH qui accompagnent des agents placés en congé de longue maladie, en congé de longue durée ou confrontés à une situation d'invalidité.

La réforme vise précisément à réduire ces situations de vulnérabilité.

L'ordonnance du 17 février 2021 a engagé une évolution du rôle des employeurs publics dans le financement de la protection sociale complémentaire. L'accord collectif national du 11 juillet 2023 a ensuite défini une ambition plus importante pour la prévoyance territoriale, avant que la loi du 22 décembre 2025 et les textes réglementaires d'octobre 2026 n'en précisent les conditions de mise en œuvre.

Cette succession de textes traduit un changement de conception.

La protection contre les conséquences financières des risques de santé n'est plus seulement envisagée comme une garantie individuelle à laquelle l'employeur apporte une contribution. Elle devient un élément structurant de la protection sociale organisée au niveau de la collectivité.

Pour les DRH, cette évolution appelle une réflexion sur le niveau de protection effectivement proposé aux agents et sur la place que la prévoyance doit occuper dans la politique sociale de l'employeur.

Santé et prévoyance : deux dispositifs qu'il faut continuer à distinguer

L'une des difficultés rencontrées dans la présentation de la réforme tient à la confusion fréquente entre complémentaire santé et prévoyance.

Les deux dispositifs relèvent de la protection sociale complémentaire, mais ils ne couvrent pas les mêmes risques et ne répondent pas aux mêmes modalités de financement.

La complémentaire santé intervient principalement dans le remboursement des dépenses de soins. Depuis le 1er janvier 2026, les employeurs territoriaux doivent participer à son financement à hauteur d'au moins 15 euros par mois pour les agents remplissant les conditions réglementaires.

Dans le cadre général applicable à la fonction publique territoriale, cette participation ne signifie pas que tous les agents doivent obligatoirement adhérer à un contrat collectif de complémentaire santé.

La prévoyance répond à une autre logique. Elle vise notamment à limiter les pertes de revenus résultant d'une incapacité de travail ou d'une invalidité.

Le nouveau dispositif prévoit la généralisation des contrats collectifs à adhésion obligatoire, sous réserve des cas de dispense autorisés, avec une participation financière minimale de l'employeur fixée à 50 % de la cotisation correspondant aux garanties réglementaires.

1er janvier 2029

L'échéance constitue une étape majeure dans la généralisation de la prévoyance collective obligatoire. Elle ne doit pas conduire à confondre les régimes applicables à la santé et à la prévoyance.

Pour les collectivités, la distinction reste essentielle, tant pour l'information des agents que pour la préparation budgétaire et les décisions relatives aux contrats.

La garantie de prévoyance doit être appréciée à partir des pertes de revenus réellement couvertes

Le renforcement des garanties constitue l'un des principaux apports de la réforme.

Le nouveau socle vise une couverture à hauteur de 90 % de la rémunération nette de référence, dans les situations et selon les modalités prévues par les textes.

Ce niveau de protection représente une avancée importante, mais sa portée doit être expliquée avec précision.

Il ne signifie pas qu'un agent percevra automatiquement une prestation complémentaire équivalente à 90 % de son salaire habituel. Les prestations de prévoyance s'articulent avec les sommes versées au titre du statut et, selon les situations, avec les prestations du régime général de sécurité sociale.

La détermination de la rémunération de référence, la nature du congé, les périodes indemnisées et les conditions contractuelles doivent être prises en considération.

Cette question prend une importance particulière dans la fonction publique territoriale en raison du poids parfois significatif du régime indemnitaire.

Pour certains agents, les primes représentent une part importante de la rémunération mensuelle. Une protection insuffisante de cette composante peut entraîner une perte de revenus sensible, même lorsque le traitement indiciaire continue d'être partiellement maintenu.

Les DRH devront donc examiner les garanties proposées au-delà de leur présentation commerciale.

La qualité d'un contrat s'apprécie notamment à partir de la couverture des situations de maladie prolongée, des conditions d'indemnisation de l'invalidité, des modalités de prise en compte des éléments de rémunération et de la continuité des garanties.

Les situations des fonctionnaires relevant de la CNRACL et celles des agents affiliés au régime général devront également être distinguées, compte tenu des différences existant entre leurs mécanismes de protection.

La réforme poursuit un objectif de sécurisation financière des agents. Sa réussite dépendra de la capacité des contrats à répondre aux situations effectivement rencontrées dans les collectivités.

L'adhésion obligatoire constitue un changement important dans la relation avec les agents

Le passage à un contrat collectif à adhésion obligatoire modifie les habitudes de gestion des collectivités et les choix dont disposaient jusqu'à présent de nombreux agents.

Certains personnels bénéficient déjà d'une couverture individuelle qu'ils ont souscrite depuis plusieurs années. D'autres ont choisi de ne pas adhérer à un dispositif de prévoyance, parfois pour des raisons financières.

La généralisation du contrat collectif vise à élargir la mutualisation des risques et à assurer une protection plus homogène.

Elle ne dispense cependant pas les employeurs de traiter les situations individuelles avec rigueur.

Les cas de dispense doivent être appliqués dans les conditions prévues par les textes. Ils ne constituent pas une possibilité générale de refuser l'adhésion pour des motifs de convenance personnelle.

Les services RH devront donc organiser l'information des agents, l'enregistrement des demandes de dispense et la vérification des justificatifs.

La situation des personnels employés par plusieurs collectivités, des agents à temps non complet, des apprentis ou des agents disposant déjà d'une couverture individuelle devra faire l'objet d'une attention particulière.

Les changements de situation en cours de contrat nécessiteront également des procédures adaptées.

Un agent recruté en cours d'année, un contractuel dont le contrat prend fin ou un personnel qui cesse de remplir les conditions d'une dispense ne doivent pas se retrouver dans une situation incertaine au regard de leur couverture.

Cette dimension administrative ne doit pas être sous-estimée.

La mise en œuvre du nouveau régime ne se limitera pas à transmettre un fichier d'effectifs à un organisme assureur. Elle supposera une gestion régulière des affiliations, des dispenses, des cotisations et des évolutions de situation.

La participation de 50 % modifie les perspectives budgétaires des collectivités

Le changement de mode de financement représente une difficulté majeure pour les employeurs territoriaux.

Le dispositif antérieur reposait sur une participation minimale de 7 euros par mois et par agent éligible en matière de prévoyance.

La réforme prévoit une participation employeur correspondant à au moins 50 % de la cotisation afférente aux garanties minimales.

La différence ne porte donc pas uniquement sur le montant de l'aide. Elle concerne également son mode de calcul.

Le coût pour l'employeur dépendra du tarif du contrat retenu et des conditions de couverture des populations concernées.

SIMULATION FINANCIÈRE ILLUSTRATIVE

Une cotisation hypothétique de 70 € par mois

À titre d'illustration, si la cotisation mensuelle correspondant au socle réglementaire s'établissait à 70 euros par agent, une participation de 50 % représenterait 35 euros par mois, soit 420 euros par an.

Pour une collectivité de 250 agents tous concernés par cette hypothèse, la dépense annuelle atteindrait 105 000 euros. Pour un employeur de 2 000 agents, elle représenterait 840 000 euros.

Ces montants sont des hypothèses pédagogiques et ne constituent ni des tarifs réglementaires ni des prévisions applicables à toutes les collectivités.

Le coût réel dépendra des offres assurantielles, des caractéristiques des effectifs, des garanties retenues et de la situation contractuelle de chaque collectivité.

Il faudra également distinguer la dépense totale de prévoyance du surcoût directement imputable à la réforme.

Les employeurs qui financent déjà une part importante des cotisations ne connaîtront pas nécessairement la même évolution que ceux dont la participation était limitée au minimum réglementaire.

Pour les DRH, la préparation budgétaire doit donc commencer par une connaissance précise de l'existant.

Le nombre d'agents concernés, les niveaux actuels de participation, les contrats en vigueur et les hypothèses de tarification devront être rapprochés pour construire une trajectoire financière crédible.

Cette démarche prendra une importance particulière dans un contexte où les budgets locaux sont déjà soumis à des tensions importantes.

La réforme de la PSC interviendra notamment dans une période marquée par la progression des charges de personnel et par l'augmentation programmée des cotisations patronales à la CNRACL.

La soutenabilité du dispositif devra être appréciée sur plusieurs exercices, et non uniquement au moment de sa mise en place.

Le niveau de participation employeur relève aussi d'un choix de politique sociale

Le seuil réglementaire de 50 % constitue un minimum.

Les collectivités peuvent envisager une prise en charge plus importante, dans les conditions autorisées par les textes et les accords applicables.

Cette possibilité ouvre un débat sur les objectifs poursuivis par la politique sociale de l'employeur.

Une participation plus élevée peut réduire le reste à charge des agents et faciliter leur adhésion au nouveau dispositif.

Elle peut également représenter un effort financier significatif pour la collectivité.

Le choix doit donc être éclairé par une analyse à la fois budgétaire et sociale.

La question est particulièrement sensible pour les agents dont les rémunérations sont modestes. Même lorsqu'une cotisation est financée pour moitié par l'employeur, la part restant à la charge du salarié peut représenter une dépense mensuelle non négligeable.

Les possibilités de modulation doivent être examinées dans le respect du cadre juridique applicable et du principe d'égalité de traitement.

Il serait donc imprudent de considérer que chaque collectivité peut librement définir des règles de participation différenciées.

Pour les DRH, l'enjeu consiste à proposer aux exécutifs plusieurs scénarios financièrement documentés, permettant d'apprécier les conséquences des choix envisagés sur les agents et sur le budget.

La prévoyance devient ainsi un véritable sujet d'arbitrage social.

Le choix de l'organisme assureur conditionnera largement la qualité du dispositif

La généralisation des contrats collectifs impose une attention renforcée aux modalités de sélection des organismes assureurs.

Le prix de la cotisation constituera naturellement un critère important, mais il ne peut pas être le seul.

Les garanties proposées, les exclusions éventuelles, les modalités d'indemnisation, les délais de traitement des dossiers et les conditions d'évolution des cotisations devront être analysés avec précision.

Les collectivités devront notamment examiner les situations les plus complexes, car ce sont souvent elles qui révèlent les limites des contrats.

Un agent placé en congé de longue maladie, un contractuel bénéficiant de prestations du régime général ou un fonctionnaire confronté à une invalidité ne relèvent pas nécessairement des mêmes mécanismes d'indemnisation.

La rédaction du cahier des charges devra tenir compte de cette diversité.

Les conventions de participation proposées par les centres de gestion pourront constituer une solution pertinente pour de nombreuses collectivités, notamment lorsqu'elles permettent de mutualiser les risques et de faciliter l'accès à une offre assurantielle.

Les employeurs qui souhaitent conduire directement leur procédure devront, pour leur part, disposer des compétences nécessaires à l'analyse des offres et à la négociation des conditions contractuelles.

Dans tous les cas, la qualité des données préparatoires sera déterminante.

La connaissance des effectifs, de leur répartition statutaire et des structures de rémunération permettra de mieux apprécier les propositions.

Les informations relatives à la sinistralité devront être utilisées dans le respect des obligations de confidentialité et de protection des données personnelles.

Le choix de l'assureur ne devrait pas être abordé comme une simple procédure d'achat. Il engage durablement la qualité de la protection offerte aux agents.

Les conséquences sur la paie et la gestion administrative seront importantes

La mise en œuvre des contrats collectifs nécessitera une adaptation des procédures de gestion.

Les services RH devront disposer d'informations fiables sur les agents affiliés, les situations de dispense, les dates d'effet des garanties et les modifications intervenant en cours de contrat.

Les services de paie devront intégrer les cotisations et les participations employeur selon les modalités retenues.

Les échanges avec l'organisme assureur devront être organisés de manière à garantir la cohérence des données et la continuité de la couverture.

Les difficultés les plus sensibles pourraient apparaître lors des changements de situation.

Les recrutements, les fins de contrat, les modifications de rémunération, les changements de quotité de travail et les placements en congé pour raison de santé peuvent avoir des conséquences sur les cotisations ou les prestations.

Les régularisations rétroactives méritent également une attention particulière.

Lorsqu'une situation statutaire est modifiée plusieurs mois après sa prise d'effet, les conséquences financières peuvent nécessiter des échanges complexes entre la collectivité et l'assureur.

Il faudra aussi examiner les conditions de couverture des agents déjà en arrêt de travail au moment du changement de contrat.

Ces situations ne peuvent pas être réglées par une simple application mécanique des règles générales d'affiliation.

La continuité des garanties doit être appréciée au regard des textes et des stipulations contractuelles applicables.

Une préparation insuffisante pourrait entraîner des difficultés de paiement ou des interruptions de couverture dont les agents supporteraient directement les conséquences.

La réforme impose donc une coordination étroite entre les gestionnaires RH, les services de paie, les responsables des systèmes d'information et les organismes assureurs.

Les situations statutaires particulières ne doivent pas être négligées

La fonction publique territoriale se caractérise par une grande diversité de statuts et de modes de rémunération.

Cette réalité complique la mise en œuvre d'un régime collectif.

Les agents à temps non complet, les personnels employés par plusieurs collectivités, les contractuels et les apprentis peuvent relever de situations particulières qui nécessitent une lecture attentive des règles applicables.

La situation des assistants familiaux appelle également une vigilance spécifique, compte tenu des caractéristiques de leur rémunération et de leurs conditions d'emploi.

La détermination de la rémunération de référence et les modalités d'indemnisation doivent être examinées en tenant compte de ces particularités.

Il ne serait pas satisfaisant de construire un dispositif uniquement à partir de la situation d'un fonctionnaire titulaire à temps complet.

Les DRH devront s'assurer que les catégories de personnels les plus spécifiques ont bien été prises en compte dans les documents contractuels et dans les procédures de gestion.

Cette exigence est d'autant plus importante que les difficultés de couverture apparaissent souvent lorsque les agents se trouvent déjà dans une situation de fragilité.

La mutualisation collective ne dispense pas d'une expertise individuelle des situations.

Le dialogue social doit intervenir suffisamment tôt

La réforme de la prévoyance touche directement à la protection des revenus et au pouvoir d'achat des agents.

Elle constitue donc un sujet majeur de dialogue social.

Les représentants du personnel devront pouvoir apprécier les garanties proposées, les niveaux de cotisation, les conditions de financement et les conséquences pour les différentes catégories d'agents.

La consultation des instances compétentes devra être organisée conformément aux textes applicables et à la nature des décisions envisagées.

Mais l'intérêt du dialogue social dépasse le respect des procédures.

Les échanges avec les organisations syndicales peuvent permettre d'identifier les difficultés pratiques auxquelles les agents seront confrontés.

Certains disposent déjà d'une couverture individuelle satisfaisante. D'autres connaissent mal les garanties dont ils bénéficient actuellement. D'autres encore peuvent s'inquiéter du montant des cotisations qui seront prélevées sur leur rémunération.

Ces interrogations ne doivent pas être minimisées.

Une adhésion obligatoire peut être juridiquement justifiée et socialement utile tout en suscitant des incompréhensions si ses conséquences financières ne sont pas suffisamment expliquées.

La qualité de l'information sera donc déterminante.

Les agents devront pouvoir comprendre les risques couverts, les conditions d'indemnisation, les cas de dispense et les démarches à effectuer.

Les mécanismes de suivi paritaire prévus par le nouveau cadre devront également être organisés selon les dispositions applicables.

Ils pourront contribuer à suivre l'évolution du dispositif et à identifier les difficultés rencontrées.

Pour les DRH, il est préférable d'engager ces échanges pendant la préparation du projet plutôt que de présenter un dispositif dont les principales caractéristiques seraient déjà arrêtées.

La prévoyance ne doit pas être confondue avec la politique de prévention

La réforme intervient dans un contexte où les collectivités sont confrontées à des enjeux importants en matière d'absentéisme et de maintien dans l'emploi.

Le développement de la prévoyance collective peut conduire à renforcer l'attention portée à la sinistralité et aux situations d'arrêt de travail prolongé.

Cette démarche doit être conduite avec discernement.

La prévoyance a pour objet de protéger financièrement les agents lorsque certains risques se réalisent.

La prévention vise, quant à elle, à réduire les risques professionnels, à améliorer les conditions de travail et à favoriser le maintien dans l'emploi.

Les deux politiques sont complémentaires, mais elles ne répondent pas aux mêmes finalités.

Il serait inapproprié de considérer que l'amélioration des garanties constitue, en elle-même, un facteur d'augmentation des arrêts de travail.

Les absences pour raison de santé résultent de facteurs multiples, parmi lesquels figurent les caractéristiques des métiers, l'état de santé des agents et les conditions d'exercice professionnel.

Les données de sinistralité peuvent contribuer à une meilleure connaissance des situations, à condition d'être exploitées dans un cadre approprié et respectueux de la confidentialité.

La réforme peut ainsi être l'occasion de rapprocher les politiques de prévoyance, de prévention et d'accompagnement des agents en difficulté de santé.

Cette articulation relève pleinement de la stratégie RH.

L'échéance du 1er janvier 2029 ne doit pas conduire à différer les décisions

Les collectivités disposent encore d'un délai pour préparer la généralisation du nouveau dispositif.

Ce délai doit être mis à profit.

Les employeurs qui disposent déjà d'une convention de participation devront examiner les dispositions transitoires applicables, les échéances contractuelles et les conditions de passage au nouveau régime.

Il serait imprudent de considérer qu'un contrat existant doit nécessairement être interrompu immédiatement.

Il serait tout aussi risqué d'attendre sa date d'expiration sans avoir préparé les décisions nécessaires.

Les collectivités devront disposer d'une vision suffisamment précise de leur couverture actuelle, de leurs engagements financiers et des populations concernées.

Elles devront ensuite déterminer les garanties souhaitées, les modalités de consultation et le niveau de participation envisagé.

La préparation devra intégrer les contraintes de la commande publique, les consultations obligatoires, l'adaptation des logiciels de paie et l'information des agents.

Ces opérations nécessitent du temps.

Pour les grandes collectivités, la coordination entre les directions concernées constituera un enjeu important.

Pour les plus petites, le recours aux dispositifs mutualisés pourra faciliter certaines étapes, sans supprimer la nécessité de préparer les conséquences administratives et financières.

L'objectif ne doit pas être simplement de disposer d'un contrat au 1er janvier 2029.

Il doit être de garantir que les agents concernés bénéficieront effectivement, à cette date, d'une couverture conforme et correctement gérée.

La réforme appelle une implication directe des directions générales

La protection sociale complémentaire ne peut plus être considérée comme un dossier exclusivement technique relevant des seuls gestionnaires RH.

Les conséquences budgétaires, les choix contractuels et les engagements pris à l'égard des agents justifient une implication de la direction générale.

La DRH devra être en mesure de présenter les différentes hypothèses de financement, leurs conséquences sur les agents et leur soutenabilité.

La direction financière devra contribuer à l'évaluation des dépenses sur plusieurs exercices.

Les services juridiques et de la commande publique devront sécuriser les procédures de sélection.

Les responsables des systèmes d'information devront anticiper les adaptations nécessaires à la gestion des affiliations et des cotisations.

Cette organisation transversale est indispensable.

La réforme engage des responsabilités qui ne peuvent pas être traitées indépendamment les unes des autres.

Elle peut également conduire les collectivités à réexaminer la cohérence de leur politique sociale.

La participation à la complémentaire santé, le financement de la prévoyance, l'action sociale et les dispositifs d'accompagnement des agents doivent être appréciés dans leur ensemble.

Il ne s'agit pas de fusionner des dispositifs juridiquement distincts, mais de donner davantage de lisibilité aux engagements de l'employeur.

Pour les DRH, cette approche permet de replacer la PSC dans une réflexion plus large sur l'attractivité, la fidélisation et la protection des personnels.

Conclusion : la réforme de la prévoyance constitue désormais un enjeu stratégique de gestion des ressources humaines

La généralisation des contrats collectifs à adhésion obligatoire en matière de prévoyance marque une évolution importante de la protection sociale des agents territoriaux.

Elle répond à une difficulté bien identifiée : les pertes de revenus qui peuvent accompagner un arrêt de travail prolongé ou une situation d'invalidité.

La réforme renforce les obligations des employeurs et modifie les conditions de financement des garanties.

Mais ses conséquences ne se limiteront pas à une augmentation de la participation financière des collectivités.

Elle nécessitera une adaptation des procédures administratives, une coordination renforcée entre les services, une préparation budgétaire rigoureuse et un dialogue social approfondi.

Les DRH devront notamment veiller à la qualité des garanties retenues, à la situation des personnels relevant de régimes particuliers et à la continuité de la couverture lors des changements de contrat.

Ils devront également s'assurer que les agents disposent d'une information claire sur les droits qui leur sont ouverts et sur les cotisations qui resteront à leur charge.

La réussite de cette réforme ne se mesurera pas uniquement à la capacité des collectivités à respecter l'échéance du 1er janvier 2029. Elle dépendra de la protection réellement apportée aux agents, de la fiabilité des procédures et de la soutenabilité des engagements pris par les employeurs.

La protection sociale complémentaire devient ainsi une composante durable de la politique de ressources humaines territoriale.

Pour les directeurs des ressources humaines, l'enjeu consiste désormais à transformer une obligation réglementaire en un dispositif social cohérent, sécurisé et adapté aux réalités de leur collectivité.

Références juridiques

Ordonnance n° 2021-175 du 17 février 2021 relative à la protection sociale complémentaire dans la fonction publique.

Accord collectif national du 11 juillet 2023 relatif à la protection sociale complémentaire des agents publics territoriaux.

Loi n° 2025-1251 du 22 décembre 2025 relative à la protection sociale complémentaire des agents publics territoriaux.

Décret n° 2026-986 du 23 octobre 2026 relatif à la protection sociale complémentaire en matière de prévoyance des agents des collectivités territoriales et de leurs établissements publics.

Décret n° 2026-987 du 23 octobre 2026 relatif aux garanties de protection sociale complémentaire en matière de prévoyance des agents publics territoriaux.

Code général de la fonction publique, notamment les dispositions relatives à la protection sociale complémentaire.

Pascal NAUD

Président fondateur de NAUDRH.COM

Expertise en droit de la fonction publique territoriale, gestion des ressources humaines et management public.

naudrhexpertise@gmail.com

www.naudrh.com

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Agents IA autonomes : ce qui pourrait réellement changer dans les directions des ressources humaines territoriales.

L'intelligence artificielle ne se contente plus d'aider à rédiger des documents ou à rechercher des informations. Avec l'arrivée des agents IA capables d'enchaîner plusieurs opérations, les collectivités territoriales pourraient voir évoluer une partie de leurs processus administratifs. Pour les DRH, cette perspective soulève des questions très concrètes sur les métiers, les compétences, les responsabilités et l'organisation du travail.

Depuis plusieurs mois, l'intelligence artificielle s'installe progressivement dans les pratiques professionnelles des collectivités territoriales. Les premières utilisations sont désormais assez bien identifiées : rédaction de courriers, synthèse de documents, préparation de notes, recherche d'informations ou aide à l'analyse de dossiers.

Ces usages restent généralement ponctuels. L'agent public formule une demande, examine la réponse obtenue et décide de la suite à donner.

L'arrivée des agents IA autonomes pourrait modifier cette manière de travailler. Ces systèmes sont conçus pour exécuter plusieurs opérations successives, accéder à des applications et intervenir dans des processus administratifs plus complets. Selon les autorisations qui leur sont accordées, ils peuvent rechercher des informations, préparer des documents, organiser certaines tâches et transmettre des résultats à d'autres outils.

La nouveauté ne réside donc pas uniquement dans les performances de l'intelligence artificielle. Elle tient à sa capacité croissante à intervenir dans l'exécution du travail.

Pour les collectivités, cette évolution mérite une réflexion qui dépasse largement les questions informatiques. Elle concerne directement la manière dont les services sont organisés, les compétences attendues des agents et les conditions dans lesquelles les décisions administratives sont préparées.

Les directions des ressources humaines ont, à ce titre, toute leur place dans les discussions qui commencent à s'engager.

Des outils qui ne se limitent plus à répondre aux questions

Les assistants d'intelligence artificielle générative ont principalement été conçus pour produire des contenus à partir d'instructions. Ils peuvent rédiger, reformuler, résumer ou proposer des analyses, mais l'utilisateur conserve généralement la responsabilité d'enchaîner les différentes étapes du travail.

Les agents IA reposent sur une logique différente.

Ils peuvent être configurés pour poursuivre un objectif en mobilisant plusieurs applications et en exécutant une succession d'opérations. Leur autonomie réelle dépend des fonctionnalités disponibles, des accès accordés et des mécanismes de validation prévus.

Des entreprises comme Lindy, Vellum, 11x ou Cognition développent des solutions illustrant cette évolution. Certaines sont spécialisées dans l'organisation administrative, d'autres dans la coordination de tâches ou le développement informatique.

Ces produits ont été conçus principalement pour des usages professionnels privés. Leur existence ne signifie pas qu'ils seraient immédiatement adaptés aux exigences d'une collectivité territoriale.

Ils permettent néanmoins de comprendre la transformation en cours.

Un outil d'assistance peut proposer un projet de courrier. Un agent IA connecté aux applications nécessaires pourrait rechercher les informations utiles, préparer le document, le transmettre pour validation et organiser ensuite son classement.

L'intérêt est évident lorsque ces opérations sont répétitives et reposent sur des procédures suffisamment formalisées.

La difficulté apparaît lorsque le système doit interpréter une situation particulière, apprécier une règle juridique ou intervenir sur des données sensibles.

Dans ces circonstances, la capacité technique d'exécuter une opération ne suffit pas à justifier son automatisation.

Les services RH constituent un terrain d'expérimentation évident

Dans les directions des ressources humaines territoriales, une part importante de l'activité repose sur le traitement d'informations et la production de documents.

Les gestionnaires de carrière préparent des actes administratifs, vérifient des situations statutaires et actualisent des dossiers individuels. Les gestionnaires de paie contrôlent des données, recherchent l'origine d'anomalies et sécurisent les éléments nécessaires à la rémunération.

Les services chargés du recrutement organisent les procédures, préparent les convocations et assurent le suivi des candidatures. Les responsables de formation traitent des demandes, recherchent des dispositifs adaptés et coordonnent les inscriptions.

Ces activités comportent des opérations susceptibles d'être facilitées par l'intelligence artificielle.

Un système correctement paramétré pourrait contribuer à identifier les pièces manquantes dans un dossier, préparer une première version d'un acte ou rapprocher des informations issues de plusieurs documents.

Il pourrait également faciliter la production de tableaux de bord et le suivi de certaines procédures.

Mais l'expérience montre que le travail RH ne se résume jamais à la succession des opérations visibles dans un logiciel.

Un gestionnaire expérimenté sait reconnaître une situation inhabituelle, identifier une incohérence et mesurer les conséquences d'une décision sur le parcours d'un agent.

Il connaît également les limites des procédures et les situations dans lesquelles une vérification complémentaire s'impose.

Cette compétence professionnelle ne disparaît pas parce qu'un système devient capable de produire rapidement un document.

Au contraire, elle devient particulièrement importante lorsque les résultats proposés paraissent suffisamment convaincants pour ne plus susciter de vérification spontanée.

L'automatisation des processus change la nature du contrôle

L'un des aspects les plus intéressants des travaux consacrés aux agents IA concerne leur capacité à intervenir sur des séquences de travail complètes.

Dans une organisation administrative, de nombreuses tâches sont liées entre elles. La préparation d'une réunion nécessite de rechercher des disponibilités, de transmettre des convocations, de réunir des documents et d'organiser le suivi des décisions.

Un agent IA peut être configuré pour prendre en charge une partie de cet enchaînement.

Dans une direction des ressources humaines, on peut imaginer un dispositif chargé de suivre les demandes de formation. Il enregistrerait les informations reçues, vérifierait leur complétude, rechercherait les possibilités de formation et préparerait une synthèse pour le responsable chargé de se prononcer.

La décision resterait prise par l'autorité compétente, mais une partie de la préparation administrative pourrait être automatisée.

Cette évolution modifie les conditions dans lesquelles le contrôle doit être exercé.

Lorsqu'un outil propose un document isolé, il est relativement simple d'en vérifier le contenu avant utilisation.

Lorsqu'un système enchaîne plusieurs opérations, une erreur initiale peut se retrouver dans les étapes suivantes. Une information mal interprétée peut conduire à produire un document inexact, puis à le transmettre à un destinataire inapproprié.

Il ne suffit donc plus de vérifier uniquement le résultat final.

La collectivité doit déterminer les étapes qui peuvent être automatisées, celles qui nécessitent une validation et les opérations qui doivent rester exclusivement réalisées par une personne habilitée.

Cette organisation du contrôle est probablement l'une des conditions les plus importantes d'un déploiement sécurisé.

Le travail réel est plus complexe que les procédures décrites

Les travaux du sociologue Yann Ferguson, notamment dans le cadre du LaborIA, apportent un éclairage utile sur les transformations du travail liées à l'intelligence artificielle.

Ils invitent à distinguer les tâches formalisées de l'activité professionnelle réellement exercée.

Cette distinction prend tout son sens dans les collectivités territoriales.

Une fiche de poste décrit des missions, des responsabilités et des activités. Elle ne rend pas toujours compte des ajustements quotidiens nécessaires au fonctionnement d'un service.

Un assistant de direction ne se contente pas de gérer un agenda. Il connaît les contraintes de son environnement, les habitudes des interlocuteurs et les situations qui nécessitent une attention particulière.

Un gestionnaire RH ne se limite pas à appliquer une procédure. Il doit parfois rechercher l'origine d'une situation ancienne, comprendre les conséquences d'une décision antérieure ou apprécier la cohérence d'informations provenant de plusieurs sources.

Une partie de cette connaissance professionnelle se construit avec l'expérience.

Elle circule dans les échanges entre collègues, les discussions avec les responsables de service et les situations rencontrées au fil des années.

Il serait donc imprudent de considérer qu'une activité devient entièrement automatisable dès lors que ses principales étapes peuvent être décrites.

L'enjeu n'est pas seulement de reproduire une procédure. Il est de conserver la capacité à traiter les situations qui ne correspondent pas exactement au déroulement prévu.

Les DRH connaissent bien cette réalité. Les dossiers les plus complexes sont rarement ceux qui nécessitent le plus grand nombre d'opérations matérielles. Ce sont souvent ceux qui demandent le plus de discernement.

Les métiers administratifs vont évoluer, sans nécessairement disparaître

Les métiers dont l'activité repose principalement sur le traitement de l'information sont davantage exposés aux transformations permises par l'intelligence artificielle.

Les fonctions administratives, documentaires et certaines activités de gestion sont donc particulièrement concernées.

À l'inverse, les métiers nécessitant une intervention physique ou une présence directe auprès des usagers sont moins susceptibles d'être transformés par les seuls agents IA logiciels.

Cette différence ne permet toutefois pas de déduire mécaniquement les conséquences sur les effectifs.

Une tâche techniquement automatisable n'est pas nécessairement une tâche que la collectivité peut ou souhaite confier à un système informatique.

Il faut également tenir compte des contraintes juridiques, des exigences de qualité et du coût réel des solutions.

Dans les services RH, les outils pourraient progressivement réduire le temps consacré à certaines opérations de saisie, de classement ou de préparation documentaire.

Les agents pourraient alors consacrer davantage de temps au contrôle des dossiers, au conseil statutaire, à l'accompagnement des managers et au traitement des situations individuelles complexes.

Cette évolution serait intéressante, mais elle ne se produira pas automatiquement.

Si la collectivité se contente d'ajouter un nouvel outil sans revoir l'organisation du travail, les gains attendus risquent de rester limités.

À l'inverse, une automatisation mal préparée pourrait fragiliser certaines compétences.

Un agent qui n'exécute plus une procédure pendant plusieurs années peut progressivement en perdre la maîtrise. Si le système rencontre une difficulté, le service doit pourtant rester capable de comprendre les opérations réalisées et de reprendre le traitement.

Le maintien des compétences internes devient donc un sujet de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.

Il faudra former les agents à l'utilisation des nouveaux outils, mais aussi préserver leur capacité à exercer les métiers dont ces outils prennent en charge une partie des activités.

Une vigilance particulière sur la qualité juridique des actes

L'utilisation de l'intelligence artificielle dans les services RH présente un risque bien connu : un document peut être parfaitement rédigé tout en étant juridiquement inexact.

Un système peut produire un projet d'arrêté cohérent dans sa présentation, mais fondé sur une disposition abrogée ou sur une interprétation erronée d'un texte.

Il peut également omettre une particularité statutaire ou appliquer une règle générale à une situation relevant d'un régime spécifique.

La qualité rédactionnelle ne constitue donc pas une garantie de sécurité juridique.

Dans la fonction publique territoriale, cette difficulté est particulièrement sensible en raison de la diversité des situations individuelles et des évolutions fréquentes de la réglementation.

L'automatisation de la préparation des actes peut présenter un intérêt réel lorsque les modèles sont fiables, les sources identifiées et les contrôles organisés.

Elle ne doit pas conduire à considérer qu'un document produit automatiquement est nécessairement conforme.

Le professionnel RH conserve un rôle essentiel dans la qualification juridique des situations.

La collectivité doit également pouvoir retrouver les informations utilisées et comprendre les étapes ayant conduit à la production d'un document.

Cette traçabilité devient particulièrement importante lorsque plusieurs applications interviennent dans le même processus.

La confidentialité des données RH constitue une limite majeure

Les directions des ressources humaines traitent des informations personnelles dont certaines présentent un caractère particulièrement sensible.

Les dossiers individuels peuvent contenir des données relatives à la carrière, à la rémunération, aux absences, à la situation familiale ou à la santé des agents.

L'utilisation d'agents IA capables d'accéder à plusieurs applications nécessite donc une vigilance renforcée.

Le règlement général sur la protection des données impose de définir les finalités des traitements, de limiter les informations utilisées et de mettre en œuvre des mesures de sécurité adaptées.

La collectivité doit également examiner les conditions dans lesquelles un prestataire traite les données pour son compte.

Le lieu d'hébergement, les accès techniques, les éventuels transferts de données et les possibilités de réutilisation des informations ne peuvent pas être considérés comme de simples détails contractuels.

Une difficulté supplémentaire tient aux usages spontanés.

Dans certains services, des agents peuvent être tentés d'utiliser des outils accessibles sur Internet pour analyser un dossier ou préparer un document, sans que la solution ait été préalablement autorisée.

Ces pratiques exposent potentiellement la collectivité à des divulgations d'informations qu'elle ne maîtrise pas.

Une politique d'utilisation de l'intelligence artificielle devient donc nécessaire.

Elle doit préciser les outils autorisés, les catégories de données qui peuvent être utilisées et les situations dans lesquelles une validation préalable est obligatoire.

Cette politique ne peut pas reposer uniquement sur des consignes générales. Elle suppose une information adaptée aux métiers et aux usages réellement rencontrés.

L'IA ne peut pas être assimilée à une autorité administrative

Le développement des agents IA conduit à s'interroger sur leur place dans la préparation et l'exécution des décisions administratives.

Un système informatique peut assister un agent public dans l'analyse d'une situation. Il peut également, sous certaines conditions, participer à un processus automatisé.

Il ne dispose pas pour autant, du seul fait de ses capacités techniques, d'une compétence administrative propre.

La décision demeure juridiquement imputable à l'autorité compétente, dans les conditions prévues par les textes.

Le droit français et le droit européen encadrent les décisions individuelles fondées sur des traitements automatisés.

Il serait inexact de considérer que toute décision administrative automatisée est systématiquement interdite. Les conditions applicables dépendent de la nature de la décision, du traitement utilisé et des garanties prévues.

Dans le domaine RH, les précautions doivent être particulièrement importantes.

Une décision concernant le recrutement, la rémunération, l'avancement ou une procédure disciplinaire peut avoir des conséquences directes sur les droits d'un agent.

L'utilisation d'un système d'intelligence artificielle dans ces domaines doit donc être appréciée au regard des règles statutaires, du RGPD et, lorsque ses dispositions sont applicables, du règlement européen sur l'intelligence artificielle.

Certains systèmes utilisés dans le domaine de l'emploi et de la gestion des travailleurs peuvent relever de la catégorie des systèmes à haut risque, sous réserve des conditions prévues par le règlement.

La collectivité doit examiner la qualification de l'outil, les obligations correspondantes et leur calendrier d'application.

La présence d'une validation humaine ne suffit d'ailleurs pas à sécuriser une procédure si cette validation devient purement formelle.

Le responsable doit disposer des informations nécessaires pour apprécier réellement la proposition produite.

Un contrôle humain n'a de sens que s'il peut conduire à corriger, modifier ou refuser le résultat présenté.

Les collectifs de travail pourraient eux aussi être transformés

L'intelligence artificielle peut renforcer l'autonomie des agents dans la réalisation de certaines tâches.

Un gestionnaire qui dispose d'un outil capable de retrouver rapidement une information ou de préparer un document peut travailler avec moins d'interruptions.

Cet avantage ne doit cependant pas faire oublier le rôle des échanges professionnels.

Dans une équipe RH, les discussions entre collègues permettent de confronter des interprétations, de partager des expériences et de transmettre des connaissances qui ne figurent pas toujours dans les procédures.

Elles contribuent également à identifier les difficultés récurrentes et à faire évoluer les pratiques.

Si les agents prennent l'habitude de solliciter principalement leurs assistants numériques, certaines de ces interactions pourraient diminuer.

Il ne s'agit pas d'une conséquence inévitable. Tout dépendra de l'organisation retenue et des pratiques managériales.

Les responsables de service devront néanmoins rester attentifs à cette dimension.

Une direction des ressources humaines ne fonctionne pas uniquement grâce à la somme des compétences individuelles. Elle repose aussi sur la capacité des professionnels à échanger, à vérifier leurs analyses et à construire des réponses communes.

Le développement de l'intelligence artificielle ne devrait pas conduire à affaiblir cette dimension collective du travail.

Les gains de productivité devront être appréciés avec méthode

Les éditeurs de solutions d'intelligence artificielle mettent régulièrement en avant des gains de temps importants.

Ces résultats peuvent être intéressants, mais ils doivent être examinés dans les conditions réelles d'utilisation.

Le coût d'un agent IA ne se limite pas au montant de son abonnement.

Son déploiement peut nécessiter des travaux d'intégration, des adaptations des applications existantes, des mesures de sécurité, des formations et un suivi technique.

Les opérations de contrôle doivent également être prises en compte.

Un outil qui produit rapidement des documents nécessitant ensuite de nombreuses corrections ne présente pas nécessairement un intérêt économique.

De même, le temps économisé sur une tâche ne se traduit pas automatiquement par une réduction des dépenses de personnel.

Il peut permettre de renforcer le contrôle des dossiers, d'améliorer les délais de réponse ou de développer l'accompagnement des agents.

Pour les collectivités, l'évaluation devrait donc porter sur la qualité du service rendu autant que sur le temps consacré aux opérations.

Dans les directions des ressources humaines, une amélioration de la fiabilité des actes ou une réduction des délais de traitement peut représenter un résultat important, même sans diminution des effectifs.

La question mérite d'être abordée avec réalisme, sans reprendre automatiquement les promesses commerciales associées aux outils.

La DRH doit être associée dès le début des projets

L'introduction d'agents IA dans une collectivité ne devrait pas relever exclusivement de la direction des systèmes d'information.

Les choix techniques sont essentiels, mais ils ne suffisent pas à déterminer les conséquences sur l'organisation du travail.

La direction des ressources humaines doit pouvoir participer à l'identification des activités concernées, à l'analyse des compétences nécessaires et à la préparation des évolutions professionnelles.

Il est notamment important d'examiner le travail réellement accompli avant de décider qu'une procédure peut être automatisée.

Certaines tâches apparemment simples comportent des opérations de vérification ou d'appréciation qui ne sont pas immédiatement visibles.

La formation constitue un autre enjeu.

Les agents devront apprendre à utiliser les outils, mais aussi à comprendre leurs limites et à vérifier les résultats.

Les encadrants devront, de leur côté, être capables d'organiser le travail dans des équipes où certaines opérations seront réalisées avec l'assistance de systèmes automatisés.

Cette évolution mérite également d'être abordée dans le dialogue social.

Selon les conséquences du projet sur l'organisation des services et les conditions de travail, les instances compétentes pourront être amenées à examiner les transformations envisagées.

Le comité social territorial et, le cas échéant, la formation spécialisée en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail disposent d'attributions qui doivent être appréciées au regard de la nature du projet.

Une démarche associant les agents concernés permettrait également de mieux identifier les difficultés pratiques et les besoins d'accompagnement.

Les projets les plus utiles seront probablement ceux qui auront été construits à partir des problèmes rencontrés par les services, plutôt qu'à partir des seules possibilités offertes par les outils.

Automatiser ne signifie pas nécessairement simplifier

Une procédure administrative complexe ne devient pas automatiquement plus pertinente parce qu'elle est exécutée par un système d'intelligence artificielle.

Si les circuits de validation sont inutilement longs, si les responsabilités sont mal définies ou si les données sont peu fiables, l'automatisation risque de reproduire ces difficultés.

Elle peut même les rendre moins visibles.

Avant de déployer un agent IA, une collectivité devrait donc examiner la manière dont le processus fonctionne réellement.

Certaines améliorations peuvent résulter d'une clarification des responsabilités, d'une simplification des étapes ou d'une meilleure organisation des informations.

L'intelligence artificielle peut ensuite contribuer à faciliter l'exécution des opérations qui demeurent nécessaires.

Cette approche présente un intérêt particulier dans les services RH, où l'accumulation des procédures et des outils peut parfois compliquer le travail quotidien.

La modernisation ne consiste pas à automatiser le plus grand nombre possible de tâches.

Elle consiste à organiser les activités de manière à améliorer la qualité du service, la sécurité des décisions et les conditions de travail.

Ce que les DRH territoriaux doivent anticiper

Les agents IA autonomes ne vont pas transformer tous les métiers territoriaux de la même manière ni au même rythme.

Leur développement dépendra des performances réelles des outils, des possibilités d'intégration aux systèmes d'information et des garanties juridiques et techniques qui pourront être apportées.

Dans les fonctions administratives, certaines évolutions paraissent néanmoins suffisamment crédibles pour justifier une réflexion dès maintenant.

Les directions des ressources humaines devront s'interroger sur les activités susceptibles d'être automatisées, sur les compétences qui devront être renforcées et sur les conditions de maintien d'une maîtrise professionnelle des procédures.

Elles devront également veiller à ce que les outils ne créent pas de nouvelles formes de dépendance technologique ou de fragilisation des collectifs de travail.

L'enjeu ne sera pas seulement d'accompagner les agents dans l'utilisation de nouveaux logiciels.

Il consistera à faire évoluer l'organisation des services en préservant la qualité des décisions, les responsabilités professionnelles et les compétences nécessaires au fonctionnement de la collectivité.

Cette réflexion devrait trouver sa place dans les démarches de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, dans les politiques de formation et dans les projets de transformation des organisations.

Conclusion : l'intelligence artificielle va modifier le travail administratif, mais elle ne doit pas en faire perdre la maîtrise

Les agents IA autonomes constituent une évolution importante des outils numériques utilisés dans les organisations.

Leur capacité à enchaîner plusieurs opérations pourrait modifier sensiblement certaines activités administratives, notamment dans les services où le traitement de l'information occupe une place importante.

Pour les directions des ressources humaines territoriales, les perspectives sont réelles.

L'automatisation de certaines tâches peut permettre de réduire les délais, d'améliorer le suivi des dossiers et de dégager du temps pour des activités nécessitant davantage d'expertise.

Mais ces possibilités ne doivent pas faire oublier les exigences propres à l'administration publique.

Les décisions doivent rester juridiquement sécurisées. Les données personnelles doivent être protégées. Les agents doivent conserver les compétences nécessaires pour comprendre les procédures et exercer leurs responsabilités.

L'arrivée de nouveaux outils ne dispense pas non plus les collectivités de réfléchir à la manière dont les services fonctionnent et dont les professionnels coopèrent.

L'intelligence artificielle peut contribuer à améliorer le travail administratif. Elle ne remplace ni la connaissance des situations individuelles, ni l'expérience professionnelle, ni la responsabilité des autorités compétentes.

Pour les DRH territoriaux, la véritable question n'est donc pas de savoir combien de tâches pourront être confiées à des agents IA. Elle est de déterminer comment ces outils pourront être intégrés dans les services sans affaiblir la maîtrise des procédures, les compétences des agents et la qualité du service public.

C'est sur cette capacité à organiser une transformation maîtrisée que se jouera une partie de l'évolution des métiers administratifs territoriaux.

Références et cadre juridique

Cette analyse s'appuie notamment sur les travaux de Yann Ferguson et du LaborIA relatifs aux transformations du travail liées à l'intelligence artificielle, sur les études consacrées aux usages de l'IA dans les collectivités territoriales et sur les textes encadrant les traitements de données et les décisions administratives.

Le cadre juridique comprend notamment le règlement (UE) 2016/679 relatif à la protection des données personnelles, le règlement (UE) 2024/1689 établissant des règles harmonisées concernant l'intelligence artificielle, ainsi que les dispositions pertinentes du Code des relations entre le public et l'administration.

Les obligations applicables doivent être déterminées selon la nature des systèmes, leur finalité, les traitements réalisés et les dispositions effectivement entrées en application à la date du déploiement.

Pascal NAUD

Président fondateur de NAUDRH.COM

Expertise en droit de la fonction publique territoriale, gestion des ressources humaines, management public et transformation des organisations.

naudrhexpertise@gmail.com

www.naudrh.com

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25 octobre 2026 7 25 /10 /octobre /2026 12:08

 

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NAUDRH.COM | Analyse RH territoriale

Retraites 2026 : le véritable défi des DRH territoriaux est désormais de permettre aux agents d'aller jusqu'au bout de leur carrière.

Les données de la DREES mettent en lumière une réalité bien connue des employeurs territoriaux : entre l'allongement des carrières et la capacité réelle des agents à rester en emploi, l'écart peut être considérable.

Dans les directions des ressources humaines territoriales, la question des retraites a longtemps été abordée principalement à travers les prévisions de départ, la constitution des dossiers CNRACL et le renouvellement des effectifs. Cette approche demeure indispensable, mais elle ne suffit plus à rendre compte des difficultés rencontrées par les collectivités.

La publication de l'édition 2026 du panorama Les retraités et les retraites de la DREES invite à regarder les fins de carrière sous un autre angle. Au-delà des chiffres relatifs aux pensions et à l'âge de liquidation, elle met en évidence les inégalités de parcours professionnels et la situation préoccupante des personnes qui ne sont plus en emploi sans avoir encore accédé à la retraite.

Pour les employeurs territoriaux, cette question prend une dimension particulière. Les carrières s'allongent alors que certains métiers restent physiquement exigeants, que les possibilités de mobilité ne sont pas toujours suffisantes et que les situations d'inaptitude peuvent devenir particulièrement complexes à gérer.

Il ne s'agit pas de considérer que tous les agents vieillissants rencontrent des difficultés professionnelles. Beaucoup poursuivent leur activité dans de bonnes conditions et disposent d'une expérience précieuse pour leur collectivité. Mais l'allongement des carrières oblige les DRH à regarder plus attentivement ce qui se passe durant les cinq ou dix dernières années d'activité.

C'est probablement l'un des principaux enseignements à tirer des données publiées par la DREES.

Les départs à la retraite reculent, mais les situations professionnelles restent très différentes

À la fin de l'année 2024, la France comptait 17,3 millions de retraités percevant une pension de droit direct d'un régime français. Leur nombre avait augmenté de 0,7 % en un an, soit environ 114 000 personnes supplémentaires.

Dans le même temps, 718 000 personnes avaient liquidé pour la première fois une pension de retraite, un effectif en diminution de 6,7 % par rapport à 2023. Cette évolution s'inscrit notamment dans les effets progressifs de la réforme des retraites de 2023.

L'âge conjoncturel moyen de départ à la retraite atteignait 62 ans et 11 mois en 2024, contre 62 ans et 8 mois l'année précédente. Il s'établissait à 63 ans et 3 mois pour les femmes et à 62 ans et 7 mois pour les hommes.

Depuis 2010, cet âge a progressé de deux ans et cinq mois.

Ces données confirment que les actifs quittent progressivement le marché du travail plus tardivement. Elles ne permettent cependant pas de conclure que tous demeurent effectivement en emploi jusqu'au moment de leur départ.

Cette distinction est essentielle pour les collectivités territoriales.

Dans les services, les situations de fin de carrière sont extrêmement différentes. Certains agents souhaitent poursuivre leur activité au-delà de l'âge auquel ils pourraient partir. D'autres rencontrent des difficultés physiques ou médicales plusieurs années avant l'ouverture de leurs droits à pension.

Entre ces deux situations, les DRH doivent gérer des demandes d'aménagement de poste, des temps partiels, des mobilités, des restrictions d'aptitude ou des périodes prolongées d'absence pour raison de santé.

Le recul de l'âge de départ ne fait pas disparaître ces difficultés. Il peut, au contraire, prolonger la période pendant laquelle elles doivent être prises en charge.

Le niveau moyen des pensions masque des écarts importants entre les parcours

Selon la DREES, la pension mensuelle moyenne de droit direct des retraités résidant en France s'établissait à 1 752 euros bruts en 2024, soit 1 626 euros nets après prélèvements sociaux.

Le pouvoir d'achat de la pension brute moyenne a progressé de 3,8 % en euros constants au cours de l'année, notamment sous l'effet des revalorisations et du ralentissement de l'inflation.

Ces moyennes nationales doivent être utilisées avec prudence.

Elles regroupent des retraités relevant de régimes différents, ayant connu des carrières complètes ou incomplètes, des niveaux de rémunération très variables et des périodes d'interruption d'activité.

Dans la fonction publique territoriale, les règles applicables aux fonctionnaires affiliés à la CNRACL ne sont pas identiques à celles des agents contractuels relevant du régime général et de l'Ircantec.

Cette différence ne relève pas d'une simple question technique. Elle a des conséquences directes sur les modalités de calcul de la pension, la prise en compte de certaines périodes de carrière et les conditions de liquidation.

Lorsqu'un agent envisage un départ, un temps partiel ou une retraite progressive, l'information qui lui est délivrée doit donc être adaptée à sa situation statutaire.

Il serait particulièrement risqué de transposer à un fonctionnaire territorial des règles présentées dans une étude nationale sans vérifier le régime de retraite auquel il appartient.

La fiabilisation des carrières et la qualité de l'information délivrée aux agents constituent, à cet égard, des responsabilités importantes pour les services RH.

Les inégalités de pension entre les femmes et les hommes doivent interroger les politiques de carrière

Les données de la DREES montrent que les écarts de pension entre les femmes et les hommes demeurent élevés.

En 2024, la pension moyenne brute de droit direct des femmes atteignait 1 383 euros par mois, contre 2 186 euros pour les hommes, soit un écart d'environ 37 %.

La prise en compte des pensions de réversion réduit cette différence, sans la faire disparaître.

Ces écarts résultent notamment des différences de rémunération, des interruptions de carrière, des périodes de temps partiel et des durées d'assurance.

La fonction publique territoriale n'échappe pas aux questions soulevées par ces trajectoires professionnelles.

Les filières sociales, médico-sociales et administratives comportent une proportion importante de femmes. Certaines carrières peuvent être marquées par des périodes de travail à temps partiel ou par des interruptions liées aux responsabilités familiales.

Il serait toutefois inexact de considérer que les écarts nationaux de pension mesurés par la DREES correspondent directement à ceux des retraités de la CNRACL.

Ces chiffres doivent plutôt conduire les collectivités à examiner les effets de leurs propres pratiques de gestion.

Une politique d'égalité professionnelle ne peut pas se limiter à l'analyse des écarts de rémunération entre agents en activité. Elle doit aussi tenir compte des conséquences des choix de carrière sur les droits futurs à pension.

La question mérite notamment d'être examinée lors des demandes de temps partiel. Selon la situation de l'agent, les périodes concernées peuvent produire des effets différents sur la durée d'assurance, la durée liquidable et le montant de la pension.

Ces distinctions sont parfois mal connues des agents eux-mêmes.

Les DRH ont donc intérêt à intégrer les conséquences sur la retraite dans l'information délivrée lors des décisions qui modifient durablement le déroulement de carrière.

Les seniors ni en emploi ni à la retraite : une réalité préoccupante

L'un des enseignements les plus importants des travaux statistiques concerne les personnes qui ont quitté l'emploi sans avoir encore liquidé leur pension.

La DREES utilise notamment la catégorie des personnes « ni en emploi, ni à la retraite, ni en préretraite », désignées par l'acronyme NERP.

Cette notion est statistique. Elle ne correspond pas à un statut juridique particulier.

Elle regroupe des situations différentes : personnes au chômage, personnes confrontées à des problèmes de santé, bénéficiaires de prestations sociales ou personnes durablement éloignées de l'emploi.

Les travaux repris dans le rapport évaluent cette population à environ 1,4 million de personnes, selon le champ d'âge et l'année de référence retenus.

Le constat est d'autant plus préoccupant qu'une partie importante de ces personnes ne relève pas du chômage au sens strict.

À 59 ans, moins d'une personne NERP sur cinq est considérée comme chômeuse au sens du Bureau international du travail.

Les autres se trouvent dans différentes situations d'inactivité, parfois sans perspective réaliste de retour à l'emploi.

Les conséquences sur le niveau de vie sont importantes. Les études citées font apparaître un taux de pauvreté monétaire d'environ 32 % parmi les seniors NERP, contre un niveau nettement inférieur chez les personnes du même âge qui occupent un emploi ou perçoivent une retraite.

Le niveau de vie médian de cette population est estimé à 1 270 euros par mois dans les travaux mentionnés.

Ces données ne décrivent pas directement la situation des fonctionnaires territoriaux. Elles montrent néanmoins qu'il existe, pour une partie des actifs, une période particulièrement fragile entre la fin de l'emploi et l'accès à la retraite.

Cette période mérite d'être prise en considération dans les politiques publiques, mais aussi dans les pratiques des employeurs.

Dans la fonction publique territoriale, les difficultés de fin de carrière prennent d'autres formes

Les fonctionnaires territoriaux titulaires bénéficient de garanties statutaires qui les distinguent des salariés du secteur privé.

Les congés pour raison de santé, les possibilités d'aménagement du poste, les procédures de reclassement et les dispositifs de retraite pour invalidité obéissent à des règles spécifiques.

Il serait donc juridiquement incorrect de considérer qu'un fonctionnaire territorial devenu inapte à ses fonctions se retrouve automatiquement dans la même situation qu'un salarié licencié pour inaptitude.

Pour autant, les garanties statutaires ne suppriment pas toutes les difficultés.

Les DRH connaissent les situations dans lesquelles un agent ne peut plus exercer les missions correspondant à son grade ou à son emploi, sans pour autant être reconnu définitivement inapte à toute activité professionnelle.

La recherche d'un poste compatible avec son état de santé peut alors devenir particulièrement complexe.

Dans une petite collectivité, le nombre limité d'emplois disponibles réduit les possibilités de mobilité. Dans une structure plus importante, les postes existent parfois, mais leur adéquation avec les capacités et les compétences de l'agent n'est pas toujours évidente.

Ces situations nécessitent souvent un travail prolongé entre les services RH, les responsables hiérarchiques, les acteurs de la médecine du travail et les instances médicales compétentes.

Elles peuvent également avoir des conséquences financières importantes pour l'agent lorsque sa position administrative évolue.

La difficulté ne réside donc pas uniquement dans le risque d'une sortie définitive de l'emploi. Elle concerne aussi les périodes pendant lesquelles l'agent demeure dans les effectifs sans pouvoir exercer durablement ses fonctions habituelles.

C'est dans ces situations que l'anticipation prend tout son sens.

L'allongement des carrières rend la prévention de l'usure professionnelle indispensable

Les données nationales relatives à l'emploi des seniors montrent que le maintien dans l'activité devient plus difficile avec l'avancée en âge.

En 2024, le taux d'emploi des personnes âgées de 55 à 59 ans atteignait environ 78 %. Celui des 60 à 64 ans s'établissait à 42,4 %.

Cette différence rappelle que le recul de l'âge de départ à la retraite ne garantit pas, à lui seul, la poursuite effective de l'activité professionnelle.

Dans la fonction publique territoriale, cette question doit être examinée à partir des métiers.

Un agent administratif, un agent de voirie, un professionnel de la petite enfance ou un agent intervenant auprès de personnes dépendantes ne sont pas exposés aux mêmes contraintes.

Les conditions de travail, les horaires, les efforts physiques et les possibilités d'aménagement diffèrent sensiblement.

Il ne s'agit pas de considérer qu'un agent devient moins apte à exercer ses missions à partir d'un âge déterminé. Une telle approche serait réductrice et pourrait conduire à des pratiques discriminatoires.

En revanche, certaines expositions professionnelles répétées peuvent produire des effets sur la santé au fil des années.

La prévention de l'usure professionnelle devrait donc être intégrée beaucoup plus tôt dans la gestion des parcours.

Dans certaines collectivités, les difficultés ne sont réellement prises en charge qu'après plusieurs arrêts de travail ou lorsqu'une restriction médicale rend nécessaire un changement d'affectation.

À ce stade, les possibilités de mobilité sont parfois déjà réduites.

La formation, l'évolution des missions, l'adaptation des équipements et l'organisation des parcours professionnels devraient permettre d'agir avant que le maintien sur le poste ne devienne impossible.

Cette démarche suppose de mieux articuler les politiques de prévention, les lignes directrices de gestion, la formation professionnelle et la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.

La question des fins de carrière ne relève plus seulement du service chargé des retraites. Elle concerne l'ensemble de la politique RH.

La retraite progressive peut faciliter certaines transitions

La retraite progressive constitue l'un des dispositifs susceptibles d'accompagner les dernières années d'activité.

Elle permet, sous certaines conditions, de percevoir une fraction de sa pension tout en poursuivant une activité professionnelle réduite.

Depuis le 1er septembre 2025, l'âge d'accès au dispositif est fixé à 60 ans, sous réserve de remplir les autres conditions réglementaires.

Pour les agents territoriaux, les modalités de mise en œuvre dépendent notamment du statut, du régime de retraite et des règles applicables au temps partiel.

Il convient de rappeler que la retraite progressive ne confère pas un droit général à choisir librement son organisation du travail. Les conditions statutaires et les nécessités du service doivent être prises en considération.

Ce dispositif présente néanmoins un intérêt pour certaines fins de carrière.

Il peut permettre à un agent de réduire progressivement son activité, de préparer son départ et d'organiser la transmission de ses compétences.

Il ne constitue pas pour autant une réponse suffisante à toutes les situations d'usure professionnelle.

Réduire le temps de présence d'un agent ne résout pas nécessairement les difficultés liées à un poste physiquement exigeant ou à des conditions de travail devenues incompatibles avec son état de santé.

La retraite progressive doit donc être envisagée comme un outil parmi d'autres, dans le cadre d'une réflexion plus large sur les conditions de maintien dans l'emploi.

Le cumul emploi-retraite répond à une logique différente

Le cumul emploi-retraite concerne des personnes ayant déjà liquidé leur pension et qui poursuivent ou reprennent une activité professionnelle.

Les données présentées dans le rapport font état d'environ 619 000 personnes en situation de cumul emploi-retraite en 2024.

Les motivations peuvent être diverses : compléter ses revenus, maintenir une activité, transmettre des compétences ou poursuivre un engagement professionnel.

Dans la fonction publique territoriale, les règles applicables nécessitent une analyse attentive, notamment lorsqu'un ancien fonctionnaire affilié à la CNRACL envisage de reprendre une activité auprès d'un employeur public.

Les conséquences sur le versement de la pension et sur l'acquisition éventuelle de nouveaux droits dépendent de la situation de l'intéressé et des dispositions applicables.

Les évolutions prévues à compter de 2027 rendent cette vérification particulièrement importante.

Le cumul emploi-retraite peut présenter un intérêt pour les collectivités qui souhaitent bénéficier ponctuellement de compétences expérimentées.

Il ne doit cependant pas être confondu avec une politique de maintien dans l'emploi des agents en fin de carrière.

Le retour à l'activité après liquidation de la pension ne répond pas aux mêmes besoins que l'accompagnement d'un agent qui doit encore travailler plusieurs années avant de pouvoir partir.

Les petites pensions rappellent l'importance des parcours professionnels

Les données de la DREES montrent que le niveau de vie médian des retraités demeure, dans l'ensemble, relativement proche de celui de la population générale.

En 2023, leur taux de pauvreté s'établissait à 10,1 %, contre 15,4 % pour l'ensemble de la population.

Ces chiffres ne doivent cependant pas masquer les situations individuelles de précarité.

Une pension modeste peut résulter d'une carrière incomplète, de rémunérations faibles ou de périodes d'interruption d'activité.

Le rapport rappelle également l'importance des mécanismes de solidarité, notamment le minimum vieillesse et les dispositifs de majoration de certaines pensions.

Fin 2024, environ 754 000 personnes bénéficiaient du minimum vieillesse.

La réforme de 2023 a par ailleurs conduit à une revalorisation du minimum contributif pour une partie des retraités concernés.

Selon le bilan repris dans le rapport, près de 1,3 million de personnes ont bénéficié d'une augmentation, pour un gain moyen de 52 euros bruts mensuels.

Ces mesures ne doivent pas être présentées comme la garantie que toute personne ayant travaillé dispose automatiquement d'une pension de 1 200 euros.

Les conditions d'attribution sont précises et dépendent notamment des droits acquis et des règles propres aux régimes concernés.

Pour les DRH territoriaux, une distinction doit être rappelée : le minimum contributif du régime général et le minimum garanti applicable à certaines pensions de fonctionnaires ne correspondent pas au même dispositif.

Cette précision est essentielle lorsqu'un agent cherche à estimer le montant de sa future pension.

Une information approximative peut conduire à des décisions de départ fondées sur des hypothèses financières erronées.

Préparer la retraite ne devrait plus être une démarche de dernière année

Dans de nombreuses collectivités, l'accompagnement des départs à la retraite repose encore largement sur la vérification administrative des droits au moment où l'agent annonce son intention de partir.

La constitution du dossier CNRACL, la vérification des services accomplis et le contrôle des éléments de carrière demeurent évidemment indispensables.

Mais les décisions qui influencent le montant de la pension interviennent souvent bien avant cette étape.

Les périodes de temps partiel, certaines interruptions d'activité, les mobilités et les choix de fin de carrière peuvent avoir des conséquences importantes sur les droits futurs.

Les agents ne disposent pas toujours d'une information suffisante pour mesurer ces effets.

La DRH ne se substitue pas à la caisse de retraite dans la détermination officielle du montant de la pension. Elle doit néanmoins veiller à la fiabilité des données de carrière et à l'orientation des agents vers les interlocuteurs compétents.

Il serait utile que les collectivités développent une information plus précoce, notamment à l'occasion des changements importants de situation professionnelle.

La préparation de la retraite devrait ainsi s'inscrire dans une logique de parcours plutôt que dans une procédure administrative concentrée sur les derniers mois d'activité.

Cette évolution permettrait également de mieux anticiper les départs et d'organiser la transmission des compétences.

Les réformes des retraites ont des conséquences directes sur la gestion des effectifs

Le report de l'âge de départ à la retraite modifie les perspectives de renouvellement des effectifs.

Les collectivités doivent adapter leurs prévisions de départ, leurs politiques de recrutement et leurs démarches de gestion des compétences.

Mais ces conséquences ne sont pas uniquement quantitatives.

L'allongement des carrières peut accroître les besoins d'aménagement des postes, de formation, de mobilité et d'accompagnement des situations d'inaptitude.

Il peut également modifier les conditions dans lesquelles les services organisent la transmission des savoir-faire.

Une collectivité qui se contente d'actualiser les dates prévisionnelles de départ à la retraite risque de passer à côté de ces évolutions.

La gestion prévisionnelle des emplois et des compétences doit désormais intégrer davantage les conditions de soutenabilité des parcours professionnels.

Il ne suffit pas de savoir combien d'agents partiront dans les cinq prochaines années. Il faut également s'interroger sur les métiers concernés, les contraintes auxquelles les agents sont exposés et les possibilités d'évolution qui leur seront offertes avant leur départ.

Cette réflexion mérite d'être conduite avec les responsables opérationnels, les acteurs de la prévention et les représentants du personnel.

Le dialogue social peut contribuer à identifier les difficultés et à construire des réponses adaptées, notamment dans les métiers où l'usure professionnelle constitue un enjeu récurrent.

Une responsabilité nouvelle pour les DRH territoriaux

Les données de la DREES ne constituent pas une photographie spécifique de la fonction publique territoriale.

Elles ne permettent pas d'affirmer que les fonctionnaires territoriaux connaissent les mêmes situations de précarité, dans les mêmes proportions, que l'ensemble des seniors observés au niveau national.

Elles éclairent néanmoins une difficulté que les employeurs publics doivent désormais intégrer à leurs politiques de ressources humaines.

L'allongement de la durée des carrières n'a de sens que si les conditions de travail permettent effectivement aux agents de poursuivre leur activité.

Cela suppose de mieux anticiper les situations d'usure, de développer les possibilités d'évolution professionnelle et d'accompagner les transitions vers la retraite.

La retraite progressive peut apporter une réponse dans certaines situations. Les dispositifs de reclassement et de maintien dans l'emploi en apportent d'autres. La formation, la prévention et l'organisation du travail demeurent cependant les leviers les plus structurants.

Ces questions ne peuvent plus être traitées séparément.

Elles doivent trouver leur place dans une politique RH cohérente, associant gestion des carrières, prévention des risques professionnels, dialogue social et préparation des départs.

Conclusion : permettre aux agents de terminer leur carrière dans de bonnes conditions

Les débats sur les retraites se concentrent naturellement sur l'âge légal, la durée d'assurance et l'équilibre financier des régimes.

Pour les DRH territoriaux, une autre question devient tout aussi importante : que se passe-t-il concrètement dans les services lorsque les agents doivent travailler plus longtemps ?

Les données de la DREES rappellent qu'une partie des actifs quitte l'emploi avant d'accéder à la retraite et que cette période peut s'accompagner de difficultés économiques importantes.

Les agents territoriaux bénéficient de garanties statutaires spécifiques, mais celles-ci ne dispensent pas les collectivités d'anticiper les conséquences de l'allongement des carrières.

La prévention de l'usure professionnelle, l'adaptation des postes, la mobilité et la préparation des départs doivent désormais être envisagées comme les différentes composantes d'une même politique.

Les collectivités ont tout intérêt à agir suffisamment tôt, avant que les difficultés de santé ou d'aptitude ne réduisent les possibilités d'accompagnement.

La question n'est plus seulement de savoir à quel âge les agents territoriaux pourront prendre leur retraite. Elle est de savoir dans quelles conditions ils pourront exercer leurs missions jusqu'à cet âge.

C'est probablement sur ce point que les politiques RH territoriales devront le plus évoluer au cours des prochaines années.

Sources et portée de l'analyse

Source principale : DREES, Les retraités et les retraites, édition 2026. Les données statistiques citées concernent différentes années de référence et portent sur l'ensemble de la population étudiée, et non exclusivement sur les agents de la fonction publique territoriale. Les dispositifs statutaires évoqués doivent être appréciés selon la situation individuelle et les textes en vigueur à la date de la décision.

Pascal NAUD

Président fondateur de NAUDRH.COM

Expertise en droit de la fonction publique territoriale, gestion des ressources humaines et management public.

naudrhexpertise@gmail.com

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25 octobre 2026 7 25 /10 /octobre /2026 09:01

 

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Proches aidants dans la fonction publique territoriale : un sujet RH qui ne peut plus rester dans l'angle mort des collectivités

Les agents qui accompagnent un parent dépendant, un conjoint malade ou un enfant en situation de handicap doivent concilier leurs obligations professionnelles avec des responsabilités familiales exigeantes. Pour les DRH territoriaux, la question dépasse la seule gestion des congés statutaires.

Dans les collectivités territoriales, les situations de proches aidants se présentent rarement comme un sujet de politique RH clairement identifié. Elles apparaissent plutôt au détour d'une demande d'aménagement d'horaires, d'un changement de planning, d'une sollicitation de télétravail ou d'une absence imprévue. Il arrive également qu'un agent évoque ses difficultés à l'occasion d'un entretien professionnel, lorsqu'il devient compliqué de concilier ses responsabilités familiales avec les exigences de son poste.

Ces situations ne sont pas nouvelles. Ce qui change, c'est leur fréquence, leur durée et la difficulté croissante à les traiter uniquement par des arrangements ponctuels.

Le vieillissement de la population, l'allongement de la durée de vie avec des situations de dépendance et l'évolution des structures familiales conduisent un nombre important d'actifs à accompagner régulièrement un proche. Les collectivités territoriales sont directement concernées, notamment en raison de la structure démographique de leurs effectifs et de la forte représentation des femmes dans plusieurs filières professionnelles.

Pour une direction des ressources humaines, la difficulté est de trouver un équilibre entre des contraintes qui peuvent sembler contradictoires. L'agent doit pouvoir exercer ses droits et bénéficier d'un accompagnement adapté. Le responsable de service doit continuer à organiser l'activité et garantir la continuité du service public. Quant à la collectivité, elle doit éviter que les réponses apportées à des situations comparables reposent exclusivement sur la sensibilité ou les marges de manœuvre de chaque encadrant.

Cette question mérite aujourd'hui d'être traitée autrement que comme une succession de situations individuelles.

1. Une réalité souvent invisible dans les services

La première difficulté tient au fait que de nombreux agents ne se reconnaissent pas spontanément comme proches aidants. Accompagner un parent vieillissant, organiser les rendez-vous médicaux d'un conjoint ou assurer les démarches administratives d'un enfant en situation de handicap peut être vécu comme une responsabilité familiale ordinaire.

Certains agents ignorent qu'ils peuvent bénéficier de dispositifs spécifiques. D'autres préfèrent ne pas évoquer leur situation, par discrétion ou parce qu'ils craignent que leurs contraintes personnelles soient interprétées comme un manque de disponibilité professionnelle.

Cette réserve est particulièrement compréhensible dans des services où les absences sont difficiles à remplacer et où chaque modification de planning peut avoir des conséquences immédiates sur l'organisation du travail.

Il serait cependant maladroit de chercher à identifier systématiquement les agents aidants au moyen de questionnaires nominatifs ou de démarches intrusives. La situation médicale d'un proche relève de la vie privée. Le fait qu'un agent sollicite régulièrement un aménagement de son organisation professionnelle ne permet pas davantage de présumer qu'il assume une responsabilité d'aidance.

La démarche pertinente consiste plutôt à rendre les dispositifs connus et accessibles. Un agent doit pouvoir identifier facilement son interlocuteur RH, connaître les possibilités statutaires qui existent et être assuré que sa demande sera examinée avec discrétion.

Cette confiance est essentielle. Dans les faits, un dispositif peut être parfaitement prévu par les textes et demeurer très peu utilisé si les agents hésitent à faire connaître leurs difficultés.

2. Des conséquences professionnelles qui ne se limitent pas aux absences

L'aidance peut prendre des formes très différentes. Certains agents doivent accompagner ponctuellement un proche à des consultations. D'autres assurent quotidiennement des tâches matérielles, organisent des soins à domicile ou restent disponibles pour répondre à des situations d'urgence.

La difficulté ne tient pas seulement au temps consacré à ces responsabilités. Elle réside aussi dans leur imprévisibilité.

Un agent peut être présent à son poste tout en supportant une charge mentale importante. Les nuits interrompues, les inquiétudes concernant l'évolution de l'état de santé d'un proche ou la multiplication des démarches administratives peuvent progressivement altérer sa capacité de récupération.

Il ne faut évidemment pas en déduire que les proches aidants seraient nécessairement moins efficaces ou davantage absents que les autres agents. Une telle généralisation serait injustifiée.

En revanche, lorsqu'une situation familiale difficile se cumule avec des conditions de travail exigeantes, le risque d'épuisement mérite d'être pris en considération.

Les collectivités connaissent bien les conséquences des absences prolongées, notamment dans les métiers soumis à des contraintes de continuité. Elles sont parfois moins attentives aux situations dans lesquelles un agent continue à travailler malgré une fatigue importante, jusqu'au moment où l'équilibre devient difficile à maintenir.

La prévention doit précisément permettre d'intervenir avant cette dégradation.

Pour les DRH, l'enjeu n'est pas d'expliquer les arrêts de maladie par les responsabilités familiales des agents. Il est de s'interroger sur les possibilités d'organisation qui peuvent limiter les difficultés lorsqu'une situation d'aidance est connue et que l'agent souhaite être accompagné.

3. Le congé de proche aidant : un droit qui ne répond pas à toutes les difficultés

Le congé de proche aidant est aujourd'hui le principal dispositif statutaire permettant à un agent public de suspendre temporairement son activité pour accompagner un proche répondant aux conditions prévues par les textes.

Prévu par le Code général de la fonction publique et organisé, pour la fonction publique territoriale, par le décret du 8 décembre 2020, il peut être accordé pour une durée maximale de trois mois renouvelable, dans la limite d'un an sur l'ensemble de la carrière.

Il peut être pris de manière continue, fractionnée ou sous la forme d'un temps partiel, selon les modalités réglementaires applicables.

Cette souplesse présente un intérêt réel. Les besoins d'accompagnement ne justifient pas toujours une interruption complète de l'activité professionnelle. Ils peuvent être concentrés sur certaines périodes ou évoluer au fil de la situation du proche.

La principale difficulté demeure cependant financière.

Le congé de proche aidant n'est pas rémunéré par la collectivité. L'agent peut bénéficier, sous certaines conditions, de l'allocation journalière du proche aidant, mais celle-ci ne constitue pas un maintien de sa rémunération habituelle.

Depuis les évolutions applicables en 2025, l'AJPA peut être versée dans la limite de 66 jours pour une même personne aidée, avec une possibilité de renouvellement pour d'autres proches éligibles, dans une limite globale de 264 jours au cours de la carrière.

Il importe de distinguer cette durée d'indemnisation de la durée statutaire du congé. Les deux mécanismes ne se confondent pas.

Dans la pratique, un agent peut donc remplir les conditions pour bénéficier d'un congé sans être financièrement en mesure de l'utiliser pendant toute la durée nécessaire.

Cette réalité doit être prise en compte par les services RH lorsqu'ils présentent les droits ouverts. Il ne suffit pas d'indiquer qu'un congé existe. Encore faut-il expliquer ses conséquences sur la rémunération et orienter l'agent vers les organismes compétents pour l'examen de ses droits à prestation.

4. La qualification du congé demandé mérite une attention particulière

Toutes les situations d'accompagnement familial ne relèvent pas du congé de proche aidant.

Le congé de solidarité familiale concerne notamment l'accompagnement d'un proche dont la pathologie met en jeu le pronostic vital ou qui se trouve en phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable.

Le congé de présence parentale répond, quant à lui, aux situations dans lesquelles l'état de santé d'un enfant à charge nécessite une présence soutenue et des soins contraignants. Il permet de bénéficier d'un contingent de 310 jours ouvrés au cours d'une période de trente-six mois, selon les conditions réglementaires applicables.

Ces congés obéissent à des règles distinctes, notamment en matière de durée, de modalités d'utilisation et de prestations sociales susceptibles d'être versées.

Pour un gestionnaire RH, la difficulté apparaît souvent dès la réception de la demande. L'agent ne connaît pas nécessairement les différences entre les dispositifs et peut solliciter un congé qui ne correspond pas à sa situation.

L'accompagnement administratif doit donc commencer par une qualification juridique précise, sans conduire le service RH à recueillir des informations médicales qui ne sont pas nécessaires à l'instruction.

Cette vigilance permet d'éviter qu'un agent utilise ses congés annuels ou demande un temps partiel de droit commun alors qu'un dispositif spécifique pourrait répondre plus justement à son besoin.

5. Le don de jours de repos apporte une réponse complémentaire

Le dispositif de don de jours de repos permet, dans certaines situations prévues par la réglementation, à un agent public de bénéficier de jours donnés par des collègues.

Il peut notamment être mobilisé pour accompagner un proche atteint d'une perte d'autonomie d'une particulière gravité ou présentant un handicap, lorsque les conditions réglementaires sont réunies.

Ce mécanisme présente l'avantage de permettre au bénéficiaire de s'absenter tout en conservant sa rémunération dans les conditions prévues par les textes.

Il repose cependant sur une logique de solidarité. Il ne garantit pas qu'un agent puisse obtenir automatiquement un nombre déterminé de jours.

La collectivité doit veiller à la régularité de la procédure, au respect de l'anonymat des donateurs et à l'égalité de traitement des demandes.

Il est également préférable que les modalités pratiques soient clairement établies. À défaut, le fonctionnement du dispositif peut devenir difficile à comprendre, notamment lorsque plusieurs agents souhaitent en bénéficier.

Pour les DRH, ce mécanisme ne doit pas être considéré comme un substitut aux droits statutaires. Il constitue une possibilité complémentaire, dont l'intérêt dépend des situations et des jours effectivement disponibles.

6. Le télétravail peut faciliter l'organisation quotidienne, mais ne constitue pas une solution universelle

Le télétravail est fréquemment évoqué lorsqu'un agent doit accompagner un proche.

Les dispositions réglementaires permettent, sous certaines conditions, de déroger au plafond habituel de télétravail pour les agents répondant aux critères applicables aux proches aidants.

Cette possibilité mérite d'être connue des directions des ressources humaines, car elle peut offrir une souplesse réelle dans l'organisation quotidienne.

Elle ne signifie pas pour autant qu'un agent proche aidant dispose automatiquement d'un droit au télétravail intégral.

L'autorisation reste liée à la nature des fonctions exercées, aux conditions d'organisation du service et aux règles applicables. Une demande doit être examinée individuellement, et un refus doit être motivé dans les conditions prévues par les textes.

Cette question prend une importance particulière dans la fonction publique territoriale, où les possibilités de télétravail varient fortement selon les métiers.

Un agent exerçant des fonctions administratives peut parfois bénéficier d'une organisation plus souple. Un agent de restauration scolaire, un professionnel de la petite enfance ou un agent technique intervenant sur le terrain ne dispose pas des mêmes possibilités.

Il serait donc peu satisfaisant qu'une politique d'accompagnement des aidants repose principalement sur le télétravail. Elle risquerait de bénéficier essentiellement aux agents dont les fonctions offrent déjà davantage de souplesse.

Les aménagements d'horaires, l'anticipation des plannings ou les possibilités de recours aux congés statutaires doivent également être examinés.

Il faut enfin rappeler que le télétravail ne dispense pas l'agent d'exercer ses missions pendant ses heures de service. Il peut faciliter la conciliation entre certaines contraintes personnelles et professionnelles, mais il ne saurait se substituer à une prise en charge permanente d'un proche dépendant.

7. L'action sociale mérite d'être davantage mobilisée

Les difficultés financières constituent souvent un obstacle à l'utilisation des congés destinés aux proches aidants.

Un agent peut disposer d'un droit statutaire parfaitement établi sans pouvoir supporter la diminution de revenus qui résulterait de son exercice.

La collectivité ne peut pas décider librement de maintenir une rémunération lorsque les textes prévoient un congé non rémunéré. En revanche, elle peut examiner les possibilités offertes par sa politique d'action sociale, dans le respect du cadre juridique applicable.

Les prestations sociales, certaines aides exceptionnelles ou les dispositifs de soutien proposés par des partenaires spécialisés peuvent contribuer à atténuer les difficultés rencontrées.

L'accompagnement ne doit d'ailleurs pas être envisagé uniquement sous l'angle financier.

Les agents peuvent avoir besoin d'informations sur les dispositifs de répit, les aides à domicile, les démarches administratives ou les interlocuteurs compétents pour organiser l'accompagnement de leur proche.

Dans ce domaine, les services sociaux du personnel, les organismes de protection sociale et les structures spécialisées peuvent jouer un rôle important.

La DRH n'a pas vocation à devenir un service d'accompagnement médico-social des familles. Elle peut néanmoins faciliter l'accès aux ressources existantes et éviter que les agents soient contraints de rechercher seuls des informations complexes dans des situations souvent éprouvantes.

Une politique efficace commence parfois par une meilleure lisibilité des interlocuteurs et des démarches.

8. Les managers doivent être accompagnés dans le traitement de ces situations

Le responsable hiérarchique est généralement le premier confronté aux conséquences professionnelles d'une situation d'aidance.

Il doit organiser les plannings, répartir les tâches et assurer la continuité de l'activité. Il peut aussi être sollicité directement par un agent qui rencontre des difficultés.

Son rôle est important, mais ses limites doivent être clairement définies.

Un manager peut échanger avec un agent sur ses contraintes de disponibilité et sur les adaptations professionnelles envisageables. Il ne lui appartient pas de rechercher des informations sur l'état de santé d'un parent ou d'exiger des explications détaillées concernant la situation familiale.

Il ne doit pas davantage prendre seul des décisions relevant de l'instruction statutaire d'un congé.

Dans les collectivités, certaines difficultés naissent précisément de l'absence de cadre commun. Un responsable accepte des adaptations informelles, tandis qu'un autre refuse une demande comparable au nom des nécessités du service.

Ces différences peuvent être difficiles à justifier et fragiliser la confiance des agents.

La DRH doit donc fournir aux encadrants des repères simples sur les dispositifs existants, les possibilités d'aménagement et les situations qui nécessitent une intervention du service RH.

Il ne s'agit pas de retirer toute marge d'appréciation aux managers. Il s'agit de leur permettre d'exercer leurs responsabilités dans un cadre cohérent, juridiquement sécurisé et respectueux de la vie privée.

9. Une politique qui doit tenir compte des contraintes propres à chaque métier

La fonction publique territoriale se caractérise par une grande diversité de métiers et d'organisations du travail.

Cette réalité doit être prise en considération lorsqu'une collectivité souhaite développer une politique d'accompagnement des proches aidants.

Les possibilités d'aménagement sont naturellement plus importantes dans certaines fonctions administratives que dans des services nécessitant une présence physique permanente.

Il serait pourtant excessif d'en conclure que les agents des métiers opérationnels ne peuvent bénéficier d'aucune adaptation.

L'anticipation des plannings, l'examen des horaires, l'organisation des remplacements ou l'accès facilité aux informations statutaires peuvent apporter des réponses adaptées, même lorsque le télétravail n'est pas envisageable.

L'enjeu est d'éviter que les dispositifs reposent sur une conception trop uniforme du travail territorial.

Cette réflexion doit également intégrer les conséquences sur les collectifs. Lorsqu'un agent bénéficie d'une adaptation de son organisation, la charge correspondante ne doit pas être reportée durablement et sans examen sur ses collègues.

Une politique d'accompagnement réussie suppose donc de prendre en compte à la fois les besoins individuels et les conditions réelles de fonctionnement des services.

10. Le dialogue social peut contribuer à structurer une réponse collective

La question des proches aidants trouve naturellement sa place dans les réflexions relatives à la qualité de vie et des conditions de travail, à la prévention des risques psychosociaux et à l'action sociale.

Elle peut également être abordée dans le cadre des travaux du comité social territorial et, pour les questions relevant de ses compétences, de la formation spécialisée en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail.

L'intérêt d'une telle démarche est de dépasser le traitement ponctuel des demandes.

Une collectivité peut ainsi examiner la lisibilité de ses procédures, les possibilités d'adaptation de l'organisation du travail et les moyens de mieux informer les agents.

Il n'est pas nécessaire de créer systématiquement un dispositif autonome consacré aux proches aidants. Le sujet peut être intégré aux politiques RH existantes, à condition que les mesures retenues soient suffisamment identifiables.

Il convient également de rester prudent dans l'utilisation des données.

Une collectivité peut chercher à évaluer l'utilisation de ses dispositifs ou à apprécier les besoins exprimés par les agents. Cette démarche ne doit pas conduire à constituer un recensement nominatif des situations familiales ou médicales sans fondement approprié.

Des données agrégées, des retours anonymisés et l'analyse des demandes peuvent contribuer au pilotage, dans le respect des règles de protection des données personnelles.

11. Un enjeu de fidélisation qui mérite d'être pris au sérieux

Les collectivités territoriales rencontrent déjà des difficultés de recrutement et de fidélisation dans plusieurs métiers.

Les responsabilités d'aidance peuvent accentuer certaines de ces difficultés lorsqu'elles conduisent un agent à réduire durablement son activité, à renoncer à une évolution professionnelle ou à envisager un changement d'employeur.

Il serait cependant réducteur de présenter l'accompagnement des proches aidants comme un simple instrument de fidélisation.

La question relève d'abord de la capacité de l'employeur public à tenir compte de contraintes personnelles qui peuvent affecter durablement les conditions d'exercice des missions.

Une organisation qui permet à un agent de solliciter un aménagement dans un cadre clair et équitable contribue à préserver la relation de confiance.

Cette confiance ne garantit pas, à elle seule, une réduction de l'absentéisme ou des départs. Elle constitue néanmoins un élément important de la qualité de la relation professionnelle.

Dans des collectivités confrontées à des tensions sur les effectifs, il serait dommage de perdre des compétences expérimentées faute d'avoir examiné les adaptations qui pouvaient raisonnablement être mises en œuvre.

12. Ce que cette évolution implique pour les directions des ressources humaines

La question des proches aidants oblige les DRH territoriaux à réexaminer plusieurs dimensions de leur organisation.

La première concerne l'information. Les agents doivent pouvoir connaître les dispositifs existants et identifier les interlocuteurs compétents sans avoir à exposer inutilement leur situation personnelle.

La deuxième relève de la sécurité juridique. Les congés statutaires, les possibilités de télétravail dérogatoire et le don de jours de repos doivent être appliqués selon leurs conditions propres, sans confusion entre les différents régimes.

La troisième concerne l'organisation du travail. Les réponses apportées doivent tenir compte des contraintes professionnelles réelles et reposer sur des critères suffisamment cohérents pour éviter les différences de traitement injustifiées.

Enfin, l'accompagnement des aidants doit être articulé avec l'action sociale, la prévention des risques professionnels et la politique de management.

Ces évolutions ne supposent pas nécessairement la création de nouveaux dispositifs coûteux. Elles nécessitent d'abord une meilleure coordination des pratiques existantes.

C'est souvent dans cette coordination que les directions des ressources humaines disposent de leurs principales marges de progrès.

13. Conclusion : faire une place à l'aidance dans les politiques RH territoriales

Les situations de proches aidants vont continuer à occuper une place importante dans la vie professionnelle des agents territoriaux.

Les collectivités ne peuvent évidemment pas supprimer les difficultés liées à la maladie, au handicap ou à la perte d'autonomie d'un membre de la famille.

Elles peuvent en revanche éviter que ces difficultés conduisent systématiquement à des solutions improvisées, à des renoncements professionnels ou à une dégradation progressive des conditions de travail.

Les droits statutaires constituent un premier niveau de réponse. Ils doivent être connus, correctement appliqués et expliqués, notamment lorsque leur utilisation entraîne une diminution des revenus.

Mais une politique d'accompagnement ne peut pas se limiter à ces dispositifs.

Elle doit également prendre en compte les possibilités d'organisation, le rôle de l'encadrement, l'accès à l'action sociale et la prévention des situations d'épuisement.

Pour les DRH territoriaux, le sujet mérite donc d'être abordé avec la même exigence que les autres dimensions de la politique de ressources humaines : une connaissance précise des règles, une attention aux situations individuelles et une recherche constante de cohérence dans les décisions.

Reconnaître les contraintes des agents proches aidants ne signifie pas renoncer aux exigences du service public. Cela consiste à rechercher les conditions dans lesquelles ces exigences peuvent continuer à être satisfaites sans fragiliser inutilement les agents qui assument, en parallèle de leur activité professionnelle, des responsabilités familiales parfois considérables.

Références juridiques et documentaires

Code général de la fonction publique : dispositions relatives au congé de proche aidant, au congé de présence parentale et au congé de solidarité familiale.

Décret n° 2020-1557 du 8 décembre 2020 : congé de proche aidant dans la fonction publique.

Décret n° 2015-580 du 28 mai 2015 modifié : don de jours de repos dans la fonction publique.

Décret n° 2016-151 du 11 février 2016 modifié : conditions et modalités de mise en œuvre du télétravail dans la fonction publique.

Décret n° 2023-702 du 31 juillet 2023 : évolution des dispositions relatives au télétravail.

Documentation complémentaire : travaux de la DREES sur les proches aidants, publications de la CNSA et études relatives à la conciliation entre vie professionnelle et responsabilités d'aidance.

Pascal NAUD

Président fondateur de NAUDRH.COM

Expertise en droit de la fonction publique territoriale, gestion des ressources humaines et management public.

naudrhexpertise@gmail.com

www.naudrh.com

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25 octobre 2026 7 25 /10 /octobre /2026 07:54

 

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Actualité statutaire | Fonction publique territoriale

Réforme des attachés territoriaux : un avis unanimement défavorable !

Le 21 octobre 2026, le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale a unanimement rejeté le projet de décret réformant le cadre d'emplois des attachés territoriaux. Pourquoi cette opposition ? Quelles conséquences pour l'accès au grade d'attaché hors classe ? Et que doivent anticiper les DRH territoriaux ?

Par Pascal NAUD – Président fondateur de NAUDRH.COM
Analyse actualisée au 25 octobre 2026

 

La réforme du cadre d'emplois des attachés territoriaux connaît une étape importante. Alors que le Gouvernement entend faire évoluer les conditions d'avancement au grade d'attaché hors classe, son projet de décret vient de rencontrer une opposition unanime au Conseil supérieur de la fonction publique territoriale (CSFPT).

Derrière cet avis défavorable se pose une question importante pour les employeurs publics locaux : comment améliorer les perspectives de carrière des attachés territoriaux tout en préservant les spécificités du cadre d'emplois ?

Pour les directeurs des ressources humaines, les gestionnaires de carrière et les directions générales, le sujet mérite une attention particulière. Il concerne les perspectives d'avancement de nombreux cadres territoriaux et la préparation des politiques RH de 2027.

1. La réforme des attachés territoriaux en vidéo

Dans ce nouveau Short YouTube, Pascal NAUD Président de NAUDRH.COM revient sur l'avis unanimement défavorable rendu sur le projet de réforme du cadre d'emplois des attachés territoriaux.

Si la vidéo ne s'affiche pas dans votre navigateur, visionnez-la directement sur YouTube.

2. Ce qui s'est passé au CSFPT le 21 octobre 2026

Le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale a examiné un projet de décret modifiant le décret n° 87-1099 du 30 décembre 1987 portant statut particulier du cadre d'emplois des attachés territoriaux.

Le texte vise à fluidifier les déroulements de carrière, notamment en faisant évoluer les règles relatives à l'accès au grade d'attaché hors classe.

Cependant, le projet conserve un encadrement spécifique à la fonction publique territoriale. Cette orientation a suscité une opposition des représentants siégeant au CSFPT.

Le fait essentiel

Le 21 octobre 2026, le projet de décret a reçu un avis défavorable unanime des membres du CSFPT. Il doit faire l'objet d'un nouvel examen lors de la séance prévue le 18 novembre 2026.

Ce vote témoigne des difficultés rencontrées pour parvenir à un équilibre entre les objectifs gouvernementaux et les attentes des représentants des employeurs territoriaux et des organisations syndicales.

3. Pourquoi la réforme suscite-t-elle des oppositions ?

Le principal sujet de désaccord concerne les conditions d'accès au grade d'attaché hors classe.

La réforme des attachés d'administration de l'État, intervenue en mai 2026, a notamment assoupli les conditions d'accès à leur grade de hors classe.

Pour la fonction publique territoriale, le projet soumis au CSFPT prévoit une adaptation de cette évolution, en maintenant des conditions spécifiques liées aux responsabilités exercées.

Le maintien du caractère fonctionnel de l'accès à la hors classe

L'accès au grade d'attaché hors classe est historiquement lié, dans la FPT, à l'exercice de fonctions ou à l'occupation d'emplois correspondant à un niveau élevé de responsabilité.

Ce mécanisme peut limiter les perspectives de carrière d'attachés principaux qui disposent d'une expérience professionnelle importante, mais ne remplissent pas les conditions fonctionnelles requises.

La question du contingentement

Les règles encadrant le nombre d'attachés hors classe constituent également un sujet de discussion.

Les organisations syndicales demandent un assouplissement plus important du dispositif et contestent le maintien de restrictions qu'elles considèrent comme défavorables aux attachés territoriaux par rapport aux attachés de l'État.

L'enjeu de fond

La réforme ne soulève pas seulement une question technique d'avancement de grade. Elle interroge la reconnaissance des responsabilités exercées par les cadres territoriaux, la lisibilité des parcours professionnels et l'attractivité des carrières.

4. Un avis défavorable ne signifie pas l'abandon de la réforme

Il importe de distinguer clairement la phase de consultation du CSFPT de l'adoption d'un texte réglementaire.

L'avis rendu par le Conseil supérieur est un avis consultatif. Son caractère unanimement défavorable ne constitue pas, à lui seul, une décision d'abandon du projet.

Le texte doit être soumis à un nouvel examen selon la procédure applicable. Le Gouvernement pourra ensuite déterminer les suites qu'il souhaite lui donner, dans le respect des procédures requises.

Conséquence juridique immédiate

Au 25 octobre 2026, le projet examiné ne modifie pas, par lui-même, les règles statutaires applicables aux attachés territoriaux. Les décisions individuelles d'avancement doivent continuer à reposer sur les dispositions réglementaires en vigueur.

Il serait donc prématuré d'appliquer les dispositions annoncées ou de considérer qu'elles seront nécessairement publiées dans leur rédaction actuelle.

5. Ce que les DRH territoriaux doivent anticiper

Identifier les situations individuelles concernées

Les services RH peuvent dès à présent recenser les attachés principaux susceptibles d'être concernés par une évolution des conditions d'accès au grade d'attaché hors classe.

Une attention particulière peut être portée aux agents dont les responsabilités sont élevées mais dont le parcours ne satisfait pas actuellement certaines conditions réglementaires.

Ne pas modifier prématurément les règles d'avancement

Les tableaux d'avancement et les décisions de nomination doivent rester fondés sur le droit en vigueur à leur date d'établissement.

Les collectivités devront attendre la publication éventuelle d'un décret et vérifier ses dispositions d'entrée en vigueur et de transition avant de modifier leurs pratiques.

Anticiper les conséquences sur les LDG

Une évolution des conditions d'avancement pourrait nécessiter de réexaminer les lignes directrices de gestion relatives à la promotion et à la valorisation des parcours.

Cette révision éventuelle devra être conduite dans le respect des procédures réglementaires applicables aux LDG.

Préparer la communication aux agents

Il est important de distinguer les perspectives ouvertes par un projet de réforme des droits effectivement reconnus aux fonctionnaires.

Une communication trop anticipée pourrait susciter des attentes que le texte finalement publié ne permettrait pas de satisfaire.

La bonne pratique RH

Anticiper les effets possibles d'une réforme ne signifie pas l'appliquer avant sa publication. Il convient de préparer les scénarios, d'identifier les agents concernés et de sécuriser les décisions au regard du droit applicable.

Bibliothèque professionnelle NAUDRH.COM

Votre dossier RH ne s'arrête pas ici

La réforme des attachés territoriaux s'inscrit dans des problématiques plus larges de gestion des carrières. Pour approfondir ce sujet, retrouvez trois analyses de NAUDRH.COM sélectionnées en fonction des difficultés que peuvent rencontrer les employeurs publics territoriaux.

PROBLÈME RH N° 1

Un DGS peut-il accéder au grade d'attaché hors classe lorsqu'il n'est pas détaché sur un emploi fonctionnel ?

Les conditions d'accès à la hors classe peuvent soulever des difficultés particulières pour certains cadres exerçant des responsabilités de direction.

Cette analyse présente une difficulté statutaire, ainsi que la position du Gouvernement dans une réponse ministérielle publiée en février 2025.

Comprendre les difficultés d'accès à la hors classe →

PROBLÈME RH N° 2

Attaché hors classe : quelles sont les contraintes statutaires liées aux collectivités et aux fonctions exercées ?

Les conditions d'accès au grade d'attaché hors classe ont historiquement été structurées autour de critères fonctionnels et démographiques.

Cette analyse permet de comprendre l'origine de certaines restrictions et les questions soulevées par leur évolution.

Analyse historique publiée en 2021 : ses dispositions doivent être rapprochées du droit en vigueur en 2026.

Comprendre l'origine des conditions d'accès au grade →

PROBLÈME RH N° 3

Comment sécuriser les lignes directrices de gestion en période d'évolution statutaire ?

Les évolutions réglementaires et les changements d'exécutif peuvent conduire les collectivités à réexaminer leurs orientations en matière de gestion des carrières.

Quelle est la portée des LDG ? Quand faut-il envisager leur révision ? Comment sécuriser les décisions d'avancement et les parcours professionnels ?

Cette publication apporte des éléments de méthode pour piloter les politiques de promotion dans les collectivités territoriales.

Sécuriser vos lignes directrices de gestion →

Les ressources proposées constituent des prolongements documentaires. Elles doivent être lues en tenant compte de leur date de publication et des évolutions réglementaires intervenues depuis.

Veille statutaire RH FPT 24h/7

Réforme des attachés territoriaux : ne découvrez pas les nouvelles règles au moment de les appliquer.

Le dossier n'est pas clos. Le projet de décret doit être réexaminé par le CSFPT le 18 novembre 2026.

Son éventuelle publication, les conditions d'avancement finalement retenues, les modalités d'entrée en vigueur et leurs conséquences opérationnelles devront être analysées avec précision.

La veille juridique statutaire analytique RH FPT 24h/7 de NAUDRH.COM accompagne les employeurs publics dans l'identification et la compréhension des évolutions réglementaires et jurisprudentielles.

Un objectif : disposer des informations utiles pour anticiper, adapter les procédures et sécuriser les décisions RH.

Conclusion : une réforme à suivre de près

L'avis unanimement défavorable rendu le 21 octobre 2026 marque une étape importante dans la discussion sur l'avenir du cadre d'emplois des attachés territoriaux.

Au-delà du débat sur les conditions d'accès à la hors classe, cette réforme interroge plus largement la reconnaissance des parcours professionnels et l'attractivité des carrières dans la fonction publique territoriale.

Pour les DRH territoriaux, la priorité consiste désormais à suivre les prochaines étapes du processus réglementaire, sans confondre les dispositions envisagées avec celles effectivement applicables.

Références et sources

Statut particulier : Décret n° 87-1099 du 30 décembre 1987 portant statut particulier du cadre d'emplois des attachés territoriaux.

CSFPT : Compte rendu de la séance du 21 octobre 2026.

Situation juridique examinée au 25 octobre 2026. Les évolutions postérieures nécessitent une nouvelle vérification.

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24 octobre 2026 6 24 /10 /octobre /2026 21:32

 

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NAUDRH.COM | Expertise RH territoriale
Télétravail dans la fonction publique territoriale : ce que révèlent vraiment les chiffres 2025.

27 % des agents territoriaux jugent leur emploi compatible avec le télétravail. Pourtant, 15 % seulement déclarent l'avoir pratiqué au moins une fois au cours des quatre dernières semaines. Que doit en retenir un DRH territorial ?

Le télétravail s'est installé dans les collectivités territoriales. Mais derrière cette évolution, les chiffres révèlent une réalité moins évidente : un emploi compatible avec le télétravail ne conduit pas nécessairement à sa pratique effective.

Les données publiées par la Direction générale de l'administration et de la fonction publique (DGAFP), dans les Chiffres clés de la fonction publique, édition 2026, apportent un éclairage intéressant sur la place du télétravail dans les trois versants de la fonction publique.

Pour les responsables des ressources humaines territoriales, ces résultats ne constituent pas seulement des indicateurs statistiques. Ils invitent à examiner la manière dont le télétravail est organisé, autorisé et effectivement utilisé au sein des services.

1. Les trois chiffres à retenir pour la fonction publique territoriale

Selon l'Enquête Emploi 2025 de l'Insee, exploitée par la DGAFP-SDessi, le télétravail concerne une part limitée, mais significative, des agents territoriaux.

15 % des agents territoriaux ont télétravaillé au moins un jour au cours des quatre dernières semaines
27 % des agents territoriaux jugent leur emploi compatible avec le télétravail
54 % des agents occupant un emploi jugé compatible ont effectivement télétravaillé pendant cette période

Source : DGAFP-SDessi, Chiffres clés de la fonction publique, édition 2026, figure 14, page 16. Données issues de l'Enquête Emploi 2025, Insee.

Le chiffre de 15 % mesure la proportion d'agents territoriaux ayant effectivement pratiqué le télétravail pendant la période observée. Il ne correspond donc ni à la proportion d'agents disposant d'une autorisation de télétravail, ni au nombre d'agents qui télétravaillent régulièrement chaque semaine.

Le chiffre de 27 % repose sur l'appréciation de la compatibilité de l'emploi avec le télétravail. Il ne signifie pas que 27 % des agents seraient juridiquement éligibles ou qu'ils auraient nécessairement vocation à bénéficier d'une autorisation.

Le véritable indicateur à examiner

Parmi les agents territoriaux qui considèrent leur emploi compatible avec le télétravail, 54 % déclarent avoir effectivement télétravaillé au moins une fois au cours des quatre dernières semaines. Cet écart entre compatibilité déclarée et pratique effective appelle une analyse des organisations locales, sans permettre à lui seul d'en identifier les causes.

2. Télétravail : la FPT se situe entre l'État et l'hospitalière

Le rapprochement des trois versants permet de mieux comprendre les différences d'organisation du travail au sein de la fonction publique.

Secteur Agents ayant télétravaillé Emploi jugé compatible Télétravail parmi les emplois compatibles
Fonction publique de l'État 24 % 36 % 69 %
Fonction publique territoriale 15 % 27 % 54 %
Fonction publique hospitalière 6 % 14 % 43 %
Ensemble fonction publique 18 % 29 % 61 %
Salariés du secteur privé 25 % 35 % 70 %

Lecture : en 2025, 15 % des agents territoriaux ont télétravaillé au moins un jour au cours des quatre dernières semaines. Parmi ceux qui jugent leur emploi compatible, 54 % ont effectivement pratiqué le télétravail. Champ : France hors Mayotte, selon les exclusions précisées par l'enquête.

La fonction publique de l'État présente la proportion la plus élevée de télétravailleurs parmi les trois versants, avec 24 %, devant la fonction publique territoriale (15 %) et la fonction publique hospitalière (6 %).

Ces différences doivent être interprétées à la lumière de la diversité des métiers. Une activité administrative pouvant être exercée à distance ne présente pas les mêmes contraintes qu'une mission impliquant une présence physique auprès des usagers, sur le terrain ou au sein d'un équipement public.

La comparaison entre versants ne peut donc pas être assimilée à un classement de leur performance managériale. Elle invite avant tout à distinguer la structure des emplois, les nécessités de service et les conditions concrètes d'organisation.

3. Compatibilité et pratique effective : comment interpréter les écarts ?

Pour les employeurs territoriaux, la question centrale n'est pas seulement de connaître le nombre d'agents en télétravail. Elle consiste également à comprendre pourquoi certains agents dont les missions semblent compatibles ne mobilisent pas cette possibilité.

Plusieurs explications peuvent être envisagées : l'absence de demande individuelle, les caractéristiques précises des missions, les nécessités de service, les conditions matérielles, les choix personnels ou encore les modalités d'organisation retenues dans la collectivité.

Ces facteurs constituent toutefois des hypothèses d'analyse. Les chiffres présentés dans le document de la DGAFP ne permettent pas de déterminer leur poids respectif dans la FPT.

L'enjeu de l'objectivation des critères

Une collectivité peut avoir défini un cadre de télétravail cohérent sur le papier sans que son application soit suffisamment homogène entre les services.

La direction des ressources humaines doit donc pouvoir vérifier que les critères d'appréciation reposent bien sur les activités exercées, les exigences du service et les conditions concrètes de leur réalisation.

Des fonctions différentes peuvent justifier des modalités différentes. En revanche, les écarts entre situations comparables doivent pouvoir être expliqués par des éléments objectifs.

L'enjeu du management

Le télétravail transforme les modes de coordination, les pratiques de suivi de l'activité et les relations entre agents et encadrants.

Il nécessite une organisation explicite des échanges, des objectifs de travail suffisamment identifiés et des règles partagées sur la disponibilité des agents.

La confiance managériale demeure importante. Elle ne dispense cependant pas l'employeur d'organiser le travail et de garantir la continuité du service public.

Point de vigilance

L'écart statistique entre compatibilité déclarée et télétravail effectif ne démontre ni une discrimination, ni un refus injustifié, ni une mauvaise application du cadre réglementaire par les collectivités. Seule une analyse locale permettrait de caractériser de telles difficultés.

4. Ce que ces statistiques ne changent pas dans le cadre juridique du télétravail

Il importe de distinguer les enseignements statistiques du rapport et les règles juridiques applicables.

L'étude de la DGAFP mesure le recours au télétravail. Elle ne modifie pas les conditions dans lesquelles une collectivité territoriale peut l'autoriser.

Le télétravail dans la fonction publique reste une modalité d'organisation du travail reposant notamment sur une demande de l'agent, sur la compatibilité des activités avec le travail à distance et sur une autorisation accordée dans le respect des nécessités de service.

Dans la FPT, la définition du cadre collectif applicable relève notamment d'une délibération de l'organe délibérant, après consultation de l'instance compétente, conformément aux dispositions en vigueur.

Les demandes individuelles doivent ensuite être appréciées au regard de ce cadre, des fonctions exercées et de l'organisation du service.

Un refus ne saurait être regardé comme une simple décision de convenance. Il convient de respecter les exigences applicables, notamment celles relatives à la motivation des décisions de refus.

À l'inverse, le caractère télétravaillable de certaines activités ne crée pas, à lui seul, un droit automatique à bénéficier du nombre de jours souhaité.

À retenir pour la sécurité juridique

La collectivité doit distinguer trois niveaux : la compatibilité des activités, les conditions réglementaires et locales d'autorisation, puis l'organisation effective du télétravail. Confondre ces niveaux peut conduire à des décisions insuffisamment justifiées.

Le cadre général du télétravail figure désormais dans les dispositions législatives et réglementaires pertinentes du Code général de la fonction publique, notamment dans le titre III du livre IV de sa partie réglementaire.

Consulter la présentation officielle du Code général de la fonction publique .

5. Cinq questions concrètes pour les DRH territoriaux

Les résultats nationaux peuvent constituer un point de départ pour évaluer le télétravail au sein d'une collectivité. Ils ne doivent toutefois pas être transformés en objectifs quantitatifs automatiques.

1. Les activités éligibles sont-elles clairement identifiées ?

Il convient de vérifier que l'analyse porte sur les activités réellement exercées et non uniquement sur les intitulés de postes ou l'appartenance à un service.

2. Les critères sont-ils appliqués de façon cohérente ?

La DRH doit être en mesure d'expliquer les différences de traitement entre agents placés dans des situations comparables, tout en tenant compte des nécessités propres à chaque service.

3. Les décisions individuelles sont-elles juridiquement sécurisées ?

Les autorisations, les refus et les éventuelles modifications du télétravail doivent respecter les procédures applicables et reposer sur des motifs vérifiables.

4. Les encadrants disposent-ils de règles communes ?

La collectivité gagnera à formaliser les attentes relatives à la joignabilité, aux temps collectifs, au suivi des activités et aux nécessités de présence physique.

5. Le dispositif fait-il l'objet d'une véritable évaluation ?

Il est utile de suivre les demandes, les autorisations, les refus, la fréquence du télétravail, les difficultés matérielles, les retours des agents et des encadrants ainsi que les éventuels effets sur la continuité du service.

Ce suivi peut nourrir le dialogue social et permettre une évolution du cadre local lorsque les pratiques ne répondent plus suffisamment aux besoins des services.

6. Conclusion : piloter le télétravail plutôt que le subir

Les chiffres 2025 montrent que le télétravail occupe une place réelle dans la fonction publique territoriale, mais que sa diffusion reste sensiblement inférieure à celle observée dans la fonction publique de l'État.

Le constat le plus intéressant est celui-ci : parmi les agents territoriaux jugeant leur emploi compatible avec le télétravail, 54 % l'ont effectivement pratiqué au cours des quatre dernières semaines.

Cette donnée ne justifie ni une généralisation systématique du télétravail ni une remise en cause globale des organisations existantes.

Elle conduit plutôt les employeurs territoriaux à s'interroger sur la cohérence entre les activités compatibles, les règles d'autorisation, les choix des agents et le fonctionnement concret des services.

Pour les DRH territoriaux, l'objectif n'est donc pas nécessairement d'augmenter le nombre de télétravailleurs. Il est de construire une organisation lisible, équitable, adaptée aux missions et juridiquement maîtrisée.

La conviction NAUDRH.COM

Le bon indicateur de réussite d'une politique de télétravail n'est pas uniquement le pourcentage d'agents qui télétravaillent. Il réside aussi dans la qualité du service rendu, la cohérence des décisions RH, l'équité des règles et la capacité du collectif de travail à fonctionner efficacement.

Sources et références

Source statistique principale : DGAFP-SDessi, Fonction publique – Chiffres clés, édition 2026, figure 14 « Le télétravail dans la fonction publique en 2025 », page 16. Données de l'Enquête Emploi 2025, Insee.

Référence complémentaire : portail officiel de la fonction publique, présentation du dispositif de télétravail et de son cadre d'application.

Consulter la présentation officielle du télétravail dans la fonction publique

Les chiffres cités correspondent à l'année d'observation 2025. Les recommandations de gestion développées dans cet article constituent une analyse professionnelle NAUDRH.COM et ne doivent pas être confondues avec des conclusions explicitement formulées par la DGAFP.

Rapport annuel sur l’état de la fonction publique – édition 2026

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22 octobre 2026 4 22 /10 /octobre /2026 06:59

 

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CSFPT du 21 octobre 2026 : rejet de la réforme des attachés territoriaux, alerte sur le CNFPT et désaccords sur les SDIS

Ce que les DRH, DGS et employeurs territoriaux doivent retenir et anticiper.

Analyse du communiqué du 21 octobre 2026 | Pascal NAUD – NAUDRH.COM

Les chiffres clés de la séance

28/28 Avis défavorables au projet sur les attachés territoriaux
15 M€ Prélèvement envisagé sur les recettes du CNFPT en 2027
18/11 Prochaine séance du CSFPT en 2026

La réforme des carrières des attachés territoriaux vient de rencontrer une opposition unanime au Conseil supérieur de la fonction publique territoriale.

Réuni le 21 octobre 2026 sous la présidence de Philippe Laurent, le CSFPT a examiné plusieurs dossiers structurants pour l'avenir de la fonction publique territoriale : l'évolution du cadre d'emplois des attachés, les ressources du Centre national de la fonction publique territoriale, la modernisation de la sécurité civile et la situation des agents territoriaux à Mayotte.

Derrière ces avis et prises de position se dessinent des enjeux directement opérationnels : sécuriser les décisions d'avancement, anticiper les besoins de formation, comprendre les évolutions de la gouvernance des SDIS et distinguer les projets de réforme des dispositions juridiquement applicables.

Voici une analyse des principales informations et de leurs conséquences pour les employeurs publics territoriaux.

1. Attachés territoriaux : un projet de réforme rejeté à l'unanimité

Le premier texte examiné concerne la modification du statut particulier du cadre d'emplois des attachés territoriaux, régi par le décret n° 87-1099 du 30 décembre 1987.

Le Gouvernement souhaite adapter à la fonction publique territoriale la réforme engagée pour les attachés d'administration de l'État par le décret n° 2026-388 du 19 mai 2026, dont l'entrée en vigueur est prévue au 1er janvier 2027.

L'objectif affiché consiste à fluidifier les déroulements de carrière, tout en tenant compte des spécificités du cadre d'emplois territorial.

La suppression envisagée du contingentement de la hors classe

L'une des principales modifications annoncées figure à l'article 8 du projet de décret.

Celui-ci prévoit l'abrogation de l'article 21-1 du décret du 30 décembre 1987 et, par conséquent, la suppression du taux de contingentement qui limite les nominations au grade d'attaché hors classe.

Il s'agit d'une évolution potentiellement importante pour la gestion des carrières des cadres territoriaux de catégorie A.

Toutefois, la suppression de ce contingentement ne doit pas être assimilée à un accès automatique à la hors classe. Les autres conditions statutaires et les règles de nomination doivent être examinées dans leur rédaction applicable.

Un rejet unanime des deux collèges

Collège des employeurs territoriaux : 8 avis défavorables sur 8.

Collège des organisations syndicales : 20 avis défavorables sur 20.

Le projet devra être représenté à la séance du CSFPT du 18 novembre 2026.

Ce que les gestionnaires de carrières doivent faire

- Continuer d'appliquer les règles statutaires actuellement en vigueur.

- Identifier les agents susceptibles d'être concernés par la réforme envisagée.

- Ne pas modifier prématurément les procédures de promotion.

- Suivre la nouvelle consultation et l'éventuelle publication du décret.

- Évaluer, si le texte aboutit, ses effets sur les perspectives de carrière et les politiques locales d'avancement.

Le point essentiel : l'avis défavorable du CSFPT ne vaut pas abandon définitif du projet. En revanche, les modifications annoncées ne sont pas applicables du seul fait de leur présentation devant cette instance.

2. CNFPT : le financement de la formation territoriale au cœur des tensions

Le CSFPT a adopté à l'unanimité un vœu demandant au Gouvernement de renoncer au plafonnement des recettes du Centre national de la fonction publique territoriale.

Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit, selon le communiqué, un plafonnement des recettes du CNFPT à 430 millions d'euros.

Cette mesure entraînerait un prélèvement de 15 millions d'euros sur les ressources issues des cotisations versées par les collectivités territoriales, représentant 0,9 % de leur masse salariale.

15 millions d'euros Montant du prélèvement envisagé pour 2027

Chiffre présenté dans le vœu du CSFPT du 21 octobre 2026.

Une contradiction avec l'augmentation des besoins de formation

Le Conseil supérieur souligne que les collectivités doivent simultanément faire face à plusieurs transformations majeures :

- Le déploiement de l'intelligence artificielle et l'évolution des compétences numériques.

- Les transformations liées à la transition écologique.

- L'adaptation des métiers et des organisations territoriales.

- Les besoins croissants de formation dans la police municipale.

- Le renforcement des compétences nécessaires à la qualité du service public local.

La formation apparaît ainsi non comme une dépense secondaire, mais comme un instrument indispensable de transformation des administrations territoriales.

Quelles conséquences possibles pour les collectivités ?

Une diminution effective des ressources du CNFPT pourrait conduire, selon les arbitrages retenus, à des tensions sur les capacités de formation, les calendriers de programmation ou la prise en charge de certains besoins.

À ce stade, ces conséquences demeurent des risques à anticiper et non des restrictions déjà décidées pour chaque collectivité.

Préconisation NAUDRH.COM

Les DRH ont intérêt à hiérarchiser dès maintenant les besoins prioritaires de formation, notamment ceux liés aux obligations réglementaires, à la sécurité, aux transformations des métiers et à l'accompagnement des managers.

Cette démarche permet de mieux sécuriser les plans de développement des compétences, indépendamment des arbitrages budgétaires nationaux à venir.

3. SDIS : deux dispositions du projet de loi de modernisation de la sécurité civile contestées

Le CSFPT a également examiné deux articles du projet de loi de modernisation de la sécurité civile.

Article 9 : indemnisation liée à certaines mobilités précoces

Le dispositif proposé concerne le recrutement, par un service départemental ou territorial d'incendie et de secours, d'un ancien militaire d'active issu d'une unité militaire investie d'une mission permanente de sécurité civile.

Lorsqu'un tel recrutement intervient dans les quatre années suivant le recrutement initial en qualité de militaire, une indemnité serait due à l'unité militaire concernée.

L'objectif consiste à limiter les conséquences financières et organisationnelles de départs rapides après les investissements consentis en matière de formation.

Résultat de la consultation : avis défavorable, avec 8 votes défavorables chez les employeurs et, du côté syndical, 18 votes défavorables, un favorable et une abstention.

Article 14 : nomination des directeurs départementaux des services d'incendie et de secours

Le projet prévoit que le ministre de l'Intérieur pourrait, sous certaines conditions, procéder seul à la nomination d'un directeur départemental ou directeur départemental adjoint.

Cette faculté serait envisagée lorsque l'absence de nomination compromet gravement le fonctionnement opérationnel du service et après une mise en demeure restée sans effet.

Cette disposition touche directement à l'équilibre entre les prérogatives de l'État et celles des autorités locales compétentes.

Avis unanimement défavorable

Les 8 représentants des employeurs et les 20 représentants syndicaux ont voté défavorablement.

L'article 14 doit être représenté lors de la séance du 18 novembre 2026.

Pour les SDIS : ces propositions justifient un suivi attentif du processus législatif, notamment en matière de recrutement, de mobilité, de financement et de gouvernance des emplois de direction.

4. Mayotte : un rapport adopté à l'unanimité

Le CSFPT a adopté à l'unanimité un rapport intitulé :

« MAYOTTE : de l'oubli à l'urgence. Les agents territoriaux au cœur d'un service public à l'épreuve d'une lutte pour la survie »

Ce rapport met à l'ordre du jour la situation particulière des agents territoriaux de Mayotte et les difficultés auxquelles le service public local est confronté.

Le communiqué précise que ce rapport fait l'objet d'une communication distincte. Son contenu détaillé ne peut donc pas être déduit du seul document analysé ici.

5. Ce que les employeurs territoriaux doivent concrètement anticiper

Pour les services RH, le principal enjeu consiste à transformer les informations issues du CSFPT en actions de veille, d'anticipation et de sécurisation juridique.

Dossier Situation au 21 octobre Action RH recommandée
Attachés territoriaux Projet de décret rejeté unanimement Maintenir les règles en vigueur et préparer une analyse d'impact
CNFPT Plafonnement envisagé dans le PLF 2027 Hiérarchiser les besoins de formation et suivre les arbitrages budgétaires
SDIS Avis défavorables sur les articles 9 et 14 Suivre l'évolution du texte législatif avant toute adaptation des procédures
Mayotte Rapport adopté unanimement Prendre connaissance du rapport distinct avant d'en tirer des conclusions opérationnelles

6. Avis du CSFPT et réforme statutaire : trois distinctions indispensables

Attention à la portée juridique des avis

Première distinction : un projet n'est pas un texte applicable.

Les modifications envisagées dans un projet de décret ne deviennent pas opposables du seul fait de leur examen par le CSFPT.

Deuxième distinction : un avis défavorable ne signifie pas nécessairement un abandon.

La suite de la procédure doit être appréciée au regard des règles de consultation et des décisions ultérieures de l'autorité compétente.

Troisième distinction : une réforme annoncée ne dispense pas de vérifier sa version définitive.

Avant d'adapter une décision individuelle, les services RH doivent examiner le texte publié, sa date d'entrée en vigueur, son champ d'application et ses éventuelles dispositions transitoires.

Cette vigilance est particulièrement importante pour les perspectives de promotion au grade d'attaché hors classe. Une erreur d'anticipation pourrait fragiliser une décision de gestion de carrière.

7. L'analyse de NAUDRH.COM

La séance du 21 octobre 2026 met en évidence une difficulté récurrente de la gestion des ressources humaines territoriales : les employeurs doivent préparer des transformations statutaires et organisationnelles sans toujours disposer d'une visibilité suffisante sur leur calendrier ou leur traduction juridique définitive.

La réforme des attachés territoriaux en fournit une illustration particulièrement significative. La volonté de fluidifier les carrières se heurte à une opposition unanime des représentants des employeurs et des organisations syndicales.

Pour autant, cette opposition ne doit conduire ni à considérer le projet comme définitivement abandonné, ni à appliquer par anticipation les dispositions envisagées.

Sur le financement du CNFPT, une autre interrogation apparaît : comment accompagner les transformations des métiers territoriaux, notamment liées à l'intelligence artificielle et aux nouvelles compétences attendues, si les moyens consacrés à la formation sont limités ?

Pour les DRH et DGS, la priorité reste la même : anticiper les évolutions, mais ne décider qu'à partir d'un cadre juridique vérifié.

PROCHAINE ÉCHÉANCE À SUIVRE

18 novembre 2026

Prochaine séance plénière du CSFPT, avec un nouvel examen annoncé du projet de décret relatif aux attachés territoriaux et de l'article 14 du projet de loi de modernisation de la sécurité civile.

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Et dans votre collectivité ?

La suppression envisagée du contingentement de l'accès à la hors classe répond-elle aux difficultés que vous rencontrez dans la gestion des carrières des attachés territoriaux ?

Et comment votre collectivité anticipe-t-elle l'augmentation des besoins de formation dans un contexte de contraintes budgétaires ?

Vos retours d'expérience peuvent contribuer à enrichir la réflexion des professionnels RH territoriaux.

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21 octobre 2026 3 21 /10 /octobre /2026 21:59

 

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Prime carburant et mobilités durables 2026 : le plafond de 1 000 € autorise-t-il de nouvelles aides aux agents territoriaux ?

Décret n° 2026-974 du 20 octobre 2026

Un relèvement exceptionnel des plafonds d'exonération sociale, mais une distinction juridique essentielle pour les collectivités territoriales.

Publié le 21 octobre 2026 | Analyse juridique et conséquences RH
Un plafond d'exonération de 1 000 € ne constitue pas une prime de 1 000 €. Cette distinction est indispensable pour les DRH territoriaux confrontés aux demandes d'aides aux déplacements domicile-travail.

Le décret n° 2026-974 du 20 octobre 2026, publié au Journal officiel du 21 octobre, fixe les plafonds d'exonération de contribution sociale généralisée applicables à certains avantages accordés par les employeurs pour les déplacements entre la résidence habituelle et le lieu de travail.

Sa principale mesure consiste à porter temporairement plusieurs plafonds à 1 000 € pour les sommes versées jusqu'au 31 décembre 2026.

Mais cette évolution doit être interprétée avec prudence, particulièrement dans la fonction publique territoriale, où les conditions d'attribution des aides aux agents relèvent de règles spécifiques.

1. Ce que prévoit réellement le décret du 20 octobre 2026

Le texte fixe les limites d'exonération de CSG concernant certains avantages liés aux frais de carburant, à l'alimentation des véhicules électriques et aux mobilités durables.

Il intervient après le décret n° 2026-973 du 20 octobre 2026, qui procède au déclassement de certaines dispositions législatives du Code de la sécurité sociale.

Le décret n° 2026-974 rétablit les plafonds par voie réglementaire et prévoit leur relèvement temporaire.

À retenir

Il s'agit d'abord d'un texte relatif au traitement social de certains avantages pris en charge par l'employeur. Il ne constitue pas, à lui seul, un dispositif général de création de primes dans la fonction publique territoriale.

2. Quels sont les nouveaux plafonds d'exonération ?

L'article 1er définit plusieurs limites annuelles. L'article 2 prévoit un relèvement exceptionnel pour les sommes versées jusqu'au 31 décembre 2026.

Dispositif concerné Plafond de principe Dérogation temporaire
Prise en charge des frais de carburant, d'alimentation des véhicules électriques et forfait mobilités durables dans le cadre visé 600 €/an 1 000 €
Sous-plafond relatif aux frais de carburant 300 €/an 1 000 €
Montant de référence utilisé pour le cumul du forfait mobilités durables avec la prise en charge des abonnements de transport 900 € 1 000 €
Prise en charge spécifique de certains frais de carburant ou d'électricité par les collectivités territoriales, EPCI ou France Travail, sous conditions 310 €/an 1 000 €

Ces montants sont des plafonds d'exonération sociale. Ils ne constituent pas des montants automatiquement dus aux bénéficiaires. Les conditions propres à chaque dispositif demeurent applicables.

Un cas particulier explicitement prévu pour les collectivités

Le décret mentionne une prise en charge spécifique de frais de carburant ou d'alimentation électrique par une collectivité territoriale, un EPCI ou France Travail.

Il vise notamment des déplacements domicile-travail effectués sur une distance d'au moins 30 kilomètres ou des déplacements en qualité de conducteur en covoiturage, quelle que soit la distance, en l'absence de prise en charge prévue à l'article L. 3261-2 du Code du travail.

Point de vigilance juridique

La mention des collectivités territoriales dans un texte fixant un plafond d'exonération ne dispense pas de rechercher le fondement juridique autorisant le versement à la catégorie de personnel concernée.

3. Quelles sont les dates à retenir ?

1er octobre 2026

Date de début des périodes d'activité au titre desquelles le décret s'applique aux cotisations et contributions dues.

22 octobre 2026

Entrée en vigueur du décret, au lendemain de sa publication au Journal officiel.

31 décembre 2026

Dernier jour prévu pour bénéficier du relèvement temporaire des plafonds concernant les sommes versées dans les conditions du texte.

La gestion de cette période transitoire doit donc intégrer deux paramètres distincts : la période d'activité concernée et la date de versement des sommes.

4. Quelles conséquences pour les employeurs territoriaux ?

La principale difficulté n'est pas de connaître le nouveau plafond, mais d'identifier les dispositifs que les collectivités peuvent effectivement mettre en œuvre.

Le forfait mobilités durables

Dans la fonction publique territoriale, le forfait mobilités durables repose notamment sur le décret n° 2020-1547 du 9 décembre 2020.

Ses conditions de mise en œuvre et ses montants doivent être examinés selon les dispositions propres aux agents publics territoriaux.

Le relèvement d'un plafond social ne modifie pas automatiquement ces règles statutaires.

Les abonnements de transport collectif

La participation de l'employeur public aux abonnements de transport relève notamment du décret n° 2010-676 du 21 juin 2010.

Il convient de distinguer les règles qui déterminent le montant de la participation de l'employeur de celles qui définissent le régime fiscal ou social de cette participation.

Les aides liées aux carburants

Les difficultés de déplacement des agents territoriaux, particulièrement dans les territoires ruraux et périurbains, sont une réalité de gestion.

Pour autant, l'existence d'un coût important de carburant ne suffit pas à ouvrir un droit général au remboursement des trajets domicile-travail en véhicule personnel.

La question à poser avant toute décision

Quel texte autorise précisément l'employeur territorial à verser cette aide à cet agent, dans cette situation et pour ce montant ?

5. Trois confusions juridiques à éviter

Erreur n° 1 : assimiler exonération et droit à une prime

Une somme pouvant bénéficier d'une exonération sociale n'est pas nécessairement une somme que l'employeur public a juridiquement le droit de verser.

Erreur n° 2 : transposer directement un dispositif du secteur privé

Les mécanismes prévus par le Code du travail ne deviennent pas automatiquement applicables à tous les agents publics territoriaux.

Erreur n° 3 : confondre déplacement domicile-travail et déplacement professionnel

Les trajets habituels entre le domicile et le lieu de travail doivent être distingués des déplacements accomplis pour les besoins du service.

Cette distinction conditionne les textes applicables et les modalités éventuelles de remboursement.

6. Ce que les DRH et gestionnaires de paie doivent vérifier

Avant d'envisager une adaptation des dispositifs existants, cinq contrôles sont particulièrement utiles.

✓ Vérification n° 1 — Identifier les personnels concernés

Distinguer les agents publics des éventuels salariés de droit privé, notamment lorsque l'établissement emploie plusieurs catégories de personnels.

✓ Vérification n° 2 — Identifier le fondement juridique

Retrouver le texte applicable au dispositif et vérifier les éventuelles exigences de délibération et les conditions d'attribution.

✓ Vérification n° 3 — Contrôler les cumuls

Examiner les conditions de cumul des différentes prises en charge, sans transposer automatiquement les règles applicables aux salariés du secteur privé.

✓ Vérification n° 4 — Sécuriser le traitement en paie

Vérifier la nature de l'avantage, son régime social, la période d'activité et la date du versement.

✓ Vérification n° 5 — Informer correctement les agents

Éviter toute communication laissant penser qu'une prime de 1 000 € est automatiquement ouverte à l'ensemble des agents territoriaux.

7. Analyse NAUDRH.COM : au-delà du plafond, un enjeu de politique RH

Le décret du 20 octobre 2026 soulève une question qui dépasse son contenu strictement social.

Dans certaines collectivités, le coût des déplacements domicile-travail devient un facteur important de pouvoir d'achat et d'attractivité.

Un agent contraint de parcourir quotidiennement plusieurs dizaines de kilomètres peut apprécier différemment une proposition d'emploi selon les dépenses de transport qu'elle implique.

Les employeurs territoriaux ont donc intérêt à réfléchir à une politique de mobilité articulant plusieurs leviers : dispositifs de prise en charge légalement accessibles, télétravail lorsque les missions le permettent, organisation des horaires, action sociale et accompagnement des agents.

Cette réflexion doit toutefois rester distincte des règles d'exonération fixées par le décret.

Notre recommandation

Avant de rechercher de nouvelles aides, réaliser un état des lieux des dispositifs déjà applicables dans la collectivité, de leur utilisation effective et des besoins des agents. La sécurité juridique doit précéder la décision financière.

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Vous gérez une demande d'aide aux déplacements, une difficulté de remboursement ou une interrogation sur les solutions offertes aux agents ?

Prolongez cette analyse à partir de trois situations concrètes rencontrées par les services RH territoriaux.

Problème RH n° 1 | Sécuriser une aide au carburant
Un agent demande une aide en raison de la hausse du carburant : quelles solutions l'employeur peut-il envisager ?

Un prolongement directement opérationnel sur les marges de manœuvre des collectivités : forfait mobilités durables, action sociale et organisation du travail.

Consulter l'analyse sur les aides au carburant →

Problème RH n° 2 | Maîtriser la prise en charge des transports
Comment appliquer correctement la participation aux abonnements de transport collectif ?

Une analyse des particularités de la prise en charge des abonnements aux transports collectifs et des locations de vélos auprès d'un service public.

Approfondir les règles de remboursement →

Article de référence publié en 2023 : vérifier les textes consolidés pour toute décision prise en 2026.

Problème RH n° 3 | Réduire le coût des déplacements
Le télétravail peut-il constituer une réponse à la hausse du carburant ?

Une réflexion managériale et RH sur l'utilisation du télétravail pour limiter les déplacements, sans méconnaître les nécessités du service public.

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8. Références juridiques

Texte principal

Décret n° 2026-974 du 20 octobre 2026 fixant les plafonds prévus au e du 4° du III de l'article L. 136-1-1 du Code de la sécurité sociale.

Textes complémentaires à consulter

- Article L. 136-1-1 du Code de la sécurité sociale.

- Articles L. 3261-2, L. 3261-3 et L. 3261-3-1 du Code du travail.

- Décret n° 2010-676 du 21 juin 2010 relatif à la prise en charge des abonnements de transport des agents publics.

- Décret n° 2020-1547 du 9 décembre 2020 relatif au forfait mobilités durables dans la fonction publique territoriale.

Analyse réalisée à partir du décret publié le 21 octobre 2026. L'application à une situation individuelle nécessite la vérification du statut de l'agent, du dispositif concerné et des textes en vigueur.

Pascal NAUD
Président de NAUDRH.COM
Expertise et veille juridique statutaire RH FPT

naudrhexpertise@gmail.com

www.naudrh.com

Décret n° 2026-974 du 20 octobre 2026 fixant les plafonds prévus au e du 4° du III de l'article L. 136-1-1 du code de la sécurité sociale

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18 octobre 2026 7 18 /10 /octobre /2026 10:35

 

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Vieillissement des agents territoriaux : comment éviter la rupture des compétences et préparer la relève ?

Usure professionnelle, départs à la retraite, difficultés de recrutement et transmission des savoir-faire : pourquoi les collectivités doivent construire dès aujourd'hui une stratégie RH de continuité du service public.

Stratégie RH FPT 2026 Dossier de 12 pages Gestion des compétences Management public

Un agent technique connaît les réseaux de sa commune depuis vingt-cinq ans. Un responsable de service maîtrise des procédures que personne d'autre n'a réellement documentées. Une ATSEM expérimentée détient des savoir-faire essentiels au fonctionnement quotidien de son école.

Puis vient le départ à la retraite. Et parfois, la collectivité découvre que le véritable problème n'est pas uniquement de remplacer un agent.

C'est de remplacer des compétences, de transmettre une expérience et de préserver une organisation qui dépendait d'une seule personne.

Dans la fonction publique territoriale, le vieillissement des effectifs oblige les employeurs à revoir leur approche de la gestion des ressources humaines.

La gestion des départs ne peut plus se limiter à la liquidation des pensions et à la publication des offres d'emploi.

Elle doit devenir une démarche coordonnée de prévention de l'usure professionnelle, d'anticipation des compétences et de transmission organisée des savoir-faire.

01 / Comprendre l'enjeu

Le vieillissement des agents territoriaux : un risque pour la continuité du service public

Le vieillissement des effectifs constitue désormais un enjeu structurant pour les collectivités.

Ses conséquences dépassent les questions de retraite. Elles touchent l'organisation des services, la prévention des risques professionnels, le recrutement et la conservation des compétences.

Lorsqu'une collectivité ne prépare pas suffisamment ses évolutions démographiques, trois risques peuvent se cumuler.

Risque opérationnel

Des services fragilisés

Les absences, restrictions d'aptitude et départs non anticipés compliquent la continuité des missions.

Risque financier

Des coûts supplémentaires

Remplacements d'urgence, recrutements difficiles et pertes de productivité peuvent peser sur les budgets.

Risque technique

Une perte des savoir-faire

La disparition de connaissances non documentées peut affaiblir durablement la qualité du service rendu.

Risque humain

Une usure professionnelle

Des organisations inadaptées peuvent accentuer les difficultés de maintien dans l'emploi des agents expérimentés.

La question stratégique

Votre collectivité connaît-elle les métiers qui risquent de perdre une part importante de leurs compétences dans les prochaines années ?

02 / Identifier les vulnérabilités

Tous les métiers territoriaux ne présentent pas les mêmes risques

L'âge moyen d'un service ne suffit pas à mesurer son niveau de vulnérabilité.

L'analyse doit également intégrer les contraintes physiques, la disponibilité des compétences, les conditions de recrutement et l'organisation du travail.

Métiers Vigilances Actions possibles
Voirie, espaces verts, propreté urbaine Contraintes physiques, manutentions et exposition aux troubles musculosquelettiques. Ergonomie, aides techniques, mécanisation, adaptation de l'organisation du travail.
ATSEM, restauration collective, aide à domicile Postures contraignantes, gestes répétitifs et sollicitation physique. Prévention des TMS, formation, aménagements des postes et parcours de mobilité.
Accueil, action sociale, relations aux usagers Charge émotionnelle, tensions relationnelles et risques psychosociaux. Formation, prévention des risques psychosociaux, organisation de l'accueil et accompagnement de l'encadrement.

Cette analyse doit être adaptée à la réalité de chaque collectivité. Un métier considéré comme sensible dans un établissement ne présente pas nécessairement le même niveau de risque ailleurs.

Action immédiate

Croiser la pyramide des âges par métier avec les données disponibles sur les absences, les restrictions d'aptitude, les départs prévisibles et les difficultés de recrutement.

03 / Agir avant la rupture

L'usure professionnelle : prévenir avant de devoir reclasser

L'inaptitude professionnelle ne doit pas être abordée uniquement au moment où elle est médicalement constatée.

Les conditions de travail peuvent contribuer à la dégradation des capacités professionnelles au fil du temps.

Le dossier stratégique distingue trois familles de contraintes susceptibles de se cumuler :

Ergonomie

Les contraintes physiques

Port de charges, manutentions, vibrations, postures contraignantes et répétition des gestes.

Organisation

Les contraintes de service

Intensification des activités, horaires atypiques, manque de marges de manœuvre et organisation inadaptée.

Facteurs psychosociaux

Les contraintes relationnelles

Exposition aux tensions, charge émotionnelle et situations professionnelles complexes.

Prévention

L'action de l'employeur

Évaluer les risques, adapter les postes, améliorer l'organisation et accompagner les parcours professionnels.

Ces facteurs ne conduisent pas mécaniquement à une inaptitude. Ils constituent néanmoins des éléments à examiner dans une démarche de prévention.

Point de vigilance juridique

L'âge d'un agent ne constitue pas, en lui-même, une justification permettant de présumer son inaptitude ou de restreindre ses perspectives professionnelles. Les mesures individuelles doivent reposer sur des critères objectifs et légalement admissibles.

04 / Évaluer les conséquences

Pourquoi le coût de l'inaction peut dépasser celui de la prévention

Les collectivités évaluent souvent les coûts directs d'un équipement ergonomique, d'une action de formation ou de l'aménagement d'un poste.

Elles disposent parfois d'une vision moins complète des coûts associés aux situations non anticipées.

Coûts visibles

Les dépenses directes

Remplacement d'un agent, recrutement, formation d'un nouvel arrivant ou renouvellement des équipements.

Coûts indirects

Les impacts organisationnels

Temps consacré aux réorganisations, perte temporaire d'efficacité, fragilisation des équipes et disparition de connaissances.

Une approche pluriannuelle de la prévention permet de rapprocher ces coûts des investissements nécessaires à l'adaptation des postes et à la transmission des compétences.

Préconisation de gestion

Construire un tableau de bord rapprochant les dépenses de prévention, les absences, les remplacements et les difficultés de recrutement. L'objectif est d'éclairer les choix budgétaires par des données locales.

05 / Accompagner les secondes carrières

Maintien dans l'emploi, temps partiel thérapeutique, retraite progressive et reclassement

Une politique RH adaptée au vieillissement des effectifs doit permettre de diversifier les parcours professionnels.

Plusieurs dispositifs peuvent être mobilisés selon les situations, sous réserve des conditions statutaires applicables.

Prévenir

Adapter les conditions de travail

Examiner les aménagements des postes, les aides techniques, les actions de formation et les mobilités possibles.

Accompagner

Temps partiel thérapeutique

Étudier ce dispositif lorsqu'une situation médicale et statutaire permet d'envisager son utilisation.

Organiser les départs

Retraite progressive

Examiner les conditions d'accès au dispositif, ses effets sur la rémunération et la pension, ainsi que son articulation avec les besoins du service.

Préparer une reconversion

Reclassement et PPR

Lorsque les conditions sont réunies, construire une alternative professionnelle dans le respect des garanties statutaires.

Ne pas confondre les dispositifs

La retraite progressive, le temps partiel thérapeutique et la période de préparation au reclassement répondent à des objectifs distincts. Aucun de ces dispositifs ne doit être présenté comme automatiquement ouvert à tous les agents territoriaux.

La DRH doit vérifier, pour chaque situation, le statut de l'agent, les conditions d'accès, la procédure applicable et les incidences financières.

06 / Préserver les savoir-faire

Organiser la transmission des compétences avant les départs

Recruter un nouvel agent ne signifie pas nécessairement reconstituer immédiatement les compétences détenues par son prédécesseur.

Certaines connaissances sont formalisées dans des procédures. D'autres résultent de plusieurs années d'expérience, de relations professionnelles et de situations de terrain.

La transmission doit donc être organisée en amont des départs prévisibles.

De cinq à trois ans avant le départ prévisible

Repérer les fonctions sensibles, identifier les savoir-faire rares, cartographier les départs possibles et évaluer les difficultés de remplacement.

Deux ans avant le départ

Arbitrer les besoins de recrutement, déterminer les compétences à transmettre, étudier les parcours de formation et les modalités de compagnonnage.

Un an avant le départ

Engager, lorsque cela est possible, le transfert des connaissances, préparer les outils documentaires et organiser la montée en compétence des successeurs.

Dans les derniers mois

Finaliser les documents, vérifier l'acquisition des compétences essentielles et organiser la continuité des responsabilités.

Une distinction essentielle

Ces échéances constituent une méthode de gestion prévisionnelle recommandée, et non un calendrier imposé par le statut. Elles doivent être ajustées aux besoins et aux moyens de chaque collectivité.

07 / Décider et agir

Cinq priorités pour inscrire la démographie dans la stratégie RH territoriale

Priorité 1 — Gouvernance

Inscrire les risques démographiques, la prévention de l'usure et les besoins de compétences dans les orientations RH et les arbitrages budgétaires.

Priorité 2 — Prévention

Utiliser les résultats du document unique d'évaluation des risques professionnels pour prioriser les actions d'aménagement des postes et les investissements.

Priorité 3 — Sécurisation statutaire

Accompagner individuellement les agents sur les dispositifs pertinents de seconde carrière, de maintien dans l'emploi et de préparation du départ à la retraite.

Priorité 4 — Organisation

Identifier les métiers à compétences rares, organiser le tutorat, le compagnonnage et la documentation des savoir-faire.

Priorité 5 — Partenariats

Étudier les appuis mobilisables auprès des centres de gestion, des acteurs de prévention et du FIPHFP, selon les besoins identifiés.

Cette démarche suppose une coopération entre la direction générale, la DRH, les directions opérationnelles, l'encadrement et les acteurs de prévention.

Ressource documentaire NAUDRH.COM

Le mur démographique : votre dossier stratégique de 12 pages

« Stratégie de gestion des ressources humaines face au vieillissement accéléré des agents de la fonction publique territoriale »

Ce dossier visuel rassemble les principales problématiques auxquelles sont confrontés les décideurs territoriaux.

- Identifier les risques liés au vieillissement des effectifs.

- Repérer les métiers exposés à l'usure.

- Évaluer les conséquences organisationnelles et financières.

- Structurer les parcours de maintien dans l'emploi.

- Organiser la transmission des compétences.

- Mobiliser les dispositifs statutaires et les partenaires.

- Mettre en œuvre une feuille de route en cinq priorités.

Consulter le dossier stratégique (PDF)

 

08 / De l'information à la décision

La veille juridique vous permet d'anticiper. Le niveau 2 vous aide à sécuriser les dossiers sensibles.

Anticiper le vieillissement des effectifs implique de prendre des décisions qui mobilisent plusieurs domaines du droit de la fonction publique.

Retraite progressive, temps partiel thérapeutique, inaptitude, reclassement et mobilité professionnelle obéissent à des conditions particulières.

Les connaître est indispensable. Savoir les appliquer à une situation individuelle est parfois plus délicat.

Abonnement niveau 1

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Votre abonnement de niveau 1 vous donne accès à une information juridique continue et à des analyses des évolutions statutaires et jurisprudentielles.

Il vous permet d'identifier les nouvelles règles, de comprendre leurs conséquences et d'anticiper les décisions à préparer.

Sa valeur : gagner du temps, rester informé et limiter les risques liés à une information juridique insuffisante.

Abonnement niveau 2

Sécurisation RH : un appui statutaire pour vos décisions concrètes

Le niveau 2 complète votre veille juridique par un accompagnement statutaire opérationnel.

- Ligne d'appui RH FPT 24h/24, 7j/7 : conseils statutaires personnalisés, selon les modalités de votre abonnement.

- Dossiers clés en main : ressources documentaires et supports pratiques personnalisables.

- Veille juridique incluse : maintien de l'accès à l'ensemble des services du niveau 1.

- Temps d'échanges mensuels : analyse des nouveautés statutaires et de leurs conséquences pour les employeurs territoriaux.

- Outils RH IA : accès aux outils développés par NAUDRH.COM dans les conditions prévues par l'offre.

Exemple : un dossier RH concret

Une collectivité souhaite accompagner un agent technique expérimenté dont les capacités physiques ne permettent plus l'exercice de certaines missions.

Elle envisage une adaptation du poste, une mobilité, voire une procédure de reclassement.

Quels dispositifs sont juridiquement mobilisables ? Quelles étapes faut-il respecter ? Quelles conséquences pour la situation statutaire et la rémunération de l'agent ?

La veille juridique permet d'identifier les règles. Le niveau 2 permet de solliciter un éclairage personnalisé pour appliquer ces règles au dossier.

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Préparer la relève suppose de résoudre plusieurs difficultés successives.

Plutôt qu'une simple liste d'articles classés par date, retrouvez trois ressources NAUDRH.COM sélectionnées selon le problème RH que vous devez traiter.

Problème RH n° 1 — Anticipation

Comment adapter votre politique RH au vieillissement des effectifs ?

Le vieillissement impose de repenser la gestion prévisionnelle, la mobilité professionnelle, la prévention de l'usure et la transmission des compétences.

Cette analyse prolonge le dossier stratégique en replaçant les enjeux démographiques dans les transformations durables de la gestion RH territoriale.

Approfondir la stratégie RH territoriale →

Problème RH n° 2 — Retraite

Comment intégrer les évolutions des règles de retraite dans la planification de vos effectifs ?

Les changements statutaires peuvent modifier les perspectives individuelles de départ et les échéances à prendre en compte pour organiser la relève.

Cette publication analyse les conséquences du décret du 7 mai 2026 sur les retraites dans la fonction publique territoriale.

Lire l'analyse sur les retraites territoriales →

Problème RH n° 3 — Reclassement

Comment organiser la reconversion d'un agent confronté à une inaptitude ?

La prévention de l'usure doit s'accompagner de solutions concrètes lorsqu'un changement de fonctions devient nécessaire.

Découvrez un kit pratique consacré à la période de préparation au reclassement, comprenant des outils pour structurer les étapes d'accompagnement.

Accéder aux outils pratiques de la PPR →

Ces trois ressources prolongent la réflexion selon une logique professionnelle : anticiper les risques, préparer les départs et sécuriser les parcours.

Précision éditoriale : Cette publication expose des problématiques générales de gestion des ressources humaines dans la fonction publique territoriale. Les dispositifs de retraite, de maintien dans l'emploi, de reclassement et les possibilités d'accompagnement doivent être examinés selon le statut de l'agent, les conditions réglementaires en vigueur et la situation de chaque collectivité.

Architecture des transmissions par NAUDRH.COM

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Vieillissement des agents territoriaux : le risque que les DRH ne peuvent plus traiter au cas par cas.

L'allongement des carrières, l'usure professionnelle et les départs à la retraite vont profondément modifier le fonctionnement des collectivités territoriales. Le sujet dépasse désormais la gestion des fins de carrière : il concerne la préservation des compétences, l'organisation des services et la capacité des employeurs à maintenir leurs agents dans l'emploi.

Analyse de Pascal NAUD — Président fondateur de NAUDRH.COM

Le vieillissement des effectifs territoriaux n'est pas une découverte. Depuis plusieurs années, les données démographiques annoncent une progression importante de la part des agents en seconde partie de carrière. Pourtant, dans de nombreuses collectivités, les conséquences de cette évolution continuent d'être traitées essentiellement à travers des situations individuelles : une restriction médicale, une demande d'aménagement de poste, un reclassement devenu nécessaire ou un départ à la retraite qu'il faut remplacer.

Cette manière de procéder a longtemps permis de répondre aux difficultés les plus immédiates. Elle devient aujourd'hui insuffisante.

Les directions des ressources humaines doivent désormais faire face à deux évolutions simultanées. D'un côté, des agents prolongent leur activité dans des métiers dont les contraintes physiques ou psychologiques n'ont pas toujours été suffisamment prises en compte. De l'autre, les départs à la retraite vont entraîner, dans certains services, une perte importante de compétences et d'expérience professionnelle.

Le risque ne réside pas uniquement dans le nombre d'agents concernés. Il tient surtout à la concentration de ces difficultés dans certains métiers et certaines organisations. Une collectivité peut présenter une pyramide des âges relativement équilibrée à l'échelle de ses effectifs tout en disposant d'un service technique dont la majorité des agents expérimentés partiront dans les cinq prochaines années.

C'est précisément cette réalité que les DRH doivent parvenir à objectiver.

01. Le vieillissement des effectifs appelle une lecture par métier, pas seulement par tranche d'âge

Les données de la DGAFP mettent en évidence un vieillissement particulièrement marqué de la fonction publique territoriale. Selon les chiffres relatifs à 2023 repris dans le document de référence, 44 % des agents territoriaux ont 50 ans ou plus, contre 35 % dans la fonction publique de l'État et 32 % dans la fonction publique hospitalière.

Ces proportions doivent être rapprochées de la structure particulière des emplois territoriaux. La place importante des agents de catégorie C et le poids des métiers techniques, de l'entretien, de la restauration, de la petite enfance ou de l'accompagnement social exposent les collectivités à des problématiques de maintien dans l'emploi qui ne se présentent pas de manière identique dans les autres versants de la fonction publique.

Il serait cependant erroné d'associer systématiquement l'avancée en âge à une diminution des capacités professionnelles. Un agent expérimenté peut parfaitement poursuivre son activité dans de bonnes conditions. À l'inverse, certaines situations d'usure apparaissent bien avant 50 ans lorsque les contraintes du poste sont particulièrement importantes.

Le sujet n'est donc pas l'âge considéré isolément, mais la durée d'exposition aux risques professionnels, les conditions d'exercice des missions et les possibilités d'adaptation de l'organisation.

Cette distinction doit guider les diagnostics RH.

Une collectivité qui se contente de recenser ses agents de plus de 55 ans dispose d'une information démographique utile, mais encore insuffisante pour construire une politique de prévention. Elle doit rapprocher cette donnée des métiers exercés, des contraintes identifiées dans le document unique d'évaluation des risques professionnels, des restrictions médicales, des accidents de service et des perspectives de départ.

C'est à cette condition que le vieillissement devient un sujet de gestion prévisionnelle plutôt qu'un simple constat statistique.

02. L'usure professionnelle se construit souvent plusieurs années avant l'inaptitude

Dans les services techniques, les premiers signes peuvent prendre la forme de douleurs articulaires, de difficultés à porter certaines charges ou d'une fatigabilité accrue. Dans les métiers de l'accueil, de l'action sociale ou de l'accompagnement des publics fragiles, l'usure peut également résulter d'une exposition prolongée aux tensions relationnelles, à la charge émotionnelle ou à des situations professionnelles difficiles.

Ces manifestations ne conduisent pas nécessairement à une inaptitude. Elles peuvent néanmoins annoncer des difficultés durables si les conditions de travail restent inchangées.

Or, dans les faits, les collectivités interviennent encore fréquemment lorsque la situation est déjà dégradée. Un arrêt de travail prolongé, un avis médical comportant des restrictions importantes ou une impossibilité de reprendre les fonctions habituelles déclenche alors la recherche d'une solution.

À ce stade, les possibilités d'aménagement sont parfois limitées. Les emplois susceptibles d'accueillir l'agent ne sont pas disponibles, les compétences nécessaires à une reconversion ne sont pas acquises et les responsables de service doivent gérer simultanément l'absence et la réorganisation des missions.

Le problème n'est pas seulement juridique ou médical. Il est aussi organisationnel.

Une politique de prévention efficace doit permettre d'agir avant que les restrictions ne rendent le maintien sur le poste particulièrement difficile. Cela suppose d'examiner les conditions réelles de travail et de ne pas limiter la prévention à l'instruction des situations individuelles.

Le document unique d'évaluation des risques professionnels devrait jouer un rôle central dans cette démarche. Il permet d'identifier les contraintes auxquelles les agents sont exposés et de déterminer les mesures nécessaires pour les réduire. Encore faut-il que ses enseignements soient effectivement pris en compte dans les décisions d'investissement, les projets de réorganisation et les politiques de formation.

L'achat d'un équipement de manutention, la mécanisation d'une tâche répétitive ou la modification d'un circuit de travail ne relèvent pas uniquement de la gestion technique. Ce sont également des décisions qui peuvent conditionner la possibilité, pour certains agents, de poursuivre durablement leur activité professionnelle.

03. Le maintien dans l'emploi doit être organisé avant que les solutions ne deviennent trop étroites

Les DRH territoriaux disposent de plusieurs dispositifs permettant d'accompagner les agents dont l'état de santé évolue. Leur efficacité dépend toutefois du moment auquel ils sont mobilisés et de leur articulation avec les besoins du service.

L'aménagement du poste constitue généralement la première voie à examiner lorsque les capacités professionnelles de l'agent ne permettent plus d'exercer certaines tâches dans les conditions habituelles. Il peut concerner les équipements, les horaires, l'organisation des missions ou les conditions matérielles de travail, dans le respect des préconisations médicales.

Lorsque l'aménagement ne suffit pas, une affectation sur un autre emploi compatible avec le grade et l'état de santé peut être recherchée selon les règles applicables. Il convient de distinguer cette démarche d'une procédure de reclassement pour inaptitude, qui répond à des conditions statutaires particulières.

Cette distinction est importante. Toutes les restrictions médicales ne justifient pas l'engagement d'une procédure de reclassement. À l'inverse, lorsqu'une inaptitude aux fonctions du grade est médicalement établie dans les conditions prévues par les textes, l'employeur doit examiner les possibilités ouvertes par le cadre statutaire.

La période de préparation au reclassement constitue, dans ce contexte, un outil utile. Elle permet au fonctionnaire concerné de construire un nouveau projet professionnel et de bénéficier, selon les modalités prévues, d'actions de formation, d'observation ou de mise en situation.

Sa durée est encadrée et ne peut, en principe, excéder un an, sous réserve des dispositions particulières applicables.

Mais l'existence de ce dispositif ne garantit pas la réussite de la reconversion.

Un agent qui a exercé pendant vingt ou trente ans des fonctions techniques ne peut pas toujours accéder immédiatement à un emploi administratif. La maîtrise des outils numériques, l'acquisition de nouvelles méthodes de travail et l'adaptation à un environnement professionnel différent peuvent nécessiter un accompagnement conséquent.

La reconversion suppose également de tenir compte du rapport que l'agent entretient avec son métier. L'impossibilité de poursuivre des fonctions exercées pendant une grande partie de sa carrière peut être difficile à accepter.

Le reclassement ne peut donc pas être réduit à la recherche d'un poste vacant. Il doit s'inscrire dans un parcours professionnel réaliste, compatible avec l'état de santé de l'agent et les possibilités effectives de l'employeur.

Pour les petites collectivités, cette exigence se heurte rapidement à la faiblesse des effectifs et au nombre limité d'emplois disponibles. L'appui du centre de gestion et la recherche de mobilités auprès d'autres employeurs publics peuvent alors ouvrir des perspectives, sans pour autant constituer des solutions automatiques.

La mobilité doit rester juridiquement sécurisée et tenir compte des conditions statutaires d'accueil.

04. Temps partiel thérapeutique et retraite progressive : deux dispositifs à ne pas confondre

L'allongement des carrières conduit également les collectivités à s'interroger sur les modalités de réduction progressive de l'activité professionnelle.

Le temps partiel pour raison thérapeutique et la retraite progressive peuvent, dans certaines situations, contribuer à cet objectif. Ils répondent cependant à des finalités très différentes.

Le temps partiel thérapeutique est un dispositif lié à l'état de santé. Il vise à favoriser le maintien ou le retour dans l'emploi lorsque l'exercice des fonctions à temps partiel est médicalement justifié. Son octroi et son renouvellement obéissent à des conditions précises. Il ne constitue pas une modalité générale d'aménagement des fins de carrière.

La retraite progressive repose, quant à elle, sur une logique de transition entre activité et retraite. Elle permet aux agents remplissant les conditions réglementaires de travailler à temps partiel tout en percevant une fraction de leur pension.

L'accès au dispositif dès 60 ans, sous réserve notamment des conditions de durée d'assurance et de quotité de travail, offre de nouvelles possibilités d'organisation des dernières années d'activité.

Pour les employeurs territoriaux, cette évolution peut présenter un intérêt dans les situations où une diminution progressive du temps de travail permet de mieux répartir les missions et de préparer la transmission des compétences.

Il serait néanmoins imprudent de considérer la retraite progressive comme une réponse générale à l'usure professionnelle. Tous les agents ne remplissent pas les conditions d'accès et toutes les organisations ne permettent pas d'aménager aisément une activité à temps partiel.

De plus, la retraite progressive ne peut être imposée à un agent pour répondre aux seuls besoins de gestion de la collectivité.

La DRH doit donc apprécier chaque situation au regard des droits individuels, des contraintes du service et des règles applicables au régime de retraite concerné.

05. Les départs à la retraite exposent les collectivités à une perte de compétences encore insuffisamment anticipée

La question du vieillissement des effectifs ne peut pas être dissociée de celle des départs à la retraite.

Dans certains services, les agents expérimentés détiennent des connaissances qui ne figurent dans aucun référentiel de compétences et qui ne sont pas toujours formalisées dans les procédures internes.

Il peut s'agir de la connaissance d'installations techniques, de réseaux, d'équipements, de procédures administratives complexes ou de relations de travail construites au fil des années avec les partenaires institutionnels.

Ces compétences sont parfois considérées comme acquises tant que l'agent demeure en poste.

Leur importance apparaît au moment de son départ.

CAS PRATIQUE — SITUATION ILLUSTRATIVE

Une commune de 15 000 habitants confrontée au vieillissement de ses services techniques

Prenons le cas d'une commune de 15 000 habitants dont les services techniques emploient 25 agents titulaires. Quatorze ont plus de 52 ans, six présentent des restrictions médicales significatives et quatre agents exerçant des fonctions de maîtrise devraient partir à la retraite dans les trois prochaines années.

Cet exemple, volontairement illustratif, montre que plusieurs risques peuvent se cumuler.

Les restrictions médicales réduisent les possibilités d'affectation sur certaines interventions. Les agents qui ne sont pas concernés par ces restrictions peuvent être davantage sollicités pour les tâches les plus physiques. Dans le même temps, les départs annoncés concernent des professionnels qui connaissent les équipements et maîtrisent les interventions les plus complexes.

Si la collectivité attend les vacances de postes pour organiser les remplacements, elle risque de perdre simultanément des capacités d'intervention et des compétences techniques.

La réponse doit être préparée suffisamment tôt.

Une analyse des métiers exposés permettra d'identifier les adaptations nécessaires. Une réflexion sur les mobilités pourra ouvrir des perspectives aux agents dont les restrictions deviennent importantes. Enfin, un programme de transmission des compétences devra être organisé pour les postes dont le remplacement présente un enjeu particulier.

Cette dernière dimension est trop souvent négligée.

Le recrutement d'un nouvel agent ne garantit pas, à lui seul, la transmission de l'expérience acquise par son prédécesseur.

06. Le compagnonnage doit être pensé comme un investissement de continuité du service public

La transmission des compétences ne peut pas reposer exclusivement sur la bonne volonté des agents.

Elle suppose une organisation.

Lorsqu'un départ à la retraite est prévisible, le responsable de service et la DRH doivent identifier les connaissances indispensables à la continuité des missions. Certaines peuvent être formalisées dans des procédures, des fiches techniques ou des documents de référence. D'autres nécessitent une transmission pratique, au contact des situations professionnelles.

Le compagnonnage présente ici un intérêt évident.

Il permet à un agent expérimenté de transmettre progressivement ses savoir-faire à un collègue appelé à reprendre tout ou partie de ses missions.

Mais un véritable compagnonnage ne consiste pas simplement à placer deux agents dans le même service pendant quelques semaines.

Il faut déterminer les compétences à transmettre, prévoir les situations de travail permettant leur acquisition et organiser le temps nécessaire à cet accompagnement.

Cette démarche peut nécessiter une période de chevauchement entre l'agent sortant et son successeur.

Le coût budgétaire de ce tuilage constitue parfois un obstacle. Pourtant, il doit être comparé aux conséquences possibles d'une perte de compétences sur un poste sensible.

Une intervention technique mal maîtrisée, une procédure administrative interrompue ou un recours urgent à un prestataire extérieur peuvent représenter des coûts supérieurs à ceux d'une transmission organisée.

Il ne s'agit pas de généraliser les doublons à tous les départs.

La collectivité doit identifier les postes pour lesquels la continuité des missions dépend fortement de connaissances spécifiques et difficiles à reconstituer.

Cette analyse doit être menée avec les directions opérationnelles. Elles sont les mieux placées pour signaler les compétences qui reposent sur un nombre très limité d'agents.

La DRH doit ensuite intégrer ces besoins dans la programmation des recrutements, des mobilités et des formations.

07. La gestion prévisionnelle des emplois doit devenir un véritable outil d'arbitrage

La gestion prévisionnelle des emplois, des effectifs et des compétences est souvent présentée comme la réponse naturelle au vieillissement des agents.

Encore faut-il qu'elle débouche sur des décisions.

Une collectivité peut disposer d'une pyramide des âges détaillée et connaître le nombre de départs prévisibles sans avoir réellement préparé leurs conséquences.

Le diagnostic doit donc dépasser la seule projection démographique.

Il doit permettre d'identifier les métiers exposés à l'usure, les fonctions pour lesquelles les départs seront concentrés, les compétences difficiles à remplacer et les possibilités d'évolution de l'organisation.

Une projection à cinq ans constitue un horizon pertinent pour engager cette réflexion.

Elle permet d'anticiper les besoins de recrutement, d'examiner les possibilités de mobilité interne et de déterminer les formations nécessaires à l'évolution des compétences.

À mesure que les échéances se rapprochent, les décisions doivent devenir plus opérationnelles.

Les recrutements sur les postes sensibles doivent pouvoir être préparés suffisamment tôt. Les agents susceptibles d'évoluer vers d'autres fonctions doivent bénéficier d'un accompagnement adapté. Les modalités de transmission doivent être organisées avant que le départ ne soit imminent.

Cette anticipation suppose néanmoins de respecter les choix individuels des agents.

La date de départ à la retraite ne peut être déterminée à partir du seul âge. Elle dépend des droits ouverts, des caractéristiques de la carrière et de la décision personnelle de l'intéressé.

Les projections doivent donc être considérées comme des outils de pilotage et non comme des certitudes individuelles.

L'enjeu est de disposer d'une vision suffisamment fiable pour éclairer les décisions, sans construire les organisations sur des hypothèses présentées comme acquises.

08. La prévention de l'usure professionnelle doit trouver sa place dans les arbitrages budgétaires

L'adaptation des postes, les études ergonomiques, les équipements de prévention, les formations de reconversion et les périodes de transmission représentent des dépenses réelles.

Dans un contexte financier contraint, ces mesures peuvent être reportées au profit de besoins considérés comme plus immédiats.

Cette logique comporte pourtant un risque.

Une collectivité qui diffère systématiquement les investissements de prévention peut être conduite à supporter ultérieurement des coûts plus importants liés aux absences, aux remplacements, aux réorganisations contraintes ou aux difficultés de maintien dans l'emploi.

Il ne faut pas en déduire que toute dépense de prévention produira automatiquement une économie budgétaire mesurable.

Les effets dépendent des métiers, des risques identifiés et de la pertinence des mesures engagées.

Mais la prévention doit être appréciée comme un investissement dans la capacité de fonctionnement des services, et non comme une dépense accessoire.

Le document de référence évoque la perspective d'un fonds consacré à la prévention de l'usure professionnelle dans la fonction publique territoriale. Sur ce point, une distinction s'impose entre les travaux de préfiguration d'un dispositif et l'existence effective d'un financement juridiquement constitué et mobilisable.

Les collectivités doivent vérifier les textes applicables, les conditions d'éligibilité et les financements réellement ouverts avant de construire leurs plans d'action sur cette hypothèse.

L'appui des centres de gestion, du CNFPT et des organismes compétents peut également être recherché dans le cadre de leurs missions respectives.

Pour autant, l'existence de financements extérieurs ne doit pas conditionner à elle seule l'engagement d'une politique de prévention.

La responsabilité de l'employeur en matière de santé et de sécurité au travail demeure.

09. La direction générale et les élus doivent être associés à la stratégie de gestion des âges

Le vieillissement des effectifs reste parfois traité comme une question relevant exclusivement de la DRH et de la médecine du travail.

Cette approche ne correspond plus à l'ampleur des enjeux.

Adapter un métier, modifier une organisation, anticiper un recrutement ou organiser une période de transmission nécessite des décisions qui engagent les directions opérationnelles, la direction générale et l'autorité territoriale.

Le rôle du DRH consiste à rendre ces enjeux visibles.

Le rapport social unique, les données relatives aux effectifs, les restrictions médicales, les absences, les difficultés de recrutement et les projections de départs constituent des éléments qui peuvent être rapprochés pour établir un diagnostic.

Ce diagnostic doit ensuite être traduit en priorités d'action.

Une collectivité ne peut pas nécessairement engager simultanément des mesures importantes dans tous les services. Elle doit identifier les situations dans lesquelles les risques pour la santé des agents ou la continuité des missions sont les plus élevés.

La gestion des âges devient alors un sujet de programmation pluriannuelle.

Les décisions relatives aux équipements, aux effectifs, aux formations et aux mobilités peuvent être inscrites dans une trajectoire cohérente plutôt que prises dans l'urgence.

Le dialogue social a également toute sa place dans cette démarche.

Les représentants du personnel disposent d'une connaissance des conditions réelles de travail qui peut enrichir le diagnostic. Les instances compétentes en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail doivent être associées dans le respect de leurs attributions.

L'objectif n'est pas de multiplier les consultations, mais de permettre une discussion fondée sur les difficultés effectivement rencontrées et les mesures susceptibles d'y répondre.

10. Le vieillissement des agents n'est pas le problème. L'absence d'anticipation, si.

Les collectivités territoriales disposent, avec leurs agents expérimentés, d'un capital de compétences considérable.

Ces professionnels connaissent les métiers, les équipements, les procédures et les territoires. Ils assurent souvent une part essentielle de la continuité du service public.

Leur expérience doit être reconnue et valorisée.

Le vieillissement devient une difficulté lorsque les conditions de travail ne permettent plus de poursuivre certaines activités, lorsque les possibilités de mobilité sont recherchées trop tardivement ou lorsque les départs entraînent une perte de compétences qui aurait pu être anticipée.

La réponse ne peut pas reposer uniquement sur les dispositifs statutaires de fin de carrière.

L'aménagement de poste, le temps partiel thérapeutique, la retraite progressive et le reclassement sont des outils importants, mais ils ne remplacent pas une politique de prévention et de gestion des compétences.

Pour les DRH territoriaux, l'enjeu consiste désormais à rapprocher des domaines encore trop souvent gérés séparément : la santé au travail, l'évolution des métiers, les parcours professionnels, la formation, les recrutements et les décisions budgétaires.

Cette articulation est indispensable pour éviter que les situations individuelles ne deviennent progressivement des difficultés structurelles de fonctionnement.

Conclusion : anticiper les fins de carrière pour préserver la continuité du service public

Le vieillissement des agents territoriaux impose une évolution de nos pratiques de gestion des ressources humaines.

Pendant longtemps, les collectivités ont principalement accompagné les fins de carrière à travers la gestion des départs à la retraite, l'instruction des situations d'inaptitude et la recherche de solutions individuelles de maintien dans l'emploi.

Ces démarches demeurent nécessaires, mais elles ne suffisent plus.

L'allongement des carrières et la concentration des départs dans certains métiers obligent à intervenir plus tôt, à mieux connaître les contraintes professionnelles et à organiser la transmission des compétences.

Cette évolution suppose des moyens, mais surtout une capacité d'anticipation.

Une politique RH efficace ne peut se limiter à répondre aux difficultés lorsqu'elles surviennent. Elle doit permettre de les identifier suffisamment tôt pour préserver des possibilités d'action.

La question n'est donc pas seulement de savoir combien d'agents partiront à la retraite dans les prochaines années.

Elle est de déterminer quelles compétences risquent de disparaître, quels métiers nécessitent des adaptations et quelles décisions doivent être prises dès aujourd'hui pour éviter une dégradation du fonctionnement des services.

C'est sur ce terrain que les DRH territoriaux ont un rôle essentiel à jouer auprès des directions générales et des élus.

Une collectivité qui prépare les départs mais néglige l'usure professionnelle ne traite qu'une partie du problème. Une collectivité qui prévient l'usure mais n'organise pas la transmission des compétences prend un autre risque, tout aussi important.

La véritable maturité d'une politique RH se mesure à sa capacité à traiter ces deux enjeux ensemble.

Pour approfondir : références documentaires

DGAFP : travaux statistiques consacrés aux agents de 50 ans ou plus dans la fonction publique, notamment les données relatives à 2023.

IGAS : rapport de préfiguration du fonds consacré à la prévention de l'usure professionnelle, au maintien dans l'emploi et à l'accompagnement des transitions professionnelles dans la fonction publique territoriale.

Code général de la fonction publique : dispositions relatives à la santé des agents, au temps partiel pour raison thérapeutique et au reclassement pour inaptitude.

Décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 : reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, dans sa rédaction applicable.

Décret n° 2025-680 du 15 juillet 2025 : abaissement à 60 ans de l'âge d'ouverture du droit à la retraite progressive pour les assurés du régime de retraite des agents des collectivités locales.

Pascal NAUD

Président fondateur de NAUDRH.COM

Expertise en ressources humaines territoriales, droit de la fonction publique et management public.

naudrhexpertise@gmail.com

www.naudrh.com

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17 octobre 2026 6 17 /10 /octobre /2026 22:29

 

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Budget 2027 : le statut des fonctionnaires s'affaiblit-il sans que les textes changent ?

Gel du point d'indice, tassement des grilles, progression de l'emploi contractuel, contraintes sur les effectifs et évolution des garanties sociales : les critiques syndicales du projet de loi de finances pour 2027 posent une question qui concerne directement les DRH territoriaux.

Par Pascal NAUD — Président fondateur de NAUDRH.COM

Le projet de loi de finances pour 2027 ravive un débat ancien, mais qui prend aujourd'hui une dimension particulière : celui de l'avenir de la fonction publique de carrière. Les organisations syndicales dénoncent une succession de décisions budgétaires qui, sans remettre formellement en cause le statut général des fonctionnaires, contribueraient à en affaiblir progressivement les fondements. Le gel du point d'indice, la compression des grilles de rémunération, le développement du recrutement contractuel et la réduction de certaines garanties sociales seraient, selon elles, les manifestations d'une même évolution.

L'expression d'« effacement programmé du statut », utilisée dans plusieurs analyses syndicales, est particulièrement forte. Elle mérite d'être examinée avec rigueur. Sur le plan juridique, le projet de loi de finances ne constitue pas une entreprise d'abrogation du Code général de la fonction publique. Les garanties statutaires demeurent. Les principes qui organisent le recrutement, les carrières, les droits et obligations des fonctionnaires continuent de s'appliquer. Pour autant, la permanence des textes ne suffit pas à répondre à toutes les interrogations.

Ce qui se joue aujourd'hui concerne peut-être moins l'existence du statut que sa capacité à continuer de produire les effets pour lesquels il a été conçu. Un système de carrière repose sur des perspectives de progression, sur une certaine prévisibilité des rémunérations et sur la reconnaissance des qualifications et des responsabilités. Lorsque ces éléments deviennent moins perceptibles pour les agents, c'est la crédibilité même du parcours statutaire qui peut être affectée.

Pour les directions des ressources humaines territoriales, cette question n'a rien d'abstrait. Elle se retrouve dans les difficultés de recrutement, les demandes de revalorisation, les interrogations sur l'intérêt d'une promotion interne ou encore dans les tensions qui accompagnent certaines décisions indemnitaires. Les DRH sont quotidiennement confrontés aux conséquences de choix nationaux sur lesquels les collectivités disposent de marges de manœuvre limitées.

01. Le gel du point d'indice fragilise la lisibilité des carrières

La rémunération constitue le premier point de cristallisation des critiques syndicales. Les analyses consacrées au budget 2027 évoquent la poursuite du gel de la valeur du point d'indice, dans un contexte où les revalorisations générales intervenues depuis plusieurs années n'ont pas compensé l'évolution des prix.

Les organisations syndicales mettent en avant un écart particulièrement important entre l'inflation cumulée depuis 2017 et la progression de la valeur du point. Leurs estimations font état d'une hausse des prix supérieure à 24 % sur la période étudiée, alors que le point d'indice n'aurait progressé que d'environ 5 %. Ces chiffres doivent être appréciés au regard des périodes de référence retenues et ne sauraient être assimilés, sans précaution, à la perte de pouvoir d'achat effectivement subie par chaque fonctionnaire. La rémunération individuelle dépend aussi de l'avancement, des promotions, du régime indemnitaire et des mesures catégorielles.

Cette réserve méthodologique ne retire rien à la difficulté de fond. Une progression indiciaire qui demeure durablement inférieure à l'inflation réduit la portée des mécanismes habituels de carrière. L'agent peut bénéficier d'un avancement régulier sans constater d'amélioration significative de sa situation financière. La progression statutaire reste juridiquement effective, mais son intérêt économique devient moins évident.

Cette situation est particulièrement délicate pour les employeurs territoriaux. Les collectivités ne fixent ni la valeur du point d'indice ni les grilles nationales des cadres d'emplois. Elles peuvent agir sur certains éléments indemnitaires, dans les limites de leurs compétences et des textes applicables, mais elles ne disposent pas d'une liberté générale leur permettant de corriger les insuffisances de la rémunération indiciaire.

Il en résulte un décalage que les DRH connaissent bien. Les agents s'adressent naturellement à leur employeur pour obtenir des explications sur leur rémunération. Pourtant, une part essentielle de celle-ci relève de décisions nationales. Cette situation complique le dialogue social local, surtout lorsque les collectivités doivent simultanément maîtriser leurs dépenses de personnel et préserver l'attractivité de métiers déjà soumis à des tensions de recrutement.

02. La proximité croissante des premiers échelons avec le SMIC pose un problème de cohérence statutaire

Le tassement des grilles indiciaires constitue probablement l'une des manifestations les plus concrètes de cette difficulté. À mesure que le SMIC progresse, certains traitements indiciaires des premiers échelons deviennent inférieurs au minimum légal de rémunération. L'employeur public doit alors garantir ce minimum, notamment par le mécanisme de l'indemnité différentielle prévu par le décret du 2 août 1991, lorsque ses conditions d'application sont réunies.

Les analyses syndicales du budget 2027 évoquent un nombre particulièrement élevé d'agents concernés. Le chiffre de 862 000 fonctionnaires et agents publics est notamment avancé dans le document de référence. Il s'agit toutefois d'une estimation issue des sources mobilisées par les organisations syndicales, qui appelle une confirmation statistique indépendante.

Pour les services RH, le problème dépasse largement le nombre de bénéficiaires. Il concerne la cohérence des écarts de rémunération entre les échelons, les grades et les catégories hiérarchiques.

Lorsqu'un agent ayant plusieurs années d'ancienneté perçoit une rémunération très proche de celle d'un nouvel entrant, la progression de carrière devient difficile à valoriser. Lorsqu'un agent de catégorie B en début de parcours se trouve rémunéré à un niveau voisin de celui d'un agent de catégorie C expérimenté, la différenciation indiciaire peut paraître insuffisante au regard des qualifications ou des responsabilités exercées.

Il ne faut pas en conclure que les avancements seraient devenus inutiles. Ils continuent de produire des effets statutaires et peuvent avoir des conséquences sur la carrière et les droits à pension. Mais leur portée financière immédiate peut être fortement atténuée.

Cette situation soulève une question essentielle pour les politiques de ressources humaines. Comment encourager la préparation d'un concours, l'accès à un grade supérieur ou la prise de responsabilités supplémentaires lorsque les perspectives de rémunération apparaissent peu différenciées ?

La difficulté ne concerne pas uniquement les agents. Elle touche aussi les employeurs, qui doivent construire des parcours professionnels suffisamment attractifs pour conserver leurs compétences.

Une revalorisation ciblée de l'indice minimum peut apporter une réponse partielle. Le document de référence mentionne d'ailleurs une proposition gouvernementale destinée à réduire le recours à l'indemnité différentielle en attribuant des points d'indice supplémentaires aux premiers niveaux de traitement. Une telle mesure présente un intérêt puisqu'elle agit sur le traitement indiciaire lui-même. Elle ne résout cependant pas nécessairement la compression des grilles si les échelons immédiatement supérieurs ne sont pas également revalorisés.

Les syndicats privilégient, pour cette raison, une revalorisation plus générale du point d'indice et une réflexion d'ensemble sur les carrières. Pour les DRH territoriaux, le sujet mérite d'être suivi avec attention, car toute modification des premiers échelons peut avoir des conséquences sur les équilibres de rémunération au sein des collectivités.

03. Le recours croissant aux contractuels révèle les limites du modèle actuel de recrutement

La progression de l'emploi contractuel constitue le deuxième grand sujet de préoccupation exprimé par les organisations syndicales. Selon les données reprises dans le document analysé, les contractuels représentent désormais une part proche du quart des effectifs de la fonction publique.

Les syndicats considèrent que cette évolution contribue à affaiblir le modèle de la fonction publique de carrière. Leur inquiétude porte notamment sur le recul relatif du recrutement par concours et sur le risque de voir les garanties collectives progressivement remplacées par des relations d'emploi davantage individualisées.

Cette analyse appelle plusieurs nuances.

Le principe selon lequel les emplois civils permanents des administrations sont occupés par des fonctionnaires demeure inscrit dans le Code général de la fonction publique, sous réserve des dérogations prévues par la loi. Le recrutement d'agents contractuels, lorsqu'il intervient dans les conditions légalement autorisées, ne constitue donc pas une remise en cause du statut.

Les DRH territoriaux savent par ailleurs que le recours aux contractuels répond souvent à des nécessités très concrètes. Dans certaines filières, les recrutements statutaires ne permettent plus de couvrir les besoins. Les difficultés concernent notamment des métiers techniques, numériques, médico-sociaux ou des fonctions d'encadrement pour lesquelles les collectivités doivent parfois rechercher des compétences rares.

Il serait peu réaliste de considérer que ces besoins pourraient être satisfaits par le seul rappel du principe du recrutement statutaire.

Mais l'augmentation du nombre de contractuels transforme incontestablement les pratiques de gestion. Elle conduit à faire coexister, au sein d'un même service, des agents relevant de régimes juridiques différents, parfois recrutés pour exercer des fonctions comparables avec des modalités de rémunération distinctes.

Cette coexistence exige une vigilance particulière. Les conditions de fixation des rémunérations, les renouvellements de contrats, les perspectives d'évolution professionnelle et la prévention des différences de traitement insuffisamment justifiées deviennent des enjeux majeurs de sécurisation RH.

Le développement de l'emploi contractuel ne doit pas non plus masquer les causes structurelles des difficultés de recrutement. Une collectivité qui peine durablement à attirer des fonctionnaires sur certains emplois doit s'interroger sur ses rémunérations, ses conditions de travail, ses possibilités de mobilité et son positionnement sur le marché de l'emploi.

La contractualisation peut constituer une réponse pertinente à un besoin identifié. Elle ne saurait, à elle seule, tenir lieu de politique d'attractivité.

04. Les arbitrages sur les effectifs doivent être appréciés au regard des missions réellement exercées

Le projet de budget 2027 suscite également des critiques concernant l'évolution des effectifs de l'État. Le document de référence évoque une réduction nette prévisionnelle de 1 076 emplois à temps plein dans les services de l'État et ses opérateurs, avec des évolutions très différentes selon les ministères.

Les organisations syndicales dénoncent notamment des suppressions dans l'enseignement et certaines administrations économiques et financières, tandis que des créations d'emplois seraient prévues dans les secteurs de la sécurité, de la justice et de la défense.

Ces chiffres, issus des documents et analyses cités dans le dossier initial, doivent être rapprochés des documents budgétaires officiels et de leur périmètre exact avant d'être considérés comme définitivement établis.

Il importe surtout de rappeler qu'ils concernent principalement la fonction publique de l'État. Ils ne correspondent pas à des suppressions d'emplois décidées dans les collectivités territoriales.

Pour autant, les DRH territoriaux ne peuvent rester indifférents à ces orientations. Les évolutions des moyens des services de l'État peuvent affecter les relations institutionnelles, les capacités d'accompagnement ou les conditions d'exercice de certaines politiques publiques locales.

Les collectivités connaissent, de leur côté, leurs propres contraintes. La progression de certaines dépenses obligatoires, les difficultés financières et la nécessité de préserver les capacités d'investissement peuvent conduire les exécutifs locaux à réexaminer les organisations et les effectifs.

Dans ce contexte, la question ne devrait pas être abordée à partir du seul nombre de postes supprimés ou créés.

Un emploi vacant dans un service administratif dont les missions ont été réorganisées ne présente pas les mêmes enjeux qu'un poste non remplacé dans un établissement accueillant des personnes vulnérables ou dans un service technique confronté à des obligations permanentes de sécurité.

Les conséquences d'une réduction d'effectifs dépendent de la nature des missions, des compétences disponibles, des possibilités de mutualisation et des conditions réelles de travail.

La maîtrise de la masse salariale doit donc être appréciée dans une perspective suffisamment large. Une économie immédiate peut entraîner, à moyen terme, des coûts de remplacement, une augmentation des heures supplémentaires, un recours accru aux prestations extérieures ou une dégradation des conditions de travail.

Le rôle du DRH consiste précisément à éclairer ces arbitrages. Il ne s'agit pas de contester par principe toute évolution des effectifs, mais d'en mesurer les conséquences professionnelles et organisationnelles avant la décision.

05. Les évolutions de la protection sociale renforcent le sentiment de fragilisation des garanties collectives

La réduction de la rémunération pendant les congés de maladie ordinaire constitue un autre motif important de contestation.

Depuis le 1er mars 2025, les fonctionnaires placés en congé de maladie ordinaire sont soumis, pendant les trois premiers mois, à une rémunération du traitement indiciaire ramenée à 90 %, dans les conditions prévues par les textes applicables.

Cette disposition est entrée en vigueur. Elle doit être distinguée des propositions ou hypothèses de réforme qui pourraient accompagner les débats budgétaires ultérieurs.

Pour les DRH territoriaux, son application nécessite une attention particulière aux différentes composantes de la rémunération. Le traitement indiciaire, les primes, la nouvelle bonification indiciaire et les autres éléments de rémunération ne relèvent pas nécessairement des mêmes règles. Les dispositions réglementaires et les délibérations indemnitaires doivent être examinées séparément.

Les organisations syndicales considèrent que cette réduction fait supporter aux agents malades une partie de l'effort budgétaire. Elles soulignent également les conséquences possibles sur des personnels dont la situation financière est déjà fragilisée.

Le débat ne peut cependant être limité à l'opposition entre économie budgétaire et maintien de la rémunération.

Pour les employeurs territoriaux, il pose aussi la question de la prévention de l'absentéisme et du maintien dans l'emploi. Les collectivités ne peuvent durablement traiter les absences pour raison de santé comme une simple donnée comptable.

La connaissance des métiers exposés, la prévention des troubles musculo-squelettiques, la prise en compte des risques psychosociaux et l'accompagnement des agents après une longue absence constituent des leviers importants de politique RH.

La réforme de la protection sociale complémentaire doit également être intégrée à cette réflexion. Les obligations de participation financière des employeurs territoriaux en matière de prévoyance et de santé ont progressivement renforcé la place de ces garanties dans la politique sociale des collectivités.

Il faut toutefois distinguer les obligations de participation déjà applicables des évolutions conventionnelles ou législatives concernant les contrats collectifs, leurs garanties et les modalités d'adhésion.

Pour les DRH, la protection sociale complémentaire n'est plus seulement une question d'action sociale. Elle participe de la rémunération globale et de l'attractivité de l'employeur.

Elle ne peut évidemment pas compenser l'ensemble des effets d'une stagnation indiciaire. Mais elle constitue un élément important de sécurisation des parcours professionnels, notamment lorsque les agents sont confrontés à des situations de maladie prolongée ou d'incapacité.

06. L'absence de reconduction de la GIPA souligne les difficultés des fins de carrière

Les organisations syndicales critiquent également la non-reconduction de la garantie individuelle du pouvoir d'achat.

Ce mécanisme avait pour objet de compenser, sous certaines conditions, un décalage entre l'évolution du traitement indiciaire brut d'un agent et celle de l'inflation sur une période de référence.

Il convient de rappeler que la GIPA ne constitue pas un complément de rémunération automatiquement dû chaque année. Son versement dépend des dispositions réglementaires applicables à la période concernée. Une absence de reconduction ne doit donc pas être présentée, sans texte exprès, comme une suppression définitive du dispositif.

Pour les agents ayant atteint le dernier échelon de leur grade, la question demeure néanmoins sensible.

Ces fonctionnaires ne bénéficient plus de progression indiciaire liée à l'avancement d'échelon. Lorsque la valeur du point reste inchangée, leur traitement peut stagner durablement, sauf évolution de leur situation statutaire ou mesure de revalorisation.

Les collectivités disposent de possibilités limitées pour répondre à cette difficulté.

La promotion, la mobilité et certaines mesures indemnitaires peuvent contribuer à valoriser les parcours, mais elles obéissent à des conditions juridiques et budgétaires précises.

Cette situation concerne souvent des agents expérimentés dont les compétences sont indispensables au fonctionnement des services.

Elle mérite donc d'être prise en compte dans les politiques de fidélisation, sans créer d'attentes que l'employeur ne pourrait légalement satisfaire.

07. Le dialogue social territorial se trouve exposé à des décisions prises au niveau national

Les mobilisations syndicales évoquées dans le document de référence traduisent une inquiétude qui dépasse les seuls débats parlementaires.

Le gel du point d'indice, les perspectives d'évolution des grilles, les suppressions d'emplois et les modifications des garanties sociales alimentent des revendications dont une grande partie relève de la compétence de l'État.

Les conséquences se font pourtant sentir au sein des collectivités.

Les organisations syndicales locales peuvent légitimement interpeller l'employeur territorial sur la situation financière des agents, les conditions de travail ou les perspectives professionnelles. Mais toutes les réponses ne relèvent pas de la compétence de l'autorité territoriale.

Cette distinction est essentielle à la qualité du dialogue social.

Une collectivité ne peut décider seule d'une revalorisation générale du point d'indice. Elle peut, en revanche, agir dans le cadre de ses compétences sur certains éléments indemnitaires, l'organisation des services, la prévention des risques, la formation ou l'action sociale.

Le rôle de la DRH consiste à expliciter ces marges de manœuvre et à permettre des échanges fondés sur des données objectives.

Les débats sur les effectifs, la masse salariale, les vacances de postes ou les recrutements infructueux gagnent à être documentés avec précision. Ils permettent de distinguer les contraintes budgétaires réelles des choix d'organisation qui relèvent de l'employeur.

Cette transparence ne garantit pas l'accord avec les représentants du personnel. Elle contribue néanmoins à éviter que le dialogue social ne se réduise à une confrontation sur des décisions que la collectivité n'a pas le pouvoir de modifier.

Dans une période où les tensions nationales peuvent rapidement se répercuter au niveau local, cette exigence de clarté me paraît particulièrement importante.

08. Le statut général demeure, mais sa portée doit aussi être appréciée dans la réalité des parcours

La thèse syndicale d'un effacement progressif du statut général repose sur l'idée que l'accumulation des réformes budgétaires et des transformations de gestion peut affaiblir la fonction publique de carrière sans modifier directement ses principes juridiques.

Cette analyse mérite d'être distinguée de la situation du droit positif.

Le Code général de la fonction publique continue de structurer les conditions d'emploi des agents publics. Les garanties relatives au recrutement, à la carrière, aux droits et obligations et à la protection des fonctionnaires conservent leur portée.

Mais il serait insuffisant de considérer que la permanence des textes règle à elle seule la question de l'avenir du statut.

Une carrière statutaire n'a de sens, pour l'agent, que si elle offre des perspectives professionnelles suffisamment lisibles. Le concours, l'avancement, la promotion et la mobilité doivent conserver une valeur dans le déroulement du parcours.

Lorsque les écarts de rémunération se réduisent et que les possibilités de progression apparaissent limitées, le statut peut perdre une partie de son attractivité sans avoir été juridiquement remis en cause.

Cela ne signifie pas que toute évolution des pratiques de recrutement ou de rémunération constituerait nécessairement une atteinte aux garanties statutaires.

Les employeurs publics doivent pouvoir adapter leurs organisations, répondre à de nouveaux besoins et recruter les compétences nécessaires à leurs missions.

La difficulté réside dans la recherche d'un équilibre entre les garanties collectives, les besoins de gestion et les attentes professionnelles des agents.

Pour les collectivités territoriales, cet équilibre est d'autant plus important que les règles nationales doivent s'appliquer à des employeurs très différents par leur taille, leurs ressources et leurs missions.

Une grande métropole, un département et une commune rurale ne disposent pas des mêmes capacités de recrutement ou de mobilité interne. Pourtant, ils doivent tous respecter les principes statutaires et assurer la continuité du service public.

C'est cette diversité qu'il faut garder à l'esprit lorsque l'on analyse les transformations de la fonction publique à partir des seuls arbitrages budgétaires nationaux.

09. Les DRH territoriaux doivent apprécier la soutenabilité des politiques de personnel au-delà de leur seul coût immédiat

Le débat budgétaire pour 2027 pose finalement une question plus large que celle des économies annoncées.

Il interroge la capacité des employeurs publics à maintenir des politiques de ressources humaines cohérentes dans un contexte de contraintes financières durables.

La maîtrise de la masse salariale constitue une responsabilité essentielle. Elle ne peut cependant être appréciée indépendamment des besoins de compétences, des conditions de travail et de la qualité du service rendu.

Une réduction des effectifs peut produire une économie immédiate, mais aussi fragiliser certains services si elle intervient sans analyse suffisante des missions.

Une politique de rémunération insuffisamment différenciée peut rendre plus difficiles les recrutements sur des métiers en tension.

Un recours accru aux contractuels peut répondre efficacement à certains besoins, tout en exigeant une vigilance renforcée sur la cohérence des rémunérations et la sécurisation des relations d'emploi.

Les DRH doivent donc contribuer à une appréciation globale des décisions de personnel.

Cette responsabilité suppose de rapprocher les données relatives aux effectifs, aux rémunérations, aux départs, aux vacances de postes, à l'absentéisme et aux difficultés de recrutement.

Elle nécessite également un dialogue régulier avec les directions opérationnelles afin de mesurer les conséquences concrètes des arbitrages envisagés.

Une politique RH soutenable n'est pas nécessairement celle qui réduit le plus rapidement les dépenses. C'est celle qui permet à la collectivité de remplir durablement ses missions, avec des compétences adaptées et dans un cadre juridique sécurisé.

Cette approche ne dispense évidemment pas de respecter les contraintes budgétaires. Elle permet de mieux en apprécier les conséquences.

10. Conclusion : le véritable enjeu est celui de la crédibilité de la fonction publique de carrière

Le projet de loi de finances pour 2027 concentre plusieurs difficultés qui traversent depuis longtemps la fonction publique.

La stagnation des rémunérations indiciaires, le tassement des grilles, la progression de l'emploi contractuel et les tensions sur les effectifs ne sont pas des phénomènes nouveaux. Leur accumulation conduit cependant à s'interroger sur la cohérence du modèle de gestion publique.

Les organisations syndicales y voient les signes d'un affaiblissement progressif du statut général. Cette appréciation ne constitue pas une conclusion juridique établie, mais elle soulève une question à laquelle les employeurs publics doivent être attentifs.

Le statut général n'est pas seulement un ensemble de dispositions organisant les carrières. Il repose aussi sur la perspective d'un parcours professionnel dans lequel les qualifications, l'expérience et les responsabilités peuvent être reconnues.

Lorsque cette perspective devient moins lisible, les conséquences se retrouvent dans les recrutements, les mobilités, les promotions et le dialogue social.

Les collectivités territoriales ne disposent pas de tous les leviers permettant de corriger ces difficultés. Elles restent néanmoins responsables de la qualité de leurs politiques de ressources humaines et de la manière dont elles accompagnent leurs agents.

Pour les DRH, le défi consiste à préserver des parcours professionnels cohérents tout en répondant aux contraintes financières et aux besoins d'adaptation des services.

Il ne s'agit ni de considérer toute réforme comme une remise en cause du statut, ni d'ignorer les effets cumulés de décisions qui peuvent en réduire progressivement l'attractivité.

Un statut peut demeurer juridiquement intact tout en perdant une partie de sa portée dans la réalité des carrières. C'est cette évolution qu'il nous appartient d'observer avec rigueur, car elle engage directement l'avenir des ressources humaines territoriales.

Références juridiques et méthodologiques

Code général de la fonction publique, notamment les dispositions relatives au recrutement, à la carrière, aux droits et obligations et à la rémunération des agents publics.

Décret n° 91-769 du 2 août 1991, relatif à l'indemnité différentielle susceptible d'être allouée à certains personnels civils et militaires de l'État, des collectivités territoriales et des établissements publics.

Textes relatifs à la rémunération pendant les congés de maladie ordinaire, notamment les dispositions applicables depuis le 1er mars 2025.

Textes relatifs à la protection sociale complémentaire, notamment l'ordonnance du 17 février 2021 et les dispositions applicables à la fonction publique territoriale.

Documents budgétaires et statistiques : projet de loi de finances pour 2027, annexes budgétaires, données DGAFP et analyses syndicales citées dans le document de référence. Les prévisions et estimations nécessitent une confrontation avec les publications officielles actualisées.

Pascal NAUD

Président fondateur de NAUDRH.COM

Expert en ressources humaines territoriales, droit de la fonction publique et management public.

www.naudrh.com

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Indemnité carburant 2026 : une nouvelle aide de 100 € accessible sous conditions aux agents territoriaux.

Le décret du 15 octobre 2026 instaure une nouvelle indemnité carburant. Qui peut en bénéficier ? Comment l'obtenir ? Quelles conséquences pour les employeurs territoriaux ?

Analyse juridique | 16 octobre 2026 | Fonction publique territoriale

LES TROIS REPÈRES À RETENIR

100 €

Montant de l'aide

22 770 €

Plafond de RFR par part

17/10

Entrée en vigueur

La hausse du prix des carburants constitue une préoccupation croissante pour les actifs qui dépendent de leur véhicule personnel pour travailler. Dans les territoires ruraux, cette question revêt une importance particulière pour les agents publics dont les déplacements domicile-travail peuvent représenter une charge significative.

Publié au Journal officiel du 16 octobre 2026, le décret n° 2026-959 du 15 octobre 2026 institue une indemnité carburant de 100 €, attribuée sous conditions de ressources et d'utilisation professionnelle d'un véhicule.

Ce dispositif national intéresse directement les agents de la fonction publique territoriale, mais il ne constitue pas une nouvelle prime statutaire à la charge des collectivités.

Pour les directions des ressources humaines, l'enjeu est donc double : informer correctement les agents de leurs droits potentiels et éviter toute confusion avec les dispositifs de remboursement des frais de déplacement relevant de l'employeur territorial.

1. Ce que prévoit le décret du 15 octobre 2026

L'article 1er du décret n° 2026-959 institue une indemnité destinée à limiter les effets de la hausse des coûts du carburant pour les ménages utilisant un véhicule à des fins professionnelles.

Le montant de cette indemnité est fixé à 100 € par l'article 4.

Ce mécanisme repose sur une logique d'aide individuelle nationale : l'éligibilité dépend de la situation fiscale du demandeur, de ses revenus professionnels et des caractéristiques de ses déplacements.

Point de droit

L'indemnité carburant n'est pas créée par une disposition du statut de la fonction publique territoriale. Elle est instituée par un décret autonome applicable aux contribuables remplissant les conditions réglementaires.

Le décret entre en vigueur le 17 octobre 2026, soit le lendemain de sa publication au Journal officiel.

2. Qui peut bénéficier de l'indemnité carburant ?

Les articles 2 et 3 définissent les conditions d'éligibilité. Elles sont cumulatives, sous réserve de l'alternative prévue concernant les distances parcourues.

Une condition de domiciliation

Le demandeur doit remplir les conditions de domiciliation fiscale prévues au titre de l'année 2024. Le dispositif concerne la France métropolitaine et les territoires expressément énumérés à l'article 2 : Mayotte, Guadeloupe, Guyane, Martinique et La Réunion.

Une condition d'âge et d'activité

Le bénéficiaire doit avoir été âgé d'au moins 16 ans au 31 décembre 2024 et avoir déclaré des revenus d'activité au titre de cette même année.

Les catégories de revenus prises en compte comprennent notamment les traitements et salaires, hors chômage et préretraite, ainsi que certains bénéfices professionnels.

Une condition de ressources

Le revenu fiscal de référence du foyer, rapporté au nombre de parts fiscales, doit être inférieur ou égal à 22 770 € au titre des revenus 2024.

Attention à la lecture du plafond

Le plafond de 22 770 € s'apprécie par part fiscale. Il ne correspond donc pas nécessairement au revenu fiscal de référence total du foyer.

3. Quels véhicules et quels déplacements sont éligibles ?

L'article 3 vise les véhicules à deux, trois ou quatre roues, à motorisation thermique ou hybride non rechargeable, utilisés à des fins professionnelles.

Le véhicule doit être régulièrement assuré à la date de la demande et ne pas être considéré comme endommagé au sens des dispositions du code de la route visées par le décret.

Sont notamment exclus les véhicules de fonction ou de service, les quadricycles lourds à moteur, les véhicules agricoles et les poids lourds.

Deux critères alternatifs de kilométrage

Critère A : distance domicile-travail

Effectuer plus de 15 kilomètres par trajet entre son domicile et son lieu de travail.

OU

Critère B : kilométrage professionnel annuel

Effectuer plus de 8 000 kilomètres par an dans le cadre de son activité professionnelle, trajets domicile-travail compris.

Il suffit de satisfaire à l'un de ces deux critères de distance, sous réserve de remplir toutes les autres conditions d'éligibilité.

Vigilance rédactionnelle : l'article 3 exige strictement plus de 15 kilomètres ou plus de 8 000 kilomètres. Un trajet de 15 kilomètres exactement ou un kilométrage annuel de 8 000 kilomètres exactement ne suffit pas à remplir le critère correspondant.

Enfin, un demandeur ne peut bénéficier que d'une seule indemnité et un même véhicule ne peut donner lieu à plusieurs versements. Les contribuables redevables de l'impôt sur la fortune immobilière au titre de 2024 sont exclus du bénéfice de l'aide.

4. Comment demander et percevoir les 100 € ?

L'article 6 prévoit une procédure dématérialisée, au moyen d'un formulaire spécifique accessible dans l'espace personnel du demandeur sur le site des finances publiques.

La date d'ouverture des demandes doit être fixée par un arrêté ministériel. L'entrée en vigueur du décret ne signifie donc pas, à elle seule, que le formulaire est immédiatement disponible.

Accéder au site officiel des impôts

Selon l'article 7, l'indemnité prend la forme d'une subvention versée par la Direction générale des finances publiques, après instruction, sur le compte bancaire communiqué à l'administration fiscale par le foyer fiscal du bénéficiaire.

Un versement automatique dans certains cas

L'article 5 prévoit expressément que les personnes ayant effectivement bénéficié de l'indemnité créée par le décret n° 2026-333 du 30 avril 2026 recevront automatiquement un versement de 100 €.

À retenir : il convient de distinguer les personnes relevant du versement automatique prévu à l'article 5 et les nouveaux demandeurs devant suivre la procédure de l'article 6.

5. Quels justificatifs conserver ?

L'article 8 organise le contrôle du respect des conditions d'attribution.

Les bénéficiaires doivent conserver les documents justifiant leur éligibilité pendant cinq années à compter du versement.

Pendant cette période, l'administration fiscale peut leur demander tout document nécessaire au contrôle de l'indemnité. Le bénéficiaire dispose alors d'un délai d'un mois pour transmettre les justifications demandées.

Les sommes indûment perçues peuvent être récupérées. Des majorations sont également prévues lorsque l'aide a été attribuée sur la base d'informations inexactes.

Il est donc prudent de conserver les éléments relatifs à l'utilisation du véhicule, à son assurance et aux kilomètres professionnels déclarés.

6. Quelles conséquences pour les employeurs territoriaux ?

Pour les DRH et les DGS, la principale difficulté consiste à bien distinguer une aide nationale individuelle d'un avantage indemnitaire accordé par la collectivité.

Les fonctionnaires territoriaux et les agents contractuels percevant des revenus d'activité peuvent entrer dans le champ du dispositif, dès lors qu'ils satisfont à l'ensemble des conditions réglementaires.

Ce que la collectivité n'a pas à faire

- Créer une prime carburant de 100 € dans son régime indemnitaire.

- Prévoir une enveloppe budgétaire pour financer cette indemnité nationale.

- Intégrer ce versement dans la paie de ses agents.

- Substituer ses propres règles d'éligibilité à celles du décret.

Ce qui relève en revanche d'une bonne gestion RH

La direction des ressources humaines peut diffuser une information juridique fiable et neutre, orienter les agents vers les services fiscaux et rappeler les conditions précises d'accès à l'aide.

La distinction juridique fondamentale

L'indemnité carburant de 100 € relève de l'État. Les remboursements des frais de déplacement et les dispositifs de mobilité mis en œuvre par les employeurs publics reposent sur des fondements juridiques distincts. L'un ne doit pas être confondu avec les autres.

7. Les actions concrètes à engager par les DRH

Si le décret n'impose pas aux employeurs territoriaux une procédure de gestion particulière, il représente néanmoins une occasion de renforcer l'information des agents sur les dispositifs de soutien à la mobilité.

Action RH Objectif opérationnel
Diffuser une note d'information Faire connaître les conditions exactes du dispositif.
Orienter vers impots.gouv.fr Éviter les démarches auprès du mauvais interlocuteur.
Clarifier le rôle de la DRH Distinguer information des agents et instruction fiscale.
Examiner les demandes liées à la mobilité Identifier les dispositifs existants relevant de l'employeur.
Suivre l'arrêté d'ouverture des demandes Communiquer une date fiable aux agents.

Dans les collectivités rurales ou disposant de plusieurs sites, cette information peut être particulièrement utile aux agents confrontés à des contraintes de déplacement importantes.

Une réflexion complémentaire peut être menée sur les dispositifs de mobilité durable, l'organisation du travail et les remboursements de déplacements professionnels, dans le respect de leurs cadres juridiques propres.

8. Questions pratiques et situations fréquentes

Un fonctionnaire territorial peut-il bénéficier de l'aide ?

Oui, potentiellement. Le décret n'exclut pas les fonctionnaires territoriaux. Ils doivent satisfaire aux critères fiscaux, professionnels et de déplacement définis par les articles 2 et 3.

Un agent contractuel peut-il également en bénéficier ?

Oui, dans les mêmes conditions. L'éligibilité n'est pas subordonnée à la qualité de fonctionnaire titulaire.

Un agent habitant à 10 kilomètres de son travail est-il nécessairement exclu ?

Non. S'il ne remplit pas le critère de distance domicile-travail, il peut néanmoins remplir celui de plus de 8 000 kilomètres annuels dans le cadre de son activité professionnelle, trajets domicile-travail inclus.

L'indemnité peut-elle être versée directement par la collectivité ?

Non, au titre de ce décret. Le versement relève de la Direction générale des finances publiques et non de l'employeur territorial.

Le formulaire est-il disponible dès l'entrée en vigueur du texte ?

Pas nécessairement. Le décret prévoit qu'un arrêté ministériel fixe la date à partir de laquelle la demande peut être présentée.

Un agent utilisant un véhicule de service peut-il demander l'aide pour ce véhicule ?

Non. Les véhicules de service et de fonction sont expressément exclus du dispositif.

9. Ce qu'il faut retenir

Avec le décret n° 2026-959 du 15 octobre 2026, une nouvelle indemnité carburant de 100 € est instituée au profit des actifs répondant à des conditions précises de revenus et d'utilisation de leur véhicule.

Pour les agents territoriaux, le dispositif constitue une possibilité supplémentaire de soutien ponctuel au pouvoir d'achat.

Pour les employeurs, il ne modifie pas le régime indemnitaire et ne crée pas une obligation de versement.

L'analyse NAUDRH.COM

La sécurité juridique d'une politique RH ne repose pas uniquement sur la connaissance des aides existantes. Elle suppose également de distinguer leurs bénéficiaires, leur financement, leur procédure d'attribution et les compétences respectives de l'État et des employeurs territoriaux.

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Votre dossier RH ne s'arrête pas ici

Une question sur l'indemnité carburant conduit souvent à d'autres difficultés juridiques : comprendre l'évolution des aides, répondre à une demande de remboursement ou identifier les marges de manœuvre dont dispose réellement l'employeur territorial.

Problème RH n° 1 | Comprendre l'évolution des aides

Indemnité carburant 2026 : quelles différences avec le premier dispositif ?

Le décret du 30 avril 2026 a créé un premier dispositif d'aide. Cette analyse permet de retrouver son cadre initial et de mieux comprendre l'évolution des conditions de ressources et d'attribution.

Consulter l'analyse du dispositif initial →

Problème RH n° 2 | Sécuriser une demande de remboursement

Une collectivité peut-elle rembourser les frais d'essence domicile-travail ?

Un agent sollicite une participation de sa collectivité aux frais de carburant engagés pour rejoindre son poste. Sur quel fondement juridique l'employeur peut-il répondre ? Quelles sont les limites à respecter ?

Examiner les règles applicables →

Problème RH n° 3 | Construire une réponse RH

Hausse du carburant : quels leviers RH les collectivités peuvent-elles mobiliser ?

Forfait mobilités durables, action sociale, télétravail et organisation des déplacements : découvrez les pistes de réponse proposées pour accompagner les agents sans créer une prime juridiquement fragile.

Identifier les leviers RH mobilisables →

Ces lectures complémentaires sont sélectionnées en fonction des problèmes RH à résoudre et non de leur date de publication. Les analyses antérieures doivent être rapprochées des textes actuellement applicables.

 

CAA de BORDEAUX, 2ème chambre, 30/09/2026, 24BX00883

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GIPA : peut-on durablement laisser les carrières territoriales perdre de leur valeur ?

La non-reconduction de la garantie individuelle du pouvoir d'achat en 2024 et 2025 pose une question qui dépasse largement le devenir d'une indemnité. Elle oblige les employeurs territoriaux à s'interroger sur la cohérence de leur système de rémunération et sur la valeur accordée à l'expérience professionnelle des agents.

Par Pascal NAUD — Président fondateur de NAUDRH.COM

Il est des décisions dont les conséquences dépassent largement leur portée budgétaire immédiate. La non-reconduction de la garantie individuelle du pouvoir d'achat, plus connue sous le nom de GIPA, me paraît appartenir à cette catégorie.

Depuis plusieurs années, les directeurs des ressources humaines territoriaux sont confrontés à une difficulté que nous connaissons tous : expliquer aux agents que leur carrière continue de progresser, alors même que cette progression ne se traduit pas nécessairement par une amélioration de leur pouvoir d'achat.

Nous pouvons parfaitement démontrer qu'un agent a bénéficié d'un avancement d'échelon, que son indice majoré a évolué ou que son régime indemnitaire a été revalorisé. Cela ne suffit pas toujours à répondre à une interrogation plus concrète : pourquoi le déroulement normal d'une carrière ne permet-il plus nécessairement de préserver la valeur réelle du traitement ?

Cette question prend une dimension particulière dans la fonction publique territoriale. Nos collectivités doivent maintenir leur attractivité, fidéliser leurs agents, reconnaître l'expérience professionnelle et assurer la continuité des services publics, tout en composant avec des contraintes budgétaires de plus en plus fortes.

La GIPA n'apportait pas une réponse à l'ensemble de ces difficultés. Elle avait néanmoins le mérite de traiter une situation précise : celle d'un traitement indiciaire dont l'évolution, sur une période de quatre années, demeurait inférieure à l'inflation.

Sa non-reconduction mérite donc mieux qu'une opposition entre les impératifs de maîtrise des dépenses publiques et les revendications salariales. Elle invite à examiner les limites de notre modèle de rémunération.

01. Une garantie qui répondait à une difficulté réelle

Créée par le décret n° 2008-539 du 6 juin 2008, la GIPA reposait sur un mécanisme de comparaison entre l'évolution du traitement indiciaire brut et celle des prix à la consommation hors tabac.

Son principe était de compenser, sous réserve des conditions réglementaires, l'écart constaté lorsque la progression indiciaire de l'agent n'avait pas permis de suivre l'inflation au cours de la période de référence.

Cette logique mérite d'être distinguée de celle des autres éléments de rémunération.

Un avancement d'échelon participe au déroulement statutaire de la carrière. Une promotion de grade traduit une évolution professionnelle selon les conditions prévues par les textes. Le régime indemnitaire permet, pour sa part, de reconnaître notamment les fonctions, les responsabilités, les sujétions et, selon le dispositif applicable, l'engagement professionnel.

Aucun de ces mécanismes n'a exclusivement pour objet de garantir le maintien du pouvoir d'achat.

La GIPA répondait précisément à cette difficulté. Elle ne constituait ni une prime au mérite ni une mesure de reconnaissance des responsabilités. Elle était fondée sur des paramètres réglementaires et économiques, indépendamment de l'appréciation portée sur la manière de servir.

Il ne faudrait cependant pas en exagérer la portée. La garantie ne concernait pas l'intégralité de la rémunération. Elle était calculée sur le traitement indiciaire brut, et non sur l'ensemble des primes, indemnités et éléments de rémunération nette.

Elle ne compensait pas davantage les différences de situation entre les ménages ou l'ensemble des conséquences économiques de l'inflation.

Mais elle présentait un intérêt évident : elle permettait de constater objectivement qu'une progression de carrière ne se confond pas nécessairement avec une progression du pouvoir d'achat.

Cette distinction devrait, à mon sens, occuper une place beaucoup plus importante dans les discussions relatives aux rémunérations publiques.

02. La progression de la masse salariale ne signifie pas que les agents gagnent davantage

Nous sommes régulièrement amenés, en qualité de DRH, à présenter l'évolution de la masse salariale de nos collectivités.

Ces analyses sont indispensables. Elles permettent de mesurer les conséquences des recrutements, des avancements, des promotions, des mesures nationales et des décisions indemnitaires locales.

Mais elles peuvent conduire à des interprétations trompeuses lorsqu'elles sont utilisées pour apprécier le pouvoir d'achat des agents.

Une masse salariale qui progresse ne signifie pas nécessairement que tous les personnels ont bénéficié d'une amélioration de leur rémunération réelle.

Elle peut augmenter sous l'effet de créations de postes, de modifications de la structure des effectifs ou de mesures statutaires qui ne concernent qu'une partie des agents.

De la même manière, le glissement vieillesse technicité ne constitue pas une garantie individuelle contre l'inflation.

Il traduit des effets liés aux carrières et à la structure des effectifs. Il ne permet pas de conclure que chaque agent a vu son traitement évoluer au même rythme que les prix.

Cette confusion mérite d'être évitée.

Lorsqu'un agent bénéficie d'un avancement d'échelon, il est légitime qu'il considère cette progression comme une reconnaissance de son parcours statutaire. Si cette augmentation est entièrement absorbée par l'inflation, il peut avoir le sentiment que son expérience professionnelle ne produit plus de véritable amélioration de sa situation.

Ce ressenti ne suffit évidemment pas à caractériser une anomalie juridique. Mais il révèle une difficulté de lisibilité du système de rémunération.

La GIPA avait précisément pour fonction de corriger, dans les limites de son champ d'application, une partie de ce décalage.

Une masse salariale en progression ne signifie pas nécessairement une amélioration du pouvoir d'achat individuel des agents.

03. Les agents en fin de carrière illustrent les limites du système

La situation des fonctionnaires parvenus au dernier échelon de leur grade est particulièrement révélatrice.

Lorsque leur indice majoré n'évolue plus, la progression de leur traitement indiciaire dépend principalement des revalorisations générales de la valeur du point, sauf évolution de leur situation statutaire.

Une promotion demeure parfois possible. Elle n'est toutefois ni automatique ni nécessairement accessible à tous les agents.

Il peut donc arriver qu'un professionnel expérimenté, reconnu pour ses compétences et pleinement investi dans ses missions, conserve pendant plusieurs années un traitement indiciaire quasiment inchangé.

Dans un environnement inflationniste, cette stabilité nominale entraîne une diminution de sa valeur réelle.

Nous connaissons ces situations dans nos collectivités. Elles concernent des agents de différentes catégories hiérarchiques et ne se limitent pas aux seuls cadres supérieurs.

Elles interrogent directement la place accordée à l'ancienneté, à l'expérience et à la fidélité professionnelle.

Un système de carrière doit naturellement reposer sur des règles objectives. Il ne peut garantir à chaque agent une progression salariale permanente et illimitée.

Mais il doit rester suffisamment cohérent pour que les personnels comprennent les perspectives qui leur sont offertes et les conséquences de leur évolution statutaire.

À cet égard, la disparition d'un mécanisme de compensation comme la GIPA accentue une difficulté déjà présente dans les grilles indiciaires.

04. La non-reconduction de la GIPA ne doit pas être confondue avec son abrogation

Sur le plan juridique, une précision est indispensable.

La GIPA a été instituée par un texte réglementaire général. Sa mise en œuvre pour une campagne donnée nécessitait néanmoins les dispositions permettant de déterminer la période de référence et les paramètres de calcul applicables.

La dernière campagne effectivement mise en œuvre a été celle de 2023, sur la période allant du 31 décembre 2018 au 31 décembre 2022.

La non-reconduction du dispositif en 2024, puis en 2025, ne doit donc pas être présentée comme une abrogation pure et simple de son décret fondateur.

Il faut également distinguer les montants théoriques de compensation des droits effectivement ouverts.

Un agent dont le traitement indiciaire aurait progressé moins rapidement que l'inflation au cours d'une période donnée ne peut pas, sur ce seul fondement, considérer qu'une GIPA lui est juridiquement due pour 2024 ou 2025.

En l'absence des textes nécessaires à l'ouverture des campagnes concernées, le calcul d'un montant théorique ne fait pas naître automatiquement une créance indemnitaire.

Cette distinction est importante pour les services de paie, mais également pour les réponses apportées aux agents et aux organisations syndicales.

Elle n'empêche nullement de discuter de l'opportunité d'un rétablissement du dispositif. Elle permet simplement de ne pas confondre l'analyse juridique d'une situation existante et l'appréciation de la politique salariale qui l'a produite.

POINT DE VIGILANCE JURIDIQUE

La non-reconduction d'une campagne de GIPA ne crée pas, par elle-même, un droit à compensation rétroactive. Toute régularisation éventuelle devrait reposer sur une base réglementaire appropriée.

05. La maîtrise budgétaire est une exigence, mais elle ne peut tenir lieu de politique salariale

Il serait difficilement défendable de considérer que la GIPA devrait être rétablie sans aucune réflexion sur son coût.

Les collectivités territoriales connaissent des contraintes financières importantes. Les dépenses de personnel constituent une part significative de leurs budgets et doivent être anticipées avec rigueur.

La non-reconduction de la GIPA a d'ailleurs été justifiée, au niveau national, par la nécessité de maîtriser les dépenses publiques.

Cette préoccupation est légitime. Mais elle ne répond pas à la question de fond.

La suppression ou la non-reconduction d'une dépense ne constitue pas, en elle-même, une stratégie de rémunération.

Une politique salariale doit également prendre en compte l'attractivité des emplois, la fidélisation des compétences, la reconnaissance des responsabilités et la cohérence des parcours professionnels.

Nous le constatons dans de nombreux métiers territoriaux.

Les difficultés de recrutement ne résultent pas exclusivement du niveau de rémunération. Elles tiennent aussi aux conditions de travail, à l'organisation des services, à la concurrence entre employeurs et aux perspectives professionnelles.

Pour autant, il serait artificiel de dissocier totalement ces difficultés de l'évolution des traitements.

Lorsqu'un employeur public peine à recruter ou à fidéliser certains professionnels, la rémunération fait nécessairement partie des paramètres à examiner.

Cela ne signifie pas qu'il faille répondre à chaque difficulté par une augmentation indemnitaire. Cela signifie que la politique salariale doit être suffisamment lisible et cohérente pour contribuer à l'attractivité des carrières.

Le rétablissement de la GIPA pourrait participer à cet objectif, sans dispenser d'une analyse plus globale.

06. Le débat sur l'équité de la GIPA mérite davantage de nuances

L'un des reproches adressés au dispositif tenait au fait que les agents bénéficiant des traitements indiciaires les plus élevés pouvaient percevoir des montants de GIPA plus importants en euros.

Cette caractéristique résulte directement de son mode de calcul.

À progression indiciaire comparable, la compensation d'une perte de pouvoir d'achat exprimée en pourcentage peut représenter un montant absolu plus élevé lorsque le traitement initial est plus important.

Mais faut-il nécessairement y voir une inéquité ?

Tout dépend de l'objectif recherché.

Si l'ambition est de soutenir prioritairement les agents disposant des rémunérations les plus modestes, un dispositif ciblé peut être parfaitement cohérent.

Si l'objectif est de compenser une érosion du traitement indiciaire calculée selon des paramètres communs, la logique est différente.

La GIPA relevait de cette seconde approche.

Il me paraît donc peu pertinent d'opposer systématiquement ces deux conceptions.

Une politique salariale peut parfaitement associer des mesures de soutien aux agents les moins rémunérés et des dispositifs transversaux de préservation du pouvoir d'achat.

En revanche, toute évolution des conditions d'attribution devrait être juridiquement sécurisée.

Une différenciation entre catégories d'agents n'est pas nécessairement contraire au principe d'égalité. Elle doit toutefois reposer sur des critères objectifs, pertinents au regard de la finalité poursuivie et compatibles avec les exigences applicables.

Le débat mérite donc d'être conduit à partir des objectifs de la politique salariale, plutôt qu'à partir d'une appréciation isolée des montants individuels.

07. Les collectivités ne peuvent pas compenser seules les insuffisances du cadre national

La question de la GIPA met également en évidence une caractéristique fondamentale de la fonction publique territoriale.

Nos collectivités disposent d'une autonomie de gestion réelle, mais leur politique de rémunération s'inscrit dans un cadre statutaire national.

Elles ne déterminent pas librement la valeur du point d'indice ni les grilles de traitement applicables aux fonctionnaires.

Elles disposent de marges de manœuvre en matière de régime indemnitaire, dans les limites prévues par les textes et par les délibérations de leurs assemblées.

Ces marges peuvent permettre de reconnaître certaines responsabilités, des sujétions particulières ou l'engagement professionnel.

Mais elles ne constituent pas un mécanisme général de compensation de l'inflation.

Il serait notamment juridiquement et conceptuellement inexact de considérer que le RIFSEEP pourrait se substituer automatiquement à la GIPA.

L'IFSE et le complément indemnitaire annuel répondent à des finalités qui leur sont propres. La compensation de l'évolution des prix n'est pas leur objet principal.

Cette distinction est importante dans le dialogue social territorial.

Lorsqu'un agent constate une diminution du pouvoir d'achat de son traitement indiciaire, il peut légitimement interroger son employeur.

Mais la réponse ne peut pas systématiquement consister à mobiliser les dispositifs indemnitaires locaux pour corriger les effets d'une politique nationale.

Une telle approche accentuerait les différences entre collectivités selon leurs capacités financières.

Elle pourrait également fragiliser la cohérence des régimes indemnitaires, en leur assignant des objectifs pour lesquels ils n'ont pas été conçus.

Il appartient donc à l'État de prendre toute sa part dans la définition d'une politique de rémunération cohérente pour l'ensemble des agents publics.

08. Le rétablissement de la GIPA ne suffira pas sans une réflexion sur les grilles indiciaires

C'est probablement sur ce point que le débat devrait désormais se concentrer.

Depuis plusieurs années, les revalorisations successives du SMIC ont mis en évidence les difficultés liées au tassement des premiers niveaux indiciaires.

Les mesures prises pour garantir le respect de la rémunération minimale sont indispensables. Elles ne constituent cependant pas une réforme d'ensemble des grilles.

Lorsque plusieurs échelons se rapprochent du salaire minimum, les écarts de traitement peuvent devenir particulièrement faibles.

Cette situation affecte la lisibilité des carrières et peut affaiblir la reconnaissance financière de l'expérience acquise.

La GIPA ne corrigeait pas ce phénomène. Elle permettait de compenser une perte de pouvoir d'achat constatée, sans modifier durablement la structure des grilles.

C'est pourquoi je considère qu'un éventuel rétablissement devrait s'accompagner d'une réflexion plus ambitieuse sur les traitements indiciaires.

Il ne s'agit pas nécessairement de défendre une indexation automatique et intégrale de la valeur du point sur l'inflation, sans considération pour ses conséquences financières.

Une telle réforme aurait des effets budgétaires majeurs pour les trois versants de la fonction publique et nécessiterait une évaluation approfondie.

Mais il devient difficile de faire l'économie d'une réflexion sur la manière dont les traitements doivent évoluer pour préserver la cohérence des carrières.

Le maintien d'un système dans lequel les mesures correctives se succèdent sans résoudre les déséquilibres structurels ne me paraît pas constituer une perspective satisfaisante.

09. Le rôle des DRH territoriaux est aussi de rendre ces évolutions compréhensibles

En attendant d'éventuelles décisions nationales, nous avons une responsabilité particulière.

Nous devons être capables d'expliquer les évolutions de rémunération avec précision, sans entretenir de confusion entre les différents mécanismes.

L'évolution du traitement indiciaire, les mesures indemnitaires, les avancements, les promotions et les effets de l'inflation doivent pouvoir être analysés séparément.

Cette démarche est essentielle pour la qualité du dialogue social.

Elle permet de dépasser les appréciations générales et de présenter des données objectives sur les situations rencontrées dans la collectivité.

Elle permet également d'identifier les catégories d'agents dont la progression indiciaire est devenue particulièrement limitée.

Ces analyses peuvent utilement alimenter les réflexions sur l'attractivité des métiers, la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences et les politiques de fidélisation.

Elles ne doivent toutefois pas conduire à faire porter aux seuls employeurs territoriaux la responsabilité de corriger l'ensemble des déséquilibres salariaux nationaux.

Notre rôle consiste à éclairer les décisions, à sécuriser les dispositifs et à proposer des orientations compatibles avec les moyens de nos collectivités.

Il ne consiste pas à transformer chaque difficulté de rémunération nationale en une obligation de compensation locale.

Cette clarification me paraît indispensable pour préserver la cohérence de notre action.

10. Une question qui dépasse finalement le seul avenir de la GIPA

Je suis favorable à un réexamen du dispositif et à la recherche des conditions permettant son rétablissement.

Mais je ne suis pas convaincu qu'une reconduction à l'identique constituerait nécessairement la meilleure réponse.

Il faudrait notamment s'interroger sur la stabilité de ses modalités d'application, sur sa périodicité et sur son articulation avec les autres mesures de rémunération.

Un mécanisme de compensation dont la reconduction demeure incertaine perd une partie de sa capacité à sécuriser les perspectives des agents.

Il serait également souhaitable de disposer d'évaluations régulières permettant d'apprécier les effets du dispositif selon les niveaux indiciaires, les catégories d'agents et les situations de carrière.

Ces données contribueraient à objectiver le débat. Elles permettraient aussi de mieux apprécier le coût du dispositif au regard des objectifs poursuivis.

La question n'est donc pas de considérer la GIPA comme une indemnité qu'il faudrait rétablir par principe, sans discussion sur son fonctionnement.

Elle est de déterminer si nous acceptons durablement qu'aucun mécanisme spécifique ne vienne corriger certaines pertes de pouvoir d'achat indiciaire, alors même que les déséquilibres des grilles demeurent.

C'est cette interrogation qui me paraît essentielle.

11. Conclusion : la rémunération doit rester un élément de confiance dans la carrière publique

La non-reconduction de la GIPA a fait disparaître un mécanisme de compensation sans résoudre les difficultés qui avaient justifié sa création.

Elle a également rappelé les limites d'un système dans lequel la progression statutaire ne garantit pas nécessairement le maintien de la valeur réelle du traitement indiciaire.

Pour les directeurs des ressources humaines territoriaux, cette situation n'est pas seulement une question de technique de paie ou d'application réglementaire.

Elle touche à la lisibilité des carrières, à la reconnaissance de l'expérience professionnelle et à la confiance des agents dans leur employeur.

Je ne crois pas qu'une politique salariale puisse durablement reposer sur la seule maîtrise de la dépense, aussi indispensable soit-elle.

Elle doit également permettre aux agents de comprendre la valeur de leur progression professionnelle et les perspectives qui leur sont offertes.

Le rétablissement de la GIPA pourrait constituer une réponse utile, à condition d'être intégré à une réflexion plus large sur les grilles indiciaires, la valeur du point et les modalités de financement des revalorisations.

La véritable question n'est pas seulement de savoir si nous devons rétablir la GIPA. Elle est de déterminer comment nous voulons préserver la valeur des carrières publiques dans un contexte de contraintes financières durables.

C'est à cette question que les prochaines évolutions de la politique salariale devront répondre.

Et c'est un débat auquel les DRH territoriaux doivent pouvoir contribuer pleinement, à partir de leur connaissance des agents, des métiers et des réalités budgétaires des collectivités.

Références juridiques

Décret n° 2008-539 du 6 juin 2008 relatif à l'instauration d'une indemnité dite de garantie individuelle du pouvoir d'achat.

Décret n° 2008-964 du 16 septembre 2008 relatif aux modalités de prise en compte de la GIPA dans le régime de retraite additionnelle de la fonction publique.

Décret n° 2023-775 du 11 août 2023 portant modification du décret relatif à la GIPA pour la campagne 2023.

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Attachés territoriaux : la réforme de l'accès à la hors classe en 2027 va-t-elle réellement débloquer les carrières ?

Suppression du contingentement de 10 %, nouvelles marges de manœuvre pour les collectivités et maintien de conditions d'accès plus restrictives que dans la fonction publique de l'État.

Analyse du projet présenté par la DGCL le 8 octobre 2026 – Situation au 13 octobre 2026

À retenir : le projet de décret supprime le plafond de 10 % d'attachés hors classe par collectivité et prévoit l'application d'un ratio promus/promouvables fixé localement. En revanche, contrairement à la réforme engagée pour les attachés de l'État, les conditions fonctionnelles d'accès à la hors classe seraient maintenues.

Attention : il s'agit d'un projet de texte, susceptible d'évoluer avant sa publication.

La carrière des attachés territoriaux pourrait connaître une évolution importante au 1er janvier 2027. La Direction générale des collectivités locales (DGCL) a présenté, le 8 octobre 2026, un projet de décret modifiant le statut particulier du cadre d'emplois des attachés territoriaux, fixé par le décret n° 87-1099 du 30 décembre 1987.

Cette initiative fait suite à la réforme du corps interministériel des attachés d'administration de l'État, organisée par le décret n° 2026-388 du 19 mai 2026.

L'objectif affiché est de fluidifier les déroulements de carrière. Pourtant, la transposition envisagée dans la fonction publique territoriale ne reprend pas l'ensemble des assouplissements accordés aux attachés de l'État.

La question centrale est donc la suivante : supprimer le contingentement des attachés hors classe suffira-t-il à améliorer réellement les perspectives d'avancement des attachés principaux et des directeurs territoriaux ?

1. Pourquoi une réforme du statut des attachés territoriaux ?

Depuis la réforme des parcours professionnels, des carrières et des rémunérations (PPCR), le cadre d'emplois des attachés territoriaux comprend notamment le grade d'attaché hors classe. Celui-ci constitue le troisième grade du cadre d'emplois, tandis que le grade de directeur territorial a été placé en voie d'extinction.

L'accès à la hors classe reste étroitement encadré. Il repose à la fois sur des conditions statutaires d'ancienneté et de responsabilités exercées, ainsi que sur un contingentement du nombre d'agents pouvant détenir ce grade.

La réforme de l'État a modifié cet équilibre en supprimant le contingentement de 10 % et en simplifiant substantiellement les conditions d'éligibilité.

Le projet territorial transpose la première évolution, mais maintient une grande partie des exigences d'accès à la hors classe.

Le véritable enjeu RH

Une carrière peut rester bloquée pour deux raisons différentes : l'agent remplit les conditions d'avancement mais le nombre de promotions est limité, ou bien il ne remplit pas les conditions réglementaires d'éligibilité. Le projet agit principalement sur le premier obstacle.

2. La suppression du contingentement de 10 % : une évolution significative

Dans le dispositif actuellement applicable, l'article 21-1 du décret n° 87-1099 du 30 décembre 1987 limite le nombre d'attachés territoriaux hors classe en position d'activité ou de détachement à 10 % de l'effectif des fonctionnaires du cadre d'emplois concerné au sein de chaque collectivité ou établissement.

L'article 8 du projet de décret prévoit de supprimer cette disposition.

La portée de cette modification ne doit pas être sous-estimée. Elle mettrait fin à un plafond d'effectifs qui peut restreindre les possibilités de promotion indépendamment de la valeur professionnelle des agents.

Qu'est-ce qui changerait ?

- La collectivité ne serait plus soumise au plafond statutaire de 10 % d'attachés hors classe.

- Les possibilités d'avancement seraient déterminées selon le nombre d'agents promouvables et le taux de promotion applicable.

- L'employeur disposerait d'une marge de décision locale plus importante sur le volume des promotions.

- Les décisions resteraient soumises aux autres conditions réglementaires et aux exigences de sélection des agents.

Cette suppression ne signifie donc ni que tous les attachés principaux pourront devenir attachés hors classe, ni que tous les agents promouvables bénéficieront automatiquement d'un avancement.

3. Le ratio promus/promouvables : une responsabilité renforcée pour les collectivités

En contrepartie de la suppression du contingentement, le projet prévoit l'application du dispositif de droit commun prévu par l'article L. 522-27 du Code général de la fonction publique.

Le nombre maximal de fonctionnaires pouvant être promus serait déterminé à partir des effectifs remplissant les conditions d'avancement, auxquels serait appliqué un taux de promotion.

Ce taux est fixé par l'assemblée délibérante, après avis du comité social territorial.

Principe de détermination des possibilités de promotion

Effectif des agents promouvables × taux de promotion local

Le résultat détermine le nombre maximal de promotions, selon les règles applicables.

Exemple pédagogique

Si une collectivité compte 20 agents remplissant les conditions statutaires d'accès à la hors classe et fixe un taux de promotion de 25 %, le calcul conduit à un plafond de cinq promotions.

Cet exemple est purement illustratif. Le taux retenu relève d'une décision locale et les promotions effectivement prononcées peuvent être moins nombreuses que le plafond autorisé.

Point de vigilance : le ratio ne permet pas de promouvoir un agent qui ne satisfait pas aux conditions d'éligibilité fixées par le statut particulier.

Les lignes directrices de gestion, l'appréciation de la valeur professionnelle, la cohérence des parcours et les capacités budgétaires de la collectivité demeureront des éléments essentiels du pilotage des avancements.

4. Attachés de l'État et attachés territoriaux : une harmonisation incomplète

Le principal point de discussion concerne les conditions d'accès au troisième grade.

Pour les attachés d'administration de l'État, la réforme applicable à compter du 1er janvier 2027 substitue aux anciens critères fonctionnels une condition d'ancienneté de huit années de services effectifs dans le grade d'attaché principal ou dans un grade équivalent.

Un taux national de promotion est prévu : 8 % pour l'année 2027, puis 10 % à compter de 2028.

Le projet territorial retient une approche différente : il supprime le contingentement, mais conserve les conditions d'accès fondées notamment sur les responsabilités exercées.

Tableau comparatif des réformes prévues pour 2027
Critère Attachés de l'État Attachés territoriaux (projet)
Contingentement de 10 % Supprimé Suppression prévue
Régulation des promotions Taux national de promotion : 8 % en 2027, 10 % dès 2028 Ratio local promus/promouvables
Conditions d'éligibilité Huit années de services effectifs dans le grade principal ou équivalent Maintien des conditions statutaires actuelles
Critères fonctionnels réglementaires Supprimés pour l'éligibilité Maintenus
Date prévue 1er janvier 2027 1er janvier 2027, sous réserve de publication

Il convient également de rappeler que la réforme de l'État s'accompagne de la création d'un collège des attachés d'administration, chargé de contribuer à l'harmonisation de la gestion du corps, notamment à travers des recommandations relatives aux lignes directrices de gestion.

La différence essentielle

À l'État, l'assouplissement porte directement sur l'éligibilité à la hors classe. Dans la territoriale, la réforme envisagée assouplit principalement la régulation du nombre de promotions. Il s'agit de deux leviers distincts, dont les effets sur les carrières ne sont pas équivalents.

5. Attachés principaux et directeurs territoriaux en fin de carrière : quelles perspectives ?

La question des agents qui atteignent les derniers échelons de leur grade mérite une attention particulière.

Le projet de décret maintient notamment le II de l'article 21 du statut particulier, relatif à l'avancement au titre de la valeur professionnelle exceptionnelle.

Cette voie concerne les attachés principaux ayant atteint le 10e échelon et les directeurs territoriaux ayant atteint le 7e échelon, dans les conditions statutaires prévues.

Elle offre une perspective aux agents dont le parcours professionnel mérite une reconnaissance particulière, mais elle ne constitue pas une voie générale d'accès à la hors classe.

Le maintien d'un risque de plafonnement

Certains attachés principaux peuvent avoir accompli une carrière particulièrement riche sans avoir occupé les emplois ou exercé les fonctions répondant aux critères réglementaires ouvrant l'accès à la hors classe par la voie principale.

Les directeurs territoriaux appartenant à un grade placé en voie d'extinction peuvent également rencontrer des difficultés spécifiques de déroulement de carrière.

Le maintien de la voie exceptionnelle est donc utile, mais il ne répond pas nécessairement à l'ensemble de ces situations.

La question mérite d'être posée : faut-il continuer à subordonner aussi fortement l'accès au troisième grade à la nature des fonctions occupées, lorsque l'expérience, les responsabilités effectivement assumées et la valeur professionnelle témoignent d'un parcours de haut niveau ?

Une évolution des conditions d'éligibilité pourrait offrir de nouvelles perspectives, sans remettre en cause le pouvoir d'appréciation de l'autorité territoriale sur les promotions.

6. Ce que les DRH et les employeurs territoriaux doivent anticiper

Même si le texte n'est pas encore adopté, les services RH peuvent utilement préparer une première analyse de ses conséquences.

Feuille de route RH : cinq points à examiner

1. Identifier les agents potentiellement concernés.

Recenser les attachés principaux et directeurs territoriaux, leurs échelons, leurs fonctions antérieures et les durées de services susceptibles d'être prises en compte.

2. Distinguer les agents promouvables des agents dont la carrière reste bloquée.

Repérer les dossiers qui satisfont aux critères d'accès à la hors classe et ceux qui restent exclus en raison des exigences fonctionnelles.

3.  Étudier le futur ratio promus/promouvables.

Examiner les possibilités de promotions supplémentaires, leur calendrier et leur incidence sur la masse salariale, sous réserve de l'adoption définitive du texte.

4. Vérifier la cohérence des lignes directrices de gestion.

S'assurer que les orientations relatives à l'avancement de grade permettent une appréciation transparente et cohérente des parcours professionnels.

5. Préparer le dialogue social.

Anticiper les échanges avec les représentants du personnel sur les taux de promotion, les critères d'avancement et les conséquences prévisionnelles de la réforme.

Précaution juridique : tant que le décret territorial n'est pas publié et entré en vigueur, les décisions d'avancement doivent continuer à respecter le cadre réglementaire applicable à la date à laquelle elles sont prises.

7. Faut-il aller plus loin ? Trois sujets qui méritent d'être discutés

Le projet présenté par la DGCL pourrait constituer une première étape, mais plusieurs questions restent ouvertes.

Première question : faut-il assouplir les critères fonctionnels ?

La conservation de conditions d'éligibilité différentes de celles applicables aux attachés de l'État doit être interrogée au regard de la reconnaissance de l'expérience professionnelle et des responsabilités réellement exercées.

Les spécificités des emplois territoriaux peuvent justifier certaines adaptations. Elles ne dispensent pas d'examiner si les différences de traitement demeurent pertinentes.

Deuxième question : comment mieux reconnaître les fins de carrière ?

Une réflexion pourrait être engagée sur les perspectives d'avancement des attachés principaux et des directeurs territoriaux ayant atteint les derniers échelons de leur grade.

L'objectif serait de valoriser l'expérience acquise, sans transformer l'avancement à la hors classe en un droit automatique.

Troisième question : comment éviter des différences excessives entre collectivités ?

Le passage à un ratio fixé localement permettra une adaptation aux choix de gestion de chaque employeur.

Toutefois, des taux de promotion très différents pourraient accentuer les écarts de perspectives de carrière entre agents appartenant à un même cadre d'emplois.

Il serait donc utile de favoriser la lisibilité des politiques d'avancement, leur articulation avec les lignes directrices de gestion et une information régulière sur les promotions effectivement prononcées.

L'analyse de NAUDRH.COM

La suppression du contingentement constitue une évolution positive. Mais une réforme réellement favorable aux parcours professionnels devrait également examiner les conditions d'éligibilité à la hors classe. À défaut, elle pourrait améliorer les perspectives des agents déjà promouvables sans apporter de réponse suffisante à ceux dont la carrière est bloquée par les critères fonctionnels actuels.

8. Quel calendrier pour la réforme ?

8 octobre 2026
Présentation du projet par la DGCL lors d'une réunion de travail consacrée aux attachés territoriaux.

21 octobre 2026
Examen prévu du projet de décret par le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale (CSFPT).

Après le CSFPT
Examen du texte par le Conseil d'État, selon le calendrier présenté par la DGCL.

1er janvier 2027
Date d'entrée en vigueur envisagée, sous réserve de l'adoption et de la publication du décret.

Les dispositions définitives devront être réexaminées à la lumière du texte publié au Journal officiel, notamment pour apprécier leur portée et leurs éventuelles dispositions transitoires.

9. Références juridiques et documents de travail

Cette analyse repose sur les documents préparatoires disponibles au 13 octobre 2026. Les dispositions territoriales présentées constituent à cette date un projet et ne doivent pas être confondues avec une réglementation définitivement adoptée.

Conclusion : une première avancée, mais un débat qui reste ouvert

Le projet de réforme du cadre d'emplois des attachés territoriaux apporte une réponse à une difficulté ancienne : le contingentement de l'accès à la hors classe.

Il pourrait permettre aux employeurs territoriaux de retrouver des marges de manœuvre dans leur politique de promotion.

Mais l'essentiel du débat reste posé. La suppression d'un plafond d'effectifs ne suffit pas à garantir de nouvelles perspectives lorsque les critères statutaires d'éligibilité continuent à exclure certains parcours professionnels.

La réussite de cette réforme se mesurera moins à la disparition du plafond de 10 % qu'à sa capacité réelle à améliorer le déroulement des carrières des attachés territoriaux.

Pascal NAUD

Expertise en gestion des ressources humaines et management public territorial

naudrhexpertise@gmail.com

www.naudrh.com

Réunion de travail relative aux attachés territoriaux 8 octobre 2026 - DGAFP

 

 

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Expertise RH territoriale | Analyse budgétaire et statutaire

Masse salariale territoriale : 67 % de la hausse du coût des agents échappe aux décisions locales.

Charges patronales, CNRACL, point d'indice, GVT, déroulement des carrières : pourquoi le coût des agents augmente-t-il et comment les employeurs territoriaux peuvent-ils retrouver des capacités de pilotage ?

Analyse NAUDRH.COM – Pascal NAUD | Octobre 2026

Les trois chiffres à retenir

67 %

Mesures nationales et réglementaires

14 %

Déroulement normal des carrières

19 %

Décisions propres aux collectivités

Source : Observatoire Adelyce, échantillon de 470 communes et intercommunalités. Contribution des facteurs à la hausse du coût unitaire des agents entre 2020 et 2025.

Les collectivités territoriales doivent maîtriser leur masse salariale. Mais maîtrisent-elles réellement les facteurs qui font augmenter le coût de leurs agents ?

Cette question est devenue centrale dans les échanges entre élus, directions générales, directions des ressources humaines et directions financières.

Les dépenses de personnel constituent un enjeu déterminant pour les budgets locaux. Pourtant, leur évolution ne résulte pas exclusivement des recrutements, des créations de postes ou des décisions indemnitaires prises par les collectivités.

Les données de l'Observatoire Adelyce apportent un éclairage utile : sur la période 2020-2025, 67 % de la hausse du coût unitaire des agents, dans l'échantillon étudié, est attribuée à des mesures nationales et réglementaires.

Ce constat ne doit conduire ni à déresponsabiliser les employeurs territoriaux ni à surestimer leur liberté de gestion. Il invite plutôt à distinguer les contraintes statutaires, les effets de carrière et les choix locaux afin de construire des politiques RH financièrement soutenables.

1. Pourquoi le coût unitaire des agents territoriaux augmente-t-il ?

L'Observatoire Adelyce distingue plusieurs facteurs contribuant à l'augmentation du coût unitaire des agents.

Facteur Contribution
Charges patronales, dont CNRACL 39 %
Augmentation de la valeur du point d'indice 16 %
GVT – mesures réglementaires 12 %
GVT – déroulement des carrières 14 %
GVT – régime indemnitaire 18 %
Autres rémunérations et heures supplémentaires 3 %
Effet noria -2 %

Le premier enseignement est la prépondérance des charges patronales. Elles représentent, à elles seules, 39 % de la hausse étudiée.

Le deuxième est l'importance des mécanismes statutaires et réglementaires, qui continuent de produire des effets budgétaires indépendamment des décisions de création de postes.

À retenir

Ces pourcentages mesurent la contribution de différents facteurs à une augmentation observée. Ils ne correspondent pas à la répartition de la masse salariale totale et ne peuvent pas être directement appliqués au budget de chaque collectivité.

2. Les mesures nationales et réglementaires expliquent 67 % de la hausse

Les cotisations patronales : le premier facteur

L'augmentation des cotisations employeurs constitue une contrainte budgétaire particulièrement significative.

La CNRACL en fournit une illustration. Le décret n° 2025-86 du 30 janvier 2025 a fixé une trajectoire pluriannuelle de relèvement du taux de cotisation vieillesse à la charge des employeurs des fonctionnaires affiliés.

Trajectoire réglementaire du taux employeur CNRACL
Année Taux prévu
2025 34,65 %
2026 37,65 %
2027 40,65 %
2028 43,65 %

Trajectoire fixée par le décret n° 2025-86 du 30 janvier 2025, sous réserve de toute modification réglementaire ultérieure.

Cette évolution se traduit par une augmentation de la charge patronale sur les rémunérations entrant dans l'assiette de cotisation, sans qu'une décision locale de revalorisation salariale soit nécessaire.

Le point d'indice et les mesures statutaires

La valeur du point d'indice détermine le traitement indiciaire brut des fonctionnaires. Toute revalorisation générale produit des conséquences financières pour les collectivités employeuses.

À ces évolutions s'ajoutent les mesures réglementaires affectant les grilles indiciaires, les classements et certaines conditions de rémunération.

Ces décisions peuvent être parfaitement justifiées du point de vue du pouvoir d'achat ou de l'attractivité de la fonction publique. Leur financement constitue néanmoins une obligation budgétaire pour les employeurs concernés.

C'est précisément cette dissociation entre le niveau de décision et le niveau de financement qui complexifie la construction des budgets locaux.

3. Le déroulement des carrières : une dynamique durable du coût des agents

Le glissement vieillesse technicité, ou GVT, traduit les effets des évolutions individuelles et statutaires sur les rémunérations.

L'avancement d'échelon intervient selon les règles statutaires applicables. Les avancements de grade et les promotions internes relèvent, quant à eux, de procédures et de décisions encadrées : ils ne sont pas tous automatiques.

Cette distinction est essentielle. Si certaines évolutions sont prévisibles et obligatoires, d'autres supposent des choix de gestion dans le respect du cadre juridique applicable.

Pour une DRH, l'enjeu est donc d'intégrer ces mécanismes dans une prospective pluriannuelle, plutôt que de découvrir leurs conséquences au moment de la préparation budgétaire.

4. Les décisions locales : 19 % de la hausse, mais des leviers de gestion plus larges

Les décisions propres aux collectivités représentent 19 % de la hausse du coût unitaire dans l'étude.

Le régime indemnitaire en constitue le principal facteur, avec une contribution de 18 %.

Cet indicateur rappelle que la politique indemnitaire est à la fois un outil de reconnaissance professionnelle, un levier d'attractivité et un déterminant des dépenses de personnel.

Il serait toutefois inexact d'en conclure que les collectivités ne disposent que de 19 % de marge de manœuvre dans le pilotage de leur masse salariale.

En effet, cette étude examine le coût unitaire des agents, et non l'ensemble des variables déterminant la masse salariale totale.

Les volumes d'effectifs, les recrutements, les remplacements, les quotités de travail, l'organisation des services et les choix de gestion des compétences restent des paramètres essentiels.

La distinction fondamentale

Une hausse du coût moyen par agent n'entraîne pas nécessairement une augmentation de même ampleur de la masse salariale globale. À l'inverse, une collectivité peut stabiliser son coût unitaire tout en augmentant sensiblement ses dépenses de personnel si ses effectifs progressent.

5. Ce que dit le cadre juridique de la fonction publique territoriale

L'autonomie des collectivités territoriales ne signifie pas qu'elles disposent d'une liberté totale dans la fixation de la rémunération de leurs agents.

Le traitement indiciaire des fonctionnaires est déterminé par des règles statutaires nationales. Les avancements, les obligations de cotisations sociales et les garanties statutaires s'imposent dans les conditions prévues par les textes.

Le régime indemnitaire relève davantage de décisions locales, mais cette compétence reste juridiquement encadrée.

L'article L. 714-4 du Code général de la fonction publique, ainsi que le décret n° 91-875 du 6 septembre 1991, participent à l'encadrement des régimes indemnitaires des fonctionnaires territoriaux, notamment au regard du principe de parité avec les corps de l'État comparables.

Une collectivité ne peut donc pas considérer les primes comme une simple variable budgétaire dont elle pourrait modifier librement les montants ou les conditions d'attribution indépendamment des délibérations applicables et des droits des agents.

6. Comment mieux piloter la masse salariale territoriale ?

L'enjeu n'est pas seulement de constater la progression des dépenses de personnel. Il est de comprendre les mécanismes qui la produisent et d'en anticiper les conséquences.

Distinguer les facteurs de hausse

Les tableaux de bord RH devraient identifier séparément les effets des cotisations patronales, des mesures réglementaires, des carrières, des régimes indemnitaires et des variations d'effectifs.

Cette ventilation permet de distinguer les dépenses juridiquement contraintes des évolutions liées aux arbitrages locaux.

Construire des projections pluriannuelles

Une prospective crédible suppose de simuler différents scénarios : maintien des effectifs, renouvellement des départs, évolution des compétences, recrutements ciblés ou réorganisations.

Elle doit intégrer les conséquences des mesures statutaires, les perspectives de carrière, la politique indemnitaire et les cotisations employeurs.

Relier les données financières aux besoins des services

Le pilotage des effectifs ne peut pas reposer uniquement sur un objectif comptable.

Les décisions doivent également tenir compte de la continuité du service public, de la charge de travail, de la prévention des risques professionnels et de l'attractivité des emplois.

Une économie immédiate peut devenir coûteuse si elle génère des désorganisations, des difficultés de recrutement ou une dégradation durable des conditions de travail.

7. Trois erreurs d'interprétation à éviter

Erreur n° 1 : considérer que 67 % de la masse salariale est imposée par l'État

Les 67 % correspondent à une contribution à la hausse du coût unitaire, et non à la part de la masse salariale globale directement déterminée par des décisions nationales.

Erreur n° 2 : considérer que les collectivités ne maîtrisent que 19 % de leurs dépenses RH

L'étude n'évalue pas l'ensemble des marges de manœuvre sur les effectifs et l'organisation. Les leviers locaux sont donc plus larges que les seuls facteurs mesurés.

Erreur n° 3 : transposer mécaniquement ces chiffres à toutes les collectivités

Les résultats portent sur un échantillon de communes et d'intercommunalités. Ils ne constituent pas une mesure individualisée des coûts pour chaque employeur territorial.

Les structures d'effectifs, les catégories d'agents, les taux d'affiliation CNRACL et les politiques indemnitaires peuvent entraîner des différences importantes.

8. La méthode opérationnelle recommandée aux DRH et aux DGS

Pour transformer ces constats en décisions utiles, NAUDRH.COM recommande de structurer le pilotage autour de cinq actions.

1. Établir une photographie fiable des effectifs, des rémunérations, des charges patronales et des dépenses annexes.

2. Identifier les évolutions réglementaires applicables et en chiffrer les effets prévisionnels.

3. Simuler le GVT et les mouvements de personnel en tenant compte des départs, des recrutements et des décisions de carrière.

4. Présenter plusieurs scénarios aux élus en précisant leurs effets financiers, organisationnels et sociaux.

5. Actualiser régulièrement les projections et expliquer les écarts entre le budget prévu et les dépenses effectivement constatées.

Cette démarche permet au DRH de ne plus être seulement le gestionnaire des conséquences financières du statut, mais de devenir un acteur de la décision stratégique.

9. L'analyse de NAUDRH.COM : maîtriser ne signifie pas simplement réduire

Ces données rappellent une difficulté structurelle de la gestion des ressources humaines territoriales : les employeurs locaux sont responsables de leurs équilibres budgétaires sans disposer de la maîtrise de tous les mécanismes qui déterminent les rémunérations.

Pour autant, les contraintes nationales ne doivent pas conduire à renoncer au pilotage local.

Elles rendent au contraire indispensable une meilleure articulation entre prospective financière, gestion des compétences, politique indemnitaire et organisation des services.

Une politique RH territoriale ne se juge pas uniquement à sa capacité à contenir la masse salariale, mais aussi à sa capacité à expliquer ses évolutions, à anticiper ses contraintes et à préserver les moyens humains nécessaires au service public.

La véritable responsabilité du décideur territorial consiste à distinguer ce qui s'impose, ce qui s'anticipe et ce qui se décide.

Source de l'étude :

Observatoire Adelyce – Contribution des facteurs à la hausse du coût unitaire des agents entre 2020 et 2025, sur un échantillon de 470 communes et intercommunalités.

Précision méthodologique : les résultats présentés décrivent la contribution de différents facteurs à l'augmentation du coût unitaire. Ils ne mesurent ni la part réglementaire de la masse salariale totale ni l'ensemble des marges de gestion propres à chaque collectivité.

© NAUDRH.COM – Pascal NAUD. Analyse professionnelle destinée aux gestionnaires, DRH, DGS, élus et employeurs territoriaux.

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Fonction publique territoriale 2035-2050 : les 7 transformations RH que les employeurs publics doivent anticiper.

Attractivité, statut, recrutement, compétences, intelligence artificielle, management et organisation territoriale : ce que le livre vert sur l'avenir de la fonction publique nous apprend sur les décisions RH à préparer dès aujourd'hui.

Qui assurera demain la continuité du service public si les collectivités territoriales ne parviennent plus à recruter, à fidéliser leurs agents et à transmettre les compétences indispensables à leurs missions ?

Cette interrogation résume l'un des enjeux majeurs du livre vert « L'avenir de la fonction publique à l'horizon 2035-2050 », élaboré par l'association SeRViR, qui rassemble des anciens élèves de l'ENA et de l'INSP, dans le cadre de la réflexion stratégique engagée par la Direction générale de l'administration et de la fonction publique (DGAFP).

L'intérêt de cette contribution tient à son approche globale. Elle ne réduit pas l'avenir de la fonction publique à une réforme des carrières, à une évolution des rémunérations ou à une transformation des modalités de recrutement. Elle relie les choix de gestion des ressources humaines à des questions plus fondamentales : la continuité des institutions, la qualité de la décision publique, la soutenabilité financière, la souveraineté et la confiance démocratique.

Pour les employeurs territoriaux, ces réflexions présentent un intérêt immédiat. Les tensions de recrutement, le vieillissement des effectifs, les mutations technologiques et les contraintes budgétaires ne relèvent plus uniquement de la prospective.

La véritable question n'est donc pas seulement de savoir quelle fonction publique nous aurons en 2050, mais quelles décisions les collectivités doivent prendre dès aujourd'hui pour ne pas subir les transformations des prochaines décennies.

1. Recrutement : l'attractivité de la fonction publique devient une condition de continuité du service public

Le livre vert identifie la crise d'attractivité comme un phénomène structurel. Il relève notamment une diminution de 50 % du nombre de candidats aux concours externes entre 2016 et 2022, alors que le volume des postes proposés n'a pas connu une diminution comparable.

Cette évolution intervient dans un contexte de vieillissement démographique et de concurrence croissante entre employeurs pour attirer les profils qualifiés.

Dans la fonction publique territoriale, les difficultés se concentrent notamment sur certains métiers de l'ingénierie, du numérique, de la santé, du secteur médico-social et des fonctions techniques spécialisées.

Pour les collectivités, cette situation peut avoir des conséquences immédiates : vacances de postes prolongées, surcharge des équipes en place, dépendance accrue à des prestataires ou réduction de certaines capacités d'intervention.

Le problème RH réel : attirer ne suffit plus

Une collectivité peut parvenir à recruter un professionnel qualifié sans réussir à le conserver. Lorsque les perspectives d'évolution sont limitées, que les responsabilités sont insuffisamment reconnues ou que les conditions de travail se dégradent, le recrutement peut rapidement être suivi d'un nouveau départ.

Le rapport invite ainsi à considérer la fidélisation comme un objectif stratégique à part entière.

Enjeu stratégique : la performance d'une politique de recrutement ne devrait pas être appréciée uniquement au nombre de postes pourvus, mais également à la stabilité et au développement des compétences recrutées.

2. Statut et agents contractuels : dépasser l'opposition entre sécurité statutaire et souplesse de gestion

Le développement du recrutement contractuel constitue l'une des mutations les plus importantes de l'emploi public. Le livre vert reconnaît les avantages de cette diversification, notamment pour recruter des compétences spécialisées et enrichir les expériences professionnelles.

Mais ses auteurs contestent l'idée selon laquelle la généralisation du contrat constituerait, à elle seule, une solution aux difficultés de fonctionnement des administrations.

La fonction publique de carrière offre plusieurs garanties institutionnelles : continuité, mémoire administrative, culture du service public, indépendance professionnelle et transmission des savoir-faire.

Le coût d'un recrutement ne se limite pas à la rémunération

Le rapport invite à examiner le coût complet de la gestion des contractuels : recrutement, formation, mobilité, fidélisation, évolution professionnelle, reconversion et coexistence de plusieurs régimes d'emploi.

Pour une collectivité, le choix entre recrutement statutaire et contractuel doit donc intégrer des critères juridiques, organisationnels, budgétaires et managériaux.

Préconisation : raisonner par besoin professionnel durable, compétence recherchée, sécurité juridique et coût global, plutôt que par préférence générale pour un mode de recrutement.

3. GPEEC : le risque majeur d'une perte silencieuse des compétences administratives

Le renouvellement générationnel constitue un fil conducteur du livre vert. À mesure que les agents expérimentés quitteront les administrations, certaines compétences pourraient disparaître si leur transmission n'a pas été organisée.

Il ne s'agit pas seulement de remplacer des personnes. Il faut également préserver une connaissance des procédures, des organisations, des risques, des partenaires et des décisions antérieures.

Dans une direction des ressources humaines territoriale, ce risque peut concerner la gestion des carrières, les retraites, la paie, le dialogue social ou encore le traitement des situations individuelles complexes.

Passer d'une gestion des postes à une gestion des savoir-faire

Le rapport propose notamment d'identifier les expériences stratégiques, de mieux reconnaître les parcours professionnels, d'organiser les mobilités utiles et de systématiser la transmission.

Cette approche invite à enrichir la gestion prévisionnelle des emplois, des effectifs et des compétences (GPEEC).

Point essentiel : une fiche de poste décrit une fonction. Elle ne suffit pas à restituer toutes les compétences acquises par un agent au cours de son expérience.

4. Intelligence artificielle : une transformation des métiers qui doit rester juridiquement maîtrisée

Le livre vert présente l'intelligence artificielle comme une transformation systémique de l'action publique, et non comme une simple innovation informatique.

L'automatisation de certaines tâches, la mobilisation des données et les outils d'aide à la décision peuvent modifier profondément l'organisation des services et les compétences attendues des agents.

Pour les directions RH, les applications possibles sont nombreuses : assistance documentaire, préparation de documents, analyse de données, production d'indicateurs, formation et organisation des connaissances.

Toutefois, les gains attendus ne doivent pas conduire à sous-estimer les risques : erreurs automatisées, biais discriminatoires, confidentialité des données personnelles, dépendance technologique ou perte de maîtrise des processus décisionnels.

La décision statutaire doit demeurer maîtrisée par l'administration

Un outil d'intelligence artificielle peut contribuer à préparer une analyse. Il ne dispense pas l'autorité compétente de vérifier les fondements juridiques, d'apprécier les situations individuelles et d'assumer la responsabilité de la décision.

Le RGPD et les autres règles applicables aux traitements de données doivent être pris en compte. Les exigences européennes relatives aux systèmes d'intelligence artificielle dépendent également de leur qualification et de leur usage.

Préconisation : intégrer l'IA à la politique RH, à la formation professionnelle, au dialogue social et à la gestion des risques, plutôt que la laisser relever exclusivement des services informatiques.

5. Rémunérations, reconnaissance et management : les nouvelles conditions de fidélisation

Le livre vert souligne que le sens du service public demeure une composante essentielle de l'engagement professionnel. Il ne peut cependant suffire à compenser durablement des conditions de travail insatisfaisantes, des parcours bloqués ou une reconnaissance insuffisante.

À l'horizon 2035-2050, les administrations devront composer avec des attentes professionnelles diversifiées : recherche de sens, autonomie, souplesse organisationnelle, perspectives d'évolution, transparence et qualité des relations managériales.

Les politiques indemnitaires constituent un levier, mais elles ne sauraient remplacer une politique globale de fidélisation.

Le management devient un facteur d'attractivité

Une politique RH cohérente doit articuler rémunération, évolution des responsabilités, reconnaissance des compétences, prévention de l'usure professionnelle et accompagnement des équipes.

Dans la fonction publique territoriale, cette ambition doit s'inscrire dans les marges de manœuvre définies par les textes statutaires et indemnitaires, les délibérations applicables et les contraintes budgétaires.

Le RIFSEEP, lorsqu'il est applicable au cadre d'emplois concerné et institué par la collectivité, peut contribuer à cette réflexion, dans le respect de ses règles propres. Il ne constitue cependant pas une réponse suffisante aux difficultés de management ou d'organisation.

6. Décentralisation et organisation territoriale : préserver la proximité dans un contexte financier contraint

Le livre vert ouvre une réflexion sur la soutenabilité du modèle territorial français. Ses auteurs interrogent notamment l'empilement institutionnel, la lisibilité des compétences et le coût des organisations publiques.

Cette réflexion se développe dans un contexte de besoins sociaux croissants, de vieillissement démographique, d'exigences environnementales et de contraintes financières.

Les collectivités territoriales sont particulièrement concernées, puisqu'elles assurent une part essentielle des services publics de proximité.

Adapter les organisations sans confondre rationalisation et efficacité

Les démarches de mutualisation, de réorganisation ou de transformation des services peuvent améliorer la cohérence de l'action publique. Elles peuvent aussi produire des difficultés lorsqu'elles sont conduites sans évaluation des conséquences sur le travail réel, la qualité du service ou les compétences disponibles.

Le respect de la libre administration des collectivités territoriales, principe inscrit à l'article 72 de la Constitution, doit demeurer au cœur de toute réflexion institutionnelle.

Pour les directions générales et les DRH territoriales, l'enjeu est de relier les choix d'organisation à une analyse des missions, des moyens humains, des risques professionnels et des résultats attendus.

7. Qualité de la décision publique : la sécurité juridique demeure une responsabilité majeure des dirigeants

L'un des apports importants du livre vert concerne la relation entre les décideurs politiques, les dirigeants administratifs et les agents publics.

Le rapport rappelle la nécessité de préserver un équilibre entre la légitimité des responsables politiques, la compétence de l'administration et les exigences de neutralité et d'impartialité.

La fonction publique ne se limite pas à exécuter matériellement des décisions. Elle contribue à les préparer, à en mesurer les conséquences et à garantir leur mise en œuvre dans le respect du droit.

La loyauté administrative ne dispense jamais de l'exigence de légalité

L'article L. 121-10 du Code général de la fonction publique encadre l'obligation d'obéissance hiérarchique et prévoit l'exception relative à l'ordre manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public.

Cette règle illustre une exigence fondamentale : l'administration doit être loyale envers l'autorité compétente, sans renoncer à son devoir de légalité.

Le rapport invite également à clarifier les régimes de responsabilité et à renforcer la capacité d'anticipation des administrations.

La sécurité juridique ne doit donc pas être traitée comme un contrôle terminal. Elle doit intervenir dès la conception de la décision.

8. Les 7 décisions RH que les collectivités devraient préparer dès aujourd'hui

Le livre vert propose une vision de long terme. Pour les collectivités, son utilité dépend de leur capacité à transformer cette prospective en décisions opérationnelles.

Le tableau suivant constitue une proposition méthodologique de NAUDRH.COM. Il ne reprend pas un calendrier réglementaire imposé par le rapport.

Problème RH Décision à préparer Indicateur de suivi
Difficultés de recrutement Mettre en place un plan d'attractivité ciblé sur les métiers en tension. Durée de vacance des postes.
Départs et turnover Construire une politique de fidélisation fondée sur un diagnostic des causes. Taux de départs volontaires.
Perte d'expertise Identifier les compétences critiques et organiser leur transmission. Part des fonctions sensibles disposant d'un plan de transmission.
Recours aux contractuels Évaluer les fondements juridiques et le coût complet des recrutements. Conformité des dossiers et coût de recrutement.
Déploiement de l'IA Élaborer une gouvernance et un programme de formation adaptés. Usages évalués et agents formés.
Fragilités managériales Développer les compétences d'encadrement et la prévention des risques professionnels. Actions de prévention et retours des équipes.
Décisions RH sensibles Formaliser les contrôles juridiques et la traçabilité des procédures. Taux de dossiers contrôlés et anomalies corrigées.

Ces indicateurs doivent être adaptés à la taille de la collectivité, à ses ressources disponibles et à ses priorités. Leur intérêt réside moins dans la multiplication des tableaux de bord que dans leur capacité à éclairer des décisions.

9. Ce que le livre vert change juridiquement pour la fonction publique territoriale

Il convient d'éviter une confusion fréquente entre contribution prospective, orientation politique, projet réglementaire et règle de droit applicable.

Le livre vert de l'association SeRViR ne crée, par lui-même, aucune obligation nouvelle pour les collectivités territoriales.

Il ne modifie ni les conditions de recrutement, ni les règles de rémunération, ni les droits et obligations des agents, ni les procédures de consultation des instances représentatives.

Les principales références juridiques à prendre en compte demeurent notamment :

- Le Code général de la fonction publique, pour les règles statutaires applicables.

- L'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, fondement constitutionnel de l'égal accès aux emplois publics.

- L'article 72 de la Constitution, concernant la libre administration des collectivités territoriales.

- Les dispositions législatives et réglementaires propres aux cadres d'emplois, au recrutement, aux carrières et à la rémunération.

- Les règles relatives à la protection des données, à la déontologie et aux conditions de travail.

Une évolution envisagée pour la fonction publique de l'État n'est pas nécessairement applicable aux collectivités territoriales. Une transposition peut nécessiter des textes spécifiques et des adaptations prenant en compte les compétences des autorités territoriales et les particularités des cadres d'emplois.

À ce titre, les lignes directrices de gestion, le rapport social unique, les politiques de formation, les analyses de la pyramide des âges et les démarches de GPEEC constituent des supports utiles pour structurer une réflexion pluriannuelle.

10. Conclusion : la fonction publique territoriale de 2050 se prépare dans les décisions RH d'aujourd'hui

Le principal mérite de ce livre vert est de replacer la politique des ressources humaines au cœur de la capacité d'action publique.

Le recrutement, la formation, la rémunération ou l'organisation des services ne constituent pas des fonctions isolées. Ils conditionnent la continuité des missions, la qualité des décisions et la confiance des citoyens.

Pour les collectivités territoriales, l'enjeu consiste à dépasser une gestion essentiellement réactive, souvent mobilisée par les urgences statutaires, budgétaires et organisationnelles, afin de construire une capacité d'anticipation.

Cela ne signifie pas opposer le droit au management ou le statut à la modernisation. Au contraire, une transformation durable suppose de les articuler.

« Une politique RH territoriale ne se juge pas seulement à sa conformité juridique, mais à sa capacité à rendre les organisations plus justes, les décisions plus solides, les managers plus responsables et le service public plus efficace. »

Pascal NAUD – NAUDRH.COM

Avis naudrh.com

La fonction RH territoriale doit devenir davantage anticipatrice sans renoncer à sa mission première de sécurisation juridique.

Une collectivité peut respecter les règles statutaires et se trouver progressivement fragilisée par la disparition de compétences essentielles, l'instabilité des équipes ou l'insuffisance de préparation des transformations.

Inversement, une politique de modernisation ambitieuse mais juridiquement insuffisamment maîtrisée peut générer des contentieux, dégrader le climat social et compromettre les objectifs recherchés.

La priorité ne doit donc pas être de choisir entre sécurité juridique et performance, mais de faire de leur articulation un principe durable du management public territorial.

Sources et références

Source principale : Association SeRViR, L'avenir de la fonction publique à l'horizon 2035-2050, livre vert, contribution à la revue stratégique de la DGAFP, 2026.

Cadre juridique : Code général de la fonction publique – Légifrance .

Les propositions opérationnelles destinées aux collectivités territoriales constituent l'analyse et les préconisations éditoriales de NAUDRH.COM. Elles ne doivent pas être confondues avec des obligations nouvelles issues du livre vert.

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PROBLÈME RH N° 1 — ANTICIPER LA PERTE DE COMPÉTENCES

Votre difficulté : les départs à la retraite, les métiers en tension et la transformation des parcours menacent la continuité de certaines compétences.

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PROBLÈME RH N° 2 — CHOISIR LE BON MODE DE RECRUTEMENT

Votre difficulté : répondre rapidement à une pénurie de candidats tout en préservant les garanties statutaires, l'équité des parcours et la continuité administrative.

Pourquoi consulter cet article ? Pour approfondir les enjeux du recours croissant aux agents contractuels et mieux apprécier ses conséquences sur le modèle d'emploi territorial.

PROBLÈME RH N° 3 — PRÉPARER LES MÉTIERS À L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

Votre difficulté : développer les usages de l'IA sans perdre la maîtrise des compétences, des données et des décisions.

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Pascal NAUD
Président-fondateur de NAUDRH.COM
Expertise en ressources humaines et management public territorial

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NAUDRH.COM | Analyse RH et juridique

Fonction publique territoriale : pourquoi les agents gagnent-ils en moyenne 701 € de moins que ceux de l'État ?

Salaires, catégories hiérarchiques, régime indemnitaire et attractivité : ce que révèlent réellement les données de l'INSEE et les décisions que les employeurs territoriaux doivent envisager.

Analyse NAUDRH.COM | Données 2024 publiées en mai 2026

701 € de moins chaque mois. Ce chiffre interpelle. Mais il ne suffit pas à comprendre les rémunérations dans la fonction publique territoriale.

Selon les données de l'INSEE relatives à l'année 2024, un agent territorial perçoit en moyenne 2 317 € nets mensuels, contre 3 018 € pour un agent de l'État et 2 896 € dans la fonction publique hospitalière.

Faut-il en déduire que les collectivités rémunèrent moins bien leurs agents ? Que le statut territorial serait structurellement défavorable ? Ou que les employeurs territoriaux disposent de marges de manœuvre insuffisantes ?

La réponse est plus nuancée. Les écarts tiennent notamment à la composition des effectifs, à la diversité des métiers et aux caractéristiques des employeurs. Ils soulèvent néanmoins des questions essentielles concernant l'attractivité, la reconnaissance professionnelle et les politiques de rémunération.

Trois chiffres pour comprendre

2 317 €
Salaire net mensuel moyen dans la FPT
72 %
Des fonctionnaires territoriaux en catégorie C
970 €
D'écart moyen entre SDIS et communes

Source : INSEE, données 2024, salaires nets mensuels en équivalent temps plein.

1. Fonction publique : des écarts de rémunération considérables entre les trois versants

Les publications de l'INSEE de mai 2026 permettent de comparer les salaires nets mensuels moyens perçus en 2024 dans les trois versants de la fonction publique.

Secteur Salaire net moyen Écart avec la FPT
Fonction publique de l'État 3 018 € +701 €
Fonction publique hospitalière 2 896 € +579 €
Fonction publique territoriale 2 317 € Référence

La comparaison avec le secteur privé, où le salaire net moyen atteint 2 814 € dans le périmètre retenu par le document étudié, place également la fonction publique territoriale en dernière position.

Cette situation soulève une difficulté pour les collectivités confrontées à la concurrence entre employeurs publics et privés, notamment lorsqu'elles recherchent des compétences rares ou des profils expérimentés.

Il serait donc abusif de déduire de ces seuls chiffres qu'un agent territorial percevrait systématiquement 701 € de moins qu'un agent de l'État occupant un emploi comparable.

2. À catégorie hiérarchique égale, le constat change sensiblement

La comparaison des rémunérations moyennes des fonctionnaires, en distinguant les catégories hiérarchiques, apporte un éclairage indispensable.

Catégorie FPT État Écart FPT
A 3 604 € 3 543 € +61 €
B 2 562 € 2 837 € –275 €
C 2 125 € 2 266 € –141 €

Premier enseignement : les fonctionnaires territoriaux de catégorie A perçoivent, en moyenne, une rémunération légèrement supérieure à celle des fonctionnaires de l'État de la même catégorie.

À l'inverse, les écarts sont défavorables aux fonctionnaires territoriaux de catégories B et C.

Ces résultats montrent que le différentiel global entre les deux versants ne peut pas être interprété comme un écart uniforme de rémunération.

Toutefois, une catégorie hiérarchique regroupe des cadres d'emplois, des corps, des fonctions et des responsabilités très différents. La comparaison doit donc être affinée selon les métiers, les anciennetés, les niveaux de responsabilité et les composantes de rémunération.

Pour un DRH territorial, la bonne approche consiste à comparer des emplois et des profils réellement comparables, plutôt qu'à raisonner uniquement par catégorie.

3. La composition des effectifs explique une partie importante de l'écart

Le chiffre le plus révélateur concerne probablement la répartition des fonctionnaires territoriaux entre catégories hiérarchiques.

72 %

des fonctionnaires territoriaux relèvent de la catégorie C

Répartition en équivalent temps plein, INSEE, 2024

Cette situation constitue une caractéristique structurelle majeure de la fonction publique territoriale.

Les collectivités emploient de nombreux agents exerçant des fonctions d'exécution et de proximité : services techniques, entretien, restauration collective, petite enfance, interventions quotidiennes auprès de la population et autres missions essentielles au fonctionnement du service public local.

Ces emplois relèvent fréquemment de cadres d'emplois de catégorie C, associés à des grilles indiciaires globalement moins élevées.

La forte proportion de ces agents contribue donc à abaisser la moyenne globale des rémunérations territoriales.

Il s'agit d'un effet de composition des effectifs. Celui-ci peut expliquer une partie significative des écarts observés, sans permettre à lui seul de mesurer la contribution exacte de chaque facteur.

4. Les rémunérations varient fortement selon les employeurs territoriaux

Les différences ne concernent pas uniquement les trois versants de la fonction publique. Elles sont également importantes au sein même du secteur territorial.

Employeur Salaire net moyen
SDIS 3 156 €
Départements 2 528 €
Régions 2 451 €
Intercommunalités 2 356 €
Communes 2 186 €

L'écart atteint 970 € entre les SDIS et les communes.

Ces différences reflètent notamment la variété des métiers, les catégories d'agents employées, les qualifications, les sujétions professionnelles et les caractéristiques des structures.

Elles ne permettent pas d'affirmer qu'un type de collectivité serait nécessairement plus généreux qu'un autre à emploi et profil identiques.

La question mérite néanmoins d'être intégrée aux réflexions sur l'attractivité des employeurs territoriaux, particulièrement dans les bassins d'emploi où plusieurs collectivités se trouvent en concurrence pour recruter les mêmes compétences.

5. Que permet réellement le droit en matière de rémunération territoriale ?

Les rémunérations dans la fonction publique territoriale ne résultent pas d'une négociation salariale totalement libre entre l'employeur et l'agent.

Elles s'inscrivent dans un cadre statutaire et réglementaire qui distingue plusieurs composantes.

Le traitement indiciaire : un cadre principalement national

Pour les fonctionnaires, le traitement indiciaire dépend notamment du grade, de l'échelon et de l'indice de rémunération. Les collectivités ne peuvent pas modifier librement les grilles statutaires.

Les perspectives d'évolution indiciaire dépendent des règles relatives à l'avancement, à la promotion et aux évolutions de carrière.

Le régime indemnitaire : une marge d'action encadrée

Les employeurs territoriaux disposent de possibilités d'intervention en matière indemnitaire, sous réserve du respect des textes applicables, du principe de parité et des limites prévues pour les corps de référence de l'État, lorsqu'elles sont pertinentes.

Le RIFSEEP, pour les cadres d'emplois auxquels il est applicable, comprend notamment :

- L'IFSE, destinée à tenir compte des fonctions, des sujétions et de l'expertise ;

- Le CIA, lié à l'engagement professionnel et à la manière de servir, dans le cadre prévu par les textes et la délibération.

L'attribution des indemnités doit reposer sur des bases juridiques et des critères compatibles avec les dispositions réglementaires et les délibérations applicables.

Les règles de compétence de l'organe délibérant, les conditions d'attribution, les plafonds et les exigences d'égalité de traitement doivent être respectés.

L'égalité de traitement : une question distincte des moyennes statistiques

Le principe d'égalité de traitement impose de prendre en considération les situations juridiques comparables et les justifications objectives des différences de rémunération.

Une différence statistique entre versants, entre employeurs ou entre catégories ne suffit pas, en elle-même, à caractériser une illégalité.

En revanche, une collectivité doit pouvoir justifier les différences indemnitaires qu'elle institue ou applique au regard des critères légalement admissibles.

Repères juridiques : Code général de la fonction publique, dispositions relatives à la rémunération et aux régimes indemnitaires ; décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 ; décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 pour le RIFSEEP, selon les cadres d'emplois concernés.

6. Rémunération et attractivité : un défi stratégique pour les collectivités

Les écarts salariaux constituent un signal que les employeurs territoriaux ne peuvent pas ignorer.

Ils interviennent dans un environnement marqué par des difficultés de recrutement dans certains métiers, le renouvellement des effectifs, les départs à la retraite et l'évolution des attentes professionnelles.

La rémunération représente un facteur important dans le choix d'un employeur. Mais elle ne constitue pas le seul critère pris en considération par les candidats et les agents.

Une politique RH attractive doit également permettre de proposer des perspectives de carrière, des conditions de travail satisfaisantes, une reconnaissance des compétences et un management de qualité.

Cette approche appelle une distinction entre deux objectifs :

- Attirer : rendre les offres d'emploi lisibles et compétitives sur les métiers en tension.

- Fidéliser : éviter que les agents expérimentés quittent la collectivité faute de reconnaissance ou de perspectives d'évolution.

La rémunération ne doit donc pas être traitée uniquement comme une dépense budgétaire ou une variable d'ajustement de la masse salariale.

Elle constitue également un instrument de gestion prévisionnelle, de reconnaissance des responsabilités et d'accompagnement des transformations du service public.

7. Quelles décisions concrètes les employeurs territoriaux doivent-ils envisager ?

Les données de l'INSEE peuvent servir de point de départ à une réflexion structurée sur la politique de rémunération d'une collectivité.

Cinq chantiers apparaissent particulièrement utiles.

Action 1 — Réaliser un diagnostic de rémunération

Analyser les rémunérations réellement versées, par métiers, cadres d'emplois, catégories, fonctions, anciennetés et composantes indemnitaires.

L'objectif est d'identifier les écarts objectivement justifiés, les éventuelles incohérences internes et les postes présentant un risque particulier d'inattractivité.

Action 2 — Réexaminer la cohérence du régime indemnitaire

Vérifier la pertinence des groupes de fonctions, les critères de modulation et la correspondance entre les responsabilités effectivement exercées et les montants attribués.

Ce réexamen doit intégrer les contraintes budgétaires et le cadre juridique propre à chaque catégorie d'agents.

Action 3 — Renforcer les parcours professionnels

Articuler les lignes directrices de gestion, l'accompagnement des carrières, la formation et les dispositifs de mobilité interne.

La progression professionnelle doit être suffisamment lisible pour que les agents puissent envisager leur avenir dans la collectivité.

Action 4 — Cibler les métiers en tension

Identifier les fonctions pour lesquelles les difficultés de recrutement ou de fidélisation sont les plus significatives.

L'analyse doit croiser les données salariales avec les délais de recrutement, les postes vacants, les départs et les compétences devenues difficiles à remplacer.

Action 5 — Inscrire les rémunérations dans une stratégie RH globale

Associer politique indemnitaire, qualité de vie et conditions de travail, management, organisation, développement des compétences et reconnaissance professionnelle.

Le dialogue social doit permettre d'expliciter les objectifs poursuivis, les critères retenus et les contraintes financières.

La grille de questionnement du DRH territorial

Avant de modifier une politique de rémunération, cinq questions méritent d'être posées :

1. Quels métiers présentent les écarts de rémunération les plus sensibles sur notre bassin d'emploi ?

2. Nos différences indemnitaires reposent-elles sur des critères juridiquement fondés et objectivables ?

3. Quels postes rencontrent des difficultés récurrentes de recrutement ou de fidélisation ?

4. Les agents disposent-ils de perspectives de progression professionnelle suffisamment lisibles ?

5. Quels ajustements peuvent être financés durablement sans fragiliser l'équilibre de la masse salariale ?

Le bon diagnostic ne consiste pas seulement à comparer des montants. Il consiste à rapprocher rémunération, compétences, responsabilités et besoins du service public.

8. L'analyse NAUDRH.COM : dépasser les chiffres pour construire une politique RH

La différence de 701 € entre la fonction publique territoriale et la fonction publique de l'État constitue un indicateur statistique significatif.

Elle ne saurait cependant résumer à elle seule la réalité des rémunérations dans les collectivités.

La composition des effectifs, la représentation importante des fonctionnaires de catégorie C et la diversité des métiers expliquent une partie des différences observées.

Pour autant, ces facteurs ne doivent pas masquer les difficultés rencontrées par certains employeurs territoriaux pour recruter, fidéliser et reconnaître les compétences.

La véritable question n'est donc pas de rechercher un alignement mécanique des rémunérations moyennes entre les trois versants.

Elle consiste à déterminer si chaque collectivité dispose d'une politique de rémunération cohérente avec les fonctions exercées, les responsabilités confiées, les exigences d'égalité de traitement et ses objectifs de gestion des ressources humaines.

« Une politique RH territoriale ne se juge pas seulement à sa conformité juridique, mais à sa capacité à rendre les organisations plus justes, les décisions plus solides, les managers plus responsables et le service public plus efficace. »

Pascal Naud — NAUDRH.COM

Dans cette perspective, la rémunération ne doit pas être abordée comme un sujet isolé. Elle doit être intégrée à une réflexion plus large sur la reconnaissance, les parcours professionnels et la qualité du service public territorial.

9. Sources et méthodologie

L'analyse repose principalement sur les données 2024 de l'INSEE, publiées en mai 2026, et sur le document de synthèse diffusé par Emploi-Collectivités.fr.

- INSEE Première n° 2101 — Les salaires dans la fonction publique territoriale en 2024.

- INSEE Première n° 2100 — Les salaires dans la fonction publique de l'État en 2024.

- INSEE Première n° 2102 — Les salaires dans la fonction publique hospitalière en 2024.

- INSEE Première n° 2079 — Salaires dans le secteur privé, publication d'octobre 2025.

Les données présentées correspondent aux salaires nets moyens mensuels en équivalent temps plein. Les comparaisons par catégorie concernent les fonctionnaires uniquement. Les autres comparaisons portent sur des périmètres plus larges. Les moyennes ne neutralisent pas l'ensemble des différences entre métiers et profils.

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Vous avez identifié les facteurs qui expliquent les écarts de rémunération. Trois difficultés professionnelles méritent maintenant d'être approfondies : sécuriser votre politique indemnitaire, renforcer votre attractivité et analyser l'équité de vos pratiques salariales.

Problème RH n° 1 — Politique indemnitaire

Comment sécuriser et rendre plus cohérent votre régime indemnitaire ?

La comparaison salariale conduit souvent à réexaminer les IFSE, les primes et les critères de reconnaissance. Cet article présente les principaux repères pour mieux comprendre et gérer le régime indemnitaire territorial.

Lire : Comprendre et gérer le régime indemnitaire dans les collectivités territoriales →

Problème RH n° 2 — Recrutement et fidélisation

Comment attirer et fidéliser lorsque les rémunérations sont contraintes ?

La rémunération reste un élément essentiel, mais elle ne suffit pas à expliquer les difficultés de recrutement. Découvrez comment développer une politique d'attractivité durable en mobilisant les parcours professionnels, l'organisation du travail et la reconnaissance.

Lire : Attractivité des métiers territoriaux, recruter et fidéliser dans les métiers en tension →

Problème RH n° 3 — Transparence et égalité salariale

Comment analyser et justifier les écarts de rémunération ?

Après l'analyse des moyennes, une autre question se pose : comment objectiver les différences de rémunération et anticiper les exigences de transparence ? Cet article approfondit les enjeux d'égalité salariale et les travaux préparatoires nécessaires pour les services RH.

Lire : Transparence salariale dans la FPT, les enjeux pour les DRH →

Article de réflexion et d'anticipation : vérifier les textes de transposition et leur entrée en vigueur avant toute mise en application.

Notre objectif : vous accompagner d'une question RH à la suivante, en reliant les analyses statistiques aux difficultés juridiques et opérationnelles rencontrées dans les collectivités.

Pascal Naud — NAUDRH.COM
Expertise et analyse des ressources humaines dans la fonction publique territoriale.

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Cette publication constitue une analyse générale et ne se substitue pas à l'examen juridique d'une situation individuelle, d'une délibération ou d'une décision de gestion.

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13 octobre 2026 2 13 /10 /octobre /2026 12:56

 

 

NAUDRH.COM | Analyse stratégique RH FPT | 13 octobre 2026

80 ans du statut de la fonction publique : les 10 enseignements majeurs du colloque de la DGAFP pour les employeurs territoriaux.

Entre héritage républicain, développement du contrat, crise d'attractivité et transformation des métiers, le statut général des fonctionnaires entre dans une période décisive de son histoire.

Analyse du colloque du 12 octobre 2026 organisé par la DGAFP à l'Institut de France.

Le 12 octobre 2026, la Direction générale de l'administration et de la fonction publique (DGAFP) a organisé, à l'Institut de France, un colloque consacré aux 80 ans du statut général des fonctionnaires, institué par la loi du 19 octobre 1946.

Juristes, historiens, hauts fonctionnaires et représentants syndicaux ont confronté leurs analyses sur les fondements du modèle français et ses perspectives d'évolution.

Au-delà de la commémoration, cette rencontre fait apparaître une interrogation fondamentale : comment préserver les garanties du statut tout en adaptant la fonction publique aux transformations de la société, aux contraintes financières et aux nouvelles attentes des agents comme des citoyens ?

Pour les responsables RH, directeurs généraux des services et employeurs territoriaux, dix enseignements méritent une attention particulière.

L'essentiel à retenir

Le statut demeure un instrument de protection du service public. Mais le développement des contractuels, la crise d'attractivité, l'évolution du management et les transformations technologiques imposent de repenser les politiques RH. Le colloque met également en lumière la place singulière de la fonction publique territoriale dans l'architecture administrative française.

1. Le statut protège d'abord le service public, pas seulement les fonctionnaires

C'est l'idée la plus consensuelle du colloque.

Le statut de 1946 n'a pas été conçu comme un ensemble d'avantages individuels accordés aux agents. Sa raison d'être est de garantir une administration professionnelle, impartiale, compétente et capable de poursuivre ses missions indépendamment des changements politiques.

La protection contre l'arbitraire, la stabilité de la carrière et les garanties statutaires poursuivent ainsi un objectif institutionnel : permettre aux agents de servir l'intérêt général sans dépendre personnellement de ceux qui exercent temporairement le pouvoir.

Cette conception demeure structurante pour les collectivités territoriales.

Enjeu pour la FPT

Les décisions de recrutement, de mobilité, de réorganisation et de gestion des carrières doivent concilier les besoins de l'administration, les garanties des agents et la continuité du service public.

2. La distinction entre le grade et l'emploi reste un fondement essentiel

Plusieurs intervenants, notamment Laure Bédier, présidente de la section de l'administration du Conseil d'État, ont rappelé l'importance du modèle français de fonction publique de carrière.

Le fonctionnaire est titulaire d'un grade distinct de l'emploi qu'il occupe. Cette distinction permet à l'administration de faire évoluer son organisation sans faire disparaître automatiquement les droits statutaires attachés à la carrière de l'agent.

Elle constitue à la fois une garantie individuelle et un instrument de souplesse administrative.

Toutefois, l'augmentation des emplois fonctionnels, la valorisation des compétences et l'individualisation des parcours conduisent progressivement à renforcer la place de l'emploi occupé.

Enjeu pour la FPT

Les restructurations, suppressions d'emplois et mobilités doivent respecter les garanties statutaires. La protection du grade ne signifie cependant ni propriété du poste ni droit intangible au maintien des fonctions exercées.

3. La progression du recrutement contractuel transforme durablement le modèle

Il s'agit de l'un des débats les plus importants du colloque.

Les intervenants constatent une progression structurelle des agents contractuels dans les trois versants de la fonction publique.

Deux lectures ont été exprimées.

Pour plusieurs représentants syndicaux, cette évolution fragilise le modèle de carrière, la stabilité des équipes et les garanties d'indépendance des agents.

D'autres intervenants, notamment Laure Bédier et Jean-Ludovic Silicani, soulignent que le recrutement contractuel répond à des besoins réels : tensions sur les métiers, recherche de compétences spécialisées, évolution technologique et difficultés à recruter certains profils titulaires.

Le professeur Fabrice Melleray a proposé une lecture particulièrement intéressante : la fonction publique évolue vers un modèle durablement dual, associant fonctionnaires et contractuels au sein d'un cadre juridique commun.

Les agents contractuels ne se trouvent d'ailleurs pas hors du droit de la fonction publique. Une partie importante des droits, obligations et garanties du Code général de la fonction publique (CGFP) leur est applicable, sous réserve des dispositions propres à leur situation.

Enjeu pour la FPT

Ne plus considérer le contractuel comme une simple solution ponctuelle de recrutement. Il faut organiser ses perspectives professionnelles, sa formation, son évolution salariale et sa fidélisation, tout en sécurisant le fondement juridique de son recrutement.

4. L'attractivité de la fonction publique devient une question de continuité du service public

Le diagnostic est largement partagé : le modèle de carrière perd de son attractivité.

Les intervenants ont évoqué la diminution du nombre de candidats aux concours, les difficultés de recrutement, les départs volontaires, le vieillissement des effectifs et les tensions salariales.

La rémunération occupe une place centrale dans ce diagnostic, notamment en raison du tassement des grilles indiciaires et de l'importance croissante du régime indemnitaire.

Mais l'attractivité ne se limite pas au salaire.

Elle dépend également des conditions de travail, de l'autonomie professionnelle, des perspectives de carrière, de la qualité du management, des possibilités de mobilité et de la reconnaissance du travail accompli.

Une idée forte ressort des échanges : une fonction publique insuffisamment attractive finit par fragiliser l'égalité d'accès aux services publics, faute de pouvoir recruter les compétences nécessaires.

Enjeu pour la FPT

Dépasser les seules campagnes de recrutement et construire une véritable stratégie d'attractivité comprenant l'accueil, l'intégration, les parcours professionnels, les conditions d'exercice et la fidélisation.

5. Le fonctionnaire citoyen est aussi un fonctionnaire responsable

Le colloque a rappelé que le statut de 1946 avait participé à la reconnaissance du fonctionnaire comme citoyen disposant de droits collectifs et individuels.

Cette évolution a profondément transformé les rapports entre les agents et leur administration.

Caroline Chevé, secrétaire générale de la FSU, a insisté sur la notion de responsabilité : le fonctionnaire n'est pas un simple exécutant déchargé de toute responsabilité par l'obéissance à sa hiérarchie.

Ce principe trouve aujourd'hui une traduction juridique particulièrement importante à l'article L. 121-10 du CGFP.

Repère juridique — Article L. 121-10 du CGFP

L'agent public doit respecter les instructions de son supérieur hiérarchique, sauf lorsque l'ordre est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. Les deux conditions doivent être réunies.

Enjeu pour la FPT

Développer une culture de responsabilité professionnelle, dans laquelle les agents connaissent leurs obligations, peuvent signaler les difficultés et disposent de circuits adaptés pour faire remonter les alertes.

La responsabilité ne doit être confondue ni avec l'obéissance aveugle ni avec une liberté générale de désobéir.

6. Le dialogue social doit redevenir un outil de transformation du travail

L'histoire du statut rappelle qu'il est né d'une coopération entre le pouvoir politique, l'administration et les organisations syndicales.

Plusieurs intervenants ont souligné que le dialogue social ne pouvait être réduit à une succession de consultations formelles.

Les débats ont également fait apparaître des désaccords sur les conséquences de la loi du 6 août 2019, notamment sur l'évolution des compétences des commissions administratives paritaires.

Une transformation juridique majeure a été particulièrement soulignée par le professeur Pierre Delvolvé : la reconnaissance d'accords collectifs pouvant produire des effets juridiques, notamment comporter, dans les limites fixées par le CGFP, certaines mesures réglementaires.

Les articles L. 221-1 et suivants du CGFP encadrent ce dispositif, applicable également à la fonction publique territoriale.

Enjeu pour la FPT

Développer la négociation sur les conditions de travail, les réorganisations, la qualité de vie au travail, l'égalité professionnelle et les transformations numériques, sans confondre consultation obligatoire et négociation collective.

7. Le management public doit rechercher l'efficacité sans copier mécaniquement l'entreprise privée

Le débat sur le New Public Management a fait apparaître des positions nuancées.

Certains intervenants dénoncent une gestion dominée par les indicateurs chiffrés, la recherche de productivité et des modèles organisationnels empruntés au secteur privé.

D'autres rappellent que la performance, la responsabilité individuelle, la reconnaissance de l'initiative et l'efficacité administrative figuraient déjà parmi les préoccupations des rédacteurs du statut de 1946.

La contradiction n'oppose donc pas nécessairement statut et performance.

Elle concerne plutôt la définition même de la performance publique.

Enjeu pour la FPT

Évaluer non seulement les moyens consommés et les résultats quantitatifs, mais également la qualité du service rendu, la continuité des missions, l'équité de traitement et les conditions réelles de travail.

Un service public peut améliorer ses indicateurs budgétaires sans améliorer nécessairement sa réponse aux besoins des usagers.

8. La formation et l'anticipation des compétences deviennent des priorités stratégiques

Le directeur général de l'administration et de la fonction publique, Boris Melmoux, a présenté quatre principes d'action destinés à guider les réflexions sur l'avenir de la fonction publique.

ATTIRER

Renouveler les effectifs, diversifier les recrutements et améliorer l'attractivité.

RESPECTER

Reconnaître les agents, prévenir les violences et garantir leur protection.

PRÉPARER

Anticiper les métiers, les transitions numériques et écologiques et développer les compétences.

ASSOCIER

Impliquer les agents et les représentants syndicaux dans les transformations.

Ces orientations témoignent d'une évolution : la formation ne doit plus être seulement un outil ponctuel d'adaptation au poste, mais une composante permanente des parcours professionnels.

L'intelligence artificielle, les transformations écologiques, les évolutions démographiques et les nouveaux besoins des usagers rendent indispensable l'anticipation des compétences.

Enjeu pour la FPT

Relier les démarches de gestion prévisionnelle des emplois, des effectifs et des compétences (GPEEC), les lignes directrices de gestion, les plans de formation et les projets d'organisation à une vision pluriannuelle des besoins en compétences.

Ces quatre principes sont des orientations stratégiques exprimées lors du colloque et non de nouvelles obligations réglementaires.

9. La fonction publique territoriale est présentée comme un modèle à part entière

C'est probablement l'intervention la plus importante pour les responsables RH territoriaux.

Anicet Le Pors, ancien ministre de la Fonction publique et artisan des lois statutaires des années 1980, a consacré une partie substantielle de son intervention à la fonction publique territoriale.

Il a rappelé les résistances rencontrées lors de sa construction : crainte des élus locaux de perdre leurs prérogatives, spécificités des personnels communaux et hospitaliers, difficulté de bâtir un cadre commun.

Selon son analyse, la fonction publique territoriale, initialement perçue comme un élément fragile de l'architecture statutaire, a progressivement démontré sa capacité à professionnaliser les pratiques, structurer les carrières et former des cadres de proximité.

Il a notamment mis en valeur le rôle des centres de gestion et des instruments collectifs de gestion.

Son apport le plus intéressant concerne la combinaison de trois légitimités.

Les trois légitimités de la fonction publique territoriale

L'ÉLU TERRITORIAL

La légitimité démocratique issue du suffrage.

+

LE FONCTIONNAIRE TERRITORIAL

La légitimité professionnelle et statutaire.

+

LE CITOYEN

Les droits garantis par l'État de droit et les attentes envers le service public.

Cette combinaison constitue, selon Anicet Le Pors, l'une des particularités les plus fécondes du modèle territorial.

Enjeu pour la FPT

Affirmer une administration loyale envers l'autorité territoriale démocratiquement élue, mais également garante du respect du droit, de la continuité administrative et de la qualité du service rendu à la population.

La légitimité politique des élus et la compétence professionnelle des agents doivent se compléter sans se confondre.

10. L'avenir du statut reste ouvert : réforme, adaptation ou changement de modèle ?

Le colloque n'a pas dégagé de consensus sur les évolutions à privilégier.

Trois grandes orientations se dessinent.

La première consiste à consolider le statut de carrière, ses garanties collectives et ses protections, position notamment défendue par les représentants syndicaux.

La deuxième vise à adapter le modèle existant pour mieux intégrer les contractuels, favoriser la mobilité et répondre aux besoins des employeurs publics, sans abandonner les principes fondateurs.

La troisième, évoquée lors d'une intervention libre de Michel Pébereau, conduit à s'interroger sur le maintien de l'extension du modèle statutaire aux administrations locales et sociales.

Cette dernière position est particulièrement significative : elle montre que le débat ne concerne plus seulement les modalités de recrutement, mais peut porter sur le périmètre même du statut.

Point de vigilance juridique

Aucune de ces positions ne constitue une réforme annoncée ou adoptée. Elles correspondent à des analyses et propositions exprimées par les intervenants.

Le maintien d'un cadre statutaire commun, les difficultés d'attractivité et la place croissante du contrat apparaissent néanmoins comme trois données majeures du débat à venir.

Ce que les DRH territoriaux doivent retenir et anticiper

Le colloque ne crée aucune obligation juridique nouvelle. Il permet néanmoins d'identifier les principaux sujets à intégrer aux réflexions stratégiques des employeurs territoriaux pour 2027 et les années suivantes.

Priorité RH Action recommandée
Attractivité et recrutement Identifier les métiers en tension et analyser les causes des recrutements infructueux.
Gestion des contractuels Sécuriser les recrutements et structurer les parcours des agents recrutés en CDI.
Rémunérations et carrières Examiner le tassement des grilles, les écarts indemnitaires et les perspectives d'évolution.
Dialogue social Développer la négociation sur les transformations du travail au-delà des consultations obligatoires.
Management et déontologie Former les encadrants à leurs responsabilités et à la prévention des risques juridiques.
Anticipation des compétences Articuler GPEEC, lignes directrices de gestion, formation et renouvellement démographique.
Numérique et IA Évaluer les effets des nouveaux outils sur les métiers, les responsabilités et les conditions de travail.

Une échéance à suivre : le 19 octobre 2026

Le directeur général de l'administration et de la fonction publique a annoncé la présentation, le 19 octobre 2026, des travaux de la revue stratégique sur l'avenir de la fonction publique.

Cette échéance mérite une attention particulière. Les quatre orientations présentées lors du colloque — attirer, respecter, préparer et associer — pourraient structurer les propositions issues de cette réflexion.

Il conviendra cependant de distinguer les diagnostics, les propositions administratives, les arbitrages gouvernementaux et les éventuelles mesures juridiquement adoptées.

De même, les chiffres avancés au cours des interventions sur les contractuels, le niveau des rémunérations et les départs en retraite doivent être rapprochés des statistiques officielles avant d'être utilisés comme données de référence. Ils reflètent parfois des périmètres, périodes ou interprétations différents.

Conclusion : préserver le statut ne signifie pas renoncer à transformer la fonction publique

Le principal enseignement de ces trois heures de débats tient à une distinction essentielle : le statut de la fonction publique n'est pas seulement un dispositif de gestion des personnels. Il exprime une conception de l'administration, de l'intérêt général et des relations entre les citoyens, les agents et l'autorité publique.

Les débats ont montré que son avenir ne pouvait être dissocié de questions concrètes : qui recruter, comment rémunérer, comment fidéliser, comment garantir l'indépendance des agents et comment répondre aux besoins évolutifs de la population ?

Pour les collectivités territoriales, le véritable enjeu n'est donc pas de choisir abstraitement entre statut et management, mais de construire des organisations qui concilient sécurité juridique, responsabilité des agents, qualité du dialogue social et efficacité du service public.

Sources et références

Cette analyse repose sur la transcription du colloque de la DGAFP du 12 octobre 2026 et sur les références juridiques applicables. Les positions des intervenants sont distinguées des recommandations éditoriales formulées par NAUDRH.COM.

  • DGAFP — 80 ans du statut des fonctionnaires de 1946
  • Loi n° 46-2294 du 19 octobre 1946 relative au statut général des fonctionnaires.
  • Code général de la fonction publique, notamment articles L. 1, L. 121-10 et L. 221-1 et suivants.
  • Loi n° 2019-828 du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique.

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Les débats sur l'avenir du statut soulèvent des difficultés très concrètes pour les collectivités. Poursuivez votre analyse avec trois ressources sélectionnées en fonction des problèmes RH à résoudre.

Recrutement et emploi contractuel

Comment gérer une fonction publique territoriale comprenant de plus en plus de contractuels ?

Comprendre la progression de l'emploi contractuel et ses conséquences sur l'organisation des recrutements, la gestion des carrières et la fidélisation des agents.

Lire l'analyse sur les contractuels →

Carrières, LDG et continuité administrative

Comment sécuriser les orientations RH après un changement d'exécutif territorial ?

Identifier les conséquences d'un renouvellement politique sur les lignes directrices de gestion, les promotions et la cohérence de la politique RH.

Approfondir les enjeux des LDG →

Attractivité et fidélisation

Comment attirer et fidéliser les compétences indispensables aux services publics locaux ?

Découvrir les leviers mobilisables par les collectivités pour renforcer leur attractivité, diversifier les recrutements et répondre aux tensions sur les métiers.

Découvrir les leviers d'attractivité →

Trois problèmes RH, trois approfondissements pour passer du diagnostic à la décision.

Pascal NAUD
Expertise RH et management public territorial

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Analyse professionnelle réalisée à partir des interventions du colloque DGAFP du 12 octobre 2026. Les recommandations présentées ne constituent pas des dispositions réglementaires nouvelles. Chaque situation individuelle doit faire l'objet d'une analyse au regard des textes applicables.

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Intelligence artificielle dans les services publics : les administrations ont-elles encore la maîtrise ?

L'intelligence artificielle transforme déjà le travail des agents publics. Mais les collectivités territoriales disposent-elles d'une stratégie suffisante pour sécuriser son utilisation ?

Près de 40 % des agents publics utiliseraient déjà des outils d'intelligence artificielle non autorisés par leur administration.

Ce chiffre, issu du rapport conjoint IGF-IGA-Igas de juillet 2026 et repris dans une étude de la Fondation Jean-Jaurès, illustre une transformation profonde du fonctionnement administratif.

Dans leur note publiée le 6 octobre 2026, intitulée « L'intelligence artificielle dans les services publics : une accélération technologique sans véritable cap politique », Émilie Agnoux et Johan Theuret mettent en évidence un paradoxe : les administrations adoptent rapidement l'intelligence artificielle sans toujours disposer d'une gouvernance adaptée.

Pour les employeurs territoriaux, la question dépasse largement le choix des outils informatiques. Elle concerne la sécurité juridique des décisions, la protection des données, l'évolution des métiers, les conditions de travail et la qualité du service rendu aux usagers.

1. L'intelligence artificielle transforme déjà le quotidien des agents publics

Rédaction de courriers, préparation de notes administratives, analyse de documents, recherches juridiques ou synthèses de dossiers : l'intelligence artificielle générative s'impose progressivement comme un outil professionnel.

Dans les collectivités territoriales, ces usages se développent parfois avant même que l'employeur ait défini des règles précises.

Ce phénomène, appelé « shadow IA », désigne l'utilisation d'outils d'intelligence artificielle qui n'ont pas été préalablement validés par l'organisation.

Il présente plusieurs risques : communication de données confidentielles, utilisation d'informations juridiquement erronées, absence de traçabilité ou dépendance à des plateformes externes.

Une interdiction générale peut être difficile à faire respecter si les agents ne disposent d'aucune solution alternative sécurisée. La démarche la plus pertinente consiste à identifier les besoins réels et à proposer des outils adaptés.

2. AI Act : les collectivités territoriales face à de nouvelles exigences juridiques

Le règlement européen (UE) 2024/1689 du 13 juin 2024, relatif à l'intelligence artificielle, établit un cadre juridique fondé sur une classification des systèmes selon les risques qu'ils présentent.

Son entrée en application est progressive. Les obligations applicables doivent donc être déterminées en fonction du système concerné, de sa finalité, du rôle de l'administration et du calendrier réglementaire.

Certains systèmes utilisés dans le recrutement, la sélection des candidats, la gestion des travailleurs ou l'accès à certaines prestations publiques peuvent relever de la catégorie des systèmes d'IA à haut risque, sous réserve des critères et exceptions prévus par le règlement.

Les exigences juridiques peuvent notamment porter sur :

- La maîtrise des risques associés aux systèmes utilisés.

- La qualité et la gouvernance des données.

- La documentation et la traçabilité.

- L'information des personnes concernées dans les situations prévues par les textes.

- La supervision humaine effective.

- Le respect des règles de protection des données personnelles.

Pour les services RH, cette vigilance est particulièrement importante lorsque les systèmes interviennent dans des processus susceptibles d'affecter la situation professionnelle ou les droits des agents.

3. L'intelligence artificielle transforme les métiers et le management public

L'introduction de l'intelligence artificielle dans les administrations constitue une transformation organisationnelle autant que technologique.

Les agents peuvent désormais produire plus rapidement certains documents, exploiter de grandes quantités d'informations et automatiser des opérations répétitives.

Mais ces gains potentiels supposent une évolution des compétences professionnelles.

Les agents doivent notamment apprendre à vérifier les réponses produites, à identifier les erreurs, à contrôler les sources et à conserver une appréciation critique.

Dans les services RH territoriaux, une réponse produite par un outil d'IA peut être convaincante sur la forme tout en reposant sur un texte abrogé, une jurisprudence mal interprétée ou une règle applicable à un autre versant de la fonction publique.

La rapidité de production ne garantit jamais la fiabilité juridique.

Le dialogue social ne doit pas être oublié

Le déploiement d'outils d'IA peut modifier les méthodes de travail, les compétences attendues et les conditions d'exercice des missions.

Lorsque les projets entrent dans le champ des compétences des instances de dialogue social, les procédures applicables doivent être respectées, notamment celles relatives à la consultation du comité social territorial.

Associer les agents et leurs représentants en amont permet également de mieux identifier les risques de surcharge cognitive, de perte d'autonomie, de surveillance excessive ou de déqualification professionnelle.

4. Les IA agentiques : une nouvelle étape qui renforce les enjeux de responsabilité

L'étude souligne l'émergence de systèmes d'intelligence artificielle capables de réaliser plusieurs opérations successives avec une autonomie accrue.

Ces outils, qualifiés d'IA agentiques, peuvent rechercher des informations, analyser un dossier, solliciter différents logiciels et préparer certaines actions.

Dans une collectivité, un tel système pourrait, par exemple, assister un gestionnaire RH dans la préparation d'une procédure administrative, le suivi d'échéances ou la vérification de pièces.

Mais la question de la responsabilité devient plus sensible dès lors que l'outil ne se contente plus de proposer un texte et peut intervenir directement dans une chaîne de traitement.

La collectivité doit donc déterminer les opérations pouvant être automatisées, celles nécessitant une validation et celles qui doivent rester sous contrôle humain renforcé.

5. Souveraineté numérique : la dépendance aux fournisseurs constitue un risque stratégique

L'adoption de l'intelligence artificielle soulève aussi la question de la dépendance technologique des administrations.

Les collectivités peuvent recourir à des solutions reposant sur des infrastructures, des modèles ou des plateformes contrôlés par des entreprises extérieures à leur organisation.

Il convient notamment d'examiner les conditions d'hébergement, les transferts éventuels de données, les règles contractuelles applicables, les coûts récurrents et les possibilités de réversibilité.

La localisation géographique des données ne constitue pas, à elle seule, une garantie suffisante de souveraineté.

Par ailleurs, les bénéfices économiques annoncés doivent intégrer les coûts de licences, de formation, de maintenance, de sécurisation et d'accompagnement des utilisateurs.

Ne pas négliger la sobriété numérique

Les auteurs rappellent également les impacts environnementaux de l'IA : consommation énergétique, mobilisation d'infrastructures et besoins de stockage.

Une politique publique responsable doit donc privilégier des solutions proportionnées aux besoins et évaluer leur utilité réelle plutôt que multiplier les déploiements technologiques.

6. Cinq actions prioritaires pour les employeurs territoriaux

À partir des constats de cette étude, cinq orientations opérationnelles peuvent être proposées aux DRH, DGS et décideurs territoriaux.

✅ Action 1 — Recenser les usages existants

Identifier les outils employés, les services concernés, les données traitées et les finalités poursuivies. Une cartographie des usages permet de distinguer les pratiques utiles des situations présentant des risques excessifs.

✅ Action 2 — Formaliser une doctrine d'utilisation

Définir les outils autorisés, les catégories de données pouvant être traitées, les usages interdits et les validations humaines nécessaires. Une charte interne peut constituer un support pertinent, sans remplacer les mesures techniques et juridiques requises.

✅ Action 3 — Sécuriser les données et les procédures

Associer la direction des systèmes d'information, le délégué à la protection des données, les services juridiques et les directions métiers. Vérifier les conditions contractuelles et apprécier, lorsque cela est requis, la nécessité d'une analyse d'impact relative à la protection des données.

✅ Action 4 — Former les agents et les encadrants

Former non seulement à l'utilisation pratique des outils, mais également à leurs limites, aux biais possibles, aux hallucinations, aux risques de confidentialité et aux obligations professionnelles.

✅ Action 5 — Évaluer les résultats et conserver le contrôle humain

Mesurer les effets des outils sur la qualité du travail, les délais, les coûts, les conditions de travail et les relations avec les usagers. Définir des responsables identifiés et des procédures de contrôle adaptées aux risques.

Ces cinq actions constituent des préconisations de gouvernance et non une transcription exhaustive des obligations réglementaires applicables à tous les systèmes d'IA.

7. Le véritable objectif : construire un service public augmenté

L'étude oppose deux orientations possibles de la transformation publique.

La première consiste à utiliser l'intelligence artificielle principalement pour automatiser les tâches, réduire les délais et rechercher des économies.

La seconde vise à renforcer les capacités professionnelles des agents afin d'améliorer la qualité de la relation avec les citoyens.

Cette distinction est déterminante.

Un service public n'est pas nécessairement meilleur parce qu'il produit davantage de réponses automatisées.

Sa qualité dépend également de sa capacité à comprendre les situations particulières, à expliquer les décisions, à garantir l'accès aux droits et à préserver une relation de confiance avec les usagers.

« Une administration moderne n'est pas celle qui utilise le plus d'intelligence artificielle. C'est celle qui sait pourquoi elle l'utilise, dans quelles limites et au bénéfice de qui. »

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Le temps éventuellement libéré par l'automatisation doit pouvoir être réinvesti dans des missions nécessitant une expertise humaine, une capacité d'appréciation et une véritable proximité avec les usagers.

8. Conclusion : l'IA devient un enjeu majeur de gouvernance territoriale

L'intelligence artificielle n'est plus seulement un sujet d'innovation numérique. Elle touche désormais directement aux modalités d'exercice des missions publiques, aux compétences des agents et aux responsabilités des employeurs.

Le principal risque serait de laisser les outils transformer progressivement les organisations sans avoir préalablement défini les objectifs, les limites et les garanties nécessaires.

Pour les collectivités territoriales, l'enjeu consiste à construire une gouvernance proportionnée aux usages, juridiquement sécurisée et suffisamment pragmatique pour répondre aux besoins quotidiens des services.

Sources et références

Étude analysée : Émilie Agnoux et Johan Theuret, L'intelligence artificielle dans les services publics : une accélération technologique sans véritable cap politique, Fondation Jean-Jaurès, 6 octobre 2026.

Références complémentaires mentionnées : rapport IGF-IGA-Igas du 2 juillet 2026 sur le déploiement de l'intelligence artificielle dans les administrations publiques ; règlement (UE) 2024/1689 du 13 juin 2024 établissant des règles harmonisées concernant l'intelligence artificielle.

Consulter le règlement européen sur l'intelligence artificielle

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Cette publication présente une analyse professionnelle à partir d'une étude publique. L'application des règles juridiques doit être appréciée en fonction des situations et des textes en vigueur.

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8 octobre 2026 4 08 /10 /octobre /2026 22:50

 

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Supplément familial de traitement : un dispositif statutaire que nous ne pouvons plus regarder uniquement comme une rubrique de paie.

Équité de rémunération, nouvelles réalités familiales, sécurité juridique et perspectives de modernisation : pourquoi le SFT mérite une réflexion de fond des DRH territoriaux.

Il est des éléments de rémunération que nous appliquons depuis si longtemps dans nos collectivités que nous finissons par ne plus véritablement interroger leur logique. Le supplément familial de traitement fait probablement partie de ceux-là. Les gestionnaires en connaissent les montants, les règles de calcul, les justificatifs à demander et les difficultés qui peuvent survenir lorsqu'un agent change de situation familiale. Les DRH, de leur côté, l'abordent généralement à l'occasion d'un dossier particulier, d'une régularisation ou d'une question soulevée par un agent.

Il faut reconnaître que le SFT n'occupe pas une place centrale dans nos préoccupations actuelles. Les tensions sur les rémunérations, le tassement des grilles indiciaires, les difficultés de recrutement, l'évolution des régimes indemnitaires et les contraintes budgétaires des collectivités mobilisent déjà une grande partie de notre attention. Dans ce contexte, il pourrait paraître assez secondaire de consacrer une réflexion approfondie à un complément de rémunération dont le cadre réglementaire est ancien et relativement stabilisé.

Je crois pourtant que ce sujet mérite que nous nous y arrêtions. Non parce qu'une réforme serait nécessairement imminente, mais parce que le SFT révèle plusieurs contradictions de notre système de rémunération. Il met en évidence les difficultés que nous rencontrons lorsqu'il s'agit de concilier la protection des droits statutaires, l'équité entre agents, les évolutions de la société et la maîtrise de la dépense publique.

La question qui me paraît la plus intéressante est finalement assez simple : pourquoi deux agents ayant le même nombre d'enfants à charge ne perçoivent-ils pas nécessairement le même supplément familial de traitement ?

La réponse juridique est connue. Elle tient à la construction du dispositif, qui associe une part forfaitaire et, à partir du deuxième enfant, une part proportionnelle au traitement indiciaire. Mais cette réponse, parfaitement exacte sur le plan réglementaire, ne suffit pas à expliquer la pertinence du mécanisme au regard de sa finalité.

C'est précisément cette distinction entre la légalité d'un dispositif et la cohérence de ses objectifs qui me semble devoir nourrir notre réflexion de DRH territoriaux.

1. Un complément de rémunération dont la double nature explique les ambiguïtés

Le supplément familial de traitement constitue un élément obligatoire de rémunération pour les agents publics qui remplissent les conditions prévues par les textes. Son régime repose notamment sur les dispositions du Code général de la fonction publique et sur le décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985 modifié.

Il est destiné à tenir compte de la charge effective et permanente d'enfants. Pour autant, il ne s'agit pas d'une prestation familiale de droit commun comparable à celles versées par les organismes de sécurité sociale. Le SFT appartient au système de rémunération des agents publics et son versement incombe à l'employeur, selon les règles statutaires applicables.

Cette qualification n'est pas seulement théorique. Elle explique pourquoi le dispositif est financé par les employeurs publics et pourquoi sa modification éventuelle ne pourrait pas être appréciée uniquement comme une évolution de la politique familiale.

Le SFT participe du revenu des agents. Pour certains foyers, notamment à partir du troisième enfant, il représente un montant qui ne peut être considéré comme négligeable. Une modification de ses modalités de calcul aurait donc des conséquences directes sur la rémunération effectivement perçue.

Son architecture est néanmoins singulière. Pour un enfant, le montant demeure fixé à 2,29 euros par mois. Pour deux enfants, une part fixe de 10,67 euros s'accompagne d'une part proportionnelle de 3 % du traitement indiciaire retenu. Pour trois enfants, la part fixe atteint 15,24 euros et la part proportionnelle 8 %. Des majorations sont ensuite prévues pour chaque enfant supplémentaire.

Le calcul est encadré par des planchers et des plafonds indiciaires, qui limitent les différences de montant entre agents. Ces bornes ne remettent toutefois pas en cause le principe même d'une part proportionnelle à la rémunération.

Autrement dit, à nombre d'enfants identique, le montant du SFT peut varier selon le niveau indiciaire du bénéficiaire.

Ce choix correspond à une conception historique dans laquelle la prise en compte des charges familiales a été intégrée à la rémunération statutaire. Il peut être compris dans son contexte d'origine. Il devient en revanche plus difficile à justifier si l'on considère que la finalité première du supplément est de compenser, au moins partiellement, les dépenses liées aux enfants.

Un agent disposant d'un traitement indiciaire élevé n'assume pas nécessairement des charges familiales plus importantes qu'un agent moins rémunéré ayant le même nombre d'enfants. Cette observation ne constitue évidemment pas une critique des bénéficiaires du dispositif. Elle conduit simplement à s'interroger sur la logique du barème.

Et cette interrogation me paraît légitime dans une fonction publique territoriale où nous cherchons précisément à mieux expliquer les différentes composantes de la rémunération.

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2. L'évolution des familles a rendu la gestion du SFT beaucoup moins évidente qu'autrefois

La question du barème ne doit cependant pas masquer une autre évolution, tout aussi importante pour nos services RH. Le dispositif a été conçu dans un environnement familial qui ne correspond plus complètement à celui que nous connaissons aujourd'hui.

Les séparations, les résidences alternées, les familles recomposées et les situations dans lesquelles plusieurs adultes participent à l'entretien d'un enfant sont désormais des réalités ordinaires. Elles ne constituent plus des situations marginales pouvant être traitées comme des exceptions.

Pour les collectivités, cette transformation a progressivement compliqué l'instruction des droits.

Pendant longtemps, les règles du SFT reposaient largement sur l'identification d'un bénéficiaire unique. Cette approche est devenue difficile à maintenir lorsque les deux parents assument effectivement la charge de leurs enfants dans le cadre d'une résidence alternée.

La loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique et le décret du 10 novembre 2020 ont apporté une réponse importante en permettant, dans les conditions réglementaires prévues, le partage du supplément familial de traitement.

Cette évolution était nécessaire. Elle permet de mieux prendre en compte une réalité familiale que le dispositif initial appréhendait imparfaitement.

Elle a néanmoins introduit des calculs qui peuvent devenir délicats, notamment lorsque les parents ont des enfants issus de plusieurs unions ou lorsque l'un d'eux relève d'un employeur public et l'autre du secteur privé.

Dans ces situations, le partage du SFT ne consiste pas simplement à diviser par deux le montant précédemment versé. Il faut reconstituer la situation familiale, déterminer les enfants à prendre en compte, appliquer les mécanismes réglementaires de pondération et identifier correctement les droits respectifs des bénéficiaires.

Les services de paie connaissent bien ces difficultés. Elles supposent des justificatifs adaptés, une actualisation des informations et parfois des échanges entre plusieurs employeurs.

Nous retrouvons ici une caractéristique assez fréquente de l'évolution du droit statutaire : une réforme améliore la prise en compte des situations individuelles, mais elle rend simultanément la gestion plus exigeante.

Cela ne signifie pas qu'il faudrait renoncer à ces adaptations. Cela signifie simplement que leur mise en œuvre doit être accompagnée d'outils suffisamment fiables et de règles compréhensibles pour les agents comme pour les gestionnaires.

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3. Les familles recomposées interrogent notre manière d'apprécier la charge effective d'un enfant

Les difficultés sont encore plus sensibles lorsqu'il s'agit des familles recomposées.

Un agent public peut vivre avec un conjoint ou un partenaire ayant des enfants issus d'une précédente union et participer quotidiennement à leur entretien, à leur éducation et aux dépenses du foyer. Cette contribution peut être importante, parfois durable, sans pour autant correspondre automatiquement aux conditions réglementaires d'ouverture du droit au SFT.

La notion de charge effective et permanente doit alors être appréciée avec rigueur.

Il serait juridiquement inexact de considérer que la simple présence d'un enfant au domicile de l'agent suffit à ouvrir un droit. Mais il serait également trop catégorique d'affirmer que l'absence de lien de filiation exclut nécessairement toute possibilité de prise en compte.

La réalité des responsabilités assumées, la situation des parents, les modalités de résidence et les règles de non-cumul peuvent nécessiter une analyse individualisée.

Ces dossiers nous rappellent que le droit de la rémunération est parfois confronté à des situations humaines qui résistent aux catégories administratives habituelles.

La difficulté pour les DRH est de maintenir une application juridiquement sécurisée des textes tout en expliquant aux agents des règles qui peuvent leur sembler éloignées de leur vie quotidienne.

C'est souvent à ce niveau que naissent les incompréhensions. Un agent peut considérer, de bonne foi, qu'il assume financièrement la charge d'un enfant et ne pas comprendre pourquoi cette situation ne produit pas automatiquement les mêmes conséquences qu'un lien de filiation ou qu'une autre configuration familiale.

Notre rôle consiste alors à expliquer la règle, à examiner les circonstances particulières et à éviter les réponses trop générales.

Il ne s'agit pas de rechercher une solution favorable en dehors du cadre réglementaire, mais de ne pas simplifier excessivement une notion juridique dont l'appréciation peut être complexe.

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4. La question de l'équité mérite d'être abordée sans caricature

Le débat sur la modernisation du SFT revient régulièrement autour d'une idée : remplacer tout ou partie du mécanisme proportionnel par un montant forfaitaire.

L'argument est compréhensible. Si le dispositif est destiné à prendre en compte les charges familiales, un montant identique pour un même nombre d'enfants peut sembler plus cohérent qu'un complément variable selon le traitement indiciaire.

Cette approche répondrait à une logique d'équité horizontale entre agents placés dans une situation familiale comparable.

Pour autant, je crois qu'il faut se garder de présenter la forfaitisation comme une réponse évidente qui ne rencontrerait que des résistances de principe.

Le SFT constitue aujourd'hui un élément de rémunération effectivement perçu. Pour les agents qui bénéficient d'un montant supérieur au plancher réglementaire, une forfaitisation au niveau de ce plancher pourrait entraîner une diminution du revenu mensuel.

Cette conséquence ne peut pas être écartée au motif que le nouveau système serait plus égalitaire dans son architecture.

Nous connaissons suffisamment les difficultés de pouvoir d'achat rencontrées par une partie des agents territoriaux pour mesurer la sensibilité d'une telle évolution.

Il serait également maladroit d'opposer les agents selon leur catégorie hiérarchique. Le fait de percevoir un montant plus élevé de SFT ne résulte pas d'un choix individuel ou d'un avantage négocié. Il découle de l'application de règles statutaires identiques pour tous.

La question n'est donc pas de savoir si certains agents perçoivent trop. Elle est de déterminer si le mode de calcul actuel correspond encore à la finalité que nous souhaitons assigner au dispositif.

La nuance est importante, notamment dans la perspective d'un éventuel dialogue social sur le sujet.

Une réforme ne pourrait être appréciée sérieusement sans une étude de ses conséquences sur les rémunérations individuelles, sur les différentes configurations familiales et sur les budgets des employeurs publics.

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5. Revaloriser le premier enfant : une question difficile à éviter

S'il existe un élément du SFT dont le vieillissement paraît particulièrement évident, c'est probablement le montant attribué pour un enfant.

Les 2,29 euros mensuels prévus par la réglementation n'ont aujourd'hui qu'une portée financière très limitée.

On peut comprendre que cette somme ait été maintenue dans le cadre d'un dispositif dont l'essentiel du soutien financier intervient à partir du deuxième enfant. Mais cette architecture pose question au regard des évolutions démographiques et des situations familiales.

Les charges liées à l'arrivée d'un premier enfant sont réelles. Elles peuvent être particulièrement sensibles pour les jeunes agents, dont les rémunérations se situent fréquemment dans les premiers niveaux des grilles indiciaires.

Il serait donc cohérent qu'une réflexion sur la modernisation du SFT examine la place accordée au premier enfant.

Reste naturellement la question du financement.

Une revalorisation significative du montant forfaitaire aurait un coût pour les employeurs publics. Celui-ci dépendrait notamment de la structure familiale et démographique de leurs effectifs.

Les conséquences ne seraient pas nécessairement identiques pour toutes les collectivités. Une collectivité employant une proportion importante de jeunes agents pourrait connaître une évolution de dépense différente de celle d'un employeur dont les effectifs sont plus âgés.

Cet aspect est essentiel. Les débats sur la rémunération publique sont parfois conduits à partir de raisonnements nationaux qui ne rendent pas suffisamment compte de la diversité des situations territoriales.

Pour les DRH, une réforme du SFT ne pourrait donc pas être examinée indépendamment de ses effets sur la masse salariale et sur la programmation budgétaire.

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6. Une réforme mal préparée pourrait créer davantage de complexité qu'elle n'en résoudrait

L'hypothèse d'une forfaitisation est régulièrement présentée comme un moyen de simplifier le dispositif.

Elle pourrait effectivement rendre le barème plus lisible et réduire certaines difficultés liées à la part proportionnelle au traitement indiciaire.

Mais la simplification ne serait réelle que si les règles de transition étaient elles-mêmes suffisamment claires.

Imaginons qu'un nouveau barème forfaitaire soit instauré avec une garantie de maintien des montants antérieurement perçus. Cette solution protégerait les bénéficiaires actuels contre une diminution immédiate de rémunération.

Elle pourrait cependant conduire à faire coexister, pendant plusieurs années, des agents relevant de règles différentes selon la date d'ouverture de leurs droits ou leur situation familiale antérieure.

Les services RH devraient alors gérer des garanties individuelles, des changements de situation et des modalités particulières de recalcul. Le gain de simplicité pourrait être largement réduit.

Nous avons déjà rencontré ce type de difficulté à l'occasion de certaines réformes statutaires ou indemnitaires. Une disposition transitoire conçue pour protéger les agents peut devenir, lorsqu'elle se prolonge, une source durable de complexité.

Ce constat ne condamne pas l'idée d'une réforme. Il invite simplement à ne pas sous-estimer la qualité de sa préparation.

Avant de modifier le SFT, il faudrait disposer de simulations suffisamment détaillées pour mesurer les effets selon le nombre d'enfants, le niveau indiciaire, la situation familiale et les règles de maintien éventuellement envisagées.

À défaut, une réforme présentée comme une modernisation pourrait déplacer les difficultés plutôt que les résoudre.

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7. Le SFT demeure aussi un sujet de sécurisation de la paie territoriale

En attendant une éventuelle évolution du dispositif, notre responsabilité immédiate reste naturellement d'en assurer une application rigoureuse.

Le SFT possède plusieurs particularités qui le distinguent des autres éléments de rémunération.

Les règles applicables au temps partiel ne doivent pas être confondues avec celles des emplois à temps non complet. Les situations de cumul d'emplois publics nécessitent une attention particulière, notamment dans les petites collectivités où les agents peuvent exercer auprès de plusieurs employeurs.

Les congés pour raison de santé appellent également une vigilance spécifique. Le SFT bénéficie de garanties de maintien qui ne se confondent pas avec les règles de réduction du traitement indiciaire. Les évolutions intervenues dans la rémunération des congés de maladie ordinaire rendent cette distinction d'autant plus importante.

Le régime social et fiscal doit, lui aussi, être apprécié selon la situation statutaire de l'agent. Si le SFT constitue un revenu imposable, son traitement en matière de cotisations et de contributions ne peut pas être résumé à une règle identique pour tous les agents publics.

À cela s'ajoutent les questions relatives aux enfants à charge, aux changements de résidence, aux situations de séparation et aux demandes de rappel de rémunération.

Une erreur peut parfois se prolonger plusieurs années avant d'être identifiée. Sa régularisation devient alors délicate, particulièrement lorsque la situation familiale a évolué ou que plusieurs employeurs sont intervenus.

Il me semble donc utile que les directions des ressources humaines intègrent le SFT dans leurs démarches de contrôle interne de la paie.

Cela ne suppose pas nécessairement de créer une procédure supplémentaire particulièrement lourde. Il s'agit plutôt de s'assurer que les situations sensibles sont identifiées, que les changements familiaux sont correctement déclarés et que les règles de calcul appliquées par les logiciels correspondent bien aux textes en vigueur.

La fiabilité de la paie se construit aussi dans le traitement de ces éléments que nous avons parfois tendance à considérer comme secondaires.

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8. Ce que cette question nous dit de la politique de rémunération territoriale

Au fond, le débat sur le supplément familial de traitement dépasse largement ce dispositif.

Il nous renvoie à une difficulté plus générale de la fonction publique territoriale : nous avons progressivement construit un système de rémunération dans lequel plusieurs composantes répondent à des logiques différentes, sans que leur articulation soit toujours parfaitement lisible.

Le traitement indiciaire traduit une situation statutaire et un déroulement de carrière. Le régime indemnitaire permet de prendre en compte les fonctions et, dans les conditions prévues, l'engagement professionnel. Certaines bonifications sont liées à des responsabilités ou à des sujétions particulières. Le SFT, quant à lui, répond à une finalité familiale tout en conservant une dimension proportionnelle au traitement.

Chacun de ces mécanismes possède sa justification juridique et historique.

Mais leur accumulation rend parfois difficile l'explication de la rémunération globale, y compris pour les professionnels RH.

Or nous savons combien la compréhension des règles de rémunération participe au sentiment d'équité au sein d'une organisation.

Une règle peut être juridiquement incontestable tout en étant difficile à expliquer à un agent qui compare sa situation à celle d'un collègue.

Cela ne signifie pas que toutes les différences de rémunération seraient injustifiées. La diversité des fonctions, des responsabilités, des parcours et des situations individuelles rend nécessaire une certaine différenciation.

Encore faut-il que cette différenciation corresponde à des critères compréhensibles et cohérents avec l'objectif poursuivi.

Le SFT constitue, de ce point de vue, un exemple intéressant. Il nous oblige à distinguer ce qui relève de la reconnaissance professionnelle de ce qui relève de la prise en compte des charges familiales.

Et cette distinction me paraît particulièrement importante au moment où nous réfléchissons à l'attractivité des carrières territoriales et à l'évolution des politiques de rémunération.

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9. Ne pas confondre modernisation et remise en cause des garanties statutaires

Je ne crois pas qu'une réflexion sérieuse sur le SFT doive conduire à opposer les partisans de sa suppression à ceux de son maintien intégral.

Cette opposition me semble trop réductrice.

Le dispositif poursuit une finalité qui conserve sa légitimité. Les charges familiales ont des conséquences concrètes sur le niveau de vie des agents et il n'est pas incohérent que la rémunération publique en tienne compte.

La question porte davantage sur la manière de le faire.

Peut-on mieux prendre en compte le premier enfant ? Peut-on rendre le barème plus équitable sans diminuer brutalement les rémunérations ? Peut-on simplifier les calculs tout en respectant la diversité des configurations familiales ? Peut-on concevoir des règles de transition qui protègent les agents sans créer durablement de nouvelles complexités ?

Ces interrogations mériteraient d'être examinées conjointement, et non séparément.

Il serait également nécessaire d'associer suffisamment tôt les employeurs territoriaux à la réflexion. Leur diversité, leurs contraintes budgétaires et leurs pratiques de gestion doivent être prises en compte dans l'évaluation des effets d'une réforme nationale.

Nous savons, par expérience, qu'une mesure peut paraître simple lorsqu'elle est présentée dans un texte réglementaire et se révéler beaucoup plus complexe lorsqu'elle doit être appliquée à plusieurs milliers de situations individuelles.

Cette réalité de gestion devrait être intégrée dès la conception des évolutions statutaires, et non découverte au moment de leur mise en œuvre.

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10. Le supplément familial de traitement mérite mieux qu'un débat limité à son coût

À titre personnel, je considère que le SFT mérite d'être modernisé.

Non parce que son principe serait dépassé, mais parce que son architecture actuelle correspond imparfaitement aux réalités familiales et aux exigences de lisibilité que nous pouvons attendre d'un système de rémunération publique.

Le maintien d'un montant de 2,29 euros pour le premier enfant est difficile à défendre au regard de sa portée réelle. La part proportionnelle au traitement indiciaire pose une question d'équité qui ne peut pas être écartée par la seule référence à l'ancienneté du dispositif. Les mécanismes de prise en compte des familles recomposées et des résidences alternées montrent, quant à eux, combien les règles doivent désormais composer avec des situations plus diversifiées.

Mais je ne pense pas qu'une modernisation puisse être crédible si elle est envisagée essentiellement comme une source d'économies.

Une réforme cohérente devrait partir de la finalité du dispositif, mesurer précisément les conséquences des différentes options et prévoir les conditions d'une transition socialement acceptable.

Elle devrait également être suffisamment simple pour pouvoir être expliquée aux agents sans nécessiter une démonstration juridique à chaque changement de situation familiale.

C'est peut-être, finalement, l'un des critères auxquels nous devrions accorder davantage d'importance lorsque nous évaluons nos dispositifs statutaires : leur capacité à être compris par ceux auxquels ils s'appliquent.

En tant que DRH territoriaux, nous avons naturellement pour mission de sécuriser les règles existantes. Mais notre expérience de terrain nous permet aussi d'identifier celles dont la complexité ou les effets mériteraient d'être réexaminés.

Le supplément familial de traitement appartient, me semble-t-il, à cette catégorie.

Il ne s'agit pas d'un sujet spectaculaire. Il ne donnera probablement pas lieu aux mêmes débats que la valeur du point d'indice ou la réforme des régimes indemnitaires. Il n'en demeure pas moins révélateur des choix que nous devons faire lorsque nous cherchons à concilier justice salariale, solidarité familiale et soutenabilité financière.

La véritable question n'est peut-être pas de savoir si nous devons conserver ou supprimer le supplément familial de traitement. Elle est de déterminer quelle place nous souhaitons donner à la prise en compte des charges familiales dans la rémunération des agents publics, et selon quels principes d'équité.

Ce débat mérite d'être conduit avec prudence, sans remettre en cause par principe les droits existants, mais sans considérer non plus que l'ancienneté d'un dispositif suffit à justifier son maintien inchangé.

C'est aussi cela, à mon sens, le rôle d'une fonction RH territoriale qui souhaite prendre toute sa place dans la réflexion sur l'évolution du service public : ne pas seulement appliquer les règles, mais être capable d'en interroger la cohérence à partir de ce que nous observons quotidiennement dans nos collectivités.

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Pascal NAUD

Président fondateur de NAUDRH.COM

Expert en ressources humaines territoriales, droit de la fonction publique et management public

naudrexpertise@gmail.com

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5 octobre 2026 1 05 /10 /octobre /2026 22:32

 

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Fonction publique : point d’indice, grilles, GIPA, maladie… les dossiers salariaux à surveiller pour 2027.

Le rendez-vous salarial du 2 octobre 2026 a confirmé la montée des tensions autour des rémunérations, des carrières et des conditions de travail dans la fonction publique. Pour les employeurs territoriaux, l’enjeu est cependant de bien distinguer les revendications syndicales des mesures effectivement applicables.

À retenir :
La déclaration intersyndicale du 2 octobre 2026 ne modifie aucune règle statutaire applicable à la fonction publique territoriale. Elle permet en revanche d’identifier plusieurs dossiers susceptibles d’alimenter les prochains arbitrages gouvernementaux, budgétaires et statutaires.

1. Une mobilisation qui pèse sur le rendez-vous salarial

Le rendez-vous salarial du 2 octobre 2026 est intervenu trois jours après la mobilisation du 29 septembre.

Dans leur déclaration commune, les huit organisations syndicales CGT, FO, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP font état de près de 300 000 agentes et agents mobilisés, de plus de 172 manifestations et rassemblements et de taux de grévistes supérieurs à 40 % dans plusieurs secteurs.

Elles présentent cette mobilisation comme un avertissement adressé au Gouvernement à l’approche du projet de loi de finances pour 2027.

Point de vigilance juridique
Les chiffres et constats présentés ici sont ceux contenus dans la déclaration intersyndicale. Ils doivent être distingués des données administratives officielles éventuellement publiées par ailleurs.

2. Revalorisation et indexation du point d’indice

La première revendication concerne la rémunération indiciaire.

L’intersyndicale demande une revalorisation générale, immédiate et significative de la valeur du point d’indice.

Elle réclame également son indexation sur l’inflation, tout en maintenant l’unicité de la valeur du point entre les trois versants de la fonction publique.

Cette revendication traduit une opposition à une politique salariale essentiellement fondée sur des mesures ciblées, catégorielles ou indemnitaires.

Pour les employeurs territoriaux, il convient cependant de rappeler qu’une revendication syndicale, même portée conjointement par plusieurs organisations représentatives, ne crée aucune obligation juridique tant qu’elle n’a pas été traduite dans un texte applicable.

3. Refonte des grilles et tassement des carrières

Le deuxième sujet majeur concerne la structure des carrières.

Les organisations syndicales dénoncent le tassement des grilles indiciaires, en particulier lorsque les premiers échelons se rapprochent du niveau du salaire minimum.

Elles demandent une refonte permettant :

- de recréer de véritables perspectives de déroulement de carrière ;

- d’éloigner durablement les débuts de carrière du niveau du SMIC ;

- de revaloriser les filières à prédominance féminine.

La déclaration évoque notamment la situation de 862 000 agents dont le traitement indiciaire serait rattrapé par le SMIC.

Au-delà de la seule question du pouvoir d’achat, ce phénomène renvoie directement à l’attractivité des carrières publiques, à la reconnaissance des qualifications et à la différenciation entre les niveaux de responsabilité.

4. Le retour demandé de la GIPA

L’intersyndicale demande également le rétablissement de la garantie individuelle du pouvoir d’achat (GIPA).

Ce dispositif avait pour fonction de compenser, dans certaines situations, une évolution du traitement indiciaire brut inférieure à celle de l’inflation sur une période de référence.

Sa remise en place figure désormais parmi les revendications salariales communes portées lors du rendez-vous du 2 octobre.

Pour les DRH territoriaux
Il est important de ne pas anticiper une éventuelle réactivation de la GIPA dans les opérations de paie tant qu’aucun texte réglementaire ne la prévoit.

5. Congé maladie et jour de carence : deux revendications fortes

Le régime de rémunération pendant les arrêts maladie constitue un autre axe important de la déclaration.

Les organisations syndicales demandent :

- le maintien à 100 % de la rémunération en congé de maladie ordinaire ;

- l’abrogation du jour de carence.

Cette revendication intervient dans un contexte où les règles applicables au congé de maladie ordinaire des agents publics ont récemment évolué.

Pour les collectivités territoriales, la question appelle une vigilance particulière : les règles de rémunération applicables doivent continuer à être mises en œuvre tant qu’elles n’ont pas été juridiquement modifiées.

6. Égalité professionnelle et transparence salariale

La déclaration intersyndicale comporte également une dimension importante concernant l’égalité entre les femmes et les hommes.

Les organisations demandent des mesures effectives en faveur de l’égalité salariale et professionnelle, assorties de moyens et de garanties permettant la mise en œuvre des nouvelles exigences européennes en matière de transparence des rémunérations.

Pour les employeurs publics, ce sujet dépasse désormais la seule question de l’affichage d’indicateurs : il concerne également les pratiques de recrutement, de rémunération, de promotion et de progression de carrière.

7. Effectifs, santé et conditions de travail

Les revendications portent enfin sur les moyens accordés aux services publics.

L’intersyndicale demande :

- des emplois et des crédits de fonctionnement à la hauteur des missions ;

- des investissements supplémentaires ;

- une amélioration des conditions de travail ;

- un renforcement de la prévention des risques professionnels ;

- une meilleure protection de la santé des personnels.

Ces thèmes doivent être rapprochés des enjeux actuellement rencontrés par de nombreux employeurs territoriaux : difficultés de recrutement, absentéisme, usure professionnelle, tensions managériales, fidélisation et maintien dans l’emploi.

8. Ce que les employeurs territoriaux doivent réellement retenir

Pour une DRH territoriale, la déclaration du 2 octobre doit être lue avec méthode.

Elle ne constitue pas une norme juridique.

Elle ne modifie donc, à elle seule :

- ni la valeur du point d’indice ;

- ni les grilles statutaires ;

- ni le régime de la GIPA ;

- ni les règles applicables au congé de maladie ;

- ni le jour de carence.

En revanche, elle permet d’identifier avec précision les dossiers susceptibles de concentrer les négociations et les arbitrages à venir.

Les 7 sujets RH à surveiller dans les prochains mois :

1. la valeur du point d’indice ;

2. la restructuration des grilles indiciaires ;

3. l’articulation entre SMIC et minimum de traitement ;

4. une éventuelle remise en place de la GIPA ;

5. le régime de rémunération du congé de maladie ordinaire ;

6. le jour de carence ;

7. les futures obligations en matière d’égalité et de transparence salariale.

Une règle essentielle : attendre la traduction juridique

L’actualité sociale de la fonction publique peut évoluer rapidement.

Mais pour les employeurs territoriaux, une distinction demeure fondamentale :

Revendication syndicale ≠ annonce politique ≠ texte applicable.

Le rôle d’une veille juridique RH fiable est précisément d’identifier le moment où une intention ou une négociation devient une règle juridiquement opposable à la collectivité.

Les prochains mois devront donc être suivis avec attention, notamment à travers les textes budgétaires, les projets de décrets et les éventuelles mesures statutaires susceptibles d’être adoptées pour 2027.


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L’objectif : permettre aux DRH, gestionnaires RH, DGS et employeurs territoriaux d’identifier rapidement ce qui change, à quelle date et ce qu’il faut concrètement mettre en œuvre.

Source : Déclaration liminaire intersyndicale au rendez-vous salarial Fonction publique du 2 octobre 2026.

 

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4 octobre 2026 7 04 /10 /octobre /2026 10:09

 

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Rentrée sociale 2026 : et si le problème de la fonction publique était devenu plus profond ?

Pouvoir d’achat, tassement des grilles, arrêts maladie, attractivité, masse salariale, contraintes budgétaires : pour les DRH territoriaux, la difficulté ne tient plus seulement à chacun de ces sujets. Elle réside de plus en plus dans leur accumulation.

Analyse RH • Fonction publique territoriale • Rentrée 2026

La rentrée sociale 2026 ressemble, à première vue, à beaucoup d’autres. Pourtant, quelque chose a changé. Les difficultés que les DRH territoriaux avaient l’habitude de traiter séparément commencent à s’alimenter mutuellement. Attractivité, absentéisme, rémunération, conditions de travail, fidélisation et masse salariale forment désormais un système dont il devient difficile d’isoler les différentes composantes.

À première vue, la rentrée sociale 2026 de la fonction publique ressemble à beaucoup d’autres. On y retrouve des revendications sur les rémunérations, des inquiétudes sur les effectifs, des débats sur les arrêts maladie, une nouvelle mobilisation syndicale et, en toile de fond, des finances publiques qui laissent peu de place aux mesures générales. Pour un DRH territorial, aucun de ces sujets n’est véritablement nouveau.

C’est pourtant leur concomitance qui me paraît devoir retenir notre attention. Depuis plusieurs années, nous avons pris l’habitude de traiter séparément le pouvoir d’achat, l’attractivité, l’absentéisme, les conditions de travail, la fidélisation et la masse salariale. Cette lecture devient de moins en moins pertinente. Dans beaucoup de collectivités, ces sujets commencent à s’alimenter mutuellement et rendent les arbitrages RH beaucoup plus difficiles qu’ils ne l’étaient encore il y a quelques années.

Nous devons contenir la masse salariale tout en recrutant sur des métiers pour lesquels les candidats se raréfient. Nous devons fidéliser alors que certaines perspectives de progression salariale deviennent moins lisibles. Nous devons agir sur l’absentéisme alors que certains collectifs fonctionnent durablement avec des postes vacants. Nous devons répondre à des attentes plus fortes sur les conditions de travail tout en préparant de nouvelles économies de fonctionnement. Chacun de ces objectifs peut être défendu. C’est leur poursuite simultanée qui pose désormais question.

Le véritable sujet de la rentrée 2026 n’est peut-être plus chacune de ces tensions prise isolément. Il réside dans la manière dont elles commencent à se renforcer les unes les autres au sein de nos organisations.

Le sujet salarial ne se résume plus à la valeur du point d’indice

Le gel de la valeur du point d’indice reste naturellement au centre du débat social. Mais, du point de vue d’un DRH, le problème ne se limite plus à la seule évolution du pouvoir d’achat. Il touche progressivement à la cohérence même des carrières.

À mesure que le SMIC progresse tandis que les premiers niveaux indiciaires évoluent plus lentement, les bas de grilles se resserrent. Des ajustements du minimum de traitement deviennent nécessaires pour maintenir les rémunérations au-dessus du salaire minimum. Juridiquement, le dispositif fonctionne. Du point de vue de la politique RH, il produit cependant une difficulté que nous rencontrons de plus en plus souvent : comment expliquer la valeur d’une progression de carrière lorsque plusieurs années d’ancienneté ne se traduisent que par un écart financier limité ?

Nous pouvons présenter à un agent son cadre d’emplois, son grade, son échelon et ses perspectives d’avancement. Cela devient beaucoup plus délicat lorsque la traduction de cette progression sur la fiche de paie lui paraît presque imperceptible. Le sujet n’est donc plus seulement celui du niveau de rémunération. Il devient celui de la reconnaissance financière de l’expérience et de l’ancienneté.

Une question très concrète pour les DRH :

comment continuer à valoriser une carrière lorsque certaines de ses premières étapes deviennent financièrement presque invisibles ?

Nous demandons à nos politiques indemnitaires de compenser de plus en plus les limites des grilles

Cette situation explique en partie la place croissante prise par les régimes indemnitaires dans nos politiques salariales. Dans beaucoup de collectivités, le RIFSEEP est devenu l’un des rares instruments permettant de différencier les niveaux de responsabilité, de répondre à certaines difficultés de recrutement ou de reconnaître une expertise particulière.

Cette évolution n’est pas sans conséquence. Plus la rémunération indiciaire se resserre, plus nous demandons au régime indemnitaire de produire des effets qui dépassent sa vocation initiale.

Or toutes les collectivités ne disposent évidemment pas des mêmes capacités financières. La rémunération devient donc aussi un facteur de concurrence entre employeurs territoriaux. Nous le constatons déjà sur certains métiers : quelques dizaines ou centaines d’euros de différence mensuelle, auxquelles s’ajoutent le télétravail, l’organisation du temps de travail ou les prestations sociales, peuvent suffire à déplacer les candidatures d’une collectivité vers une autre.

Pour les DRH, la difficulté est réelle. Nous devons préserver une cohérence interne entre les fonctions et les niveaux de responsabilité tout en tenant compte d’un marché de l’emploi qui nous oblige parfois à différencier davantage les rémunérations. Ces deux logiques ne se rejoignent pas toujours facilement.

L’évolution de la rémunération pendant les arrêts maladie ne peut pas être dissociée des conditions de travail

Depuis le 1er mars 2025, la rémunération pendant les trois premiers mois du congé de maladie ordinaire est ramenée à 90 % dans les conditions prévues par les textes. Cette évolution, ajoutée au jour de carence, modifie nécessairement la perception de la protection attachée au statut.

Pour les DRH, la tentation serait de regarder cette mesure principalement à travers son incidence financière ou son effet attendu sur les absences de courte durée. Je pense que nous devons être plus prudents. L’absentéisme est rarement un phénomène suffisamment homogène pour être expliqué par une seule cause.

Nous connaissons tous des directions dans lesquelles les absences sont concentrées, des métiers dans lesquels l’usure physique apparaît après plusieurs années, des équipes fragilisées par des vacances de postes successives ou des services dans lesquels les difficultés managériales finissent par produire des conséquences sur la santé des agents. Dans ces situations, agir uniquement sur la rémunération de l’agent absent ne traite évidemment pas l’origine du problème.

Cela ne signifie pas que toute absence serait imputable à l’organisation. Ce serait tout aussi caricatural. Cela signifie simplement qu’un taux d’absentéisme n’est pas un diagnostic. Il constitue un indicateur qui doit être rapproché de la structure des effectifs, des métiers exercés, de l’ancienneté, des accidents de service, du turnover, des postes vacants et, lorsque nous disposons de données suffisamment fines, de la situation des collectifs de travail.

C’est précisément là que la fonction RH apporte autre chose qu’une gestion administrative des arrêts. Elle doit être capable d’identifier ce qui relève de situations individuelles et ce qui révèle une difficulté plus structurelle.

Point de vigilance RH. Un taux d’absentéisme constitue un indicateur. Il ne constitue pas, à lui seul, un diagnostic sur le fonctionnement d’un service.

Sur l’attractivité, nous atteignons probablement les limites de la seule communication employeur

Les collectivités ont beaucoup progressé dans leur manière de recruter. Les annonces sont généralement plus accessibles, les métiers mieux présentés, les campagnes sur les réseaux sociaux plus nombreuses et les procédures parfois plus rapides. La marque employeur est devenue un sujet à part entière dans les directions des ressources humaines.

Tout cela est utile. Mais cela ne suffit pas.

Lorsqu’un poste reste vacant après plusieurs publications, le problème n’est pas nécessairement la qualité de l’annonce. Lorsqu’une collectivité reçoit deux candidatures là où elle en recevait vingt quelques années auparavant, améliorer encore la présentation de l’offre ne répond qu’à une partie du problème.

Il faut alors accepter de regarder le poste lui-même. La rémunération est-elle compétitive ? Les contraintes horaires sont-elles compatibles avec les attentes actuelles ? Le bassin d’emploi permet-il réellement de trouver les compétences recherchées ? Le coût du logement constitue-t-il un obstacle ? Le niveau de responsabilité est-il cohérent avec le grade ou la rémunération proposés ? Le management et l’organisation du service sont-ils suffisamment attractifs pour fidéliser les personnes que nous réussissons à recruter ?

Cette dernière question me paraît d’ailleurs de plus en plus importante. Nous avons longtemps concentré nos efforts sur l’attractivité à l’entrée. La fidélisation est au moins aussi déterminante. Recruter un agent après quatre mois de recherche pour le voir repartir dix-huit mois plus tard ne peut pas être considéré comme une réussite de notre politique de recrutement.

L’enjeu n’est donc plus seulement d’attirer. Il est de donner envie de rester.

La contrainte budgétaire risque maintenant de rencontrer de plein fouet la crise d’attractivité

C’est probablement ici que la situation de 2026 devient particulièrement délicate pour les collectivités territoriales. Les perspectives financières conduisent les exécutifs et les directions générales à rechercher des économies de fonctionnement. Et, compte tenu du poids de la masse salariale dans les budgets locaux, le chapitre 012 revient nécessairement dans les discussions.

Le raisonnement budgétaire est parfaitement légitime. Une collectivité ne peut pas durablement dépenser au-delà de ses capacités. La DRH ne peut donc pas se positionner comme la direction qui demanderait systématiquement davantage de postes ou de crédits sans prendre en compte la situation financière de l’employeur.

En revanche, elle doit être capable d’expliquer les conséquences des différentes économies envisagées.

Le non-remplacement d’un départ à la retraite produit une économie immédiatement identifiable. Mais que se passe-t-il ensuite ? Les missions disparaissent-elles réellement ? Sont-elles redistribuées ? Les autres agents peuvent-ils les absorber durablement ? Les heures supplémentaires augmentent-elles ? Le service fait-il davantage appel à des remplaçants ? Les délais de traitement s’allongent-ils ? Certaines missions sont-elles abandonnées sans que cela ait été réellement décidé ?

C’est ici que le pilotage de la masse salariale rejoint directement l’organisation du travail.

Le chapitre 012 ne devrait plus être considéré uniquement comme une enveloppe financière. Il raconte également la manière dont la collectivité fonctionne : ses choix de remplacement, sa pyramide des âges, ses difficultés de recrutement, son recours aux contractuels et, indirectement, une partie de ses choix de service public.

Une économie de personnel n’est donc réellement une économie que lorsque nous avons regardé ce qu’elle produit ailleurs dans l’organisation.

C’est dans cette période que le DRH doit pleinement jouer son rôle auprès de la direction générale

La fonction RH n’a pas vocation à s’opposer aux contraintes budgétaires. Elle doit en revanche contribuer à éclairer les arbitrages.

Lorsqu’une direction générale envisage de ne pas remplacer plusieurs départs, la question RH ne consiste pas seulement à calculer l’économie annuelle correspondante. Elle consiste également à identifier les métiers concernés, les compétences qui disparaissent, la capacité réelle des équipes à absorber la charge et les conséquences possibles sur les recrutements futurs.

De la même manière, différer une revalorisation indemnitaire peut être parfaitement compréhensible dans un contexte budgétaire tendu. Mais si cette décision concerne un métier pour lequel la collectivité ne parvient déjà plus à recruter, le coût différé de cette économie doit au moins être posé dans la discussion.

C’est à cet endroit que j’attends personnellement une DRH stratégique. Pas nécessairement qu’elle obtienne davantage de moyens, mais qu’elle permette de mesurer ce que chaque décision fait gagner, ce qu’elle fait perdre et les risques qu’elle déplace.

Le chiffre budgétaire nous donne le coût immédiat. L’analyse RH doit apporter la conséquence probable.

Cette contribution est d’autant plus importante que les décisions prises aujourd’hui produisent parfois leurs effets plusieurs années plus tard. Une absence d’anticipation des départs en retraite, un métier sur lequel nous n’avons pas développé les compétences internes ou une politique de rémunération restée trop longtemps déconnectée du marché peuvent mettre plusieurs années à être corrigés.

La mobilisation sociale du 29 septembre ne dit pas, à elle seule, l’état réel du climat social

La journée de mobilisation du 29 septembre 2026 s’inscrit dans cette accumulation de tensions. Les revendications portent sur les rémunérations, la protection en cas de maladie, les effectifs, les conditions de travail et, plus largement, les moyens accordés aux services publics.

Pour les DRH territoriaux, je crois cependant qu’il faut résister à la tentation d’évaluer le climat social uniquement à partir du nombre de grévistes.

Une faible mobilisation locale ne signifie pas nécessairement que les agents sont satisfaits. De la même manière, un taux de grévistes élevé ne suffit pas à expliquer les difficultés d’une organisation.

Le climat social se lit aussi dans des phénomènes beaucoup moins visibles. Une diminution des candidatures sur les postes d’encadrement, des mobilités internes plus difficiles, des départs vers d’autres employeurs, une augmentation des demandes de rupture conventionnelle, des managers qui hésitent à prendre davantage de responsabilités ou des équipes qui cessent progressivement de proposer des initiatives peuvent constituer des signaux tout aussi intéressants.

Le désengagement est souvent beaucoup plus silencieux que le conflit. C’est ce qui le rend plus difficile à identifier.

Ce qui m’inquiète le plus est la possibilité d’un cercle qui s’auto-entretient

Prenons une situation que beaucoup de DRH connaissent. Un service rencontre des difficultés de recrutement. Un poste reste vacant plusieurs mois. Les agents présents reprennent une partie de la charge. Le manager passe davantage de temps à organiser les priorités et moins de temps à accompagner son équipe. La fatigue progresse. Les absences deviennent plus fréquentes. Le service apparaît moins attractif aux candidats et les recrutements deviennent encore plus difficiles.

Dans le même temps, les remplacements, les heures supplémentaires ou le recours à des contractuels peuvent augmenter les coûts. La collectivité dispose alors de moins de marges pour renforcer durablement l’équipe ou améliorer la rémunération.

Nous entrons alors dans une mécanique où les conséquences du problème initial contribuent à l’aggraver.

C’est pour cette raison que je crois de moins en moins à une gestion séparée de l’attractivité, de l’absentéisme, de la masse salariale, de la fidélisation et des conditions de travail. Dans les organisations les plus fragiles, ces sujets forment désormais un seul système.

Et c’est probablement ce système qu’une DRH doit apprendre à observer.

Sommes-nous encore suffisamment disponibles pour anticiper ?

Cette question me paraît plus importante que beaucoup d’autres.

Nous parlons depuis plusieurs années de DRH stratégique, de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, de données RH et de prospective. Dans le même temps, beaucoup de directions des ressources humaines sont absorbées par les recrutements difficiles, les situations individuelles complexes, les réorganisations, le dialogue social, les questions statutaires et les urgences quotidiennes.

Plus les difficultés augmentent, plus la DRH consacre du temps à les traiter. Et plus elle y consacre du temps, moins elle en dispose pour anticiper celles qui arrivent.

Il existe là un paradoxe assez préoccupant.

Une direction des ressources humaines capable de travailler à trois ou cinq ans peut identifier les départs prévisibles, repérer les métiers critiques, préparer les compétences internes, revoir certaines organisations avant qu’elles ne deviennent intenables et présenter plusieurs scénarios à la direction générale.

Une DRH qui fonctionne en permanence dans l’urgence finit nécessairement par intervenir lorsque le problème est déjà installé. Elle ne prévient plus. Elle régule. Et parfois, elle répare.

Le paradoxe est réel :

nous n’avons probablement jamais autant parlé de « DRH stratégique » au moment même où de nombreuses directions des ressources humaines sont absorbées par une gestion opérationnelle de plus en plus exigeante.

Nous devons aussi accepter que « faire mieux avec moins » a une limite

Il existe encore des marges d’amélioration dans nos collectivités. Nous pouvons simplifier certaines procédures, automatiser des tâches répétitives, mieux utiliser les outils numériques, revoir des circuits de validation, développer la mobilité interne ou mieux accompagner les managers. L’intelligence artificielle ouvrira également des possibilités nouvelles dans certaines fonctions administratives.

Il serait donc excessif de considérer que toute réduction de moyens entraîne mécaniquement une dégradation du service.

Mais l’inverse serait tout aussi excessif.

Une organisation ne peut pas absorber indéfiniment des contraintes supplémentaires par de simples gains de productivité. À un moment, la réduction des moyens impose nécessairement un choix sur les missions, les délais, le niveau de service ou les priorités.

C’est un débat que la DRH ne peut pas trancher seule. Il appartient à la direction générale et à l’exécutif de déterminer ce que la collectivité souhaite continuer à faire et avec quels moyens.

Notre responsabilité consiste en revanche à dire ce que les organisations et les agents peuvent raisonnablement absorber.

Ce rôle n’est pas toujours confortable. Il est pourtant essentiel.

La difficulté de 2026 tient peut-être moins à chacun de ces problèmes qu’à leur accumulation

Je me garderais de dire que la fonction publique connaît en 2026 sa crise la plus grave depuis dix ans. Ce type de comparaison est toujours discutable et dépend beaucoup de l’indicateur retenu.

En revanche, la configuration actuelle me paraît particulière.

La rémunération réelle est sous tension. Les premiers niveaux des grilles sont comprimés. Les difficultés de recrutement touchent de nombreux métiers. La protection statutaire en congé de maladie a été réduite. Les attentes des agents à l’égard du travail ont évolué. Et les employeurs territoriaux doivent gérer ces transformations avec des marges financières de plus en plus contraintes.

Aucune de ces difficultés n’est, isolément, insurmontable. C’est leur combinaison qui rend la situation plus complexe.

Elle remet surtout en question certains équilibres sur lesquels reposait historiquement l’attractivité de la fonction publique. Une rémunération parfois moins favorable pouvait être compensée par une carrière lisible, une sécurité professionnelle forte, une protection statutaire importante et des perspectives de progression clairement identifiées.

Cet équilibre n’a pas disparu. Mais il est moins évident qu’auparavant.

C’est probablement cela que nous devons regarder avec attention.

Pour les DRH territoriaux, la priorité est peut-être désormais de mesurer la soutenabilité de nos propres organisations

Nous disposons déjà d’une grande partie des données nécessaires.

Nous savons quels métiers sont difficiles à recruter. Nous connaissons nos taux d’absentéisme. Nous pouvons identifier les départs à la retraite à venir, les mobilités, les postes durablement vacants et l’évolution de notre masse salariale.

Le véritable enjeu consiste à rapprocher ces informations.

Un poste vacant depuis huit mois, trois agents absents dans le même service, un manager en difficulté et plusieurs départs prévus dans les deux prochaines années ne constituent pas quatre informations indépendantes.

Elles racontent peut-être la même histoire.

C’est cette lecture que nous devons être capables d’apporter à nos directions générales et à nos exécutifs.

La question de la rentrée 2026 n’est donc peut-être pas de savoir si les agents publics sont plus ou moins mécontents qu’en 2017, ni même si la mobilisation du 29 septembre constitue un succès ou un échec.

Pour un DRH territorial, la question me paraît beaucoup plus concrète : combien de tensions supplémentaires nos organisations peuvent-elles encore absorber sans que cela finisse par affecter durablement les agents, les managers et la qualité du service rendu ?

Et surtout : sommes-nous encore en capacité de voir arriver ces difficultés suffisamment tôt pour conserver le choix de la réponse ?

C’est probablement là que se joue aujourd’hui une part importante de notre valeur ajoutée.

À retenir.

La rentrée sociale 2026 ne pose pas uniquement une question de rémunération, d’absentéisme ou d’attractivité. Elle invite les DRH territoriaux à regarder autrement la soutenabilité de leurs organisations. Les postes vacants, les difficultés de recrutement, l’absentéisme, la masse salariale, les conditions de travail et la fidélisation ne peuvent plus être pilotés comme des sujets indépendants. Ils constituent de plus en plus les différentes dimensions d’un même équilibre RH.

Pascal NAUD
Président fondateur de NAUDRH.COM
Expert en ressources humaines territoriales, droit de la fonction publique et management public
naudrhexpertise@gmail.com

 

 

 

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3 octobre 2026 6 03 /10 /octobre /2026 18:29

 

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3 octobre 2026 6 03 /10 /octobre /2026 14:50

 

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Contractuel en CDI dans la FPT : le concours a-t-il encore un intérêt ?

Lorsqu’un agent dispose déjà d’un CDI, d’une rémunération satisfaisante et d’une situation professionnelle stable, le concours peut sembler perdre de son intérêt. Pourtant, derrière cette question se joue un sujet beaucoup plus large : celui de la construction des parcours professionnels contractuels dans la fonction publique territoriale.

Contractuels • CDI public • Concours • Carrière • FPT
CDI et statut de fonctionnaire ne sécurisent pas la même chose. Le premier sécurise principalement une relation contractuelle avec un employeur. Le second inscrit l’agent dans une carrière statutaire. Pour les DRH territoriaux, l’enjeu n’est donc pas d’opposer systématiquement les deux situations, mais d’aider chaque agent à mesurer leurs conséquences à cinq, dix ou vingt ans.
L’idée centrale. Le CDI apporte une stabilité professionnelle réelle. Mais la question du concours ne doit pas être examinée uniquement au regard de la situation actuelle de l’agent. Elle doit être appréciée à partir de la trajectoire professionnelle qu’il souhaite construire et de celle que l’employeur territorial est en mesure de lui proposer.

La question peut sembler presque paradoxale. Lorsqu’un agent contractuel travaille depuis plusieurs années dans une collectivité, qu’il maîtrise parfaitement son métier, qu’il donne satisfaction et qu’il bénéficie désormais d’un CDI, quel intérêt aurait-il encore à passer un concours ?

Nous sommes régulièrement confrontés à cette interrogation dans les directions des ressources humaines. Elle est d’autant plus légitime que la place des contractuels a profondément évolué dans la fonction publique territoriale. Dans de nombreuses collectivités, ils ne constituent plus seulement une réponse ponctuelle à une difficulté de recrutement ou à un besoin temporaire. Ils occupent durablement des emplois permanents, développent une expertise reconnue et peuvent exercer des responsabilités importantes.

Le CDI apporte par ailleurs une sécurité professionnelle réelle. Il met fin à la succession des renouvellements de CDD et permet à l’agent de se projeter plus sereinement dans son emploi. Dès lors, le concours peut apparaître comme une contrainte supplémentaire dont l’utilité n’est plus évidente.

Ce raisonnement se comprend. Il repose néanmoins sur une confusion que les DRH doivent régulièrement lever : un CDI de droit public et le statut de fonctionnaire ne sécurisent pas la même chose.

Le premier sécurise principalement la relation contractuelle avec un employeur. Le second inscrit l’agent dans une carrière.

Cette différence paraît assez abstraite lorsque l’agent est satisfait de son poste. Elle devient beaucoup plus concrète lorsqu’il souhaite évoluer.

Le CDI n’est pas une titularisation différée

C’est probablement le premier point à rappeler.

Lorsqu’un agent contractuel remplit les conditions permettant la conclusion d’un CDI, sa situation professionnelle change effectivement de nature. Il n’est plus confronté à l’échéance périodique d’un contrat à durée déterminée et à la question de son renouvellement.

Pour autant, il ne devient pas fonctionnaire.

Le fonctionnaire est titulaire d’un grade. Le contractuel reste lié à son employeur par un contrat, même lorsque celui-ci est conclu pour une durée indéterminée.

Cette distinction structure toute la suite du raisonnement.

Il faut d’ailleurs être prudent lorsque nous parlons, parfois un peu rapidement, de « CDIsation au bout de six ans ». Dans la fonction publique territoriale, le Code général de la fonction publique encadre précisément les situations dans lesquelles les services accomplis peuvent conduire à la conclusion d’un CDI. Toutes les périodes effectuées sous contrat ne s’additionnent pas indistinctement pour produire automatiquement ce résultat.

Pour un DRH, cette précision juridique est importante. Mais elle ne constitue pas, à mon sens, le cœur du sujet.

La véritable question apparaît lorsque l’on cesse de regarder la situation de l’agent à l’instant T pour essayer d’imaginer ce qu’elle sera dans dix ou quinze ans.

C’est souvent la mobilité qui révèle le mieux la différence entre les deux situations

Imaginons un cadre contractuel de catégorie A recruté depuis plusieurs années. Il dispose d’un CDI, sa rémunération est satisfaisante, son travail est reconnu et il n’envisage pas de quitter immédiatement la collectivité.

Dans cette situation, l’intérêt du concours peut lui paraître très limité.

Quelques années plus tard, le même agent peut souhaiter rejoindre une autre collectivité, changer de région, accéder à des responsabilités différentes ou poursuivre sa carrière dans un autre environnement public.

La question du statut prend alors une autre dimension.

Le fonctionnaire appartient à un cadre d’emplois et dispose de mécanismes statutaires lui permettant d’organiser sa mobilité et de poursuivre sa carrière auprès d’autres employeurs publics. Le contractuel en CDI dispose également de possibilités de mobilité et certains mécanismes facilitent la poursuite d’une relation contractuelle auprès d’un autre employeur public. Mais son CDI ne constitue pas l’équivalent d’un grade qui l’accompagnerait tout au long de sa carrière.

C’est une distinction qu’il est parfois difficile de percevoir lorsque tout se passe bien dans la collectivité d’origine.

Or une carrière professionnelle ne se construit pas uniquement à partir de la situation actuelle.

Un agent peut être parfaitement satisfait de son CDI à 35 ans et avoir, à 45 ans, un projet professionnel totalement différent.

Lorsque nous conseillons un contractuel sur l’intérêt d’un concours, la question n’est donc pas seulement de savoir s’il dispose aujourd’hui d’un emploi stable. Nous devons également l’amener à réfléchir aux marges de choix qu’il souhaite conserver pour la suite de sa vie professionnelle.

La différence porte également sur la manière dont se construit la carrière

Le statut organise une progression.

Le fonctionnaire appartient à un cadre d’emplois, détient un grade et est classé à un échelon. Sa situation évolue ensuite selon les règles statutaires applicables. L’avancement d’échelon, l’avancement de grade, la promotion interne ou la réussite à d’autres concours et examens professionnels structurent progressivement son parcours.

La situation du contractuel est différente.

Cela ne signifie évidemment pas qu’un agent en CDI serait condamné à conserver pendant vingt ans les mêmes fonctions et la même rémunération. Ses responsabilités peuvent évoluer. Sa rémunération peut être réévaluée. Il peut accéder à des postes importants et les possibilités de recrutement d’agents contractuels se sont considérablement développées.

Mais cette progression ne repose pas sur la même mécanique.

Elle dépend davantage des fonctions exercées, des décisions de l’employeur, de sa politique de rémunération, des opportunités professionnelles qui se présentent et des évolutions successives du contrat.

Il ne s’agit donc pas d’opposer une carrière dynamique chez les fonctionnaires à une carrière figée chez les contractuels. Cette représentation serait fausse.

La différence est ailleurs. Pour le fonctionnaire, la carrière est juridiquement organisée. Pour le contractuel, le parcours professionnel doit davantage être construit.

Cette nuance devient stratégique à mesure que les collectivités recrutent des contractuels qui resteront probablement dix, quinze ou vingt ans dans le service public.

La rémunération constitue souvent le principal frein au concours

C’est probablement la première question posée par les agents concernés : « si je réussis le concours et que je suis nommé stagiaire, vais-je perdre en rémunération ? »

La crainte n’est pas théorique.

Certains contractuels expérimentés bénéficient d’une rémunération supérieure au traitement indiciaire correspondant au classement auquel ils pourraient prétendre lors de leur nomination.

C’est précisément sur ce sujet que nous devons éviter les réponses trop rapides.

Il existe des règles de reprise des services antérieurs ainsi que, dans certaines situations et selon les cadres d’emplois concernés, des mécanismes permettant de conserver à titre personnel un niveau indiciaire lorsque le classement conduirait à une rémunération inférieure à celle précédemment perçue.

Mais cela ne permet pas d’affirmer à un contractuel : « vous conserverez votre salaire ».

La situation doit être examinée individuellement.

Avant d’encourager un agent à changer de statut, une DRH devrait donc être capable de lui présenter une véritable simulation. Il faut examiner son classement prévisible, l’ancienneté susceptible d’être reprise, le traitement indiciaire correspondant, le régime indemnitaire envisageable, l’existence éventuelle d’un mécanisme de conservation à titre personnel et, au-delà de la première nomination, la trajectoire financière susceptible d’en résulter.

Cette simulation me paraît beaucoup plus utile qu’un discours général sur les avantages supposés du statut.

Un agent qui envisage un concours ne compare pas deux constructions juridiques abstraites. Il compare deux trajectoires professionnelles et, très concrètement, deux situations financières.

Nous devons lui permettre de le faire avec des données fiables.

Point de vigilance RH. Le passage du CDI au statut ne doit jamais être présenté comme financièrement neutre. Les règles de classement, de reprise des services antérieurs et de conservation éventuelle d’une rémunération dépendent notamment du cadre d’emplois concerné et de la situation individuelle de l’agent.

Dans la FPT, réussir le concours n’est que la première étape

C’est une particularité que nous connaissons bien mais que les agents ne mesurent pas toujours.

Réussir un concours territorial ne signifie pas obtenir automatiquement un poste de fonctionnaire.

Le lauréat est inscrit sur une liste d’aptitude. Cette inscription lui permet d’être recruté sur les emplois auxquels le concours donne accès, mais elle ne crée pas un droit à être nommé par sa collectivité actuelle.

La nuance est déterminante.

Une collectivité peut encourager un contractuel à préparer un concours, faciliter sa formation, se féliciter de sa réussite et ne pas être ensuite en mesure, ou ne pas souhaiter, le nommer sur son poste.

Pour l’agent, l’incompréhension peut être considérable.

C’est pourquoi l’accompagnement vers le concours devrait, à mon sens, commencer bien avant l’inscription à la préparation. Si l’agent réussit, quel est le projet de la collectivité ? L’emploi occupé permet-il sa nomination dans le grade concerné ? Existe-t-il une volonté de le nommer stagiaire ? Quelles seraient les conséquences budgétaires de son classement et de son régime indemnitaire ? La collectivité souhaite-t-elle réellement inscrire son parcours dans une logique statutaire ?

Ces questions peuvent évidemment évoluer entre le moment où l’agent prépare le concours et celui où il le réussit.

Mais ne jamais les poser est probablement la moins bonne solution.

Un DRH ne peut pas garantir à l’avance une nomination. Il peut en revanche éviter de laisser s’installer l’idée qu’une réussite au concours produira automatiquement cet effet.

L’expérience acquise comme contractuel peut devenir un véritable atout pour réussir

Nous avons parfois tendance à présenter les concours comme un univers distinct du travail quotidien.

Pour un contractuel expérimenté, c’est loin d’être toujours le cas.

Un agent présent depuis plusieurs années dans une collectivité connaît déjà une partie importante de l’environnement professionnel sur lequel il pourra être interrogé. Il a appris à travailler avec une hiérarchie administrative, parfois avec des élus, à comprendre les contraintes budgétaires, à gérer des situations concrètes, à travailler en transversalité et, pour certains, à encadrer une équipe.

Cette expérience ne dispense évidemment pas d’une préparation sérieuse.

Mais elle donne du sens à cette préparation.

Le concours interne, notamment, peut permettre à l’agent de transformer une expérience parfois acquise de manière empirique en compétences mieux identifiées et mieux structurées. La préparation l’oblige également à prendre de la hauteur sur son activité et à replacer son métier dans un environnement institutionnel plus large.

C’est aussi pour cette raison qu’une collectivité peut avoir intérêt à accompagner ses contractuels vers les concours.

Même avant la réussite, la préparation peut constituer un outil de professionnalisation.

Pour autant, tous les contractuels n’ont pas nécessairement intérêt à devenir fonctionnaires

Cette idée me paraît importante.

Dans nos pratiques RH, nous pouvons encore avoir tendance à considérer implicitement que le CDI serait une étape et que la titularisation constituerait l’aboutissement normal du parcours.

Ce n’est plus aussi évident.

Certains agents disposent d’une expertise très recherchée et bénéficient d’une situation contractuelle particulièrement attractive. D’autres ne souhaitent pas faire toute leur carrière dans le secteur public. Certains privilégient leur rémunération actuelle ou ne souhaitent tout simplement pas s’engager dans la préparation d’un concours.

Il n’y a aucune raison de considérer ces choix comme moins légitimes.

Notre rôle n’est pas de convaincre chaque contractuel de devenir fonctionnaire.

Il est de lui permettre de mesurer les conséquences de son choix.

S’il souhaite rester durablement dans la fonction publique, changer plusieurs fois d’employeur, accéder à certains niveaux de responsabilité ou construire sa carrière sur plusieurs décennies, le concours peut présenter un intérêt important.

S’il privilégie d’autres dimensions de son parcours, le CDI peut parfaitement rester cohérent avec son projet.

La réponse ne peut donc être qu’individuelle.

Le vrai sujet pour les DRH est peut-être ailleurs : savons-nous gérer des carrières de contractuels ?

C’est, à mon sens, la question la plus intéressante.

Pendant longtemps, nos systèmes RH ont été principalement construits autour de la carrière des fonctionnaires. Pour les contractuels, nous gérions surtout le recrutement, le contrat, son renouvellement et la rémunération.

Cette approche devient insuffisante.

Lorsque nous recrutons un contractuel qui restera quinze ans dans la collectivité, nous devons nécessairement nous demander ce que sera son parcours.

Comment fera-t-il évoluer ses compétences ? Comment sa rémunération progressera-t-elle ? Comment pourra-t-il changer de fonctions ? Comment reconnaîtrons-nous une expertise devenue indispensable ? Comment éviterons-nous qu’il atteigne un plafond professionnel après quelques années ? Comment gérerons-nous les écarts avec des fonctionnaires exerçant des responsabilités comparables ?

Ces questions ne peuvent plus être traitées au cas par cas lorsque le problème se présente.

Elles devraient progressivement entrer dans nos politiques RH.

Plus le nombre de contractuels augmente, plus les collectivités doivent construire une véritable gestion des parcours contractuels.

C’est un changement important.

Le contrat n’est plus seulement une modalité permettant de pourvoir un emploi.

Il devient aussi le support d’une relation professionnelle qui peut durer une grande partie de la carrière.

La question stratégique pour les DRH territoriaux devient donc :

sommes-nous encore simplement organisés pour recruter et gérer administrativement des contractuels, ou disposons-nous désormais d’une véritable politique permettant de construire leurs parcours sur dix, quinze ou vingt ans ?

Le concours peut alors devenir un outil de fidélisation

Nous regardons souvent le concours uniquement comme une démarche individuelle de l’agent.

La collectivité peut pourtant y trouver son propre intérêt.

Lorsqu’un contractuel est présent depuis plusieurs années, qu’il maîtrise un métier en tension, qu’il connaît parfaitement l’organisation et que la collectivité souhaite le conserver, son accès au statut peut participer à une stratégie de fidélisation.

Nous investissons parfois beaucoup dans ces agents. Ils acquièrent une connaissance fine des politiques publiques, des procédures internes, des partenaires et du territoire. Leur départ peut représenter une perte de compétences importante et nécessiter plusieurs mois avant qu’un nouvel agent atteigne le même niveau de maîtrise.

Dans certaines situations, préparer avec eux l’accès au statut peut donc avoir du sens.

Mais cette politique doit être cohérente.

Il serait assez difficilement compréhensible de financer une préparation au concours, d’encourager fortement l’agent à le présenter, de valoriser sa réussite puis de découvrir qu’aucune perspective de nomination n’a jamais été envisagée.

C’est ici que la gestion des concours rejoint la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Quels sont les métiers que nous voulons sécuriser ? Quels agents souhaitons-nous fidéliser ? Quelles compétences devront être présentes dans cinq ans ? Sur quels postes avons-nous intérêt à favoriser des parcours statutaires ?

Le concours peut alors cesser d’être seulement une affaire individuelle pour devenir un véritable outil de politique RH.

Nous devons finalement sortir de l’opposition entre « bon CDI » et « meilleur statut »

Je ne crois pas qu’il soit très utile de chercher à déterminer lequel des deux serait, dans l’absolu, le plus avantageux.

Le CDI apporte une stabilité professionnelle réelle. Le statut apporte une logique de carrière et des mécanismes de mobilité différents. Le CDI peut parfois offrir une rémunération immédiatement plus favorable. Le statut peut ouvrir d’autres perspectives sur la durée.

Tout dépend du parcours envisagé.

C’est précisément là que se situe la valeur ajoutée de la DRH.

Lorsque nous recevons un contractuel qui s’interroge sur l’intérêt d’un concours, nous devrions probablement commencer par lui poser des questions plutôt que par lui apporter immédiatement une réponse.

Souhaite-t-il rester durablement dans le service public ? Envisage-t-il une mobilité géographique ? Veut-il accéder à d’autres responsabilités ? Quelle est sa situation financière actuelle ? Que donnerait concrètement son classement après concours ? Quelle serait sa perspective de carrière ? Et la collectivité serait-elle prête à le nommer s’il réussissait ?

À partir de ces éléments, le choix devient beaucoup plus éclairé.

Pour certains, le concours constituera une étape déterminante. Pour d’autres, le CDI restera la solution la plus cohérente.

Mais dans les deux cas, nous aurons fait notre travail de DRH : permettre à l’agent de comprendre non seulement sa situation actuelle, mais aussi ce qu’elle peut produire dans la durée.

À retenir. La question essentielle n’est finalement pas de savoir si le CDI protège moins ou davantage que le statut. Elle est de savoir quelle trajectoire professionnelle nous voulons rendre possible dans cinq, dix ou vingt ans. À mesure que les contractuels prennent une place durable dans les effectifs territoriaux, les collectivités ne peuvent plus seulement organiser leur recrutement : elles doivent apprendre à construire leurs parcours professionnels.

Nous savons depuis longtemps gérer la carrière des fonctionnaires.

Il nous faut désormais apprendre à penser le parcours des contractuels avec la même profondeur.

Pascal NAUD
Président fondateur de NAUDRH.COM
Expert en ressources humaines territoriales, droit de la fonction publique et management public
naudrhexpertise@gmail.com

 

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3 octobre 2026 6 03 /10 /octobre /2026 09:58

 

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Masse salariale dans la fonction publique territoriale : vers 140 000 agents en moins d’ici 2032 ?

Effectifs, 1 607 heures, absentéisme, rémunérations, départs en retraite, plafonds d’emplois : la Cour des comptes dessine une trajectoire de transformation profonde du pilotage RH des collectivités territoriales.

À retenir : la Cour des comptes n’annonce pas la suppression de 140 000 emplois territoriaux. Elle présente plusieurs scénarios et leviers de maîtrise de la masse salariale publique. La distinction est essentielle : il s’agit de préconisations et d’hypothèses de travail, et non de mesures juridiques actuellement applicables.

140 000 agents territoriaux en moins d’ici 2032 ? Le chiffre est suffisamment spectaculaire pour retenir l’attention. Mais il doit être manié avec précaution.

Dans une note publiée en septembre 2026 consacrée à « La masse salariale de la fonction publique : un enjeu majeur pour le redressement des finances publiques », la Cour des comptes analyse l’évolution de l’emploi et des rémunérations publiques depuis 2012 et explore différents leviers susceptibles de contribuer au redressement des comptes publics.

Pour les collectivités territoriales, les pistes présentées vont bien au-delà d’un simple objectif de réduction budgétaire. Elles interrogent directement la politique de recrutement, le temps de travail, l’absentéisme, le remplacement des départs en retraite, les déroulements de carrière, les régimes indemnitaires, les mutualisations et, plus largement, la manière même de piloter les emplois publics locaux.

1. Une masse salariale publique devenue un enjeu majeur

En 2024, la fonction publique compte 5,88 millions d’agents. Depuis 2012, ses effectifs ont augmenté de 475 000 personnes, soit une progression de 8,8 %.

Dans le même temps, la masse salariale brute des administrations publiques a atteint 362,1 milliards d’euros, soit 21,7 % de l’ensemble des dépenses publiques. Elle a progressé de 89,5 milliards d’euros depuis 2012.

Le sujet n’est donc plus uniquement RH.
La politique d’emploi public devient l’un des paramètres centraux de la trajectoire nationale de redressement des finances publiques.

La Cour estime qu’une maîtrise renforcée de cette dépense suppose d’agir simultanément sur les effectifs, les rémunérations et l’organisation même des services publics.

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2. Pourquoi la fonction publique territoriale est particulièrement concernée

La fonction publique territoriale constitue l’un des principaux points d’attention du rapport.

Entre 2012 et 2024, ses effectifs ont progressé de 188 000 agents, soit environ +10 %. La Cour souligne que la progression s’est notamment concentrée dans les intercommunalités, certaines filières ayant également connu une croissance importante.

Les charges de personnel des collectivités territoriales et de leurs groupements à fiscalité propre atteignent pour leur part 76,4 milliards d’euros en 2024, soit une augmentation de 23,4 milliards d’euros depuis 2012.

Cette progression ne résulte toutefois pas seulement de créations d’emplois. Selon la Cour, la hausse des rémunérations représente également une part déterminante de l’évolution de la masse salariale territoriale.

Le sujet doit donc être regardé avec davantage de finesse qu’une simple opposition entre « trop » ou « pas assez » de fonctionnaires. Les transferts de compétences, l’évolution des missions, les politiques publiques nouvelles, les revalorisations salariales, le GVT et la dynamique des recrutements produisent des effets différents qu’un pilotage RH sérieux doit isoler.

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3. 140 000 agents territoriaux en moins : que dit réellement la Cour des comptes ?

C’est probablement le chiffre qui suscitera le plus de réactions.

La Cour évoque la possibilité de stabiliser les effectifs territoriaux, puis de les rapprocher progressivement de leur niveau de 2014 à l’horizon 2032. Un tel scénario représenterait une diminution d’environ 140 000 agents.

Le bloc communal est particulièrement visé. La Cour considère que la montée en puissance des intercommunalités devait notamment conduire à davantage de rationalisation et de mutualisation, sans que les effectifs communaux aient diminué dans des proportions comparables.

Attention à l’interprétation juridique.
Aucun texte n’impose actuellement aux collectivités territoriales de supprimer 140 000 emplois. La Cour des comptes présente une hypothèse de maîtrise des effectifs susceptible de contribuer au redressement des finances publiques. La décision appartient aux pouvoirs publics.

Cette nuance est essentielle. Présenter ce chiffre comme une décision arrêtée ou une réforme applicable serait juridiquement inexact.

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4. 1 607 heures et absentéisme : un potentiel de 54 000 emplois selon la Cour

Deux leviers sont particulièrement mis en avant pour la fonction publique territoriale : le temps de travail et l’absentéisme.

Selon la Cour, l’achèvement de l’alignement de la durée annuelle de travail sur la référence légale de 1 607 heures, combiné à une réduction de l’absentéisme, permettrait une diminution progressive d’au moins 2,7 % des effectifs territoriaux.

Cela représenterait, selon ses estimations, 54 000 agents et environ 1,5 milliard d’euros d’économies à l’horizon 2032.

Là encore, ce raisonnement doit être interprété correctement. La référence aux 1 607 heures relève bien du cadre juridique du temps de travail applicable dans la fonction publique territoriale. En revanche, le nombre de 54 000 emplois correspond à une estimation macroéconomique de la Cour, et non à un objectif juridique individuel assigné aux employeurs territoriaux.

Pour les DRH, l’enjeu opérationnel est immédiat :
connaissance réelle du temps travaillé, analyse des autorisations spéciales d’absence, maîtrise des cycles de travail, suivi de l’absentéisme, remplacement des absences et organisation des services deviennent des données centrales du pilotage de la masse salariale.

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5. Point d’indice, carrières et mesures catégorielles : les rémunérations également visées

La Cour ne limite pas son analyse aux effectifs. Elle considère qu’une politique durable de maîtrise de la masse salariale doit également agir sur la dynamique des rémunérations.

Plusieurs leviers sont étudiés : sous-indexation pluriannuelle de la valeur du point d’indice, ciblage plus strict des mesures catégorielles sur les métiers en tension, éventuelle désindexation de certaines indemnités ou encore ralentissement des avancements de grades et d’échelons.

L’objectif affiché serait d’éviter l’alternance entre périodes de gel du point d’indice et mesures ponctuelles de rattrapage, au profit d’une trajectoire salariale pluriannuelle davantage prévisible.

Ces propositions posent évidemment des questions majeures d’attractivité. Une collectivité peut difficilement raisonner uniquement en réduction de coûts lorsqu’elle rencontre simultanément des difficultés de recrutement, de fidélisation et de renouvellement des compétences.

La masse salariale ne peut donc pas être regardée seulement comme une dépense à réduire. Elle représente aussi le financement des compétences nécessaires à la continuité et à la qualité du service public.

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6. Vers des plafonds et schémas d’emplois pour les collectivités territoriales ?

C’est peut-être la proposition la plus structurante du rapport pour la gestion territoriale.

Aujourd’hui, les assemblées délibérantes fixent les crédits correspondant aux dépenses de personnel. L’état prévisionnel des effectifs figure dans les documents budgétaires, mais conserve essentiellement une portée informative.

La Cour recommande d’aller plus loin en instituant dans les budgets locaux des plafonds et schémas d’emplois, sur un modèle se rapprochant de celui existant pour l’État.

Ces instruments devraient être accompagnés d’une analyse pluriannuelle des déterminants de la masse salariale : évolution des effectifs, schéma d’emplois, mesures catégorielles, rémunérations et GVT.

Le changement serait considérable.
Le débat budgétaire local ne porterait plus seulement sur une enveloppe de crédits de personnel. Il intégrerait beaucoup plus directement une trajectoire d’emplois et une analyse prospective de ses conséquences financières.

La Cour reconnaît parallèlement la spécificité constitutionnelle des collectivités territoriales : le principe de libre administration ne permet pas à l’État de fixer individuellement à chaque collectivité un plafond de dépenses de personnel ou d’effectifs.

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7. Ce que les DRH territoriaux doivent désormais anticiper

Pour les directions des ressources humaines territoriales, le principal enseignement de cette note dépasse largement la question d’une éventuelle diminution des effectifs.

Le véritable changement réside dans la nécessité de passer d’une gestion annuelle des postes à un pilotage pluriannuel des emplois, des compétences et de la masse salariale.

Cela suppose de mettre en relation les départs prévisionnels en retraite, les recrutements, les créations et suppressions d’emplois, les transformations organisationnelles, le GVT, les promotions, le régime indemnitaire, l’absentéisme, le temps de travail et les difficultés de recrutement sur les métiers en tension.

Chaque vacance de poste pourrait ainsi devenir un moment d’arbitrage stratégique : faut-il remplacer à l’identique, transformer le poste, redistribuer certaines missions, mutualiser une fonction, automatiser une activité ou réallouer les moyens vers une priorité différente ?

Cela implique également une articulation beaucoup plus étroite entre DRH, direction générale et direction des finances. La masse salariale n’est plus seulement le résultat des décisions RH : elle devient une véritable trajectoire de gestion.

Conclusion : le sujet dépasse très largement les « suppressions de postes »

Retenir uniquement le chiffre de 140 000 agents territoriaux potentiellement concernés par une réduction des effectifs serait réducteur.

La note de la Cour des comptes dessine en réalité un modèle beaucoup plus global : davantage de prospective, une programmation pluriannuelle des emplois, un suivi renforcé de la masse salariale, une interrogation systématique des organisations et une utilisation accrue des départs naturels pour adapter les effectifs.

Rien ne permet aujourd’hui de considérer l’ensemble de ces orientations comme juridiquement arrêté. Mais elles donnent une indication particulièrement nette de la direction prise par le débat public sur l’emploi territorial et les finances locales.

Pour les DRH territoriaux, attendre l’adoption d’éventuelles nouvelles contraintes pour commencer à travailler sur ces sujets serait probablement trop tard.

Les 5 points à retenir

1.  La masse salariale publique représente 362,1 milliards d’euros en 2024.

2. Les effectifs territoriaux ont progressé de 188 000 agents depuis 2012.

3. La Cour envisage, parmi ses scénarios, jusqu’à 140 000 agents territoriaux en moins d’ici 2032.

4. Le temps de travail, l’absentéisme, les départs en retraite et les rémunérations sont identifiés comme des leviers majeurs.

5. La Cour préconise la mise en place de plafonds et de schémas d’emplois dans les budgets locaux.

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1 octobre 2026 4 01 /10 /octobre /2026 21:34

 

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Méga-décret III : le CSFPT maintient son opposition aux nouvelles règles électorales.

Le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale (CSFPT) a de nouveau examiné, le 30 septembre 2026, deux dispositions du projet de décret dit « Méga-décret III ». Objectif affiché : simplifier certaines élections lorsqu’une seule liste de candidats est présentée. Mais derrière cette évolution apparemment technique se dessine une opposition très nette entre représentants des employeurs territoriaux et organisations syndicales.

À retenir
Le CSFPT a rendu un avis défavorable le 30 septembre 2026. Les représentants des employeurs territoriaux ont voté unanimement en faveur du projet, tandis que les représentants syndicaux ont voté unanimement contre. À ce stade, ces nouvelles règles électorales ne sont donc pas applicables : il s’agit toujours d’un projet de décret.

1. Pourquoi le CSFPT a-t-il dû examiner une nouvelle fois le projet ?

La séance du 30 septembre 2026 constituait en réalité le second examen de ces dispositions par le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale.

Lors de sa précédente séance plénière, organisée le 16 septembre 2026, les représentants des organisations syndicales avaient émis un avis unanimement défavorable sur le projet.

Cette situation produit un effet procédural particulier. Le décret n° 84-346 du 10 mai 1984 relatif au Conseil supérieur de la fonction publique territoriale prévoit qu'en présence d'un vote unanimement défavorable du collège des représentants syndicaux sur un projet de texte, celui-ci doit faire l'objet d'un réexamen et d'une nouvelle délibération de l'assemblée plénière.

Le communiqué du CSFPT rappelle que cette nouvelle délibération doit intervenir dans un délai qui ne peut être inférieur à huit jours ni excéder trente jours.

Point juridique
Un vote syndical unanimement défavorable ne signifie donc pas automatiquement que le projet est abandonné. Il déclenche d'abord une procédure obligatoire de réexamen.

La séance du 30 septembre s'inscrit précisément dans cette procédure : le Gouvernement a représenté les deux dispositions concernées au CSFPT, après le premier avis du 16 septembre.

2. Quelles sont les deux mesures de simplification envisagées ?

Le texte examiné s'inscrit dans le projet de décret portant diverses mesures de simplification de l'action publique locale et des normes applicables aux collectivités territoriales et à leurs groupements, couramment présenté comme le « Méga-décret III ».

Deux dispositions intéressant directement le fonctionnement des institutions de la fonction publique territoriale étaient soumises au CSFPT.

Première mesure : supprimer certains scrutins au CNFPT en présence d'une liste unique

Le projet prévoit de supprimer la nécessité d'organiser matériellement un scrutin lorsqu'une seule liste de candidats est présentée pour l'élection de l'un des collèges composant les instances du Centre national de la fonction publique territoriale.

Sont notamment concernés le conseil d'administration et le conseil d'orientation du CNFPT.

La logique est celle d'une simplification procédurale : lorsqu'une seule liste est susceptible d'être élue et qu'aucun choix entre plusieurs listes n'est possible, l'organisation d'un scrutin est considérée comme une formalité pouvant être supprimée.

Deuxième mesure : appliquer un mécanisme comparable au CSFPT

Une simplification similaire est envisagée concernant l'élection des représentants des collectivités territoriales siégeant à l'assemblée plénière du CSFPT.

Le communiqué vise notamment la suppression du scrutin lorsqu'une liste unique est présentée pour l'élection du collège du bloc communal.

L'objectif poursuivi est donc clair : éviter l'organisation d'une procédure électorale complète lorsqu'elle ne permet pas, en pratique, de départager plusieurs candidatures concurrentes.

3. Un vote qui révèle une opposition frontale entre employeurs et syndicats

Au-delà de la technicité du dispositif, le résultat du vote du 30 septembre 2026 est particulièrement significatif.

Collège des employeurs territoriaux : 4 voix favorables sur 4.

Collège des organisations syndicales : 14 voix défavorables sur 14.

Le texte a donc reçu un avis défavorable du CSFPT.

Ce vote fait apparaître deux lectures très différentes de la mesure.

Du point de vue de la simplification administrative, la suppression d'un scrutin en présence d'une liste unique peut être regardée comme permettant d'éviter des formalités, des opérations matérielles et des coûts qui ne modifieraient pas le résultat final de l'élection.

À l'inverse, l'opposition unanime des représentants syndicaux montre que la question n'est pas perçue comme une simple modification technique. L'organisation même d'un scrutin participe également au formalisme électoral et à la représentation institutionnelle au sein des organismes de la fonction publique territoriale.

Ce que révèle surtout la séance du 30 septembre
Le débat oppose moins deux interprétations d'une règle juridique existante que deux conceptions de la simplification des procédures de représentation institutionnelle.

4. Pourquoi l'absence de quorum n'a-t-elle pas empêché la délibération ?

Un autre élément du communiqué mérite l'attention : l'absence de quorum a été constatée lors de la séance du 30 septembre.

Pour autant, le CSFPT a pu valablement délibérer.

Les règles de fonctionnement du Conseil supérieur prévoient en effet des mécanismes permettant d'éviter qu'une absence de quorum ou qu'une succession de consultations empêche durablement l'instance de se prononcer.

Dans le cadre de la nouvelle délibération prévue après un vote unanimement défavorable du collège syndical, le décret du 10 mai 1984 prévoit notamment qu'après la nouvelle convocation, le Conseil peut siéger valablement quel que soit le nombre de membres présents et ne peut être appelé à délibérer une nouvelle fois selon cette même procédure.

Le vote intervenu le 30 septembre constitue donc une étape procédurale importante : le mécanisme de réexamen prévu par les textes est désormais arrivé à son terme pour ces dispositions devant le CSFPT.

5. Quelle est la portée juridique de l'avis défavorable du CSFPT ?

C'est probablement le point le plus important pour les employeurs territoriaux : l'avis défavorable du CSFPT ne doit pas être confondu avec une décision de retrait du projet.

Le Conseil supérieur intervient ici dans le cadre d'une consultation préalable sur un projet de texte réglementaire.

Son avis constitue une étape de la procédure d'élaboration du décret, mais le communiqué du 30 septembre ne permet pas de conclure que le Gouvernement aurait renoncé aux dispositions concernées.

Inversement, leur examen par le CSFPT ne signifie évidemment pas davantage qu'elles seraient déjà entrées en vigueur.

Attention à ne pas anticiper le droit applicable
Au 30 septembre 2026, les deux mesures décrites restent des dispositions d'un projet de décret. Il convient d'attendre la publication du texte définitif au Journal officiel et d'en vérifier précisément la rédaction ainsi que la date d'entrée en vigueur avant d'en tirer des conséquences opérationnelles.

La distinction est essentielle en matière de veille juridique : entre l'annonce d'une réforme, son examen par une instance consultative et son entrée en vigueur, le contenu du texte peut encore évoluer.

Une collectivité ne doit donc pas modifier par anticipation ses pratiques électorales en se fondant uniquement sur le projet examiné par le CSFPT.

6. Que doivent retenir concrètement les DRH territoriaux ?

Pour les directions des ressources humaines territoriales, cette actualité appelle principalement une logique de veille plutôt qu'une modification immédiate des procédures.

Trois précautions peuvent être retenues.

1. Ne pas appliquer par anticipation les mesures présentées

Tant que le décret définitif n'a pas été publié et n'est pas entré en vigueur, les règles actuellement applicables demeurent celles qui doivent être respectées.

2. Surveiller la version définitive du Méga-décret III

Il faudra vérifier si les deux dispositions sont maintenues, modifiées ou supprimées dans la version finalement publiée, ainsi que leur éventuelle date d'entrée en vigueur.

3. Distinguer simplification électorale et élections professionnelles de décembre 2026

Les dispositions examinées le 30 septembre concernent la composition de certaines instances du CNFPT et du CSFPT. Elles ne doivent pas être interprétées comme supprimant de manière générale l'organisation d'un scrutin lorsqu'une seule organisation syndicale présente une liste aux élections professionnelles organisées dans les collectivités et établissements territoriaux.

En pratique
Pour un DRH territorial, aucune modification immédiate de calendrier ou de procédure électorale ne doit être engagée sur la seule base de ce projet. La bonne méthode consiste à identifier la publication du décret définitif, vérifier son champ exact d'application, sa date d'entrée en vigueur et, seulement ensuite, adapter les procédures concernées.

Conclusion : une simplification apparemment technique qui révèle un véritable désaccord institutionnel

Le nouvel avis rendu par le CSFPT le 30 septembre 2026 illustre les limites de l'exercice de simplification lorsqu'il touche aux mécanismes de représentation.

Sur le plan strictement administratif, supprimer un scrutin lorsqu'une seule liste est présentée peut apparaître comme une mesure pragmatique : l'issue de l'élection n'est plus incertaine et la procédure mobilise néanmoins des moyens humains et matériels.

Mais le vote du CSFPT montre que le sujet dépasse largement cette seule logique.

Avec quatre représentants des employeurs favorables et quatorze représentants syndicaux défavorables, les deux collèges ont exprimé des positions totalement opposées.

Pour les collectivités territoriales, la conséquence immédiate reste toutefois simple : rien ne change encore juridiquement.

La prochaine étape sera donc celle de la publication éventuelle du Méga-décret III et de l'analyse précise de sa rédaction définitive.

À suivre sur NAUDRH.COM

Notre veille juridique RH territoriale ne consiste pas seulement à identifier les textes publiés. Elle impose également de suivre les projets en cours, les consultations du CSFPT, les modifications intervenant entre les différentes versions et surtout leur date réelle d'entrée en vigueur. NAUDRH.COM suit ces évolutions afin de permettre aux employeurs territoriaux d'anticiper les réformes sans appliquer prématurément des dispositions qui ne sont pas encore en vigueur.

Sources

- Conseil supérieur de la fonction publique territoriale, communiqué de presse du 30 septembre 2026.

- Décret n° 84-346 du 10 mai 1984 relatif au Conseil supérieur de la fonction publique territoriale, notamment ses dispositions relatives au fonctionnement et à la nouvelle délibération de l'assemblée plénière.

Article d'information juridique – NAUDRH.COM. Les dispositions analysées correspondent à l'état du projet et des informations publiquement disponibles au 30 septembre 2026. Il convient de vérifier la publication et la rédaction définitive du texte avant toute mise en œuvre.

CSFPT 30 septembre 2026

 

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1 octobre 2026 4 01 /10 /octobre /2026 20:53

 

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Retraites : pourquoi le débat sur l’âge légal ne suffit pas à comprendre les vrais enjeux.

Faut-il reculer ou avancer l’âge de départ à la retraite ? Le débat public se concentre souvent sur l’âge légal. Pourtant, une analyse publiée par François Ecalle pour FIPECO le 30 septembre 2026 montre que les enjeux sont beaucoup plus larges : âge effectif de liquidation, emploi des seniors, équilibre financier des régimes, finances publiques, durée de cotisation et conséquences sociales des différents scénarios.

À retenir :
Reculer l’âge légal de deux ans ne signifie pas nécessairement repousser de deux ans l’âge moyen réel de départ. La réforme de 2023 produirait, selon les travaux cités, un décalage moyen d’environ huit mois seulement.

1. Le vrai enjeu : au-delà de l’âge légal

Le débat sur les retraites est souvent résumé à une seule question : faut-il maintenir, reculer ou avancer l’âge légal de départ ?

Cette approche est pourtant incomplète. L’analyse publiée par François Ecalle pour FIPECO rappelle que le sujet doit être examiné sous plusieurs angles : évolution de l’emploi des seniors, âge effectif de liquidation, équilibre financier des régimes, niveau des dépenses publiques, recettes fiscales et sociales, durée de cotisation, carrières longues ou discontinues.

Autrement dit, l’âge légal constitue un paramètre important, mais il ne permet pas à lui seul de mesurer les effets réels d’une réforme des retraites.

2. Reculer l’âge de départ augmente-t-il le chômage ?

C’est l’une des objections les plus fréquemment formulées : faire travailler les seniors plus longtemps pourrait réduire les possibilités d’embauche pour les plus jeunes ou augmenter le chômage.

L’analyse FIPECO apporte ici une réponse nuancée. À court terme, un recul de l’âge d’ouverture des droits peut effectivement provoquer une hausse du chômage pour certaines classes d’âge. Mais cet effet n’apparaît pas durable à l’échelle macroéconomique.

Les données reprises dans la note montrent notamment que le taux d’emploi des personnes âgées de 55 à 64 ans est passé de 41 % en 2010 à 61,7 % en 2025.

Point de vigilance :
La hausse du taux d’emploi des seniors ne signifie pas que leur maintien dans l’emploi est sans difficulté. Elle ne doit pas conduire à minimiser les enjeux d’usure professionnelle, d’employabilité, de santé au travail, de mobilité ou de reclassement.

L’analyse souligne également qu’au niveau agrégé, les données macroéconomiques ne démontrent pas un effet mécanique d’éviction des jeunes par les seniors.

3. Quel impact sur les finances publiques ?

L’un des apports les plus intéressants de la note consiste à élargir l’analyse au-delà des seules caisses de retraite.

Selon les simulations présentées, un recul de deux ans de l’âge minimal de départ améliorerait à long terme le solde de l’ensemble des administrations publiques d’environ 0,9 point de PIB.

Cet effet résulterait de plusieurs mécanismes :

- une diminution des pensions versées sur la période concernée ;

- une augmentation des cotisations retraite ;

- une hausse d’autres prélèvements obligatoires grâce à davantage d’activité et d’emploi ;

- mais aussi une augmentation de certaines dépenses sociales, notamment maladie, chômage, invalidité ou minima sociaux.

L’intérêt économique d’un recul de l’âge ne se limiterait donc pas au financement du système de retraite : il résiderait également dans ses effets sur la production, l’emploi et les recettes publiques.

4. La réforme de 2023 : deux ans affichés, huit mois réellement ?

C’est probablement l’un des enseignements les plus contre-intuitifs du document.

La principale mesure de la réforme de 2023 consiste à relever progressivement l’âge minimal d’ouverture des droits de 62 à 64 ans.

Pourtant, ce décalage de deux ans ne se traduit pas par un recul équivalent de l’âge moyen effectif de liquidation.

Selon les travaux du Conseil d’orientation des retraites cités dans la note, la réforme provoquerait une hausse de l’âge moyen de liquidation d’environ huit mois.

Deux raisons principales l’expliquent : d’une part, un certain nombre d’assurés seraient partis après 64 ans même en l’absence de réforme ; d’autre part, l’âge d’annulation de la décote reste fixé à 67 ans.

En clair :
relever l’âge légal ne permet pas de déduire mécaniquement le nouvel âge moyen réel de départ. L’effet dépend de nombreux paramètres du système.

5. Des perspectives financières toujours dégradées

Les projections reprises dans le document montrent également que l’équilibre des régimes de retraite reste fragile.

Dans les hypothèses du rapport 2026 du Conseil d’orientation des retraites, le déficit des régimes serait d’environ 0,2 % du PIB en 2030, puis augmenterait progressivement dans les décennies suivantes.

La note évoque notamment un déficit pouvant atteindre 0,6 % du PIB en 2040, 1,2 % en 2050 et 2,4 % en 2070.

Ces chiffres doivent néanmoins être interprétés avec prudence. Ils dépendent fortement des hypothèses retenues sur la productivité, la démographie, l’évolution des revenus, le nombre de cotisants et les modalités de financement des différents régimes.

6. Âge légal ou durée de cotisation : deux leviers, deux effets sociaux

Le débat sur les retraites ne se limite pas à l’âge minimal d’ouverture des droits.

Une autre voie consiste à augmenter la durée de cotisation nécessaire pour obtenir une pension à taux plein.

Mais ces deux instruments n’ont pas les mêmes conséquences sociales.

- Relever l’âge minimal affecte davantage les personnes ayant commencé à travailler jeunes.

- Allonger la durée de cotisation pénalise davantage les personnes entrées tardivement sur le marché du travail ou ayant connu des carrières interrompues ou discontinues.

La note rappelle également que les carrières discontinues concernent plus fréquemment les femmes.

Elle souligne enfin qu’une hausse de la durée de cotisation d’un an aurait un effet plus faible à court et moyen terme sur l’âge moyen de liquidation qu’un relèvement d’un an de l’âge minimal.

7. Ce que cela implique pour les employeurs publics

Pour les employeurs publics, le débat sur le recul de l’âge de départ n’est pas seulement budgétaire ou national. Il comporte des conséquences très concrètes en matière de gestion des ressources humaines.

Si les agents doivent rester plus longtemps en activité, les politiques RH devront nécessairement évoluer pour accompagner l’allongement des carrières.

Cela suppose notamment de renforcer :

- la prévention de l’usure professionnelle ;

- l’adaptation des postes de travail ;

- la mobilité professionnelle ;

- la formation tout au long de la carrière ;

- les dispositifs de reclassement ;

- la gestion des secondes parties de carrière ;

- l’anticipation des situations de pénibilité ;

- le maintien en emploi des agents expérimentés.

Pour les DRH territoriaux, c’est probablement l’un des principaux enseignements à retenir : une réforme des retraites modifiant l’âge effectif de départ entraîne nécessairement des effets sur la gestion prévisionnelle des emplois, des compétences et des parcours professionnels.

Conclusion : ne pas réduire le débat à un chiffre

Le débat sur les retraites est souvent enfermé dans une opposition simple entre 62 ans, 64 ans ou davantage.

L’analyse FIPECO montre pourtant que cette lecture est insuffisante.

L’enjeu réel porte sur l’âge effectif de liquidation, le taux d’emploi des seniors, la durée de cotisation, les trajectoires professionnelles, la soutenabilité financière du système et les conséquences sociales des choix retenus.

Pour les employeurs publics, la question centrale devient alors moins : « à quel âge les agents pourront-ils partir ? » que : « dans quelles conditions pourront-ils rester durablement en emploi ? »

Source principale :
François Ecalle, « Reculer ou avancer l’âge de la retraite », FIPECO, 30 septembre 2026.
Analyse fondée notamment sur les travaux du Conseil d’orientation des retraites, de la Direction générale du Trésor, de l’INSEE, de l’OCDE et de l’OFCE.
À lire également sur NAUDRH.COM
Retraites, emploi des seniors, prévention de l’usure professionnelle et gestion des secondes parties de carrière : ces sujets vont devenir de plus en plus structurants pour les employeurs territoriaux dans les prochaines années.

Reculer ou avancer l'âge de la retraite

 

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1 octobre 2026 4 01 /10 /octobre /2026 20:44

 

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La tribune de Dominique Seux consacrée aux salaires des fonctionnaires a le mérite de poser clairement un débat qui revient régulièrement dans l’actualité : les agents publics ont-ils réellement perdu du pouvoir d’achat au cours de la dernière décennie ?

Son constat est sévère : syndicats et administration utiliseraient chacun les chiffres qui servent le mieux leur démonstration. Les premiers mettent en avant le décrochage de la valeur du point d’indice par rapport à l’inflation ; Bercy raisonne davantage en masse salariale et en évolution globale des rémunérations. Entre les deux, la Cour des comptes s’appuie notamment sur la rémunération moyenne des personnes en place, la RMPP.

Pour les DRH territoriaux, le sujet mérite toutefois d’être regardé avec davantage de finesse. Car derrière les chiffres se cachent des réalités RH beaucoup plus diverses : déroulements de carrière, promotions, mesures catégorielles, régimes indemnitaires, contractualisation croissante, métiers en tension et conditions de travail.

1. Le point d’indice ne raconte pas toute l’histoire

Réduire l’évolution du pouvoir d’achat des fonctionnaires à celle du seul point d’indice est insuffisant.

La rémunération d’un agent public évolue également sous l’effet des avancements d’échelon, des promotions de grade, des changements de cadre d’emplois, des mesures statutaires ou catégorielles, ainsi que du régime indemnitaire.

Affirmer qu’une baisse de la valeur réelle du point d’indice traduit mécaniquement une perte équivalente de pouvoir d’achat pour chaque fonctionnaire serait donc inexact.

Le point d’indice constitue un indicateur essentiel de la politique salariale publique, mais il ne résume pas à lui seul l’évolution de la rémunération individuelle d’un agent.

2. RMPP : un indicateur utile, mais à ne pas surinterpréter

L’erreur inverse serait cependant de considérer que la rémunération moyenne des personnes en place suffit à démontrer que les fonctionnaires auraient collectivement bénéficié d’une forte progression de leur pouvoir d’achat.

C’est ici que l’expérience quotidienne des DRH publics invite à davantage de prudence.

La RMPP mesure l’évolution de la rémunération des agents présents deux années consécutives chez le même employeur, à quotité de travail comparable. Elle intègre donc à la fois les mesures générales et les effets liés au déroulement de carrière.

Lorsqu’un fonctionnaire avance d’échelon, bénéficie d’une promotion ou d’une revalorisation propre à son métier, cette évolution contribue naturellement à la progression de la RMPP.

Ce n’est pas un défaut de cet indicateur. C’est précisément ce qu’il est conçu pour mesurer. Mais il faut alors éviter de lui faire dire autre chose.

Un agent qui gagne davantage à 45 ans qu’à 35 ans parce qu’il a progressé dans sa carrière a bien connu une progression de rémunération. Cela ne signifie pas nécessairement que la valeur de son emploi, à situation statutaire comparable, a été revalorisée dans les mêmes proportions.

Cette distinction est essentielle pour comprendre le sentiment exprimé aujourd’hui par une partie des agents publics.

3. Ce que montrent les données de la fonction publique territoriale

Les données les plus récentes de l’INSEE illustrent précisément cette complexité.

En 2024, le salaire net moyen dans la fonction publique territoriale s’établit à 2 317 euros par mois en équivalent temps plein. Il progresse de 1,3 % en euros constants, après avoir diminué de 0,9 % en 2023.

Pour les seuls fonctionnaires territoriaux, le salaire net moyen atteint 2 383 euros et progresse de 1,4 % en euros constants.

Dans le même temps, les agents territoriaux présents chez le même employeur en 2023 et 2024 connaissent une évolution plus favorable de leur rémunération.

C’est précisément ce que montre la RMPP : la situation des agents dits « présents-présents » n’est pas exactement celle décrite par l’évolution du salaire moyen de l’ensemble des personnels.

À retenir

Pour un DRH territorial, ces données ne sont pas contradictoires. Elles répondent simplement à des questions différentes.

C’est probablement là que le débat public se fragilise. Nous cherchons trop souvent un chiffre permettant de résumer la situation de près de six millions d’agents publics.

Or derrière les moyennes se trouvent des fonctionnaires et des contractuels, des catégories A, B et C, des métiers en tension, des agents en début ou en fin de carrière, des régimes indemnitaires très différents et trois versants de la fonction publique dont les structures de rémunération ne sont pas identiques.

4. Effectifs publics : regarder aussi leur composition

La fonction publique territoriale compte désormais plus de deux millions d’agents.

Son emploi a encore progressé en 2024, mais cette évolution est en grande partie portée par les contractuels.

À l’échelle de l’ensemble de la fonction publique, l’INSEE constate d’ailleurs que le nombre de fonctionnaires est quasiment stable en 2024, tandis que celui des contractuels continue d’augmenter.

Cela aussi devrait entrer dans le débat.

Parler de « hausse des effectifs publics » sans regarder leur composition, les missions exercées et les transformations des modes de recrutement ne suffit pas davantage que de parler de « baisse du point d’indice » pour résumer toute la politique salariale.

5. Et si le malaise se situait aussi dans l’organisation ?

Dominique Seux termine sa tribune par une interrogation particulièrement intéressante : « Et si les bonnes réponses étaient ailleurs, dans l’organisation ? »

Pour ceux qui exercent des responsabilités RH dans les collectivités, cette question résonne nécessairement.

Le malaise que nous constatons dans de nombreuses organisations publiques ne peut plus être analysé exclusivement sous l’angle salarial.

La rémunération reste évidemment un élément majeur de l’attractivité et de la reconnaissance professionnelle. Mais elle cohabite désormais avec d’autres déterminants : qualité du management, charge de travail, autonomie, reconnaissance, perspectives professionnelles, équilibre entre vie professionnelle et personnelle, sens des missions et capacité à exercer correctement son métier.

Un agent peut avoir bénéficié d’un avancement d’échelon et considérer malgré tout que sa situation professionnelle s’est dégradée. Il peut avoir gagné quelques points de pouvoir d’achat tout en constatant que son métier attire moins, que son collectif de travail s’est fragilisé ou que les contraintes pesant sur son activité se sont renforcées.

À l’inverse, le ressenti d’une dégradation ne permet pas de conclure que tous les agents publics auraient subi une perte identique de pouvoir d’achat.

Le vrai sujet n’est peut-être pas de savoir qui « dit la vérité », mais de comprendre pourquoi des indicateurs objectivement favorables sur certains aspects peuvent coexister avec un sentiment de déclassement, des difficultés de recrutement et un malaise professionnel durable.

6. Ce que les DRH territoriaux doivent en retenir

C’est précisément pour cette raison que je serais prudent avec l’idée selon laquelle « tout le monde ment ».

Je dirais plutôt que chacun regarde une partie différente de la réalité.

- Le point d’indice renseigne sur l’évolution de la composante indiciaire commune.

- La RMPP renseigne sur l’évolution de la rémunération des agents qui restent en place.

- Le salaire moyen renseigne sur une population qui évolue et subit des effets de structure.

- La médiane et les déciles permettent de mieux comprendre la distribution des rémunérations.

- La masse salariale renseigne sur la dépense globale supportée par l’employeur.

Aucun de ces indicateurs n’est faux. Aucun ne suffit, pris isolément, à raconter la situation des agents publics.

Pour les DRH territoriaux, c’est probablement le principal enseignement à tirer de cette controverse.

Nous devons sortir d’une lecture exclusivement budgétaire de la rémunération, sans pour autant nier les contraintes financières auxquelles sont confrontées les collectivités.

La politique salariale est devenue une politique RH à part entière. Elle doit désormais être mise en perspective avec l’attractivité, les parcours professionnels, les métiers en tension, les écarts indemnitaires, les conditions de travail et les choix d’organisation.

En conclusion

Au fond, le débat le plus intéressant n’est peut-être pas de déterminer qui, de Bercy ou des organisations syndicales, possède « le bon chiffre ».

Il consiste à comprendre pourquoi, alors que certaines statistiques montrent une progression des rémunérations des agents en place et que les effectifs publics ne se sont pas effondrés, le sentiment de déclassement, les difficultés de recrutement et le malaise professionnel restent aussi présents dans une partie des services publics.

C’est cette contradiction que les politiques RH territoriales doivent aujourd’hui chercher à comprendre et à traiter.

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30 septembre 2026 3 30 /09 /septembre /2026 22:16

 

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30 septembre 2026 3 30 /09 /septembre /2026 16:11

 

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Assurance maladie des fonctionnaires : pourquoi la fin annoncée d’un modèle historique doit aussi intéresser les DRH territoriaux

La réforme annoncée concerne directement la fonction publique de l’État. Mais elle éclaire une transformation beaucoup plus large : la nouvelle place de l’employeur public dans la protection sociale de ses agents.

DRH territoriaux • Protection sociale • PSC • Assurance maladie • FPT
Pourquoi les DRH territoriaux doivent-ils suivre ce dossier ? Non parce que le dispositif de délégation applicable aux fonctionnaires de l’État serait transposable tel quel à la FPT, mais parce que cette évolution révèle la recomposition en cours entre assurance maladie obligatoire, protection complémentaire, prévention et responsabilité de l’employeur public.
L’idée centrale. La PSC ne peut plus être considérée comme un dossier que la DRH traite au moment de la consultation avant de le confier à l’opérateur retenu. Elle devient progressivement un dispositif à piloter dans la durée : qualité de service, prévention, réclamations, accompagnement des agents et articulation avec les autres acteurs de la protection sociale.

Une réforme importante de la protection sociale des fonctionnaires est en train de se dessiner, assez discrètement au regard de ses conséquences potentielles. Elle concerne pourtant un dispositif installé depuis près de quatre-vingts ans : la possibilité, pour certaines mutuelles de fonctionnaires de l’État, d’assurer pour le compte de l’Assurance maladie la gestion d’une partie du régime obligatoire de leurs adhérents.

L’orientation annoncée consiste à mettre fin aux conventions permettant cette délégation d’ici au 31 décembre 2027 et, en conséquence, à faire revenir la gestion du régime obligatoire vers le réseau de l’Assurance maladie. Présentée ainsi, l’affaire pourrait sembler assez éloignée des préoccupations immédiates d’un DRH territorial. Elle concerne en effet directement la fonction publique de l’État et le mécanisme particulier prévu par l’article L. 160-17 du Code de la sécurité sociale.

Pourtant, je crois que nous aurions tort, dans les collectivités, de regarder cette évolution comme un sujet exclusivement « État ».

Ce qui se joue derrière cette réforme dépasse la question de savoir qui procédera demain au remboursement des soins de quelques millions d’assurés. Elle intervient au moment même où les trois versants de la fonction publique revoient profondément leur approche de la protection sociale complémentaire. Elle nous oblige surtout à réfléchir à une question qui devient centrale pour les employeurs territoriaux : quelle place voulons-nous désormais occuper dans la protection sociale de nos agents ?

Derrière une réforme technique, c’est un modèle historique qui est remis en question

Le système actuel est assez singulier. Depuis l’après-guerre, certaines mutuelles de fonctionnaires de l’État peuvent réaliser des opérations de gestion relevant du régime obligatoire d’assurance maladie.

Pour les agents concernés, cette organisation a progressivement installé une continuité entre deux protections pourtant juridiquement distinctes : l’assurance maladie obligatoire d’un côté, la complémentaire santé de l’autre.

Cette continuité avait une vertu assez simple : la lisibilité.

L’agent n’avait pas nécessairement à comprendre toute l’architecture juridique située derrière son remboursement. Il disposait d’un environnement mutualiste qu’il connaissait, parfois depuis son entrée dans la fonction publique, et qui l’accompagnait pour une part importante de sa protection.

C’est précisément cette organisation que l’orientation annoncée remet en cause.

Si le calendrier actuellement envisagé est confirmé, le régime obligatoire serait à terme géré par le réseau de l’Assurance maladie, tandis que la couverture complémentaire continuerait de relever de l’organisme compétent au titre de la protection sociale complémentaire.

Sur le papier, la séparation est parfaitement compréhensible : à l’Assurance maladie le régime obligatoire, à l’organisme complémentaire la couverture complémentaire.

Pour l’assuré, la réalité peut être un peu moins simple.

Et c’est probablement le premier enseignement que nous pouvons en tirer pour nos propres politiques RH : une organisation institutionnellement plus lisible n’est pas nécessairement une organisation plus simple pour l’agent.

Pour les DRH territoriaux, attention à ne pas faire dire à cette réforme ce qu’elle ne dit pas

Une précision me paraît indispensable.

Les agents territoriaux ne relèvent pas, en tant que tels, du dispositif de délégation prévu pour les fonctionnaires de l’État par l’article L. 160-17 du Code de la sécurité sociale.

Il ne faut donc pas présenter l’échéance de 2028 comme si les agents de nos collectivités allaient eux aussi basculer d’une mutuelle délégataire vers une CPAM dans les mêmes conditions.

Ce serait juridiquement inexact.

Si cette réforme doit nous intéresser, c’est pour une autre raison.

Elle participe d’un mouvement beaucoup plus large de redéfinition des responsabilités entre le régime obligatoire, les organismes complémentaires et les employeurs publics.

Or nous sommes, dans la fonction publique territoriale, directement engagés dans cette transformation avec la montée en puissance de la protection sociale complémentaire.

Nous avons longtemps traité la complémentaire santé et la prévoyance comme des éléments assez périphériques de la politique RH. La participation employeur existait, mais le choix de l’agent et sa relation avec son organisme complémentaire restaient très largement individuels.

Ce modèle évolue.

La PSC nous conduit progressivement vers une logique dans laquelle l’employeur territorial devient davantage acteur du financement, du choix du dispositif, de son suivi et, demain probablement, de son évaluation.

Cela change beaucoup de choses pour une DRH.

Le véritable sujet est peut-être moins le remboursement que le parcours de l’agent

Nous avons parfois tendance, lorsque nous travaillons sur la protection sociale, à raisonner à partir des garanties, des cotisations, des niveaux de participation ou des procédures de marché.

C’est normal. Ce sont des sujets complexes, juridiquement sensibles et financièrement importants.

Mais l’agent, lui, raisonne rarement de cette manière.

Lorsqu’il rencontre une difficulté avec un remboursement, un arrêt de travail, une affection de longue durée ou une situation médicale complexe, sa première question est beaucoup plus élémentaire : « À qui dois-je m’adresser ? »

Cette question devrait probablement davantage nous préoccuper.

La disparition d’un guichet unique au profit d’une séparation entre régime obligatoire et couverture complémentaire peut parfaitement fonctionner. Encore faut-il que les deux univers communiquent correctement et que l’assuré comprenne immédiatement lequel de ses interlocuteurs est compétent.

À défaut, nous créons ce que nous connaissons déjà dans beaucoup d’autres domaines administratifs : une organisation parfaitement rationnelle vue de l’institution et beaucoup moins évidente vue de l’usager.

C’est un point que je trouve particulièrement intéressant pour les DRH territoriaux.

Lorsque nous choisissons ou pilotons un dispositif de PSC, nous regardons évidemment le niveau des garanties, les tarifs et les conditions contractuelles. Mais nous devrions accorder la même attention à la qualité du parcours proposé à l’agent.

Peut-il facilement identifier son interlocuteur ? Obtient-il une réponse lorsqu’une situation sort du traitement automatisé ? Existe-t-il un accompagnement des dossiers complexes ? Les décisions sont-elles compréhensibles ?

Un contrat de PSC peut être juridiquement impeccable et économiquement performant tout en étant mal vécu par les agents.

Cette dimension ne doit plus être secondaire.

La prévention est un autre sujet que les DRH ne devraient pas laisser aux seuls opérateurs

Le modèle mutualiste historique ne s’est pas limité au remboursement des prestations. Certains organismes ont développé une connaissance particulière des populations qu’ils couvraient et des actions de prévention ou d’accompagnement adaptées aux agents publics.

La remise en cause de la gestion du régime obligatoire conduit naturellement à s’interroger sur l’avenir de cette proximité.

Il faut néanmoins éviter un raccourci : le transfert d’une activité vers l’Assurance maladie ne signifie pas mécaniquement la disparition de la prévention.

Celle-ci relève déjà d’une pluralité d’acteurs : employeur, médecine préventive, services de prévention, organismes de sécurité sociale, complémentaires et acteurs sociaux.

Le problème est plutôt de savoir qui coordonne quoi.

Et, sur ce point, je pense que les employeurs territoriaux ont désormais une responsabilité beaucoup plus importante qu’auparavant.

Nous devons progressivement apprendre à regarder la PSC non seulement comme un mécanisme de remboursement ou de couverture d’un risque, mais comme l’un des instruments possibles de notre politique de santé au travail.

Dans une collectivité confrontée à l’usure professionnelle, aux troubles musculo-squelettiques, aux risques psychosociaux, au vieillissement de certains collectifs ou aux difficultés de maintien dans l’emploi, il serait assez paradoxal de négocier une protection sociale complémentaire sans se demander ce que l’opérateur peut apporter en matière de prévention.

Cela ne signifie évidemment pas lui transférer la responsabilité de la santé au travail.

Cela signifie utiliser intelligemment les possibilités offertes par la relation contractuelle.

Nous devons également regarder ce que cette transformation dit du futur des organismes mutualistes

La fin annoncée de la délégation pose nécessairement la question des salariés aujourd’hui affectés à cette activité.

Le nombre précis de professionnels concernés, les conditions d’une éventuelle reprise d’activité et les modalités d’accompagnement devront être objectivés lorsque le cadre juridique sera stabilisé.

Il faut, là encore, éviter d’annoncer comme acquises des suppressions d’emplois ou des modalités de transfert qui ne le sont pas encore.

Mais le sujet existe.

Et il rappelle quelque chose que nous connaissons bien dans nos collectivités : derrière une rationalisation de processus, il y a toujours des femmes et des hommes, des compétences, des métiers et une organisation du travail.

On peut parfaitement considérer qu’une architecture doit évoluer. Encore faut-il intégrer le coût humain, technique et organisationnel de la transition dans l’analyse.

C’est d’ailleurs l’un des points sur lesquels j’attends le plus de précisions dans les prochains mois.

La question de fond est aussi celle du futur rôle des mutuelles de fonctionnaires

Si la gestion d’une partie du régime obligatoire disparaît, les organismes mutualistes ne disparaîtront évidemment pas avec elle. Leur positionnement changera.

Et c’est probablement ici que le rapprochement avec la FPT devient le plus intéressant.

La généralisation progressive des dispositifs collectifs de protection sociale complémentaire place les opérateurs dans un environnement beaucoup plus concurrentiel.

Leur légitimité ne pourra plus seulement reposer sur leur histoire ou sur leur identification traditionnelle à telle ou telle population de fonctionnaires.

Ils devront démontrer leur valeur.

Pour une DRH territoriale, cela signifie que le choix d’un opérateur ne devrait plus se limiter à comparer quelques niveaux de garanties et un prix.

Nous devrions regarder sa capacité à gérer correctement les situations complexes, à accompagner les agents, à produire des données utiles au pilotage, à proposer des actions de prévention pertinentes, à répondre rapidement aux difficultés et à maintenir une véritable qualité de service pendant toute la durée du contrat.

C’est une évolution importante.

La PSC cesse progressivement d’être un simple avantage social pour devenir un élément du dialogue entre politique sociale, santé au travail et politique RH.

Une économie de gestion n’est une réussite que si elle ne dégrade pas le service rendu

La rationalisation constitue naturellement l’un des arguments d’une reprise de gestion par l’Assurance maladie.

Le raisonnement se comprend : lorsqu’un réseau national, des systèmes d’information et des infrastructures de gestion existent déjà, pourquoi conserver plusieurs circuits parallèles ?

Mais une économie théorique n’est pas nécessairement une économie réelle.

Il faudra regarder le coût de la transition, l’intégration des données, les moyens supplémentaires éventuellement nécessaires dans les CPAM et la capacité du réseau à absorber une population supplémentaire sans dégrader ses délais.

Surtout, il faudra mesurer la réforme du point de vue de l’assuré.

Une simplification n’en est réellement une que lorsque celui qui utilise le service la ressent comme telle.

Cette idée devrait également guider les DRH territoriaux dans le pilotage de leurs propres contrats.

Nous pouvons construire le meilleur marché juridiquement possible, obtenir des garanties satisfaisantes et maîtriser la participation employeur. Si, six mois plus tard, les agents ne comprennent pas leurs remboursements, n’arrivent pas à joindre l’organisme ou sollicitent quotidiennement la DRH pour résoudre leurs difficultés, nous aurons objectivement déplacé une partie du problème vers nos propres services.

Le coût administratif d’un dispositif mal compris existe, même lorsqu’il n’apparaît dans aucun bordereau de prix.

Pour les DRH territoriaux, 2027 sera surtout une année intéressante à observer

Je ne pense pas qu’il faille tirer de cette réforme des conclusions immédiates sur nos propres dispositifs de PSC.

Les situations juridiques sont différentes.

En revanche, nous avons tout intérêt à observer la manière dont la transition sera préparée si le calendrier annoncé est confirmé.

La continuité des droits sera un premier sujet. Le transfert des données en sera un autre. L’information des assurés, le traitement des dossiers en cours, l’accompagnement des situations complexes et l’articulation entre Assurance maladie et complémentaires seront tout aussi intéressants.

Ce sont exactement les difficultés auxquelles nous pouvons être confrontés lorsqu’une collectivité change d’opérateur ou déploie un nouveau dispositif collectif.

Une réforme nationale de cette ampleur peut donc nous fournir, indirectement, un retour d’expérience très utile.

Il faudra simplement prendre le temps de regarder ce qui fonctionne réellement et ce qui fonctionne moins bien.

Il reste surtout à distinguer ce qui est annoncé de ce qui est juridiquement acquis

C’est probablement la précaution la plus importante à ce stade.

L’article L. 160-17 du Code de la sécurité sociale prévoit toujours la possibilité pour les mutuelles ou groupements de mutuelles concernés de réaliser des opérations de gestion pour la prise en charge des frais de santé des fonctionnaires et anciens fonctionnaires de l’État relevant du dispositif.

Mettre fin aux conventions actuellement en vigueur et supprimer du droit la possibilité même de déléguer cette gestion ne sont pas exactement la même chose.

Cette distinction peut sembler assez technique. Elle ne l’est pas.

Dans un cas, nous assistons à l’extinction d’un mode de gestion sans nécessaire disparition de son fondement juridique. Dans l’autre, c’est le mécanisme lui-même qui disparaît.

À ce stade, les modalités juridiques et opérationnelles de la réforme doivent donc encore être précisées.

C’est pourquoi je préfère parler de fin annoncée des délégations de gestion à l’horizon 2028 plutôt que de présenter comme définitivement acquise la disparition juridique du dispositif.

Pour nous, DRH, cette prudence est importante. Nous savons à quel point il peut être difficile de revenir ensuite sur une information présentée trop rapidement aux agents comme une décision définitive.

Ce que cette réforme devrait surtout nous faire regarder dans nos propres collectivités

Au fond, je ne crois pas que l’enseignement principal pour la FPT soit de savoir si les mutuelles de fonctionnaires de l’État continueront ou non à gérer le régime obligatoire après 2027.

Le sujet intéressant est ailleurs.

La protection sociale des agents publics change progressivement de nature et l’employeur public y occupe une place croissante.

Cela nous oblige à faire évoluer notre propre regard.

Nous ne pouvons plus considérer la PSC comme un dossier que l’on traite au moment de la consultation, que l’on présente au CST, puis que l’on confie à l’opérateur retenu pendant plusieurs années.

Il faudra la piloter.

Il faudra regarder les réclamations, les délais, les difficultés rencontrées par les agents, les actions de prévention, les données disponibles, les effets sur certaines populations et la qualité de la relation avec le prestataire.

Il faudra aussi accepter que la protection sociale devienne un sujet RH à part entière, avec ce que cela implique en matière de dialogue social, de communication et d’accompagnement.

C’est probablement pour cette raison que la réforme annoncée dans la fonction publique de l’État mérite notre attention.

Non parce qu’elle serait directement transposable à la fonction publique territoriale.

Mais parce qu’elle nous montre assez clairement la direction prise par notre système : une séparation plus nette entre assurance maladie obligatoire et protection complémentaire, parallèlement à une implication croissante de l’employeur public dans cette dernière.

Et derrière cette évolution institutionnelle, une question très concrète demeure pour les DRH.

La question stratégique pour les DRH territoriaux :

Sommes-nous prêts à ne plus seulement financer la protection sociale complémentaire de nos agents, mais à véritablement la piloter comme une composante de notre politique RH ?

Je pense que les prochaines années nous obligeront à répondre à cette question.

Point de vigilance juridique. La fin des conventions de délégation annoncée à l’horizon 2028 ne doit pas être confondue avec la disparition déjà acquise du fondement juridique du dispositif. Pour les DRH, la bonne pratique consiste donc à distinguer clairement les orientations annoncées des dispositions définitivement adoptées et applicables.
À retenir. Cette réforme n’est pas directement transposable à la FPT. Son intérêt pour les collectivités est ailleurs : elle illustre une séparation plus nette entre assurance maladie obligatoire et protection complémentaire, tandis que l’employeur public devient davantage responsable du financement, du choix, du suivi et de la qualité de ses dispositifs de PSC.

Pascal NAUD
Président fondateur de NAUDRH.COM
Expert en ressources humaines territoriales, droit de la fonction publique et management public
naudrhexpertise@gmail.com

 

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28 septembre 2026 1 28 /09 /septembre /2026 06:59

 

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FPT : qui s’occupe encore de la « majorité silencieuse », ces agents territoriaux présents, engagés et qui ne posent pas de difficulté ?

Reconnaissance, parcours professionnels, charge invisible, management de proximité et fidélisation : pourquoi les agents qui font fonctionner les services sans générer d’alerte peuvent devenir les moins visibles de la politique RH.

FPT • DRH • Reconnaissance • Parcours • Fidélisation
Le paradoxe RH : plus un agent est autonome, fiable et peu demandeur, moins il mobilise naturellement la DRH et son management. Cette absence de difficulté ne signifie pourtant ni absence d’attente, ni absence de risque de désengagement ou de départ.
Une précision essentielle : la « majorité silencieuse » n’est pas une catégorie administrative et ne vise pas à opposer les agents entre eux. L’expression désigne ici les agents dont le fonctionnement quotidien ne génère pas d’alerte particulière et qui peuvent, précisément pour cette raison, devenir moins visibles dans les politiques de parcours et de reconnaissance.

Il y a une catégorie d’agents dont nous parlons finalement assez peu lorsque nous construisons nos politiques RH. Ce sont ceux qui sont présents, accomplissent leur travail, répondent aux attentes du service, assument parfois davantage que ce que leur fiche de poste laisse apparaître, compensent ponctuellement une absence ou une vacance de poste, transmettent leur expérience et contribuent, sans bruit particulier, à la continuité du service public.

Je les appelle ici la « majorité silencieuse ». L’expression est imparfaite et mérite d’être expliquée. Il ne s’agit évidemment pas d’opposer les agents présents aux agents absents, les agents supposément « méritants » à ceux qui rencontrent des difficultés, ni de construire une nouvelle catégorie RH. Un agent très investi peut connaître demain une maladie, une difficulté professionnelle ou personnelle. Un agent momentanément en retrait peut retrouver toute sa dynamique dans un autre environnement de travail. Les parcours professionnels ne sont jamais aussi simples.

La « majorité silencieuse » désigne ici quelque chose de beaucoup plus banal : ces agents dont le fonctionnement quotidien ne génère pas d’alerte particulière pour la hiérarchie ou la DRH.

Et c’est précisément ce qui devrait nous interroger.

Dans une direction des ressources humaines territoriale, une part importante de notre activité est naturellement consacrée aux situations qui nécessitent une intervention. Nous suivons les absences, accompagnons les congés longs, traitons les restrictions médicales et les situations d’inaptitude, organisons les reclassements, intervenons sur les conflits, sécurisons les procédures disciplinaires, accompagnons les managers en difficulté et répondons aux nombreuses situations individuelles qui nécessitent une expertise statutaire.

Tout cela est normal. C’est une partie essentielle de notre métier.

Mais cette organisation du travail produit un effet que nous regardons finalement assez peu : plus un agent rencontre une difficulté, plus l’organisation RH est susceptible d’être présente autour de lui. À l’inverse, un agent autonome, fiable, régulièrement présent et qui ne sollicite presque jamais son employeur peut rester plusieurs années sans véritable échange RH sur son parcours.

Nous finissons ainsi par connaître remarquablement bien les situations qui dysfonctionnent et parfois beaucoup moins précisément celles qui fonctionnent.

C’est ce paradoxe qui m’intéresse.

L’absence de problème ne signifie pas l’absence d’attente

Nous commettons parfois une erreur assez naturelle en matière de gestion des ressources humaines : considérer implicitement qu’un agent qui ne demande rien est un agent satisfait.

Ce n’est pas nécessairement le cas.

Un agent qui ne sollicite pas une mobilité peut parfaitement s’interroger sur son avenir professionnel. Celui qui ne conteste pas son régime indemnitaire peut considérer que ses responsabilités sont insuffisamment reconnues. Celui qui ne demande aucune formation peut simplement avoir cessé d’imaginer que celle-ci modifiera son parcours.

Et surtout, continuer à accomplir correctement son travail ne signifie pas nécessairement souhaiter continuer à le faire dans les mêmes conditions pendant plusieurs années.

C’est toute la difficulté du silence organisationnel : il produit très peu de signaux exploitables par la DRH.

Nous savons repérer une absence, un conflit, un recours, une demande de mobilité ou une démission. Nous savons beaucoup moins bien repérer le moment où un agent cesse progressivement d’attendre quelque chose de son organisation.

Le désengagement commence rarement par un événement spectaculaire. L’agent continue généralement à travailler. Il respecte ses obligations, réalise ce qui lui est demandé et ne génère aucun incident particulier. Ce qui disparaît progressivement est beaucoup plus discret : l’envie de proposer, d’aider au-delà de ce qui est strictement nécessaire, de prendre une initiative, de transmettre spontanément ou de se porter volontaire sur un nouveau projet.

Cette part du travail est extrêmement difficile à mesurer. Elle est pourtant essentielle dans nos organisations.

Et lorsque l’agent commence finalement à regarder les offres d’autres collectivités, à préparer un concours, à solliciter une disponibilité ou à candidater ailleurs, nous découvrons parfois tardivement une insatisfaction qui ne date pas de la veille.

La fidélisation ne commence donc pas lorsqu’un agent nous annonce son départ. Elle se construit plusieurs années auparavant.

Reconnaître ne signifie pas seulement rémunérer davantage

Lorsqu’un DRH aborde la question de la reconnaissance, le débat rejoint très rapidement celui de la rémunération. C’est compréhensible. Dans le contexte actuel de tassement des carrières, de contraintes budgétaires et de concurrence entre employeurs, la rémunération constitue un élément majeur d’attractivité.

Mais nous savons également qu’elle n’explique pas tout.

La reconnaissance professionnelle passe par la manière dont l’organisation regarde le travail réellement accompli. Un agent peut souhaiter que son expertise soit identifiée, que les responsabilités qu’il assume réellement soient reconnues, que son avis soit sollicité sur un sujet qu’il maîtrise ou qu’une formation ouvre effectivement une perspective professionnelle.

Il peut également attendre quelque chose de beaucoup plus simple : savoir où il va.

C’est probablement sur ce point que nos politiques RH restent parfois insuffisantes.

Nous expliquons relativement bien aux agents leur situation administrative. Nous sommes souvent beaucoup moins à l’aise lorsqu’il s’agit de leur expliquer leur trajectoire professionnelle possible.

Or les deux ne se confondent pas.

Une carrière statutaire décrit des possibilités d’avancement, de promotion et de mobilité. Un parcours professionnel raconte ce qu’un agent peut progressivement devenir dans une organisation.

C’est cette seconde dimension que nous devons probablement davantage travailler.

Les LDG n’ont peut-être pas encore produit tout ce que nous pouvions en attendre

Les lignes directrices de gestion ont donné aux employeurs territoriaux la responsabilité de formaliser une stratégie pluriannuelle de ressources humaines et leurs orientations en matière de promotion et de valorisation des parcours professionnels.

C’était une évolution importante.

Dans la pratique, elles restent souvent regardées d’abord sous l’angle des promotions et des avancements. La recherche de transparence et de sécurité juridique nous a naturellement conduits à formaliser des critères, parfois extrêmement détaillés.

Cette objectivation est nécessaire. Personne ne souhaite revenir à des décisions de promotion insuffisamment explicables ou donnant le sentiment de dépendre de relations personnelles.

Mais la sécurisation peut elle-même produire un effet indésirable lorsque la politique de carrière devient progressivement un exercice de cotation.

L’ancienneté, l’échelon, les fonctions, l’examen professionnel, l’expérience ou la manière de servir deviennent des points. Le système est plus lisible. Il n’est pas nécessairement plus capable de reconnaître la singularité d’un parcours.

Deux agents ayant une ancienneté comparable peuvent avoir développé des compétences très différentes. L’un aura peut-être assuré pendant plusieurs années des fonctions dépassant progressivement le périmètre initial de son poste. Un autre aura conduit un projet structurant. Un troisième sera devenu la personne vers laquelle toute une équipe se tourne lorsqu’une difficulté technique survient.

Cette réalité professionnelle doit pouvoir entrer dans notre appréciation sans pour autant remettre en cause l’objectivité des critères.

C’est tout l’enjeu.

Le choix n’est pas entre une gestion objective et une gestion individualisée. Une DRH doit être capable d’avoir les deux : des règles suffisamment transparentes pour être comprises et des mécanismes suffisamment intelligents pour reconnaître la réalité des parcours.

Nous devrions probablement davantage parler de perspectives que de promotions

C’est une conviction que l’expérience RH renforce avec le temps : la frustration professionnelle ne vient pas toujours de l’absence d’une promotion. Elle vient souvent de l’absence de perspective.

Nous ne pouvons évidemment pas promettre à chaque agent un changement de grade, une promotion interne ou une évolution de catégorie. Les possibilités statutaires, les ratios, les conditions réglementaires, les besoins de l’organisation et les contraintes budgétaires s’imposent à nous.

Mais nous pouvons expliquer.

Un agent peut entendre qu’il ne sera pas promu cette année s’il comprend les critères appliqués, sait comment sa situation est appréciée et identifie ce qui pourrait faire évoluer son parcours.

Ce qui devient difficile à accepter, c’est d’entendre pendant plusieurs années que son travail est reconnu sans jamais parvenir à comprendre ce que cette reconnaissance peut produire professionnellement.

Nous devons donc probablement mieux distinguer la promesse de promotion, que nous ne pouvons pas toujours faire, et la visibilité du parcours, que nous devrions être capables d’apporter.

Cette visibilité peut prendre des formes très différentes : mobilité, responsabilité nouvelle, formation qualifiante, participation à un projet transversal, tutorat, développement d’une expertise ou préparation d’une évolution statutaire.

La reconnaissance n’a pas nécessairement besoin d’être immédiate pour être crédible. Elle doit en revanche ouvrir quelque chose.

Le régime indemnitaire n’est qu’une partie de la réponse

Le RIFSEEP a apporté aux employeurs territoriaux des possibilités intéressantes pour mieux prendre en compte les fonctions, les sujétions et l’expertise et, lorsqu’il est institué, l’engagement professionnel à travers le CIA.

Mais je pense qu’il faut résister à la tentation de faire du régime indemnitaire l’instrument principal de toute politique de reconnaissance.

D’abord parce que les marges budgétaires ne le permettent pas toujours. Ensuite parce qu’une prime ne répond pas nécessairement à l’attente professionnelle de l’agent.

Un CIA peut être parfaitement cohérent lorsqu’il repose sur des critères compréhensibles et assumés. Il peut également perdre une grande partie de sa signification lorsqu’il devient presque uniforme. À l’inverse, une différenciation trop importante et insuffisamment expliquée peut créer davantage de frustration qu’elle ne produit de reconnaissance.

Le sujet n’est donc pas simplement de distribuer davantage ou de différencier davantage.

Il est de créer de la cohérence entre l’évaluation professionnelle, le travail réellement accompli, les responsabilités exercées et les décisions prises par l’organisation.

La rémunération peut matérialiser une reconnaissance. Elle ne remplacera jamais une politique de parcours.

Le manager de proximité voit souvent ce que la DRH ne voit pas

C’est probablement là que nous disposons du meilleur point d’observation.

Le manager sait généralement qui tient le service lorsqu’un poste reste vacant. Il sait qui transmet spontanément son expérience à un nouvel arrivant, qui accepte de reprendre un dossier difficile, qui maîtrise réellement telle procédure ou qui contribue à maintenir un collectif de travail dans une période compliquée.

La DRH n’a pas toujours accès directement à cette information.

Notre enjeu consiste donc à organiser sa remontée sans transformer le management en machine à produire des évaluations supplémentaires.

L’entretien professionnel devrait jouer ce rôle. Il ne devrait pas seulement être le moment où l’on formalise une appréciation annuelle destinée au dossier individuel. Il devrait nous permettre de mieux connaître les compétences présentes dans l’organisation, les aspirations, les possibilités de mobilité et les agents auxquels nous devons commencer à proposer une perspective.

Cela suppose également que le manager dispose lui-même de marges.

Un encadrant qui explique régulièrement à un agent que son travail est excellent mais qui ne peut lui proposer ni évolution, ni formation, ni responsabilité reconnue, ni discussion sur son parcours finit par perdre une partie de sa crédibilité.

Les mots comptent. Mais au bout d’un certain temps, ils doivent trouver une traduction.

Il existe surtout une charge de travail que nous voyons très mal

C’est probablement le sujet qui me préoccupe le plus lorsque l’on parle de ces agents qui « ne posent pas de problème ».

Ils compensent souvent ceux que l’organisation n’arrive pas à remplacer.

Lorsqu’un recrutement prend plusieurs mois, qu’un poste reste vacant ou qu’une absence se prolonge, la continuité du service doit être assurée. Dans la majorité des cas, cette continuité repose sur les agents présents.

C’est normal pendant quelques jours ou quelques semaines. Cela l’est beaucoup moins lorsque la situation dure.

Le risque est alors de transformer la fiabilité professionnelle en ressource organisationnelle permanente. Parce qu’un agent ne refuse jamais, nous lui demandons davantage. Parce qu’il sait faire, nous lui confions les dossiers difficiles. Parce qu’il est autonome, nous consacrons notre temps managérial à ceux qui le sont moins.

Et nous finissons parfois par pénaliser involontairement les qualités mêmes que nous souhaitons valoriser.

C’est un paradoxe RH assez redoutable.

Un agent fiable ne doit pas devenir celui sur lequel l’organisation peut indéfiniment reporter ses propres difficultés.

Reconnaître le travail suppose donc aussi de regarder la charge réelle et pas seulement la qualité du résultat.

Ne transformons pas pour autant la reconnaissance en compétition entre les agents

Il faut être très prudent sur ce point.

Mieux reconnaître les contributions ne signifie pas classer en permanence les agents entre ceux qui seraient « performants » et les autres.

Le service public repose sur des collectifs de travail. La réussite individuelle dépend toujours, au moins en partie, de l’organisation, du management, des moyens disponibles et du travail des collègues.

Une politique de reconnaissance excessivement individualisée pourrait donc produire exactement l’effet inverse de celui recherché : affaiblir les coopérations et installer une compétition permanente pour la visibilité.

Reconnaître un agent ne signifie pas nécessairement affirmer qu’il travaille mieux que son collègue.

Cela signifie être capable de voir ce qu’il apporte et de ne pas considérer cette contribution comme définitivement acquise.

La nuance est importante.

Elle l’est d’autant plus dans la fonction publique territoriale, où les collectifs professionnels restent l’une des principales ressources permettant de faire face aux contraintes quotidiennes.

Peut-être devons-nous finalement consacrer davantage de temps RH à ceux qui ne nous demandent rien

C’est sans doute la conclusion la plus opérationnelle.

Nous consacrons naturellement du temps aux agents qui ont besoin de nous. Il ne s’agit évidemment pas d’en consacrer moins.

Il s’agit d’en réserver également à ceux qui ne nous sollicitent jamais.

Pas nécessairement en créant un nouvel entretien obligatoire. Nos organisations souffrent déjà suffisamment de l’empilement des procédures.

Mais en développant une gestion plus proactive des parcours.

Une DRH devrait pouvoir savoir où se trouvent les compétences sensibles, quels agents les détiennent, depuis combien de temps ils occupent leur poste, quelles responsabilités ils ont progressivement prises, quelles perspectives peuvent leur être proposées et quel serait l’impact de leur départ.

Elle devrait également être capable de repérer les agents qui ne demandent rien parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils peuvent demander.

C’est un point auquel je suis particulièrement attentif.

Dans toutes les organisations, certains savent rendre leur travail visible, négocier une évolution, solliciter une mobilité ou construire leur parcours. D’autres, tout aussi utiles au service, ne le feront jamais spontanément.

Une politique RH qui attend uniquement que l’agent exprime une demande risque donc de favoriser ceux qui maîtrisent le mieux les codes de l’organisation.

L’enjeu est aussi un enjeu d’équité.

Le véritable risque est que l’agent fiable devienne invisible

C’est peut-être ainsi que je résumerais le problème.

Plus un agent est autonome, moins il nécessite de management quotidien.

Moins il nécessite de management, moins nous échangeons avec lui sur son travail.

Moins nous échangeons, moins nous percevons les évolutions de ses attentes.

Et nous pouvons finir par découvrir son insatisfaction au moment même où il nous annonce qu’il part.

Ce mécanisme n’est pas propre à la fonction publique territoriale. Mais il y prend une dimension particulière parce que nos marges de progression statutaire et salariale sont contraintes et que les tensions de recrutement rendent certaines compétences beaucoup plus difficiles à remplacer qu’autrefois.

Nous ne pouvons donc plus considérer la fidélité professionnelle comme acquise. Elle doit être entretenue.

Une politique RH ne peut pas seulement réparer ce qui ne fonctionne pas

Une DRH territoriale doit évidemment continuer à accompagner les agents en difficulté, prévenir l’usure professionnelle, traiter l’absentéisme, sécuriser les procédures et protéger les collectifs.

Mais elle ne peut pas être uniquement une fonction de réparation.

Elle doit aussi développer les personnes qui font fonctionner l’organisation.

C’est peut-être là que la question de cette « majorité silencieuse » prend tout son sens.

Ces agents ne demandent pas nécessairement une prime, une promotion ou une récompense permanente. Ils ont en revanche besoin de savoir que leur contribution est vue, que leur évolution reste possible et que leur employeur s’intéresse à leur parcours avant qu’ils aient décidé de le poursuivre ailleurs.

Au fond, nous pourrions faire un exercice assez simple dans chacune de nos directions des ressources humaines.

Regarder nos services et nous demander : quels sont les agents dont nous savons qu’ils sont essentiels au fonctionnement quotidien de notre collectivité, mais avec lesquels nous n’avons jamais réellement parlé de leur avenir professionnel ?

Je ne suis pas certain que la réponse figure dans nos tableaux de bord sociaux.

Mais elle nous apprendrait probablement beaucoup sur notre politique de fidélisation.

« Le véritable risque est que l’agent fiable devienne invisible précisément parce que l’organisation sait qu’elle peut compter sur lui. »
Lecture DRH territoriale : la question n’est pas de consacrer moins de temps aux agents qui rencontrent des difficultés. Elle est de réserver également une capacité d’anticipation aux agents qui ne sollicitent jamais la DRH : compétences sensibles, évolution réelle des responsabilités, perspectives, mobilité, formation, reconnaissance et risque de départ.
À retenir : une politique RH ne peut pas être uniquement une fonction de réparation. La fidélisation commence bien avant une demande de mobilité ou une démission. Elle suppose que l’organisation sache voir les contributions durables, parler des perspectives et éviter que la fiabilité professionnelle ne se transforme en surcharge silencieuse.

Pascal NAUD
Président fondateur de NAUDRH.COM
Expert en ressources humaines territoriales, droit de la fonction publique et management public
naudrhexpertise@gmail.com

 

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26 septembre 2026 6 26 /09 /septembre /2026 05:52

 

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Fonction publique • Management public • Ressources humaines

Fonction publique : reconnaissance, attractivité, management… pourquoi le modèle RH doit évoluer.

Seulement 39 % des agents de la fonction publique territoriale considèrent leur travail reconnu. Derrière ce chiffre se dessine une transformation beaucoup plus profonde du rapport des fonctionnaires au travail, à leur hiérarchie, à leur carrière et à leur employeur public.

Une note publiée le 25 septembre 2026 par Luc Rouban, directeur de recherche émérite au CNRS-Centre de recherches politiques de Sciences Po, propose de repenser le « statut sociopolitique » des fonctionnaires.

Son intérêt pour les employeurs publics et les DRH dépasse largement le débat politique. L'étude met en lumière plusieurs évolutions qui touchent directement l'attractivité de la fonction publique, la fidélisation des agents, la reconnaissance professionnelle, le management et l'organisation du travail.

À retenir : le constat central n'est pas la disparition du statut. C'est le fait que le statut ne suffit plus à répondre aux aspirations professionnelles contemporaines.

Les chiffres qui doivent retenir l'attention des DRH

39 %
des agents de la FPT estiment leur travail reconnu
41 %
font confiance aux dirigeants de leur organisation ou service
27 %
des effectifs de la FPT étaient contractuels fin 2024

1. Les Français distinguent services publics et pouvoir politique

Première idée importante : la défiance envers les institutions politiques ne signifie pas nécessairement une défiance envers les services publics.

Les données mobilisées par Luc Rouban montrent au contraire un niveau de confiance élevé envers plusieurs grands services publics : hôpitaux, gendarmerie, armée, police, Sécurité sociale ou école.

Les citoyens semblent donc parfaitement capables de distinguer les agents qui assurent concrètement le fonctionnement des services publics de la sphère politique qui définit et conduit l'action publique.

Enjeu RH : la fonction publique conserve un capital de confiance important. Mais ce capital peut être fragilisé lorsque les agents ont le sentiment de devoir appliquer des politiques difficiles à comprendre, insuffisamment dotées en moyens ou excessivement complexes.

2. Fonctionnaires et salariés du privé : des aspirations de plus en plus proches

L'une des idées les plus intéressantes de l'étude consiste à remettre en cause la représentation d'une fonction publique constituant un univers professionnel totalement distinct du secteur privé.

Les valeurs déclarées par les fonctionnaires et celles des salariés du privé apparaissent aujourd'hui relativement proches. Bienveillance, sécurité, créativité, innovation, reconnaissance ou volonté d'évoluer professionnellement ne constituent plus des marqueurs permettant d'opposer simplement secteur public et secteur privé.

Cette convergence touche également le rapport au travail.

Les agents souhaitent davantage pouvoir :

- faire reconnaître individuellement leur contribution ;

- faire évoluer leur carrière ;

- changer plus facilement de fonctions ou d'employeur ;

- disposer d'une plus grande autonomie ;

- mieux maîtriser leurs trajectoires professionnelles ;

- concilier davantage vie personnelle et vie professionnelle.

Pour les employeurs territoriaux, cette évolution est essentielle : la sécurité statutaire demeure un élément d'attractivité, mais elle n'est plus suffisante pour fidéliser.

3. Le signal d'alerte : seulement 39 % de reconnaissance dans la FPT

C'est probablement l'un des chiffres les plus importants de cette étude pour les DRH territoriaux.

39 %
des agents territoriaux interrogés estiment leur travail reconnu.

Dans l'ensemble des fonctions publiques françaises, la proportion est de 43 %. Elle atteint 46 % dans la fonction publique de l'État, mais seulement 39 % dans la fonction publique territoriale et 37 % dans la fonction publique hospitalière.

Il serait réducteur d'interpréter cette question uniquement sous l'angle salarial. La reconnaissance passe également par le management quotidien, l'écoute, les perspectives professionnelles, la valorisation des compétences, la capacité à agir et la perception de l'utilité du travail accompli.

Pour les collectivités, le risque est clair : un agent peut disposer d'un emploi stable tout en se désengageant progressivement s'il considère que son travail, son expertise ou son investissement ne sont plus reconnus.

4. La confiance se dégrade à mesure que l'on monte dans la hiérarchie

L'étude met également en évidence un écart significatif entre les différents niveaux de confiance au sein des organisations publiques françaises.

Les fonctionnaires interrogés déclarent faire confiance :

- à 68 % à leurs collègues ;

- à 56 % à leur supérieur hiérarchique immédiat ;

- à seulement 41 % aux dirigeants de leur organisation ou de leur service.

Ce décrochage mérite toute l'attention des directions générales et des DRH.

Plus une organisation devient verticale, éloignée du travail réel ou centrée sur des logiques purement procédurales, plus elle risque de créer une distance avec les agents de terrain.

La question du management public ne peut donc plus se limiter au pilotage des objectifs, aux tableaux de bord ou aux processus.

Elle doit également porter sur la confiance, la reconnaissance de la professionnalité et la compréhension du travail réellement effectué.

5. La contractualisation ne peut plus être réduite à la précarité

L'étude propose également une lecture intéressante du développement du recrutement contractuel.

Fin 2024, selon les données de la DGAFP citées par Luc Rouban, les contractuels représentaient :

- 23 % des effectifs de la fonction publique de l'État ;

- 27 % dans la fonction publique territoriale ;

- 22 % dans la fonction publique hospitalière.

Cette progression répond évidemment aux besoins des employeurs publics. Mais l'auteur considère qu'elle traduit également une transformation de la demande des agents, notamment parmi les jeunes générations.

Certains souhaitent pouvoir négocier plus directement leur relation d'emploi, leur rémunération, leur mobilité ou leur lieu d'exercice.

Le contrat peut alors être perçu non seulement comme une forme de précarité, mais également comme un moyen de préserver une plus grande liberté professionnelle.

Attention cependant : cette analyse sociologique ne signifie évidemment pas que le statut et le contrat seraient juridiquement équivalents. Les conditions de recrutement, garanties, déroulements de carrière, droits et obligations demeurent différents selon la situation statutaire de l'agent.

6. L'attractivité ne dépend plus uniquement de la rémunération

L'étude rappelle enfin un point désormais central pour les employeurs publics : l'attractivité ne dépend pas seulement du niveau de rémunération.

Les conditions de travail, la qualité de la relation hiérarchique, l'exposition aux violences, l'autonomie professionnelle ou encore la capacité de l'organisation à reconnaître l'expertise de ses agents jouent un rôle déterminant.

L'auteur défend notamment le développement de collectifs de travail plus autonomes et considère que l'intelligence artificielle pourrait modifier profondément les organisations, les fonctions d'encadrement intermédiaire et les modes de circulation de l'information.

Sur ce point, il convient toutefois de distinguer le constat des hypothèses prospectives : les effets précis de l'intelligence artificielle sur les emplois publics et les structures hiérarchiques restent à construire et ne constituent évidemment pas une évolution juridique acquise.

7. Que doivent en retenir les employeurs territoriaux ?

Cette étude ne fournit pas un programme RH directement applicable aux collectivités. Elle met néanmoins en évidence plusieurs points de vigilance particulièrement opérationnels.

1. Travailler la reconnaissance du travail réel
La reconnaissance ne peut pas se limiter aux promotions ou aux primes. Elle doit également passer par le management quotidien, le retour sur le travail accompli et la valorisation des compétences.
2. Repenser les parcours professionnels
Les agents attendent davantage de mobilité, de diversité professionnelle et de possibilités d'évolution.
3. Réduire la distance entre dirigeants et terrain
Le niveau de confiance déclaré envers les dirigeants doit inciter à renforcer la proximité managériale et la compréhension du travail concret des équipes.
4. Ne pas réduire l'attractivité au salaire
Rémunération, organisation du travail, qualité managériale, autonomie, conditions de travail et perspectives professionnelles doivent être pensées ensemble.
5. Anticiper les effets de l'IA sur les organisations
La question n'est pas seulement de savoir quels outils utiliser, mais comment les organisations, les compétences et les responsabilités évolueront.

Le statut demeure essentiel, mais il ne peut plus constituer l'unique réponse RH

La fonction publique évolue dans une société où les trajectoires professionnelles sont moins linéaires et où les attentes en matière de reconnaissance, d'autonomie et de mobilité sont plus fortes.

Le véritable enjeu n'est donc probablement pas d'opposer statut et contrat.

Il est de parvenir à conserver les garanties collectives propres au service public tout en répondant davantage aux aspirations individuelles des agents.

Pour les employeurs territoriaux, cela implique de regarder au-delà de la seule gestion statutaire. La politique RH devient également une politique de management, de reconnaissance, d'organisation du travail et de fidélisation.

Avis www.naudrh.com

Cette étude met en évidence un risque majeur pour les employeurs territoriaux : croire que la sécurité statutaire suffit encore à produire de l'engagement et de la fidélisation.

Le chiffre de 39 % d'agents territoriaux estimant leur travail reconnu me paraît particulièrement préoccupant.

Il montre que la crise d'attractivité de la fonction publique territoriale ne pourra pas être résolue uniquement par des revalorisations salariales ou de nouvelles réformes statutaires.

Les collectivités disposent déjà de leviers puissants : qualité du management, autonomie, reconnaissance, mobilité professionnelle, organisation du travail et proximité entre direction et terrain. Le risque serait donc de vouloir répondre par davantage de normes à une transformation qui est aussi profondément managériale et organisationnelle.

Source : Luc Rouban, Penser le nouveau statut sociopolitique des fonctionnaires, Observatoire de l'action et de la puissance publiques, Fondation Jean-Jaurès, 25 septembre 2026.

Les analyses relatives à l'évolution du statut, au recours au contrat, à l'organisation administrative ou aux conséquences futures de l'intelligence artificielle relèvent de l'analyse de l'auteur et ne constituent pas, en elles-mêmes, des règles juridiques nouvelles applicables aux employeurs publics.

PENSER LE NOUVEAU STATUT SOCIOPOLITIQUE DES FONCTIONNAIRES

 

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25 septembre 2026 5 25 /09 /septembre /2026 09:01

 

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Management public • RH • Fonction publique
Fonction publique : les agents restent attachés à leurs missions, mais l’organisation du travail les empêche parfois de bien travailler

Le rapport 2026 « Travailler dans le service public : enquête sur le vécu des agent·es public·ques » met en lumière un paradoxe majeur : les agents restent fortement attachés à l’utilité de leurs missions, mais une part importante d’entre eux considère ne plus disposer des conditions nécessaires pour produire un travail de qualité.

Effectifs, turnover, organisation du travail, management de proximité, autonomie professionnelle, capacité à exprimer les désaccords : l’étude publiée par le collectif Nos services publics apporte des enseignements particulièrement utiles aux employeurs publics.

Pour les DRH, DGS et encadrants territoriaux, son intérêt réside surtout dans le lien qu’elle établit entre qualité du travail, organisation des équipes, pratiques managériales et bien-être professionnel.

20 503
réponses recueillies
30 %
des répondants FPT déclarent sacrifier souvent ou très fréquemment la qualité du travail
76 %
se sentent bien ou plutôt bien lorsque leur supérieur prend réellement le temps d’échanger
24 %
des répondants FPT ayant parlé du management constatent une amélioration

1. Une enquête importante, mais à lire avec une précaution méthodologique

L’enquête « Hiérarchie et management dans les services publics » a été construite à partir de 18 focus groupes puis d’un questionnaire de plus d’une centaine de questions diffusé entre octobre 2025 et février 2026.

Au total, 20 503 réponses ont été recueillies auprès de personnes exerçant des missions de service public.

Point de vigilance méthodologique

Les auteurs précisent que le panel n’est pas représentatif de l’ensemble de la fonction publique. Les réponses ont toutefois été redressées afin de corriger plusieurs biais sociodémographiques. Les résultats doivent donc être lus comme des indicateurs solides de tendances et de vécus professionnels, et non comme une photographie statistiquement représentative de tous les agents publics.

2. Des agents attachés au service public… mais empêchés de bien travailler

Le premier enseignement du rapport est essentiel : le sens du service public n’a pas disparu.

Deux répondants sur trois déclarent avoir souvent ou très fréquemment le sentiment de faire quelque chose d’utile pour les autres. Le contact avec le public, les partenaires et les missions exercées figurent parmi les dimensions les plus appréciées du travail.

Mais cette forte utilité perçue coexiste avec une difficulté beaucoup plus préoccupante : celle de ne plus pouvoir accomplir correctement son travail.

30 %

des répondants relevant de la fonction publique territoriale déclarent sacrifier souvent ou très fréquemment la qualité de leur travail.

Ce constat est particulièrement important pour les politiques RH. Il signifie que le malaise professionnel ne peut pas être réduit à une question d’engagement individuel ou de motivation.

L’agent peut parfaitement être attaché à sa mission tout en considérant que l’organisation du travail ne lui permet plus de l’exercer conformément à ses propres exigences professionnelles.

Le véritable risque RH n’est donc pas toujours la perte de sens. Il peut résider dans l’impossibilité de donner concrètement du sens à son travail.

3. Le collectif de travail constitue un véritable facteur de protection

L’étude montre très nettement que le collectif de travail constitue l’un des déterminants majeurs du bien-être professionnel.

89 % des répondants qui décrivent une mauvaise ambiance déclarent se sentir mal ou plutôt mal au travail. À l’inverse, 87 % de ceux qui considèrent l’ambiance bonne indiquent aller bien ou plutôt bien.

Mais l’intérêt du rapport est précisément de ne pas réduire la qualité du collectif aux seules relations interpersonnelles.

Trois facteurs organisationnels apparaissent particulièrement importants :

- des effectifs suffisants pour accomplir correctement les missions ;

- un turnover maîtrisé, évitant une déstabilisation permanente des équipes ;

- un accompagnement réel lors de la prise de poste.

La conclusion est importante pour les employeurs publics : le collectif de travail se construit aussi par les décisions d’organisation et de gestion des ressources humaines.

À retenir pour les DRH

Une équipe dégradée ne relève pas nécessairement d’un problème de personnes. Une insuffisance durable des effectifs, un turnover excessif ou des prises de poste mal accompagnées peuvent progressivement détériorer les relations professionnelles elles-mêmes.

4. Le management de proximité pèse directement sur le bien-être au travail

Le rapport confirme également le rôle central de la relation avec le supérieur hiérarchique.

Lorsque les répondants considèrent que leur supérieur prend pleinement le temps de discuter avec son équipe, 76 % déclarent se sentir bien ou plutôt bien au travail.

Lorsque le supérieur ne prend au contraire « pas du tout » le temps de discuter, cette proportion tombe à 26 %.

Les mêmes tendances sont observées lorsque le manager :

-  porte attention à ce que disent les agents ;

- veille à l’équilibre de la charge de travail ;

- reconnaît et valorise l’expertise professionnelle ;

- laisse une marge d’autonomie dans la manière d’atteindre les objectifs.

Le management n’apparaît donc pas comme une dimension périphérique de la politique RH. Il devient une composante directe des conditions de travail.

5. Un écart considérable entre la perception des managers et celle des agents

L’un des résultats les plus révélateurs concerne la connaissance du travail réel des agents.

89 %

des encadrants territoriaux interrogés considèrent connaître correctement le travail des agents qu’ils évaluent.

46 %

seulement des répondants non encadrants ou pour lesquels l’encadrement est secondaire estiment que leur évaluateur connaît réellement leur travail.

Ce décalage doit interroger les dispositifs traditionnels d’évaluation du management.

Un manager peut sincèrement considérer qu’il connaît son équipe, échange suffisamment avec elle et exerce correctement son rôle, alors que les agents ont une perception très différente de cette même relation.

Enjeu RH :

La qualité du management ne peut plus être évaluée uniquement à partir du regard du manager ou de son supérieur hiérarchique. L’expérience réelle de l’équipe constitue elle aussi une donnée de management.

6. Permettre aux agents de s’exprimer ne suffit pas : encore faut-il agir

Le rapport met également en lumière un autre problème : les agents peuvent s’exprimer sur le management, mais cette expression débouche rarement sur un changement perceptible.

Dans la fonction publique territoriale, parmi les répondants ayant déjà exprimé leur appréciation sur la manière de manager de leur supérieur, 24 % seulement déclarent avoir constaté ensuite des changements allant dans le bon sens.

Une majorité ne constate aucun changement.

Pour une collectivité, l’enjeu ne consiste donc pas seulement à multiplier les enquêtes, espaces d’expression, baromètres sociaux ou dispositifs de signalement.

Il faut également organiser une boucle de traitement :

1. recueillir le signal ;

2. l’analyser objectivement ;

3. identifier la cause réelle : individuelle, managériale ou organisationnelle ;

4. mettre en place une action ;

5. vérifier ensuite si la situation a réellement évolué.

7. L’autonomie professionnelle protège aussi la qualité du travail

L’enquête observe une relation positive entre autonomie professionnelle et capacité à préserver la qualité du travail.

La majorité des agents interrogés indique recevoir des objectifs tout en conservant une liberté quant à la manière de les atteindre.

Cette autonomie est toutefois moins importante pour les catégories C : elles reçoivent plus souvent des instructions détaillées sur la manière de réaliser le travail et déclarent davantage appliquer strictement les consignes.

Le rapport montre également que la possibilité d’exprimer un désaccord ou de questionner une consigne est associée à un meilleur vécu professionnel.

Un signal à ne pas négliger

Lorsque les agents considèrent que les consignes reçues dégradent la qualité de leur travail ou entrent en contradiction avec le sens de leur mission, certains déclarent s’en écarter ponctuellement pour préserver ce qu’ils considèrent être les exigences de leur métier.

Pour l’employeur, ces situations ne doivent évidemment pas conduire à banaliser le non-respect d’une instruction hiérarchique. Elles doivent en revanche conduire à rechercher si un conflit de valeurs, une contradiction organisationnelle ou une consigne difficilement applicable alimente la situation.

8. Que doivent concrètement retenir les employeurs territoriaux ?

Le rapport ne permet pas d’attribuer les difficultés rencontrées dans les services publics à une cause unique.

Elles résultent de l’articulation de plusieurs facteurs : organisation du travail, pratiques managériales, décisions RH, moyens humains disponibles, rythme des changements et orientations stratégiques.

Plusieurs priorités opérationnelles peuvent néanmoins être dégagées.

5 actions RH à privilégier

1. Objectiver la charge de travail et les effectifs.
Ne pas attendre que l’absentéisme ou le turnover révèlent une organisation devenue insoutenable.

2. Stabiliser les collectifs de travail.
La succession rapide des départs, mobilités, vacances de postes et réorganisations finit par fragiliser les mécanismes d’entraide.

3. Professionnaliser les prises de poste.
L’intégration d’un agent ou d’un encadrant doit devenir un véritable processus RH, et non une simple transmission documentaire.

4. Évaluer le management par ses effets.
Formation, entretien annuel et accompagnement des managers doivent davantage intégrer la qualité réelle du fonctionnement des équipes.

5. Transformer l’expression des agents en décisions.
Une enquête sociale sans action visible peut produire davantage de défiance que l’absence même d’enquête.

Le défi RH : permettre aux agents de faire un travail dont ils puissent être fiers

Cette étude invite finalement à déplacer le regard.

Les difficultés rencontrées dans les administrations ne relèvent pas seulement du pouvoir d’achat, de l’attractivité ou du nombre de candidats aux concours.

Elles interrogent également la capacité des organisations publiques à permettre aux agents d’exercer réellement leur métier dans des conditions compatibles avec la qualité de service qu’ils souhaitent produire.

Pour les employeurs territoriaux, l’enjeu est considérable : la qualité du service public, la fidélisation des agents, la prévention de l’usure professionnelle et l’attractivité des métiers sont étroitement liées à la qualité de l’organisation du travail.

Avis www.naudrh.com

Ce rapport apporte surtout une confirmation importante pour les employeurs territoriaux : une politique de prévention qui se limiterait aux dispositifs de QVCT sans intervenir sur les effectifs, la charge de travail, l’organisation des équipes et la qualité réelle du management passerait à côté d’une partie essentielle du problème.

Le résultat le plus préoccupant me paraît être le décalage entre la perception des managers et celle des agents. Le véritable chantier RH consiste désormais moins à multiplier les formations générales au management qu’à évaluer concrètement l’effet du management et de l’organisation sur le travail réel des équipes.

Source : collectif Nos services publics, Travailler dans le service public : enquête sur le vécu des agent·es public·ques, rapport 2026.

Précaution de lecture : le panel de répondants n’est pas statistiquement représentatif de l’ensemble de la fonction publique. Un redressement a néanmoins été effectué afin de corriger plusieurs biais sociodémographiques.

Travailler dans le service public : enquête sur le vécu des agent·es public·ques - rapport 2026

 

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23 septembre 2026 3 23 /09 /septembre /2026 13:12

 

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Transparence salariale : les DRH territoriaux vont devoir apprendre à expliquer les écarts de rémunération.

Projet de loi du 10 septembre 2026, travail de valeur égale, RIFSEEP, contractuels, données RH et intelligence artificielle : derrière la transparence salariale se dessine surtout une nouvelle exigence d’explicabilité.

Rémunération • FPT • RIFSEEP • Égalité professionnelle • DRH
Le véritable enjeu pour les DRH territoriaux : la réforme ne conduit pas à l’identité générale des rémunérations. Elle renforce surtout la nécessité de pouvoir comprendre, documenter et expliquer les différences entre des situations comparables.
À garder à l’esprit : le texte du 10 septembre 2026 demeure un projet de loi. Son contenu peut évoluer au cours du débat parlementaire et certaines modalités dépendront de textes réglementaires ultérieurs.

Pendant longtemps, nous avons pu considérer dans la fonction publique que la transparence salariale nous concernait moins directement que les entreprises privées. Le traitement d’un fonctionnaire résulte d’un grade, d’un échelon et d’un indice. Les grilles sont publiques et les règles statutaires largement connues. Cette apparente transparence ne dit pourtant qu’une partie de la réalité des rémunérations territoriales.

Le projet de loi présenté en Conseil des ministres et déposé au Sénat le 10 septembre 2026 pour transposer la directive européenne du 10 mai 2023 relative à l’égalité des rémunérations entre les femmes et les hommes oblige à regarder le sujet autrement. Pour les DRH territoriaux, son intérêt dépasse largement la création de nouvelles obligations d’information. Ce texte nous conduit surtout à nous demander si nous sommes capables d’expliquer les différences de rémunération que nos politiques RH ont progressivement produites.

C’est probablement là que se trouve le véritable changement. Publier des données est une chose. Être en mesure d’expliquer pourquoi deux agents exerçant un même travail ou un travail de valeur égale perçoivent des rémunérations différentes en est une autre.

Une grille indiciaire publique ne rend pas toute la rémunération transparente

La rémunération d’un fonctionnaire territorial semble, à première vue, particulièrement lisible. Mais chacun sait, dans une DRH, que le traitement indiciaire ne constitue qu’une partie de la rémunération réelle. Le régime indemnitaire, l’IFSE, le CIA lorsqu’il est mis en œuvre, la NBI lorsque ses conditions sont réunies, les heures supplémentaires, les astreintes et différentes sujétions peuvent produire des écarts importants. La question est encore plus sensible pour les contractuels, dont la rémunération laisse davantage de place à l’individualisation.

Ces différences ne constituent évidemment pas, par elles-mêmes, des anomalies. Deux agents appartenant à une même catégorie peuvent exercer des responsabilités différentes, être soumis à des contraintes particulières, disposer d’une expérience différente ou occuper des emplois dont la valeur n’est pas comparable.

Le sujet qui se dessine avec la transparence salariale n’est donc pas celui d’une uniformisation générale des rémunérations. Il est celui de leur explicabilité. Pour un DRH, la différence est importante. Il ne suffira progressivement plus de savoir qu’une rémunération est juridiquement possible. Il faudra également être capable de comprendre et, le cas échéant, de démontrer pourquoi elle diffère d’une autre.

La notion de « travail de valeur égale » change sensiblement notre manière de regarder les emplois

C’est probablement l’un des aspects les plus structurants de la réforme pour les collectivités. Nos politiques RH restent largement organisées autour des filières, des cadres d’emplois, des grades et, depuis le développement du RIFSEEP, des groupes de fonctions. La logique européenne invite à ajouter une autre lecture : celle du travail de valeur égale.

La comparaison ne se limite donc pas nécessairement à deux agents appartenant au même cadre d’emplois ou exerçant exactement le même métier. L’appréciation de la valeur du travail conduit à examiner objectivement les compétences mobilisées, les efforts requis, le niveau de responsabilité et les conditions dans lesquelles l’activité est exercée.

Cette approche peut conduire à rapprocher des emplois que notre organisation statutaire a historiquement séparés. Un métier administratif, social, culturel ou technique ne devrait pas être évalué uniquement au regard de son appartenance à une filière. La question devient celle de la valeur réelle du travail demandé.

Pour les DRH territoriaux, cela renvoie immédiatement à la qualité de nos méthodes de cotation des postes. Les collectivités qui disposent déjà d’une architecture de fonctions solide, reposant sur des critères documentés et régulièrement actualisés, seront naturellement mieux préparées. Celles dont le régime indemnitaire s’est construit par sédimentation successive devront probablement reprendre une partie de ce travail.

Car nos politiques de rémunération portent leur histoire. Une revalorisation décidée pour réussir un recrutement difficile, une situation individuelle préservée à l’occasion d’une mobilité, une évolution de fonctions, une négociation particulière avec un contractuel ou une ancienne organisation du régime indemnitaire peuvent parfaitement expliquer l’origine d’un écart. Cela ne signifie pas nécessairement que cet écart demeure objectivement justifiable plusieurs années plus tard.

Le droit à l’information va modifier la relation entre l’agent et la DRH

Le projet de loi prévoit pour les agents publics un droit à l’information sur leur rémunération et sur les niveaux moyens de rémunération, ventilés par sexe, correspondant à un même travail ou à un travail de valeur égale.

Il ne s’agit donc pas d’ouvrir à chacun l’accès aux bulletins de paie nominatifs de ses collègues. La logique reste celle de données comparatives et agrégées, avec les garanties nécessaires à la protection des données personnelles lorsque la faiblesse des effectifs pourrait permettre d’identifier indirectement la rémunération d’une personne.

Pour les collectivités territoriales, et notamment les plus petites d’entre elles, cette question sera loin d’être théorique. Dans certains métiers ou niveaux de responsabilité, il n’existe parfois qu’un seul agent dans la collectivité. Les modalités réglementaires qui accompagneront le texte auront donc une importance particulière.

Mais au-delà des aspects techniques, c’est la relation entre l’agent et l’employeur qui pourrait évoluer. Jusqu’à présent, un agent pouvait considérer sa rémunération insuffisante ou penser qu’un collègue était mieux rémunéré sans disposer nécessairement d’éléments permettant d’objectiver cette perception. Demain, la discussion pourra davantage s’appuyer sur des données comparatives. Cela changera probablement la nature de certains échanges avec les services RH.

Le recrutement des contractuels mérite dès maintenant une attention particulière

La transparence salariale intervient également au moment du recrutement. Le projet prévoit que le candidat dispose d’informations sur la rémunération initiale ou sa fourchette et que celle-ci repose sur des critères objectifs. Il prévoit également de ne plus fonder la discussion sur l’historique salarial du candidat.

Cette évolution mérite une attention particulière dans la fonction publique territoriale, où la rémunération antérieure constitue encore assez souvent un élément de la négociation avec un contractuel. La pratique se comprend parfaitement. Lorsqu’une collectivité souhaite recruter un profil recherché, connaître son niveau de rémunération actuel permet d’évaluer les conditions nécessaires pour rendre la proposition attractive. Mais ce raisonnement peut également avoir pour conséquence de reproduire une inégalité acquise chez l’employeur précédent.

La logique qui se dessine consiste donc à déplacer progressivement le point de départ de la négociation. Il ne s’agira plus tant de savoir combien le candidat gagnait auparavant que de déterminer combien vaut l’emploi proposé au regard de critères préalablement définis par la collectivité.

Ce changement est loin d’être anodin. Il suppose que l’employeur dispose réellement d’une politique de rémunération des contractuels. Une fourchette n’a d’intérêt que si nous sommes capables d’expliquer ce qui permet de positionner un candidat en bas, au milieu ou en haut de cette fourchette. L’expérience professionnelle, la rareté d’une compétence ou le niveau de responsabilité peuvent naturellement intervenir. Encore faut-il que ces critères soient connus, cohérents et utilisés de manière suffisamment constante.

Le RIFSEEP va devenir un élément central de l’explicabilité des rémunérations

Le RIFSEEP a théoriquement préparé les collectivités à cette évolution. L’IFSE repose précisément sur les fonctions exercées, les sujétions et le niveau d’expertise. Dans son principe, le dispositif se prête donc bien à une approche objectivée de la rémunération. La réalité est parfois plus compliquée.

Dans certaines collectivités, les groupes de fonctions reposent sur une véritable cotation des postes et la doctrine indemnitaire est régulièrement actualisée. Dans d’autres, le dispositif initial a progressivement été modifié par les recrutements difficiles, les mobilités, les changements de fonctions, les revalorisations individuelles et les négociations successives.

Après plusieurs années, deux agents occupant des fonctions proches peuvent ainsi percevoir des montants d’IFSE différents. L’écart peut avoir une histoire parfaitement compréhensible sans que sa justification actuelle soit aussi évidente. C’est probablement l’un des premiers diagnostics que les DRH territoriaux devraient engager.

Il ne s’agit pas de rechercher une égalité arithmétique des IFSE ni de remettre en cause toute différenciation. Une politique indemnitaire doit précisément pouvoir tenir compte de différences réelles entre les fonctions. Il faut en revanche s’assurer que ces différences peuvent encore être rattachées à des critères objectifs et que les situations comparables sont traitées avec une cohérence suffisante.

À cet égard, la délibération instituant le RIFSEEP ne doit pas donner un faux sentiment de sécurité. Elle fixe le cadre général du régime indemnitaire. Elle n’explique pas nécessairement toutes les décisions individuelles prises à l’intérieur de ce cadre. La question qui va progressivement devenir déterminante est celle de la doctrine de gestion : quels critères avons-nous utilisés, comment les avons-nous appliqués et pouvons-nous encore reconstituer le raisonnement ayant conduit aux écarts actuels ?

La qualité des données RH va devenir un enjeu juridique

Cette réforme met également en lumière une difficulté bien connue des DRH : la qualité de nos données sur les emplois. Les données de paie sont généralement très sécurisées parce qu’elles doivent permettre de calculer correctement la rémunération. Les données décrivant les postes sont parfois moins fiables. Une fiche de poste peut ne plus correspondre totalement aux missions réellement exercées. Un intitulé d’emploi peut recouvrir des responsabilités très différentes selon les directions. Les organigrammes, les fiches de poste et le SIRH ne sont pas toujours actualisés simultanément.

Tant que ces informations servent principalement à la gestion interne, ces imperfections peuvent être absorbées par la connaissance qu’ont les équipes RH de leur collectivité. Elles deviennent beaucoup plus problématiques lorsque l’on souhaite comparer objectivement des emplois et expliquer les écarts de rémunération.

Une rémunération n’est véritablement explicable que si l’emploi auquel elle se rattache l’est également. Cela signifie que la transparence salariale pourrait conduire les DRH à engager un travail qui dépasse très largement la paie : actualisation des fiches de poste, clarification des responsabilités, fiabilisation des groupes de fonctions, rapprochement entre les données du SIRH et la réalité organisationnelle. La donnée RH devient ainsi une donnée de sécurisation juridique.

L’intelligence artificielle peut aider, mais elle ne réglera pas une politique de rémunération mal structurée

L’intelligence artificielle est souvent présentée comme l’un des outils qui permettront de traiter la masse de données générée par les nouvelles obligations de transparence. Cette perspective est crédible, mais elle mérite d’être abordée avec mesure.

Des outils peuvent effectivement analyser de nombreuses fiches de poste, rechercher des proximités entre emplois, identifier des écarts atypiques ou aider à repérer des situations qui méritent une analyse plus approfondie. Pour une grande collectivité, ces capacités peuvent devenir particulièrement intéressantes. Mais il serait dangereux d’en déduire que l’automatisation constitue la réponse à la réforme.

Un algorithme travaillant à partir de fiches de poste obsolètes produira une analyse fondée sur des informations obsolètes. Un système entraîné sur l’historique des rémunérations peut reproduire les incohérences que l’on cherche précisément à identifier. Et aucun outil ne peut décider seul qu’une différence de rémunération est juridiquement justifiée.

L’ordre des opérations est donc essentiel. Avant d’automatiser l’analyse, il faut fiabiliser les données, définir les critères de comparaison, consolider la doctrine indemnitaire et documenter les règles de rémunération. L’IA peut accélérer un raisonnement RH. Elle ne peut pas se substituer à ce raisonnement.

Son utilisation dans les processus de recrutement, d’évaluation ou de rémunération appelle par ailleurs ses propres précautions au regard de la protection des données et du cadre européen applicable à l’intelligence artificielle. La DRH devra donc s’assurer non seulement que sa politique de rémunération est explicable, mais également que les outils utilisés pour l’analyser le sont suffisamment.

Un écart de rémunération n’est pas, par lui-même, une discrimination

Ce point me paraît particulièrement important pour éviter une lecture trop mécanique de la réforme. La directive européenne utilise notamment un seuil de 5 % dans le mécanisme d’évaluation conjointe des rémunérations. Ce chiffre risque de devenir très visible dans les commentaires consacrés au texte.

Il faut pourtant éviter d’en déduire qu’un écart statistique de 5 % entre les rémunérations des femmes et des hommes serait automatiquement illégal. Le mécanisme européen repose sur plusieurs conditions. L’écart doit notamment ne pas pouvoir être justifié par des critères objectifs et non sexistes et ne pas avoir été corrigé dans les conditions prévues.

Une différence de rémunération peut être objectivement justifiée. Des responsabilités différentes, certaines sujétions, des conditions particulières d’exercice ou d’autres critères pertinents peuvent expliquer un écart. Ce que la réforme renforce, ce n’est donc pas l’interdiction de toute différence. C’est l’exigence de pouvoir la justifier.

Pour un DRH, cela change sensiblement la manière d’aborder le sujet. Un écart statistique doit devenir un signal d’analyse et non immédiatement une conclusion.

Le principal risque contentieux pourrait être l’impossibilité de reconstituer les décisions passées

Le principe d’égalité et l’interdiction des discriminations existent évidemment déjà dans la fonction publique. La réforme ne crée pas ces exigences. Ce qui change est la possibilité pour les agents d’accéder plus facilement à des éléments permettant de comparer leur situation.

Cela peut faire émerger des écarts qui existaient depuis longtemps sans avoir jamais été réellement interrogés. La difficulté d’une DRH sera alors parfois de reconstituer l’origine d’une décision prise plusieurs années auparavant. Pourquoi telle IFSE a-t-elle été revalorisée ? Pourquoi tel contractuel a-t-il obtenu ce niveau de rémunération ? Pourquoi deux postes apparemment proches ont-ils été classés différemment ?

Lorsque la réponse repose uniquement sur la mémoire d’un gestionnaire ou sur le contexte d’un recrutement ancien, la situation devient fragile. La traçabilité de la décision salariale prend donc une importance nouvelle. Elle ne doit pas devenir une bureaucratie supplémentaire consistant à produire des notes pour chaque décision. Elle doit permettre de conserver suffisamment d’éléments pour comprendre, quelques années plus tard, la logique qui a été suivie.

Il serait risqué d’attendre la fin du parcours législatif pour commencer à travailler

Le texte déposé le 10 septembre 2026 demeure un projet de loi. Il peut évoluer au cours de la discussion parlementaire et certaines modalités dépendront de textes réglementaires ultérieurs. Il serait donc prématuré de présenter toutes ses dispositions comme des obligations déjà applicables.

Pour autant, les DRH territoriaux n’ont pas réellement intérêt à attendre. Le travail préparatoire peut commencer sans préjuger du texte définitif, car il porte pour l’essentiel sur des sujets qui devraient déjà relever d’une bonne gestion RH : qualité des données, actualisation des fiches de poste, cohérence des groupes de fonctions, doctrine de rémunération des contractuels, traçabilité des revalorisations et analyse des écarts indemnitaires.

Une collectivité qui réalise ce travail et dont certaines dispositions de la réforme évolueraient n’aura pas travaillé inutilement. Elle aura simplement rendu sa politique de rémunération plus cohérente et plus lisible. C’est pourquoi je regarderais moins cette réforme comme une nouvelle obligation réglementaire à intégrer dans un calendrier RH que comme une occasion de tester la solidité de notre système de rémunération.

La transparence salariale va probablement changer notre manière de piloter les rémunérations

Nous avons longtemps abordé la rémunération publique sous trois angles principaux : le statut, le budget et la paie. Ces trois dimensions resteront évidemment essentielles. Mais une quatrième devient progressivement incontournable : la capacité d’explication.

Pourquoi cet emploi est-il classé dans ce groupe de fonctions ? Pourquoi cette IFSE est-elle supérieure à une autre ? Pourquoi ce contractuel a-t-il été recruté à ce niveau ? Quels critères expliquent une différence entre deux emplois apparemment comparables ? Ces critères sont-ils toujours pertinents et appliqués de manière cohérente ?

Ce sont des questions que les DRH se posent déjà. La transparence salariale va simplement leur donner une importance juridique et managériale beaucoup plus forte. Une politique de rémunération que la DRH sait expliquer est généralement plus facile à défendre devant les élus, plus compréhensible pour les managers, plus solide en dialogue social et plus acceptable pour les agents.

Conclusion : demain, la bonne politique de rémunération sera celle que nous saurons expliquer

Le projet de loi du 10 septembre 2026 ne doit donc pas être réduit à une obligation supplémentaire de produire des indicateurs ou de communiquer des informations. Il pose une question beaucoup plus structurante aux employeurs territoriaux : sommes-nous capables d’expliquer les rémunérations que nous avons construites ?

Pendant longtemps, sécuriser une rémunération consistait principalement à vérifier l’existence d’un fondement statutaire, d’une délibération lorsque celle-ci était nécessaire, d’une décision individuelle régulière et des crédits correspondants. Cela restera indispensable. Mais cela pourrait ne plus suffire.

Il faudra de plus en plus être capable d’expliquer la cohérence d’ensemble : le classement des emplois, les différences indemnitaires, les niveaux de rémunération proposés aux contractuels et les écarts observés entre des emplois de valeur comparable. La transparence salariale ne signifie pas que tous les agents devront percevoir la même rémunération. Elle signifie que les différences devront pouvoir être objectivées et expliquées.

Pour un DRH territorial, le meilleur exercice préparatoire est peut-être finalement assez simple. Prenons quelques emplois comparables dans notre collectivité, regardons les rémunérations réellement versées et posons-nous la question qu’un agent pourrait demain nous adresser : pourquoi existe-t-il cet écart ?

Si nous pouvons répondre immédiatement à partir de critères connus, documentés et cohérents, notre politique de rémunération est probablement solide. Si nous devons commencer par rechercher l’histoire de chaque situation individuelle pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, le chantier de la transparence salariale a déjà commencé.

Lecture DRH territoriale : le chantier le plus utile n’est probablement pas de préparer immédiatement de nouveaux tableaux. Il consiste d’abord à tester la robustesse de la doctrine de rémunération : qualité des fiches de poste, cohérence des groupes de fonctions, critères de rémunération des contractuels, traçabilité des revalorisations et capacité à justifier les écarts.
À retenir : une rémunération juridiquement possible n’est pas nécessairement une rémunération facilement explicable plusieurs années plus tard. La transparence salariale pourrait ainsi faire de l’explicabilité une quatrième dimension du pilotage des rémunérations, aux côtés du statut, du budget et de la paie.

Pascal NAUD
Président fondateur de NAUDRH.COM
Expert en ressources humaines territoriales, droit de la fonction publique et management public
naudrhexpertise@gmail.com

 

 

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21 septembre 2026 1 21 /09 /septembre /2026 22:52

 

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Masse salariale dans la fonction publique territoriale : ce que la Cour des comptes prépare pour les collectivités

140 000 emplois territoriaux en moins d’ici 2032 ? Derrière ce chiffre spectaculaire, la note publiée en septembre 2026 par la Cour des comptes dessine surtout une transformation beaucoup plus profonde : celle du pilotage des effectifs, des rémunérations et de la masse salariale dans la fonction publique territoriale.

La maîtrise de la masse salariale de la fonction publique devient l’un des enjeux centraux du redressement des finances publiques. Dans sa note de septembre 2026, la Cour des comptes analyse les évolutions constatées depuis 2012 et présente plusieurs scénarios à l’horizon 2032.

Pour les employeurs territoriaux et leurs DRH, cette publication mérite une attention particulière. Elle ne se limite pas à proposer des économies. Elle remet en question certaines modalités traditionnelles de gestion des effectifs et envisage notamment une programmation pluriannuelle beaucoup plus structurée des emplois publics locaux.

📊 Les chiffres à retenir

5,88 millions
agents publics en 2024
362,1 Md€
de masse salariale publique
21,7 %
des dépenses publiques
+188 000
agents territoriaux depuis 2012

1. Une masse salariale publique devenue un enjeu budgétaire majeur

Au 31 décembre 2024, la fonction publique emploie 5,88 millions d’agents. Depuis 2012, les effectifs publics ont augmenté de 475 000 personnes, soit une progression de 8,8 %.

La masse salariale brute des administrations publiques atteint désormais 362,1 milliards d’euros. Elle représente 21,7 % de l’ensemble des dépenses publiques et a progressé de 89,5 milliards d’euros depuis 2012.

La Cour des comptes replace ces données dans la trajectoire de redressement des finances publiques. Selon ses calculs, si la masse salariale publique contribuait à l’effort budgétaire proportionnellement à son poids dans les dépenses publiques, environ 17,4 milliards d’euros d’économies en année pleine devraient être dégagés à l’horizon 2032.

À retenir
La Cour ne propose pas nécessairement une diminution en valeur de la masse salariale publique. L’objectif envisagé consiste avant tout à ralentir sa progression par rapport à son évolution spontanée.

2. La fonction publique territoriale particulièrement concernée

En 2024, la fonction publique territoriale représente environ 2,04 millions d’agents, soit près de 35 % des effectifs publics.

Entre 2012 et 2024, ses effectifs ont progressé de 188 000 agents, soit +10,3 %. La croissance territoriale apparaît donc supérieure à celle de la fonction publique de l’État sur la même période.

Dans le même temps, les charges de personnel des collectivités territoriales et de leurs groupements à fiscalité propre sont passées à 76,4 milliards d’euros en 2024, soit une progression de 23,4 milliards d’euros et de 42,6 % depuis 2012.

Cette progression n’est toutefois pas homogène. Selon la Cour, la hausse atteint :

Type de collectivité Évolution 2012-2024
Intercommunalités +109 %
Régions +66 %
Communes +34 %
Départements +27 %

L’analyse est particulièrement sévère concernant le bloc communal. La montée en puissance des intercommunalités s’est traduite par des transferts et extensions de compétences, mais ceux-ci n’ont pas entraîné une diminution proportionnelle des effectifs communaux.

La Cour relève ainsi que les effectifs municipaux n’ont diminué que de 0,2 %, alors même que les intercommunalités ont connu une croissance importante de leurs propres effectifs.

Un point essentiel pour l’analyse RH
La Cour estime que, dans la FPT, environ 78 % de l’augmentation de la masse salariale relève de l’effet rémunération et 22 % de l’évolution des effectifs. La maîtrise de la dépense ne peut donc pas être réduite à la seule question du nombre d’agents.

3. 54 000 ou 140 000 emplois territoriaux en moins : que dit réellement la Cour ?

C’est probablement la partie de la note qui suscitera le plus de réactions dans les collectivités territoriales.

Les 1 607 heures et l’absentéisme : une première hypothèse de 54 000 emplois

La Cour considère que l’achèvement de l’alignement du temps de travail sur la référence annuelle de 1 607 heures, combiné à une réduction de l’absentéisme, pourrait permettre une diminution progressive d’au moins 2,7 % des effectifs territoriaux.

Cela représenterait environ 54 000 agents et une économie estimée à 1,5 milliard d’euros en 2032.

La Cour nuance elle-même ce constat en rappelant les progrès déjà accomplis. Selon une enquête de la DGCL conduite fin 2024, 96 % des délibérations prises par les communes et établissements publics communaux ayant défini leurs règles de temps de travail respecteraient désormais la référence légale.

Un scénario beaucoup plus ambitieux : revenir vers les effectifs de 2014

La Cour envisage également une trajectoire plus structurelle : stabiliser les effectifs puis les rapprocher progressivement, d’ici 2032, de leur niveau de 2014.

Cette évolution représenterait une réduction pouvant atteindre 140 000 agents territoriaux, notamment dans le bloc communal, pour une économie maximale évaluée à environ 3,9 milliards d’euros.

Le vieillissement de la pyramide des âges pourrait faciliter cette stratégie. Les départs à la retraite devraient en effet augmenter dans les prochaines années et pourraient permettre de réduire certains effectifs sans nécessairement recourir à des suppressions brutales de postes.

⚠️ Attention à l’interprétation juridique

Le chiffre de 140 000 agents ne constitue ni une obligation imposée aux collectivités, ni une norme légale, ni une décision gouvernementale déjà prise.

Il s’agit d’un scénario et d’une orientation proposés par la Cour des comptes. Les collectivités territoriales demeurent, à ce jour, compétentes pour déterminer leurs emplois dans le respect des règles statutaires, budgétaires et du principe constitutionnel de libre administration.

4. Point d’indice, carrières et mesures catégorielles : les rémunérations également ciblées

La Cour des comptes ne propose pas de faire reposer l’effort budgétaire uniquement sur la diminution des effectifs. Elle estime qu’un redressement durable nécessiterait de combiner les leviers portant sur les emplois et ceux portant sur les rémunérations.

Une trajectoire pluriannuelle pour le point d’indice

La Cour critique l’alternance entre périodes de gel du point d’indice, revalorisations ponctuelles et mesures catégorielles destinées à compenser les pertes d’attractivité.

Elle préconise plutôt une trajectoire salariale pluriannuelle reposant sur une sous-indexation organisée du point d’indice, accompagnée de mesures catégorielles davantage ciblées sur les métiers connaissant des difficultés de recrutement.

Les déroulements de carrière pourraient également être concernés

Parmi les autres pistes envisagées figure un ralentissement de certains avancements de grade et d’échelon.

À titre de simulation, la Cour chiffre à environ 1,5 milliard d’euros par an, pour l’ensemble des trois versants, l’économie correspondant à un décalage de six mois des avancements et promotions par rapport à leur rythme habituel.

Limiter les mesures catégorielles

La Cour envisage également de réduire le rythme des revalorisations catégorielles. Une division par deux des volumes annuels de ces mesures entre 2026 et 2032 représenterait, selon ses simulations, une moindre dépense de 9,8 milliards d’euros en 2032 par rapport à la prolongation du rythme observé précédemment.

Les principaux leviers étudiés par la Cour :

-non-remplacement d’une partie des départs ;

-sous-indexation pluriannuelle de la valeur du point d’indice ;

-réduction des enveloppes consacrées aux mesures catégorielles ;

-désindexation éventuelle de certaines indemnités ;

-ralentissement des avancements et promotions ;

-actions sur le temps de travail et l’absentéisme.

5. Vers des plafonds et des schémas d’emplois dans les collectivités ?

C’est probablement l’une des propositions les plus structurantes du rapport pour l’avenir de la gestion des ressources humaines territoriales.

Aujourd’hui, les assemblées délibérantes votent librement les crédits consacrés aux dépenses de personnel dans le cadre de leur budget. L’état prévisionnel des effectifs figure dans les documents budgétaires, mais il conserve essentiellement une portée informative.

La Cour propose d’aller beaucoup plus loin en instaurant des plafonds et schémas d’emplois au sein des budgets des collectivités territoriales, sur un modèle inspiré de celui appliqué à l’État.

Ces outils seraient complétés par une analyse pluriannuelle des déterminants de la masse salariale, intégrant notamment :

-les créations et suppressions d’emplois ;

-les départs et recrutements prévisionnels ;

-le GVT ;

-les mesures catégorielles ;

-l’évolution globale des dépenses de personnel.

Un changement potentiel de philosophie

La politique RH territoriale ne serait plus uniquement appréciée à travers le budget annuel et le tableau des emplois. Elle pourrait être davantage encadrée par une trajectoire pluriannuelle des effectifs et de la masse salariale.

Un objectif national d’emplois pour la FPT

La Cour recommande également que la prochaine loi de programmation pluriannuelle des finances publiques définisse un objectif d’évolution des emplois pour chacun des trois versants de la fonction publique.

Pour la FPT, elle précise toutefois qu’un tel objectif serait défini globalement au niveau du versant territorial et non collectivité par collectivité. Il conserverait ainsi un caractère indicatif afin de prendre en considération le principe de libre administration consacré par l’article 72 de la Constitution.

Une nouvelle instance de concertation dès 2027 ?

La Cour propose parallèlement la création, au plus tard en 2027, d’une instance nationale réunissant les employeurs des trois versants de la fonction publique.

Cette instance aurait vocation à discuter de la politique salariale annuelle et pluriannuelle, notamment de l’évolution du point d’indice et des mesures catégorielles.

L’objectif affiché est également de permettre aux employeurs territoriaux d’anticiper davantage les conséquences financières des décisions nationales de rémunération avant le vote de leurs budgets.

6. Ce que les DRH territoriaux doivent anticiper

Il serait prématuré de transformer les préconisations de la Cour des comptes en obligations juridiques. Mais il serait tout aussi risqué de considérer cette publication comme un simple exercice prospectif sans conséquence.

Plusieurs évolutions convergent vers un même objectif : faire de la masse salariale un véritable outil de pilotage stratégique et non plus seulement une ligne budgétaire suivie annuellement.

Pour les DRH territoriaux, cinq priorités se dégagent

1. Fiabiliser les projections de départs.
La connaissance précise des départs à la retraite prévisionnels devient indispensable pour identifier les marges de non-remplacement, de redéploiement ou de transformation des postes.

2. Ne plus remplacer automatiquement chaque départ.
Chaque vacance devrait être l’occasion de réinterroger le besoin, l’organisation du service, le niveau de responsabilité et les possibilités de mutualisation.

3. Piloter réellement le GVT.
Avancements, promotions internes, revalorisations indiciaires, transformations de postes et mesures indemnitaires doivent être intégrés dans une projection financière pluriannuelle.

4. Identifier les métiers réellement en tension.
Une maîtrise globale de la masse salariale ne signifie pas nécessairement une politique uniforme de restriction salariale. Les collectivités devront conserver des marges de rémunération sur les compétences rares et les métiers difficiles à recruter.

5. Relier prospective RH et prospective financière.
La stratégie RH, le débat d’orientation budgétaire, la programmation financière et la GPEEC doivent progressivement devenir les différentes composantes d’un même pilotage.

Les principales propositions concernant directement la FPT

Levier Orientation de la Cour Impact RH potentiel
Effectifs Stabilisation puis réduction progressive Non-remplacements, redéploiements, réorganisations
Temps de travail Achever l’application des 1 607 heures Contrôle des cycles et régimes dérogatoires
Absentéisme Renforcer les actions de maîtrise Prévention, organisation, suivi des absences
Rémunérations Trajectoire salariale pluriannuelle Arbitrage entre attractivité et soutenabilité financière
Carrières Hypothèse de ralentissement du GVT Impact potentiel sur avancements et promotions
Pilotage Plafonds et schémas d’emplois Renforcement de la programmation pluriannuelle RH

Conclusion : la masse salariale devient un enjeu stratégique de politique RH territoriale

La note de la Cour des comptes ne constitue pas, en elle-même, une réforme de la fonction publique territoriale. Les scénarios présentés ne doivent donc pas être confondus avec des mesures déjà adoptées.

Elle donne néanmoins une indication particulièrement claire de la direction dans laquelle pourrait évoluer le pilotage des ressources humaines publiques.

La question ne sera probablement plus seulement de savoir combien d’agents une collectivité emploie, mais de pouvoir démontrer pourquoi elle les emploie, comment ses effectifs évolueront à moyen terme, quels gains d’organisation ont été recherchés et comment les décisions relatives aux carrières et aux rémunérations s’inscrivent dans une trajectoire financière soutenable.

Pour les employeurs territoriaux, cette évolution renforce encore la nécessité de rapprocher politique RH, GPEEC, organisation des services et stratégie financière.

💬 Avis www.naudrh.com

Le chiffre de 140 000 emplois territoriaux attirera naturellement l’attention, mais il ne me paraît pas constituer l’enseignement principal de cette note. La proposition la plus structurante est ailleurs : dans la volonté de faire entrer la FPT dans une logique beaucoup plus poussée de programmation pluriannuelle des emplois et de la masse salariale.

L’instauration éventuelle de plafonds et de schémas d’emplois modifierait profondément les pratiques actuelles des collectivités. Même si aucune obligation nouvelle n’existe aujourd’hui sur ce fondement, les DRH ont intérêt à anticiper cette évolution en renforçant dès maintenant leurs outils de prospective sur les départs, le GVT, les métiers en tension, les redéploiements et les coûts futurs de leurs décisions RH.

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20 septembre 2026 7 20 /09 /septembre /2026 09:48

 

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Santé mentale des agents territoriaux : les chiffres préoccupants du Baromètre FPT 2026.

45 % des agents territoriaux se déclarent épuisés par leur travail au moins une fois par semaine. Le Baromètre 2026 de la santé mentale au travail des agents de la fonction publique territoriale met en évidence une dégradation de plusieurs indicateurs. Mais il révèle également un paradoxe majeur : malgré les difficultés, 71 % des agents trouvent encore du sens dans leur travail. Pour les employeurs territoriaux, la prévention de la santé mentale devient plus que jamais un enjeu d'organisation du travail, de management et de politique RH.

Réalisée par Moodwork et la MNFCT, l'édition 2026 du Baromètre de la santé mentale au travail des agents de la fonction publique territoriale repose sur une enquête conduite auprès de 6 513 agents territoriaux entre mai et juillet 2026.

Le questionnaire comportait 45 questions portant notamment sur la santé mentale et le bien-être, le sens du travail, l'absentéisme, la sensibilisation aux risques psychosociaux et l'accès aux soins.

Les chiffres clés à retenir

45 % des agents se déclarent épuisés par leur travail au moins une fois par semaine.
35,6 % perçoivent un risque pour leur santé mentale sur leur lieu de travail.
39 % déclarent avoir déjà renoncé à des soins pour leur santé mentale.
74 % déclarent n'avoir jamais été formés aux risques psychosociaux.
15 % seulement perçoivent un soutien de leur collectivité concernant leur santé mentale.

1. Une santé mentale qui se fragilise

Le premier enseignement du Baromètre 2026 est particulièrement significatif : 45 % des agents territoriaux se déclarent épuisés par leur travail au moins une fois par semaine.

Ce taux progresse de 3 points par rapport à 2025.

Les agents de catégorie C apparaissent comme les plus concernés. Les responsables d'équipe et les encadrants sont également particulièrement exposés, tandis que les agents en CDD et les moins de 25 ans déclarent moins fréquemment cet épuisement.

À retenir :
Le niveau d'épuisement déclaré augmente également avec l'âge : le baromètre relève 31,6 % chez les 18-25 ans contre 49,5 % chez les plus de 55 ans.

L'épuisement n'est pas le seul indicateur à surveiller. 45 % des agents déclarent également ressentir de l'irritation à cause de leur travail au moins une fois par semaine, soit là encore une progression de 3 points en un an.

Enfin, 35,6 % des agents perçoivent un risque pour leur santé mentale sur leur lieu de travail, soit une hausse de 1,6 point par rapport à 2025.

↑ Retour au sommaire

2. Quels sont les principaux facteurs d'épuisement ?

Le baromètre identifie trois facteurs principaux :

- la charge de travail ;

- l'incertitude concernant l'avenir professionnel ;

- l'exigence émotionnelle.

40 % des agents estiment avoir une charge de travail trop élevée au moins une fois par semaine. Ce chiffre recule néanmoins de 6 points par rapport à 2025.

Parallèlement, 35 % s'inquiètent plusieurs fois par semaine ou davantage de leur avenir professionnel au sein de leur collectivité, soit une progression de 4,5 points.

Enfin, 33,7 % déclarent devoir modifier ou masquer leurs émotions dans le cadre de leur travail plusieurs fois par semaine ou davantage.

Les encadrants occupent une position particulièrement sensible. Ils doivent simultanément gérer leur propre charge de travail et accompagner leurs équipes. Selon le baromètre, 51 % des responsables déclarent une charge de travail élevée, contre 38 % des non-encadrants.

Enjeu RH :
La prévention ne peut donc pas porter uniquement sur la charge de travail prescrite. Elle suppose également d'observer la charge réellement vécue par les agents, les contraintes émotionnelles et l'incertitude organisationnelle.

3. Les incivilités : un véritable facteur de risque professionnel

Autre résultat important : 30 % des agents déclarent subir des incivilités de la part des usagers plusieurs fois par mois ou davantage.

Les catégories C, les hommes et les agents titulaires figurent parmi les populations déclarant être les plus exposées.

Le lien avec le bien-être déclaré est particulièrement notable : 43 % des agents les plus exposés aux incivilités déclarent des difficultés de sommeil quotidiennes, contre 13 % parmi ceux qui ne déclarent pas subir de violences.

Pour les collectivités, les incivilités ne devraient donc plus être considérées comme un simple désagrément inhérent à la relation avec le public. Elles constituent un facteur à intégrer pleinement dans la politique de prévention.

4. Les agents agissent déjà pour préserver leur santé mentale

L'enquête permet également de corriger une idée reçue : les agents ne restent pas passifs face aux difficultés rencontrées.

76 % mettent en œuvre au moins une action pour préserver leur santé mentale.

  • 55 % pratiquent une activité physique régulière ;
  • 33 % ont recours à la relaxation, à la méditation ou à la sophrologie ;
  • 27 % bénéficient d'un accompagnement psychologique ;
  • 20 % suivent un traitement médical pour faire face à leurs difficultés.

Mais 65 % déclarent également avoir besoin d'un accompagnement pour gérer leur santé mentale plusieurs fois par an.

Un autre résultat appelle une vigilance particulière : plus d'un agent sur dix déclare des comportements addictifs liés à son travail plusieurs fois par mois ou davantage.

5. Le sens du travail reste une protection… mais il s'érode

C'est probablement l'un des enseignements les plus intéressants du baromètre.

Malgré les difficultés observées, 71 % des agents déclarent encore percevoir du sens dans leur travail.

Mais ce taux diminue : -4 points par rapport à 2025 et -8 points par rapport à 2024.

Les différentes dimensions du sens au travail :
  • 82 % estiment leur travail utile ;
  • 80 % le considèrent important ;
  • 55 % estiment qu'il développe leurs compétences ;
  • 55 % trouvent leur travail stimulant ;
  • seulement 45 % y trouvent de l'autonomie.

Selon les analyses statistiques présentées dans le rapport, le niveau de sens explique jusqu'à 52 % des écarts d'épuisement observés entre agents et environ 51 % des écarts d'irritation.

Mais le rapport révèle également un paradoxe : considérer son travail comme particulièrement important et utile peut, dans certaines situations, favoriser un engagement excessif susceptible de conduire à l'épuisement.

Point de vigilance :
Le sens du service public constitue une ressource précieuse, mais il ne doit pas devenir le moyen de compenser durablement une surcharge ou des conditions de travail dégradées.

6. 39 % des agents déclarent avoir déjà renoncé à des soins

Le Baromètre 2026 introduit également la question de l'accès aux soins en santé mentale.

Le constat est important : 39 % des agents interrogés déclarent avoir déjà renoncé à des soins pour leur santé mentale.

Les agents de catégorie C, les femmes et les moins de 35 ans apparaissent davantage concernés.

Parmi les agents ayant renoncé aux soins :

  • 59 % évoquent le manque d'argent ;
  • 55 % le manque de temps ;
  • 37 % les difficultés d'accès à un spécialiste ;
  • 17 % la peur du jugement ;
  • 13 % le manque d'information.

Le renoncement aux soins est par ailleurs associé, dans les résultats de l'enquête, à davantage d'épuisement, d'irritation et de troubles du sommeil.

7. 74 % des agents n'ont jamais été formés aux risques psychosociaux

Ce chiffre devrait particulièrement retenir l'attention des employeurs territoriaux :

74 %
des agents déclarent n'avoir jamais bénéficié d'une formation aux risques psychosociaux.

Les catégories C sont les moins formées : 23 % déclarent avoir suivi une formation, contre près de 40 % des agents de catégorie A.

Par ailleurs, 60 % des agents se considèrent peu ou pas du tout sensibilisés aux RPS. Leur niveau de connaissance autoévalué atteint seulement 4,4 sur 10.

Ces résultats interrogent directement les politiques de prévention, mais également la capacité des organisations à donner aux agents et aux encadrants les moyens d'identifier suffisamment tôt les situations à risque.

8. Le management apparaît comme un déterminant majeur

Le baromètre met en évidence une association importante entre le soutien perçu et le niveau d'épuisement déclaré.

L'épuisement baisse d'environ un tiers entre les agents déclarant percevoir un fort soutien de leur collectivité et ceux qui en perçoivent peu.

Pourtant :

15 % seulement perçoivent un soutien de leur collectivité concernant leur santé mentale.

22 % seulement perçoivent un soutien de leur hiérarchie.

Le management et ses difficultés constituent également le premier thème des plus de 1 700 commentaires libres analysés dans l'enquête.

Sont notamment évoqués l'absence de soutien, le manque de compétences managériales, certains comportements qualifiés de toxiques, mais aussi le besoin de reconnaissance et de valorisation.

9. Que doivent en retenir les employeurs territoriaux ?

Le principal enseignement opérationnel du baromètre est qu'une politique de santé mentale ne peut pas se limiter à une succession d'actions ponctuelles de « bien-être ».

La prévention doit être intégrée à la politique RH et à l'organisation même du travail.

7 priorités peuvent être dégagées :

1. Mesurer la charge de travail réelle et ressentie, et pas uniquement la charge théorique ou prescrite.

2. Former les agents et les encadrants aux RPS, dès la prise de poste puis régulièrement.

3. Renforcer les compétences managériales en matière de détection, de prévention et d'accompagnement.

4. Traiter les incivilités comme un risque professionnel et organiser leur signalement et leur suivi.

5. Rendre visibles les dispositifs d'aide existants : médecine du travail, psychologues, assistants sociaux, lignes d'écoute ou dispositifs internes.

6. Préserver l'autonomie, la reconnaissance et le sens du travail, notamment lors des réorganisations.

7. Adapter la prévention aux populations réellement exposées, plutôt que de déployer une politique uniforme.

Le baromètre recommande notamment de cibler les catégories les plus fragilisées, de faciliter l'accès aux soins, de systématiser la formation aux RPS et de renforcer le soutien managérial.

Pour les DRH, cela suppose surtout de passer d'une logique d'actions isolées à une politique structurée et mesurable de prévention de la santé mentale au travail.

10. Une précaution méthodologique indispensable

Attention à l'interprétation des résultats.

L'enquête est déclarative et transversale. Les relations mises en évidence entre certains facteurs – soutien managérial, sens du travail, accès aux soins, épuisement – constituent donc des associations statistiques et non la démonstration de liens de causalité. Les comparaisons avec 2025 doivent également être interprétées comme des tendances.

Cette précaution n'enlève rien à l'intérêt du baromètre. Elle évite simplement de transformer des corrélations statistiques en certitudes scientifiques.

11. L'analyse de NAUDRH.COM

Notre avis :

Ce baromètre met surtout en évidence une erreur que les employeurs territoriaux doivent éviter : individualiser un problème qui possède aussi une dimension organisationnelle.

Proposer une ligne d'écoute, des séances de sensibilisation ou des actions de bien-être peut être utile. Mais ces dispositifs resteront insuffisants si la collectivité ne travaille pas simultanément sur la charge de travail, les pratiques managériales, les incivilités, l'autonomie, la reconnaissance et les conditions concrètes d'exercice des missions.

Le chiffre le plus révélateur n'est donc peut-être pas seulement celui des 45 % d'agents déclarant un épuisement hebdomadaire.

C'est aussi celui des 15 % seulement qui perçoivent un soutien de leur collectivité concernant leur santé mentale.

L'un des enjeux RH consiste désormais à passer d'une prévention affichée à une prévention visible, accessible, évaluée et réellement vécue par les agents.

Conclusion : la santé mentale devient un sujet stratégique de politique RH territoriale

Le Baromètre 2026 dessine finalement une situation paradoxale.

D'un côté, une proportion importante des agents continue à trouver de l'utilité et du sens dans le service public territorial. De l'autre, les indicateurs d'épuisement, d'irritation, de perception du risque et de renoncement aux soins appellent une vigilance renforcée.

L'enjeu pour les collectivités n'est donc plus seulement de parler de santé mentale.

Il est de l'intégrer concrètement dans l'organisation du travail, le management, la prévention des risques professionnels, la formation des encadrants, le dialogue social et le pilotage des ressources humaines.

À retenir : préserver la santé mentale des agents ne constitue pas une politique RH périphérique. Elle participe directement à la capacité des collectivités à maintenir des équipes engagées et à assurer durablement la continuité et la qualité du service public.

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19 septembre 2026 6 19 /09 /septembre /2026 09:50

 

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Gel du point d’indice en 2027 : le vrai problème des DRH territoriaux n’est peut-être plus le pouvoir d’achat, mais la valeur même de la carrière

Point d’indice, tassement des grilles, indemnité différentielle, attractivité et fidélisation : derrière l’arbitrage salarial se dessine une transformation plus profonde du modèle de carrière publique.

Rémunération • FPT • DRH • Carrières • 2027
Le débat sur le gel du point d’indice est généralement présenté sous l’angle du pouvoir d’achat des agents publics. Pour un directeur des ressources humaines territorial, cette lecture est devenue insuffisante. À mesure que le SMIC progresse, que les premiers indices des grilles se rapprochent du salaire minimum et que les employeurs territoriaux utilisent davantage le régime indemnitaire pour répondre aux tensions de recrutement, c’est l’architecture même de la rémunération publique qui se déforme.
Lecture DRH : le sujet n’est plus seulement de savoir combien un agent perd en pouvoir d’achat. Il faut désormais se demander ce que signifie encore une progression de carrière lorsque plusieurs échelons produisent des écarts devenus très faibles, quelle valeur conserve une promotion lorsqu’elle est peu perceptible sur la fiche de paie et comment une collectivité peut rester attractive lorsque le principal élément de rémunération échappe à sa décision.

Pour les DRH territoriaux, le gel du point n’est donc plus seulement un sujet salarial. Il devient un sujet de politique RH.

Le gel du point produit un effet beaucoup plus profond qu’une simple stagnation salariale

Le traitement indiciaire brut repose sur une mécanique connue : l’indice majoré détenu par l’agent est multiplié par la valeur du point d’indice. Lorsque cette valeur reste inchangée, la progression de la rémunération indiciaire dépend essentiellement des évolutions de carrière, des reclassements statutaires ou de mesures générales portant sur les indices.

Le problème apparaît lorsque cette stabilité nominale se prolonge dans un environnement où les prix et le salaire minimum continuent d’évoluer. Les revalorisations de 3,5 % intervenues en juillet 2022 puis de 1,5 % en juillet 2023 avaient permis une remontée de la valeur du point. L’attribution de cinq points d’indice majoré à tous les agents au 1er janvier 2024 a ensuite constitué une mesure uniforme de soutien à la rémunération, sans modifier la valeur du point elle-même.

Pour un DRH, la conséquence ne doit pas être analysée uniquement en termes de perte individuelle. Elle doit être regardée à travers la structure de la rémunération. Plus le point reste stable, plus les mécanismes périphériques prennent de l’importance : régime indemnitaire, indemnité différentielle, mesures catégorielles, reclassements, promotions ou dispositifs propres à certains métiers.

La rémunération publique devient progressivement moins lisible. Et lorsqu’une politique de rémunération devient moins lisible, elle devient également plus difficile à expliquer, à piloter et à utiliser comme outil de management.

Le véritable signal d’alerte est le tassement des grilles

Pour les DRH territoriaux, le phénomène le plus préoccupant est probablement moins le gel lui-même que le tassement qu’il contribue à produire. Le SMIC bénéficie d’un mécanisme de revalorisation qui permet son adaptation à l’évolution des prix. Les premiers traitements indiciaires de la fonction publique ne disposent pas d’un mécanisme équivalent. Lorsque le salaire minimum progresse alors que les indices restent inchangés, les premiers échelons des grilles finissent mécaniquement par se rapprocher du SMIC, voire par lui devenir inférieurs.

Le droit apporte alors une réponse : l’indemnité différentielle. Lorsque le traitement indiciaire brut est inférieur au SMIC brut mensuel applicable, l’employeur verse la différence.

Juridiquement, le mécanisme fonctionne. Du point de vue de la politique RH, il révèle pourtant une anomalie beaucoup plus profonde. L’indemnité différentielle empêche qu’un agent public soit rémunéré sous le SMIC. Elle ne redonne pas pour autant de la profondeur à la grille. Elle ne recrée pas d’écart entre les premiers échelons et ne redonne pas automatiquement une valeur financière perceptible à l’ancienneté.

Autrement dit, l’indemnité différentielle corrige le plancher sans réparer l’escalier.

C’est probablement l’une des images les plus simples pour comprendre le problème auquel les DRH sont désormais confrontés.

Quand l’avancement d’échelon devient presque invisible, c’est la promesse de carrière qui s’affaiblit

La fonction publique s’est historiquement construite sur une promesse implicite particulièrement forte : la rémunération n’est pas seulement celle du poste occupé aujourd’hui ; elle s’inscrit dans une carrière. Un agent accepte parfois une rémunération d’entrée moins attractive que celle qu’il pourrait obtenir ailleurs parce qu’il sait qu’il progressera en ancienneté, en grade, en responsabilités et en rémunération.

Cette logique constitue l’une des contreparties essentielles du modèle statutaire. Mais que se passe-t-il lorsque la progression indiciaire devient trop faible pour être réellement perçue ? Le problème n’est pas seulement financier. Il devient psychologique et managérial.

Un changement d’échelon qui produit un gain extrêmement limité ne constitue plus véritablement un événement de carrière pour l’agent. Une promotion qui entraîne davantage de responsabilités mais seulement une faible différence de rémunération peut perdre une partie de son attractivité. Le passage d’une catégorie à une autre peut lui-même être interrogé lorsque le différentiel salarial ne paraît plus proportionné aux exigences nouvelles du poste.

Comment valoriser une carrière dont certaines étapes deviennent financièrement presque invisibles ?

Cette question dépasse largement le débat sur le point d’indice. Elle touche à la crédibilité du modèle de carrière lui-même.

La « smicisation » des débuts de carrière change la nature du problème RH

Le nombre croissant d’agents dont le traitement indiciaire se situe au niveau ou sous le seuil du SMIC avant versement de l’indemnité différentielle constitue un indicateur particulièrement révélateur. Il faut toutefois être précis sur ce que signifie ce phénomène. Il ne veut pas dire que ces agents sont nécessairement rémunérés au SMIC une fois prises en compte toutes les composantes de leur rémunération. Le régime indemnitaire, le supplément familial ou d’autres éléments peuvent modifier la rémunération globale.

Mais du point de vue statutaire, le signal est puissant : le traitement indiciaire correspondant à certains débuts de carrière ne suffit plus, à lui seul, à atteindre le salaire minimum.

Pour un DRH territorial, cette situation pose immédiatement une question d’attractivité. Comment présenter à un candidat une grille de carrière dont les premiers indices nécessitent l’intervention d’un mécanisme correcteur destiné à garantir le SMIC ? Comment expliquer la valeur de l’ancienneté si plusieurs étapes de carrière produisent des différences faibles ? Comment attirer sur certains métiers lorsque les compétences demandées sont également recherchées par des employeurs privés capables de négocier directement la rémunération ?

La difficulté devient particulièrement visible dans les métiers en tension. Et elle crée un phénomène que les DRH connaissent déjà : pour recruter, il faut de plus en plus souvent chercher ailleurs que dans la grille les moyens de rendre l’offre attractive.

Le gel du point déplace progressivement la politique salariale vers les collectivités

C’est probablement l’un des paradoxes les plus importants pour la fonction publique territoriale. La valeur du point est nationale. Les grilles indiciaires sont nationales. Une collectivité territoriale ne peut donc pas décider de revaloriser elle-même le traitement indiciaire de ses fonctionnaires.

En revanche, elle doit gérer localement les conséquences RH de cette politique nationale. Lorsqu’un métier devient difficile à recruter, c’est la collectivité qui doit trouver une réponse. Lorsqu’un agent expérimenté envisage de partir pour une collectivité voisine offrant un régime indemnitaire plus favorable, c’est la DRH locale qui doit gérer la situation. Lorsque les écarts de rémunération deviennent insuffisants entre niveaux de responsabilité, c’est encore l’employeur territorial qui doit rechercher les marges de manœuvre disponibles.

Le régime indemnitaire prend alors une place croissante. Dans les collectivités ayant mis en œuvre le RIFSEEP, l’IFSE permet notamment de différencier la rémunération selon les fonctions, les sujétions et l’expertise, dans le cadre fixé par la délibération et les règles applicables à la FPT.

Mais cette réponse possède ses propres limites. Toutes les collectivités ne disposent pas des mêmes capacités budgétaires. Toutes n’ont pas construit leur régime indemnitaire avec la même architecture. Toutes ne peuvent pas répondre de la même manière à une tension de recrutement.

Le gel national du point peut donc produire un effet territorial très concret : une différenciation croissante de l’attractivité entre employeurs publics locaux.

Le risque est de transformer progressivement le régime indemnitaire en correcteur permanent des grilles

Le régime indemnitaire a une fonction propre. Il permet de reconnaître les fonctions exercées, certaines sujétions, l’expertise et, selon les dispositifs, l’engagement professionnel. Il n’a pas été conçu pour réparer indéfiniment toutes les faiblesses de la grille indiciaire.

Pourtant, les DRH peuvent être progressivement conduits à l’utiliser de cette manière. Un recrutement échoue en raison de la rémunération : on examine l’IFSE. Un métier devient fortement concurrentiel : on revoit le groupe de fonctions ou les montants dans le respect du cadre local. Un agent expérimenté menace de partir : la question indemnitaire apparaît immédiatement. Une responsabilité supplémentaire doit être reconnue : le régime indemnitaire devient encore le principal levier disponible.

Prises séparément, chacune de ces décisions peut être parfaitement justifiée. Additionnées au fil des années, elles peuvent toutefois rendre la politique salariale difficilement lisible et créer de nouveaux écarts internes.

Le DRH doit alors gérer une tension permanente entre quatre exigences : attirer, fidéliser, reconnaître les responsabilités et préserver l’équité. C’est beaucoup demander à un dispositif indemnitaire qui ne peut pas, à lui seul, reconstruire une politique nationale de carrière.

Le gel du point pose également un problème de fidélisation

L’attractivité est souvent abordée sous l’angle du recrutement. Mais la fidélisation pourrait devenir un enjeu encore plus important. Un agent déjà en poste compare de plus en plus facilement sa rémunération avec celle proposée par d’autres collectivités, d’autres administrations ou le secteur privé. Dans les bassins d’emploi où plusieurs employeurs publics sont en concurrence, les écarts de régime indemnitaire deviennent immédiatement visibles.

Le risque est alors de voir apparaître une forme de marché interne territorial de l’emploi public. Les collectivités disposant des marges budgétaires les plus importantes peuvent proposer des niveaux indemnitaires plus attractifs, tandis que celles dont les finances sont plus contraintes rencontrent davantage de difficultés à recruter et à conserver certaines compétences.

Cette dynamique existe déjà. Mais plus la part indiciaire commune perd de sa capacité à différencier les carrières et à soutenir la progression salariale, plus la partie locale de la rémunération devient déterminante dans les arbitrages professionnels.

Pour les DRH, cela signifie que la politique indemnitaire n’est plus seulement un sujet technique ou budgétaire. Elle devient un élément de stratégie employeur.

La disparition de la GIPA modifie également l’équation

Pendant de nombreuses années, la garantie individuelle du pouvoir d’achat a constitué un mécanisme de compensation pour certains agents dont l’évolution du traitement indiciaire brut était inférieure à celle des prix sur la période de référence. Sa non-reconduction depuis 2024 a supprimé cet amortisseur.

Il faut là encore éviter un contresens : la GIPA n’empêchait pas le tassement des grilles et ne constituait pas une politique salariale générale. Elle corrigeait a posteriori certaines pertes individuelles de pouvoir d’achat.

Mais son absence change la perception du système. Lorsqu’un point d’indice est durablement gelé et qu’aucun mécanisme général de rattrapage ne vient compenser la différence pour les agents concernés, la question du pouvoir d’achat devient plus directement dépendante des évolutions de carrière et des mesures catégorielles ou indemnitaires.

Pour les employeurs territoriaux, cela augmente encore la pression exercée sur les leviers qu’ils maîtrisent.

Les mesures ciblées annoncées pour 2027 répondent à une partie du problème, pas à l’ensemble

Le rendez-vous salarial du 8 juillet 2026 a permis de présenter plusieurs orientations pour 2027 : amélioration de la reprise d’ancienneté lors du recrutement, évolution de certains ratios de promotion, réflexion sur les quotas de promotion interne et discussions autour de mesures ciblées sur les débuts de carrière.

Ces orientations sont importantes pour les DRH, mais elles doivent être lues avec prudence. Certaines nécessitent encore des concertations, des textes réglementaires ou une déclinaison dans les différents versants de la fonction publique. Elles ne doivent donc pas être anticipées comme si elles constituaient déjà un droit acquis pour les agents territoriaux.

Sur le fond, elles traduisent néanmoins une évolution intéressante. La réponse à la question salariale semble se déplacer d’une revalorisation générale vers des mesures davantage ciblées sur les parcours, les promotions et les débuts de carrière. Cette stratégie peut permettre de traiter certains points de blocage.

Peut-on durablement réparer par interventions successives une grille dont la compression résulte précisément de l’absence de mouvement de sa valeur de référence ?

Pour un DRH, la question mérite d’être posée sans présumer de la réponse.

Le sujet des retraites ne doit pas être oublié

La montée relative des primes dans la rémunération produit également des conséquences à plus long terme. Pour les fonctionnaires territoriaux affiliés à la CNRACL, la pension principale demeure fondamentalement construite à partir du traitement indiciaire selon les règles applicables au régime. Les primes relèvent principalement, dans certaines limites, de la retraite additionnelle de la fonction publique.

Une stratégie consistant à compenser durablement une faiblesse indiciaire par davantage d’indemnitaire n’est donc pas parfaitement neutre pour la structure future des droits à retraite. Cela ne signifie pas que le régime indemnitaire serait un mauvais outil. Il est indispensable à une politique RH territoriale moderne.

Mais il faut distinguer deux fonctions. Reconnaître les fonctions, les responsabilités et les sujétions relève pleinement du régime indemnitaire. Lui demander de compenser durablement la faiblesse générale des traitements indiciaires lui fait jouer un rôle différent. Pour un DRH, cette distinction est stratégique.

Le véritable enjeu devient celui de la cohérence salariale interne

Dans ce contexte, les DRH territoriaux devraient probablement regarder beaucoup plus attentivement la structure réelle des rémunérations de leur collectivité. La question n’est plus simplement de connaître le montant moyen de l’IFSE ou l’évolution annuelle de la masse salariale.

Il faut regarder les écarts entre débuts et fins de carrière, mesurer ce que produit réellement un avancement d’échelon sur la rémunération globale, analyser le gain associé à une promotion, comparer les niveaux de rémunération entre métiers de responsabilité comparable et identifier les situations dans lesquelles l’indemnitaire est progressivement devenu le principal facteur de différenciation.

Il faut également examiner les écarts entre agents historiques et nouveaux recrutés. Dans certains métiers en tension, la nécessité de recruter peut conduire à proposer aux nouveaux arrivants des conditions qui se rapprochent de celles d’agents présents depuis plusieurs années. Ce phénomène peut être rationnel du point de vue du recrutement et pourtant très difficile à accepter du point de vue de l’équité interne.

C’est alors que la politique salariale devient un sujet de management. Car une rémunération n’a jamais uniquement une valeur monétaire. Elle porte aussi un message sur la valeur que l’organisation attribue aux responsabilités, à l’expérience, à la compétence et à la fidélité.

Le risque majeur est peut-être une crise de la reconnaissance plus qu’une simple crise du pouvoir d’achat

C’est probablement ici que le gel du point d’indice prend toute sa dimension RH. Lorsque la progression salariale devient peu perceptible, l’agent ne voit pas seulement son pouvoir d’achat évoluer moins favorablement. Il peut avoir le sentiment que son expérience n’est plus réellement reconnue.

Lorsqu’une promotion apporte davantage de contraintes pour une différence financière faible, c’est la valeur de la promotion qui est interrogée. Lorsque le nouvel arrivant doit être recruté à un niveau proche de celui d’un professionnel expérimenté pour répondre aux conditions du marché du travail, c’est la fidélité qui peut sembler insuffisamment reconnue. Lorsque le régime indemnitaire devient l’instrument principal permettant de corriger ces situations, les capacités budgétaires propres à chaque employeur prennent une importance croissante.

Le risque est alors de passer progressivement d’une crise salariale à une crise de la reconnaissance professionnelle.

Et cette dernière est probablement plus difficile à traiter.

Ce que je regarderais aujourd’hui dans une DRH territoriale

Je commencerais par mesurer le tassement réel des rémunérations, non seulement à partir des grilles, mais à partir des bulletins de salaire. La question intéressante n’est pas uniquement de savoir combien vaut un échelon supplémentaire en traitement indiciaire, mais ce qu’il représente réellement dans la rémunération totale de l’agent.

J’examinerais ensuite les gains financiers associés aux promotions. Une politique de promotion interne ou d’avancement de grade perd une partie de sa capacité de reconnaissance lorsque l’écart de rémunération est trop faible au regard des responsabilités supplémentaires.

Je cartographierais également les métiers pour lesquels la collectivité est déjà obligée d’utiliser fortement le régime indemnitaire afin de rester attractive. Cette cartographie permettrait d’identifier les zones dans lesquelles la politique nationale de rémunération ne correspond plus suffisamment au marché local de l’emploi.

Je comparerais enfin la rémunération des nouveaux recrutés avec celle des agents expérimentés occupant des fonctions comparables. C’est probablement l’un des futurs points de tension majeurs pour les DRH : parvenir à recruter sans donner aux agents déjà présents le sentiment que leur ancienneté et leur fidélité n’ont plus de valeur.

Ces analyses devraient ensuite être croisées avec les départs volontaires, les difficultés de recrutement, les refus de postes, les demandes de revalorisation indemnitaire, les mobilités internes et les résultats des enquêtes d’engagement. C’est à cette condition que le débat sur le point d’indice devient réellement une analyse RH.

Le gel du point pose finalement une question beaucoup plus fondamentale aux DRH territoriaux

Le débat public continuera naturellement à opposer les contraintes budgétaires de l’État, les revendications de pouvoir d’achat des agents et les positions des organisations syndicales. Ces débats sont légitimes et relèvent des arbitrages nationaux.

Mais la responsabilité du DRH territorial se situe ailleurs. Elle consiste à anticiper les conséquences concrètes de ces choix sur son propre système RH.

Le gel du point d’indice peut être soutenable budgétairement à court terme tout en produisant progressivement des tensions sur l’attractivité, la fidélisation, les carrières et l’équité interne. À l’inverse, toute revalorisation générale possède évidemment un coût considérable pour les finances des employeurs territoriaux.

Le sujet ne peut donc pas être réduit à une opposition entre ceux qui souhaiteraient augmenter les rémunérations et ceux qui voudraient maîtriser les dépenses publiques. La question RH est plus complexe. Elle consiste à déterminer jusqu’à quel point un système de carrière peut conserver son pouvoir d’attraction et de reconnaissance lorsque sa composante indiciaire progresse moins vite que son environnement économique.

Conclusion : après le pouvoir d’achat, la question de la valeur de la carrière

Le gel du point d’indice en 2027 ne devrait pas être considéré par les DRH territoriaux comme une simple donnée supplémentaire à intégrer dans la préparation budgétaire. Il révèle une transformation plus profonde.

À mesure que les premiers indices se rapprochent du SMIC, que l’indemnité différentielle prend davantage d’importance, que les collectivités utilisent leurs régimes indemnitaires pour répondre aux tensions du marché du travail et que certaines progressions de carrière deviennent moins perceptibles financièrement, le centre de gravité de la rémunération publique se déplace.

La question n’est donc plus seulement : « Comment préserver le pouvoir d’achat des agents ? »

Elle devient : « Comment redonner de la valeur à la progression professionnelle lorsque la grille indiciaire ne suffit plus à la rendre visible ? »

C’est une question beaucoup plus difficile. Parce qu’elle touche simultanément à la rémunération, à l’attractivité, à l’équité, à la reconnaissance et à la fidélisation. Et surtout parce qu’une collectivité territoriale ne maîtrise qu’une partie des leviers permettant d’y répondre.

Le prochain grand chantier des politiques de rémunération publiques pourrait donc ne pas être seulement celui du niveau des salaires.

Il pourrait être celui de la valeur de la carrière publique elle-même.

Pascal NAUD
Président fondateur de NAUDRH.COM
Expert en ressources humaines territoriales, droit de la fonction publique et management public
naudrhexpertise@gmail.com

 

 

 

 

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17 septembre 2026 4 17 /09 /septembre /2026 20:42

 

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Fonction publique territoriale • Rémunération • Septembre 2026
Rémunération des agents territoriaux : le CSFPT alerte sur un système arrivé à un point critique

Tassement des grilles, perte de reconnaissance des qualifications, poids croissant des primes, difficultés de recrutement : le rapport du CSFPT du 16 septembre 2026 appelle à une refonte profonde du système de rémunération dans la fonction publique territoriale.

Le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale (CSFPT) a consacré sa séance plénière du 16 septembre 2026 à un rapport dont le titre résume à lui seul le diagnostic : « Les rémunérations des agents territoriaux : l’urgence de l’action ! »

Le sujet dépasse largement la seule question du pouvoir d’achat. Pour le CSFPT, le niveau des rémunérations est désormais directement lié à l’attractivité des métiers territoriaux, à la fidélisation des agents, à la reconnaissance des qualifications et, finalement, à la capacité des collectivités à assurer leurs missions de service public.

À retenir

La question posée par le rapport n'est plus seulement : « les agents territoriaux sont-ils suffisamment rémunérés ? » Elle devient : le système actuel permet-il encore de reconnaître réellement la qualification, l'ancienneté et la progression professionnelle ?

1. Une situation devenue structurelle

Le diagnostic du CSFPT est particulièrement sévère. La fonction publique territoriale cumule plusieurs difficultés : recrutements plus difficiles, manque de reconnaissance des qualifications, allongement des carrières et transformation des métiers.

Dans ce contexte, la rémunération n'est plus présentée comme un sujet périphérique. Elle devient un levier stratégique d'attractivité, de fidélisation et de reconnaissance professionnelle.

Cette évolution doit être regardée avec attention par les employeurs territoriaux : une politique RH ne peut durablement dissocier rémunération, parcours professionnels, mobilité, recrutement et fidélisation.

2. Les chiffres clés de la rémunération territoriale

Les données reprises par le CSFPT permettent de mesurer la situation. En 2024, le salaire net mensuel moyen dans la FPT atteint 2 317 euros, tous statuts et catégories confondus.

Employeur territorial Salaire net moyen 2024
Communes 2 186 €
EPCI à fiscalité propre 2 356 €
Régions 2 451 €
Départements 2 528 €

Le rapport souligne également que la FPT demeure globalement le versant de la fonction publique présentant les niveaux moyens de rémunération les plus faibles, même si une partie de l'écart avec les autres versants s'explique par la structure des emplois et notamment par la répartition différente des agents entre catégories hiérarchiques.

2 317 € nets/mois
Salaire net mensuel moyen dans la FPT en 2024

3. Le tassement des grilles au cœur du problème

C'est probablement le constat le plus important du rapport.

Les revalorisations successives du SMIC, lorsqu'elles ne sont pas accompagnées d'une évolution comparable du point d'indice et des grilles, conduisent progressivement le salaire minimum à rattraper les premiers échelons de plusieurs grilles indiciaires.

Au 1er janvier 2026, selon le rapport, plus de 356 000 fonctionnaires se sont retrouvés sous le niveau du SMIC avant l'application de l'indemnité différentielle. Étaient notamment concernés les cinq premiers échelons de l'échelle C1 et les trois premiers échelons de l'échelle C2.

Le signal d'alerte

Le phénomène dépasse désormais les seuls débuts de carrière de catégorie C. Le rapport indique qu'après la nouvelle évolution du SMIC qu'il analyse, un agent de catégorie A au premier échelon ne percevrait plus que 77 euros bruts de plus que le SMIC.

La difficulté est fondamentale : lorsqu'une hausse du SMIC conduit à rapprocher plusieurs échelons les uns des autres, l'écart de rémunération censé traduire l'ancienneté, la qualification ou la progression professionnelle se réduit.

4. Quand la carrière perd une partie de sa valeur

Le tassement des grilles produit un effet qui dépasse largement la rémunération immédiate. Il affecte la logique même de la carrière statutaire.

Le CSFPT relève que plusieurs échelons, voire plusieurs grades, peuvent se retrouver rémunérés à des niveaux très proches. Les gains résultant des changements d'échelon ou de grade deviennent alors relativement faibles, notamment dans les catégories C et B.

Le rapport donne également un exemple particulièrement parlant concernant la catégorie A : un attaché territorial débutait en 2000 à un niveau compris entre environ 1,30 et 1,35 fois le SMIC. Après le PPCR, ce rapport s'est réduit, pour atteindre selon le CSFPT environ 1,06 fois le SMIC sur la période 2024-2026.

Lorsque la promotion, l'ancienneté et la qualification ne produisent plus qu'un différentiel salarial limité, c'est la valeur même du parcours professionnel qui devient plus difficile à percevoir.

5. Les inégalités de rémunération entre les femmes et les hommes persistent

Le rapport relève également la persistance des écarts de rémunération entre les femmes et les hommes dans la fonction publique territoriale.

Les données reprises font apparaître un écart moyen d'environ 7 % en 2024. Le CSFPT souligne que ces différences persistent même lorsque certains effets, notamment ceux liés à la quotité de travail, sont neutralisés.

La situation s'explique notamment par les différences de déroulement de carrière, la forte présence des femmes dans les filières sociale et médico-sociale et les écarts concernant les régimes indemnitaires.

6. Le régime indemnitaire ne peut pas tout compenser

Face à la faiblesse relative du traitement indiciaire, les collectivités ont progressivement utilisé le régime indemnitaire comme un instrument essentiel de leur politique salariale.

En 2023, les primes et indemnités représentent en moyenne 25,3 % de la rémunération brute des fonctionnaires territoriaux.

Mais le CSFPT souligne les limites de cette évolution : les primes sont très partiellement prises en compte pour la retraite et les capacités indemnitaires varient fortement selon les collectivités.

Une collectivité disposant de marges budgétaires importantes peut ainsi proposer un RIFSEEP sensiblement plus attractif qu'une petite collectivité confrontée à des contraintes financières fortes.

Position du CSFPT

Le régime indemnitaire ne doit pas devenir la variable permettant de compenser durablement la faiblesse du traitement indiciaire. Le rapport préconise de réaffirmer le rôle structurant du socle indiciaire.

7. Le recours croissant aux contractuels

Le rapport établit également un lien entre les difficultés d'attractivité et l'augmentation du recours aux agents contractuels.

Dans la FPT, le nombre de contractuels a augmenté de 30 000 agents en 2023 par rapport à 2022, soit une progression de 6,2 %.

Cette évolution est nettement supérieure à la progression annuelle moyenne observée entre 2011 et 2021, évaluée à 2 %.

Pour le CSFPT, cette transformation de la structure de l'emploi territorial entraîne également des conséquences sur la stabilité des équipes, les conditions d'emploi, les rémunérations et les garanties collectives.

8. Les principales propositions du CSFPT

Le rapport ne se limite pas au diagnostic. Il formule un ensemble de propositions particulièrement ambitieuses.

Revaloriser le point d'indice

Le CSFPT demande une revalorisation de la valeur du point d'indice, accompagnée de garanties financières permettant aux collectivités territoriales d'en supporter le coût.

Refondre les grilles indiciaires

L'objectif serait de rétablir des écarts significatifs entre les échelons et les grades afin de redonner une véritable traduction salariale à la qualification, à l'ancienneté et à la progression professionnelle.

Ajouter des échelons en fin de carrière

Le CSFPT propose d'ajouter des échelons supplémentaires aux grilles actuelles afin de permettre une progression indiciaire jusqu'à la fin de la vie professionnelle.

Réexaminer le classement de certains cadres d'emplois

Le rapport propose d'étudier, dans le cadre d'une réflexion globale, le reclassement en catégorie B de certains cadres d'emplois actuellement classés en catégorie C, en citant notamment :

-les agents de maîtrise ;

-les ATSEM ;

-les policiers municipaux ;

-certains sous-officiers de sapeurs-pompiers.

Il s'agit à ce stade d'une proposition du CSFPT et non d'une réforme statutaire entrée en vigueur.

Faire évoluer plusieurs mécanismes statutaires

Parmi les autres pistes figurent notamment l'augmentation des ratios d'avancement de grade, l'amélioration de la reprise des services antérieurs lors de la nomination en qualité de stagiaire, la transformation des échelons spéciaux en échelons classiques, ou encore l'étude d'un CTI ou dispositif équivalent pour les agents du secteur social et médico-social.

Moderniser la NBI et revoir certains éléments indemnitaires

Le rapport appelle également à une modernisation de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) afin qu'elle reflète davantage les responsabilités, compétences et sujétions actuelles.

Il propose par ailleurs de réexaminer plusieurs indemnités : travail de nuit, dimanches et jours fériés, astreintes, heures complémentaires, supplément familial de traitement ou encore indemnité de résidence.

Les 5 orientations à retenir

1. Revaloriser le point d'indice.

2. Refondre les grilles indiciaires.

3. Redonner de la valeur aux progressions de carrière.

4. Rééquilibrer indiciaire et indemnitaire.

5. Donner de la visibilité aux employeurs territoriaux sur les évolutions salariales.

9. Ce que les employeurs territoriaux doivent en retenir

Les propositions du CSFPT ne constituent évidemment pas, en elles-mêmes, de nouvelles obligations juridiques pour les collectivités.

Elles constituent néanmoins un signal important sur l'évolution possible du cadre statutaire et, surtout, sur les difficultés auxquelles les politiques RH territoriales sont déjà confrontées.

Sans attendre une éventuelle réforme nationale, les employeurs peuvent utilement examiner plusieurs sujets dans leur propre politique RH :

-l'attractivité réelle des rémunérations proposées sur les métiers en tension ;

-les écarts de rémunération entre agents exerçant des fonctions comparables ;

-la cohérence interne du RIFSEEP ;

-les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes ;

-l'effet des rémunérations sur les recrutements et les départs ;

-la lisibilité des perspectives de carrière proposées aux agents ;

-la capacité financière à absorber de futures mesures nationales de revalorisation.

Pour les DRH territoriaux

La rémunération doit désormais être analysée comme une composante d'une stratégie RH globale : rémunération + carrière + recrutement + fidélisation + conditions de travail + protection sociale complémentaire + action sociale.

10. L'analyse NAUDRH.COM : derrière le salaire, c'est la logique statutaire qui est interrogée

Le point le plus important de ce rapport n'est probablement pas le niveau moyen de rémunération pris isolément.

Le véritable sujet est le rapprochement progressif du SMIC et des premiers niveaux des grilles indiciaires.

Car le statut de la fonction publique repose notamment sur une logique de carrière : la qualification initiale, l'ancienneté, l'avancement d'échelon, l'avancement de grade et la promotion doivent pouvoir produire une progression professionnelle identifiable.

Lorsque les écarts indiciaires deviennent trop faibles, cette architecture perd progressivement une partie de sa portée.

Le recours au régime indemnitaire peut améliorer la rémunération immédiate et constitue un outil indispensable de politique RH locale. Mais il ne peut, à lui seul, résoudre durablement le tassement national des grilles.

C'est pourquoi le débat ouvert par le CSFPT dépasse une simple revalorisation salariale. Il pose une question beaucoup plus structurante :

Comment redonner une véritable valeur à la carrière dans la fonction publique territoriale ?

Conclusion

Le rapport du CSFPT du 16 septembre 2026 constitue un document important pour les employeurs territoriaux parce qu'il met en relation des phénomènes souvent analysés séparément : rémunération, attractivité, recrutement, carrière, régime indemnitaire, égalité professionnelle et développement de l'emploi contractuel.

Les propositions formulées nécessiteraient, pour beaucoup, des évolutions législatives, réglementaires ou financières nationales. Elles ne doivent donc pas être confondues avec le droit positif applicable aujourd'hui.

Mais le diagnostic intéresse immédiatement les collectivités : une politique de rémunération ne peut plus être pensée indépendamment d'une stratégie globale d'attractivité et de fidélisation.

Avis www.naudrh.com

Ce rapport met le doigt sur le véritable problème : la « smicardisation » progressive des grilles finit par fragiliser la logique même de la carrière statutaire. Lorsque qualification, ancienneté, promotion et changement de catégorie produisent des écarts de rémunération trop faibles, ce n'est plus seulement le pouvoir d'achat qui est en cause : c'est la capacité du statut à reconnaître une progression professionnelle. La priorité devrait donc être une refonte cohérente des grilles indiciaires, plutôt qu'une accumulation de correctifs indemnitaires ponctuels qui traitent les conséquences sans résoudre durablement le problème.

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16 septembre 2026 3 16 /09 /septembre /2026 19:03

 

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DGAFP 2030 : simplification du droit, intelligence artificielle et transformation RH de la fonction publique

La DGAFP dévoile sa feuille de route stratégique à l’horizon 2030. Simplification du droit de la fonction publique, association accrue des praticiens RH à la production normative, intelligence artificielle, management, prospective RH, déontologie : derrière ce document stratégique se dessinent plusieurs évolutions susceptibles d’intéresser directement les employeurs publics et, pour certaines, la fonction publique territoriale.

Le projet stratégique « DGAFP 2030 – Partenaire des services publics » fixe les orientations de la Direction générale de l’administration et de la fonction publique pour les prochaines années.

Le document doit toutefois être lu avec précision. Certaines mesures concernent spécifiquement la DGAFP dans son rôle de DRH de l’État. D’autres s’inscrivent dans son rôle plus transversal de direction de la fonction publique, notamment en matière de droit commun, de simplification et d’accompagnement des employeurs publics.

1. Une stratégie organisée autour de cinq axes

La DGAFP inscrit sa feuille de route dans un environnement marqué par des contraintes budgétaires, des transformations du travail, des évolutions démographiques et des attentes croissantes à l’égard des services publics.

Le projet stratégique repose sur cinq grands axes :

- penser la politique RH sur le temps long ;

- consolider la DRH de l’État ;

- piloter un droit de la fonction publique plus simple et plus accessible ;

-promouvoir une fonction publique exemplaire ;

-mettre la politique RH au service des transformations.

À retenir

Cette feuille de route ne constitue pas, en elle-même, une nouvelle réglementation. Elle annonce des orientations, des chantiers et des échéances. Il faut donc distinguer les objectifs stratégiques des futures mesures juridiquement opposables.

2. Anticiper les besoins RH sur le temps long

Premier changement de perspective : la DGAFP souhaite renforcer la prospective RH.

Les politiques de ressources humaines ne doivent plus seulement répondre aux difficultés immédiates de recrutement, de fidélisation ou d’organisation. Elles doivent également anticiper les transformations démographiques, professionnelles et organisationnelles.

Parmi les actions annoncées figurent notamment :

-une revue stratégique de la fonction publique à l’horizon 2035-2050 ;

-la création d’un conseil d’orientation des ressources humaines ;

-le renforcement des partenariats avec le monde de la recherche ;

-la construction de modèles de projection des données RH afin d’anticiper les grandes tendances.

Cette orientation est particulièrement intéressante dans un contexte où de nombreux employeurs publics doivent simultanément gérer les départs à la retraite, les tensions de recrutement, l’évolution des métiers et les difficultés d’attractivité.

3. Simplifier le droit de la fonction publique

C’est probablement l’un des axes les plus directement intéressants pour les professionnels RH.

La DGAFP part d’un constat : le droit applicable aux agents publics doit devenir plus simple, plus lisible et plus accessible, sans perdre la sécurité juridique nécessaire à sa mise en œuvre.

Elle prévoit notamment la construction de plans annuels de simplification du droit de la fonction publique dans une logique d’amélioration continue.

Elle entend également systématiser l’évaluation des principales réformes en prévoyant une forme de réexamen permettant d’apprécier leur bonne mise en œuvre et les évolutions éventuellement nécessaires.

Point de vigilance juridique

« Simplifier » le droit ne signifie pas nécessairement réduire le nombre de règles. Pour les services RH, le véritable enjeu sera de savoir si les futures réformes réduisent effectivement les difficultés d’interprétation, les procédures complexes et les risques de contentieux.

4. Associer davantage les praticiens RH à la fabrication des normes

L’un des engagements les plus intéressants du projet concerne la méthode d’élaboration de la réglementation.

La DGAFP souhaite renforcer l’association des employeurs publics, des organisations syndicales et des praticiens RH à l’élaboration et à l’évaluation des textes.

Elle prévoit notamment de mettre en place des panels de gestionnaires RH afin de prendre davantage en compte l’expérience du terrain dans la conception et la mise en œuvre des mesures.

Les projets pourraient ainsi être examinés sous plusieurs angles :

-compréhension des nouvelles règles ;

-lisibilité des dispositifs ;

-simplicité de mise en œuvre ;

-anticipation des impacts opérationnels ;

-identification des difficultés rencontrées par les gestionnaires.

Pourquoi est-ce important ?

Une réforme statutaire peut être juridiquement cohérente tout en devenant extrêmement complexe à appliquer. Associer les gestionnaires en amont permettrait théoriquement d’identifier une partie de ces difficultés avant l’entrée en vigueur des textes plutôt qu’après.

5. L’intelligence artificielle entre dans la stratégie RH publique

L’autre annonce particulièrement significative concerne l’intelligence artificielle.

Dans son axe consacré aux transformations des services publics, la DGAFP prévoit de construire et diffuser une stratégie de déploiement raisonné de l’intelligence artificielle et de mettre en œuvre un plan de formation des agents publics sur la période 2026-2027.

Le document identifie trois leviers principaux pour accompagner les transformations : le management, la formation et l’intelligence artificielle.

Un chatbot IA autour du Code général de la fonction publique

L’annonce la plus concrète concerne le chantier de digitalisation du Code général de la fonction publique (CGFP).

La DGAFP prévoit de lancer un chantier de digitalisation du code afin de renforcer l’accès au droit via une nouvelle offre numérique, avec notamment l’intégration annoncée d’un chatbot utilisant l’intelligence artificielle.

Un changement de paradigme

L’enjeu n’est plus seulement de numériser les textes. Il s’agit progressivement d’utiliser l’intelligence artificielle pour faciliter la recherche, l’accès et potentiellement l’appropriation du droit de la fonction publique.

Cette évolution devra naturellement être appréciée au regard de la fiabilité juridique des réponses produites. En matière statutaire, un outil d’IA peut faciliter l’accès à l’information ; il ne dispense pas de vérifier le texte applicable, son champ d’application, sa date d’entrée en vigueur, les dispositions transitoires et, le cas échéant, la jurisprudence.

6. Management, travail et déontologie : une transformation plus large

Le projet DGAFP 2030 ne se limite pas au droit statutaire et à la technologie. Il comporte également plusieurs orientations concernant directement l’organisation du travail et le management public.

La DGAFP prévoit notamment de :

- diffuser une nouvelle culture du travail dans la fonction publique ;

- favoriser la création d’espaces de discussion sur le travail ;

- promouvoir une politique managériale spécifique à la fonction publique ;

- développer une démarche de haute qualité managériale ;

- construire une feuille de route RH en matière de transition écologique ;

- améliorer la connaissance des obligations et principes déontologiques ;

- renforcer la sécurisation des agents dans l’exercice de leurs missions.

L’approche est donc globale : la transformation du service public doit être accompagnée par les ressources humaines et non simplement imposée aux organisations.

7. Quelles conséquences pour les employeurs territoriaux ?

C’est ici qu’une lecture prudente du document s’impose.

DGAFP 2030 n’est pas une feuille de route exclusivement consacrée à la fonction publique territoriale. Une partie importante du projet concerne la DGAFP dans sa fonction de DRH de l’État et les ministères.

Il serait donc juridiquement excessif de présenter l’ensemble des 40 actions annoncées comme de futures obligations applicables aux collectivités territoriales.

En revanche, le document rappelle que la DGAFP exerce également une fonction plus générale de pilotage et veille notamment à la cohérence, à la simplicité, à la lisibilité et à l’accessibilité du droit commun applicable aux 5,8 millions d’agents publics.

Plusieurs orientations doivent donc être suivies attentivement par les DRH territoriaux, en particulier celles relatives :

-à la simplification du droit de la fonction publique ;

-à l’élaboration et à l’évaluation des normes ;

-à la digitalisation du CGFP ;

-à l’utilisation de l’intelligence artificielle ;

-à la diffusion et à l’appropriation du droit ;

-aux politiques managériales et aux transformations du travail.

Lecture opérationnelle pour une DRH territoriale
Orientation Enjeu RH Point de vigilance FPT
Simplification du droit Faciliter l’application des règles Identifier les mesures effectivement applicables à la FPT
Panels RH Tester l’applicabilité des réformes Veiller à la prise en compte des contraintes territoriales
IA Accès au droit et transformation des pratiques Fiabilité, contrôle humain et sécurisation juridique
Prospective RH Anticipation des besoins et compétences Adapter les méthodes aux réalités démographiques locales
Management Accompagner les transformations Articuler outils nationaux et autonomie des employeurs territoriaux

8. Ce que les DRH territoriaux doivent désormais surveiller

Le projet stratégique fournit surtout une carte des futurs chantiers RH. Plusieurs annonces devraient donc être suivies au cours des prochaines années.

Les chantiers à suivre

- les futurs plans de simplification du droit de la fonction publique ;

- les modalités d’évaluation des nouvelles réformes ;

- la digitalisation du Code général de la fonction publique ;

- le développement du chatbot IA annoncé par la DGAFP ;

- la stratégie de déploiement raisonné de l’intelligence artificielle ;

- le plan de formation des agents à l’IA ;

- les nouveaux outils consacrés au management et à l’organisation du travail ;

- les éventuelles déclinaisons de ces orientations dans la FPT.

Conclusion : vers une nouvelle manière de concevoir la politique RH publique ?

Derrière les 40 actions du projet DGAFP 2030 apparaît une évolution plus profonde de la conception de la fonction RH publique.

Il ne s’agit plus seulement de produire des règles statutaires, mais aussi d’anticiper les besoins, d’évaluer les normes, d’accompagner leur appropriation, de développer les compétences et d’utiliser progressivement les nouveaux outils numériques.

Pour les employeurs territoriaux, l’enjeu sera désormais de déterminer quelles orientations resteront propres à l’État et lesquelles se traduiront par des évolutions du droit, des outils ou des pratiques intéressant directement la fonction publique territoriale.

L’essentiel en une phrase

D’ici 2030, la transformation RH de la fonction publique devrait notamment s’appuyer sur trois mouvements : mieux anticiper, simplifier et évaluer le droit, et intégrer progressivement l’intelligence artificielle dans les pratiques RH.

Avis www.naudrh.com

Le point le plus intéressant de cette feuille de route n’est probablement pas le chatbot IA, même s’il constitue l’annonce la plus spectaculaire. L’évolution potentiellement la plus structurante réside dans la volonté affichée de rapprocher la production du droit de sa réalité opérationnelle, en associant davantage les gestionnaires à la conception des normes et en évaluant leur application. Si cette méthode est effectivement mise en œuvre – et si les contraintes spécifiques de la fonction publique territoriale sont suffisamment prises en compte –, elle pourrait avoir davantage d’impact sur le quotidien des services RH que l’outil technologique lui-même.

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10 septembre 2026 4 10 /09 /septembre /2026 20:35

 

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Sécurité civile 2026 : derrière la réforme, le modèle RH des SDIS arrive-t-il à sa limite ?

Financement, volontariat, temps de travail, santé, attractivité et capacité opérationnelle : la réforme de la sécurité civile pose désormais une question centrale aux DRH territoriaux.

Sécurité civile • SDIS • Ressources humaines • FPT
La réforme de la sécurité civile présentée aux organisations syndicales le 8 septembre 2026 pourrait être regardée comme un nouveau chantier législatif consacré à l’organisation des secours, au volontariat, à la gouvernance des services d’incendie et de secours ou encore à la coordination entre les différents acteurs de l’urgence. Pour les directeurs des ressources humaines territoriaux, cette lecture serait cependant trop étroite. Derrière les dispositions techniques du futur texte se dessine une question beaucoup plus profonde : le modèle humain sur lequel repose la sécurité civile française demeure-t-il soutenable face à l’augmentation des sollicitations, à l’intensification des risques climatiques, aux contraintes financières des collectivités et aux nouvelles exigences juridiques pesant sur l’organisation du travail ?
Idée directrice : la robustesse d’un SDIS ne se mesure plus seulement à ses effectifs théoriques. Elle dépend de la capacité humaine réellement disponible, mobilisable dans la durée et compatible avec la santé, le repos, la fidélisation et la continuité du service.

Cette interrogation permet de comprendre la réaction particulièrement sévère des organisations syndicales après la présentation des premières orientations du projet. Après les travaux du Beauvau de la sécurité civile, les professionnels attendaient une réforme capable de répondre à des difficultés devenues structurelles. Or les premiers éléments présentés portent principalement sur les missions, la gouvernance, le volontariat et la résilience, tandis que plusieurs questions financières déterminantes sont renvoyées à d’autres arbitrages. Le décalage entre l’ambition de refondation initialement annoncée et la première traduction législative explique donc une partie de la déception.

Pour les DRH territoriaux, cette situation mérite une attention particulière car elle dépasse très largement le seul secteur des SDIS. Elle pose une question que connaissent désormais de nombreuses administrations : jusqu’où un service public peut-il absorber une augmentation durable de ses missions par l’engagement de ses personnels sans redimensionner son modèle humain ?

Du Beauvau à la réforme : derrière la gouvernance, une question de capacité humaine

Le Beauvau de la sécurité civile, engagé en avril 2024, avait installé une ambition qui dépassait celle d’une simple adaptation juridique. Les travaux conduits pendant plus d’un an avaient vocation à réfléchir à l’avenir d’un modèle confronté simultanément aux évolutions climatiques, démographiques, sanitaires et territoriales. Le rapport de synthèse présenté en septembre 2025 s’inscrivait dans cette logique de transformation globale. L’attente créée auprès des professionnels était donc nécessairement importante.

La première mouture du projet présentée en septembre 2026 intervient cependant dans un contexte opérationnel encore plus tendu. L’intensification des incendies de forêt en constitue la manifestation la plus spectaculaire, mais elle ne résume pas la transformation de l’activité. Les services d’incendie et de secours doivent simultanément faire face aux crises climatiques, maintenir une réponse quotidienne de proximité et assurer un volume considérable d’interventions de secours d’urgence aux personnes. La difficulté n’est donc plus seulement celle de l’augmentation ponctuelle de l’activité. Elle réside dans sa transformation progressive en charge structurelle.

Cette distinction est fondamentale pour un DRH. Une organisation peut absorber temporairement une crise grâce à la mobilisation exceptionnelle de ses personnels. Elle devient beaucoup plus fragile lorsque cet engagement exceptionnel constitue progressivement son mode normal de fonctionnement. Les gardes supplémentaires, les rappels, la sollicitation accrue des volontaires ou les réorganisations permettent alors de maintenir la capacité opérationnelle immédiate, mais peuvent simultanément générer de la fatigue, de l’absentéisme, des difficultés de fidélisation et une usure professionnelle plus rapide.

Le sujet ne peut donc plus être appréhendé sous le seul angle des effectifs théoriques. La question déterminante devient celle de la charge réellement soutenable par les équipes dans la durée. Deux services disposant d’effectifs comparables peuvent présenter des situations RH radicalement différentes selon le volume et la nature de leurs interventions, la disponibilité effective des volontaires, la fréquence des gardes et astreintes, l’absentéisme, les restrictions d’aptitude ou encore l’exposition aux risques professionnels. La capacité opérationnelle ne se mesure donc plus seulement en nombre d’agents : elle doit être appréciée au regard de la disponibilité humaine réellement mobilisable sans dégrader durablement la santé des personnels.

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Le financement des SDIS est devenu un sujet directement RH

La question du financement des services d’incendie et de secours est traditionnellement abordée sous un angle institutionnel et budgétaire. Pour les directions des ressources humaines, elle doit pourtant être analysée comme une composante directe de la politique RH. Lorsque les ressources financières deviennent plus contraintes, les arbitrages concernent nécessairement les recrutements, les remplacements, la formation, les équipements, la prévention, les organisations de garde et, plus généralement, les conditions dans lesquelles les personnels accomplissent leurs missions.

Cette difficulté prend une importance particulière pour les départements, principaux contributeurs au financement des SDIS, alors qu’ils connaissent eux-mêmes de fortes contraintes financières. Une tension apparaît alors entre deux dynamiques contradictoires : les capacités budgétaires deviennent plus difficiles à mobiliser tandis que les risques auxquels doivent répondre les services de secours progressent. Si cette contradiction n’est pas résolue par le financement, elle finit inévitablement par être reportée sur l’organisation et donc sur les personnels.

C’est ici qu’apparaît un risque que les DRH connaissent bien : faire de la ressource humaine une variable implicite d’ajustement. Une organisation peut différer un recrutement, ne pas remplacer immédiatement un départ, augmenter temporairement la disponibilité demandée aux équipes ou réorganiser ses cycles pour maintenir son activité. Ces solutions peuvent être rationnelles à court terme. Leur accumulation devient cependant dangereuse lorsqu’elles se transforment en modèle permanent de gestion.

Pour un service de sécurité civile, cette logique est particulièrement sensible. Une organisation qui équilibre durablement ses contraintes budgétaires en maintenant ses ressources humaines sous tension peut préserver ses comptes à court terme tout en construisant progressivement un risque opérationnel. La soutenabilité financière et la soutenabilité humaine ne peuvent donc plus être analysées séparément.

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La décision du Conseil d’État du 9 juillet 2026 oblige à repenser le volontariat

La sécurité civile française repose très largement sur les sapeurs-pompiers volontaires. Leur présence permet de maintenir un maillage territorial particulièrement dense et constitue l’une des singularités les plus précieuses du modèle français. Mais cette force peut également masquer certaines tensions lorsque la disponibilité des volontaires devient progressivement indispensable pour absorber une activité qui n’a plus rien d’exceptionnel.

La décision rendue par le Conseil d’État le 9 juillet 2026 constitue, à cet égard, un tournant majeur. La Haute juridiction a considéré que les sapeurs-pompiers volontaires devaient être regardés comme des « travailleurs » au sens de la directive européenne 2003/88/CE relative à l’aménagement du temps de travail. Cette qualification doit être correctement comprise : elle ne transforme ni les SPV en fonctionnaires ni automatiquement en salariés et ne supprime pas la spécificité juridique de leur engagement. Elle conduit en revanche à intégrer beaucoup plus directement les exigences européennes relatives au repos et à la protection de la santé dans l’organisation de leur activité.

Pour les SDIS, la conséquence RH est considérable. Le volontariat ne peut plus être regardé uniquement sous l’angle de la disponibilité opérationnelle. Il faut désormais intégrer beaucoup plus explicitement la fatigue générée par l’activité, les périodes de repos et, plus largement, la soutenabilité de l’engagement. La question devient particulièrement complexe lorsque le volontaire exerce parallèlement une activité professionnelle, ce qui est précisément le principe même du modèle.

Un salarié ou un agent public peut effectuer sa journée chez son employeur principal puis rejoindre son centre d’incendie et de secours pour une garde ou une intervention nocturne avant de reprendre son activité professionnelle. Pris séparément, chacun de ces temps peut apparaître compatible avec son cadre juridique propre. Regardés ensemble, ils peuvent produire une fatigue cumulée importante. Le sujet RH n’est donc plus seulement celui du décompte des heures accomplies au SDIS : il devient celui de la récupération effective de la personne.

Cette évolution pourrait également renforcer l’intérêt des conventions de disponibilité conclues avec les employeurs de SPV. Jusqu’à présent, celles-ci sont principalement pensées comme des instruments permettant de faciliter l’engagement opérationnel ou la formation du volontaire. Elles pourraient progressivement devenir des outils plus larges d’articulation entre engagement, activité professionnelle principale et prévention de la fatigue.

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Le véritable indicateur stratégique n’est plus le nombre de volontaires, mais leur capacité durable d’engagement

C’est probablement sur ce point que la réflexion RH doit évoluer le plus profondément. Pendant longtemps, la politique du volontariat a logiquement été pensée autour de deux objectifs : recruter et disposer. Il fallait augmenter le nombre de SPV et améliorer leur disponibilité. Ces deux objectifs demeurent essentiels, mais ils ne suffisent plus à mesurer la robustesse du système.

Un effectif administratif de volontaires ne constitue pas en lui-même une capacité opérationnelle. Encore faut-il savoir combien de ces volontaires sont effectivement disponibles, pendant quelles périodes, à quelle fréquence et pendant combien d’années cette disponibilité pourra être maintenue sans compromettre leur santé, leur vie professionnelle, leur vie familiale ou leur volonté de poursuivre leur engagement.

Changement de grille de lecture : il faut passer d’une logique de stock d’effectifs à une logique de capacité humaine soutenable.

Un SPV extrêmement disponible peut produire une capacité opérationnelle importante à court terme. Mais si cette sollicitation conduit à son épuisement ou à son départ après quelques années, le système aura consommé rapidement une ressource humaine qu’il aurait pu conserver beaucoup plus longtemps. À l’inverse, une organisation légèrement moins exigeante en matière de disponibilité immédiate peut parfois obtenir une durée d’engagement beaucoup plus importante.

Cette approche conduit également à regarder différemment la fidélisation. Le nombre de recrutements annuels constitue un indicateur utile, mais il reste incomplet. La durée moyenne d’engagement, les départs dans les premières années, les motifs de cessation, les différences territoriales de fidélisation ou encore la relation entre intensité de sollicitation et abandon du volontariat deviennent des données stratégiques.

Pour une direction des ressources humaines, la question devrait donc progressivement évoluer. Il ne suffit plus de demander : « Combien avons-nous de volontaires ? » Il faut également savoir : « De combien d’années d’engagement durable disposons-nous collectivement ? »

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L’équilibre entre professionnels et volontaires redevient une question centrale de politique RH

Les revendications syndicales portent notamment sur un renforcement très important du nombre de sapeurs-pompiers professionnels. Le chiffre de 21 000 recrutements supplémentaires est avancé dans le débat social. Sans trancher ici la pertinence quantitative de cette revendication, la question qui la sous-tend mérite d’être examinée : jusqu’où le volontariat peut-il absorber une augmentation structurelle de l’activité ?

Si les interventions augmentent durablement, la capacité opérationnelle doit nécessairement progresser. Elle peut provenir d’une augmentation des effectifs professionnels, d’une plus grande disponibilité des volontaires, d’évolutions organisationnelles ou d’une meilleure répartition des missions entre acteurs. Mais chacune de ces solutions possède ses propres limites. En particulier, la disponibilité des SPV ne peut pas être considérée comme une ressource indéfiniment extensible.

L’enjeu n’est donc certainement pas d’opposer professionnels et volontaires. Le modèle français repose précisément sur leur complémentarité. La question stratégique consiste plutôt à déterminer à partir de quel niveau d’activité une mission cesse de relever d’un besoin susceptible d’être principalement absorbé par le volontariat pour devenir un besoin structurel justifiant une réponse professionnelle renforcée.

Cette interrogation devrait probablement devenir l’un des axes majeurs de la gestion prévisionnelle des emplois, des effectifs et des compétences des SDIS. Il ne suffit plus d’anticiper les départs à la retraite ou les vacances de postes. Il faut également anticiper l’évolution du volume d’activité et déterminer la combinaison de ressources humaines permettant d’y répondre durablement.

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Les carences ambulancières montrent que l’organisation des missions est aussi une question de sens au travail

Le débat relatif au secours d’urgence aux personnes constitue une autre illustration des tensions auxquelles sont confrontés les services d’incendie et de secours. Dans certains territoires, l’indisponibilité de transporteurs sanitaires privés conduit les SDIS à être sollicités pour assurer des transports qui mobilisent véhicules et personnels pendant des périodes parfois importantes.

Le problème est évidemment opérationnel, puisqu’un équipage engagé sur une mission n’est plus disponible pour une autre intervention. Il est également financier. Mais il possède une troisième dimension beaucoup plus directement RH : celle du sens du travail.

Les sapeurs-pompiers choisissent leur métier ou leur engagement à partir d’une certaine représentation de la mission de secours. Lorsque la nature de leur activité quotidienne évolue sensiblement, un décalage peut apparaître entre cette représentation professionnelle et le travail réellement accompli. Cette situation ne produit pas nécessairement immédiatement de l’absentéisme ou des départs, mais elle peut contribuer à une forme d’usure professionnelle.

Le Contrat territorial de secours d’urgence prévu dans le projet cherche précisément à améliorer l’articulation entre les SDIS, les SAMU, les transporteurs sanitaires et les associations agréées. Son efficacité dépendra toutefois moins de son existence juridique que de la capacité des acteurs à clarifier effectivement les responsabilités et à réduire les dysfonctionnements de coordination.

Pour les DRH, l’enseignement est plus général : une mauvaise organisation interinstitutionnelle finit presque toujours par produire un problème humain à l’intérieur des organisations. Les conflits de compétences, les interventions considérées comme indues ou les procédures mal articulées génèrent de la charge, de la frustration et parfois une perte de sens. La qualité de la gouvernance opérationnelle constitue donc également un levier de prévention des risques psychosociaux.

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Santé, sécurité et usure professionnelle : la prévention devient une politique capacitaire

La santé des sapeurs-pompiers devrait occuper une place centrale dans toute réflexion sur l’avenir de la sécurité civile. Les personnels sont confrontés à des expositions particulièrement importantes : fumées et substances toxiques, contraintes physiques, chaleur, travail nocturne, accidents, stress aigu et répétition de situations potentiellement traumatisantes. L’intensification des incendies de forêt ne peut que renforcer certaines de ces expositions.

Pour un DRH, la question doit être regardée au-delà de la seule obligation réglementaire de prévention. Elle concerne directement la capacité future du service. Un agent qui développe une pathologie, une restriction d’aptitude ou une incapacité durable représente d’abord une situation humaine qui doit être accompagnée, mais également une diminution de la capacité opérationnelle disponible. Lorsque ces situations se multiplient, elles deviennent un enjeu organisationnel majeur.

La prévention doit donc être pensée comme un investissement capacitaire. Prévenir une maladie professionnelle, limiter la fatigue, améliorer les équipements de protection ou mieux accompagner les conséquences psychologiques des interventions ne constitue pas seulement une politique sociale. C’est une manière de préserver la ressource humaine dont le service aura besoin demain.

Cette logique vaut également pour les volontaires. L’objectif ne doit plus être uniquement de maximiser leur disponibilité immédiate, mais de rendre leur engagement compatible avec une durée suffisamment longue. La meilleure capacité opérationnelle n’est pas celle qui mobilise aujourd’hui le maximum de personnes ; c’est celle qui permet encore de disposer demain de personnels expérimentés, formés et en capacité d’intervenir.

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La mobilisation sociale révèle surtout un décalage entre le diagnostic des personnels et la réponse institutionnelle

La forte contestation apparue lors de la présentation du projet ne peut être réduite à une opposition traditionnelle entre administration et organisations syndicales. Elle révèle un problème beaucoup plus intéressant pour les DRH : celui de la concordance entre le problème vécu par les agents et le problème auquel la réforme prétend répondre.

Lorsque les personnels parlent d’effectifs, de fatigue, de santé, de moyens opérationnels ou de financement et que la réponse institutionnelle porte principalement sur la gouvernance, les procédures ou la coordination, un décalage apparaît. Les mesures proposées peuvent être pertinentes en elles-mêmes, mais elles ne répondent pas nécessairement à ce que les professionnels identifient comme la cause première de leurs difficultés.

C’est un enseignement important pour toute conduite du changement. Une réforme n’est pas socialement comprise simplement parce qu’elle est juridiquement cohérente ou techniquement rationnelle. Elle doit également établir un lien suffisamment visible avec les problèmes rencontrés par ceux auxquels elle s’applique.

Dans le cas de la sécurité civile, le dialogue social ne devrait donc pas uniquement porter sur les dispositions du futur projet de loi. Il devrait permettre de construire un diagnostic partagé de la capacité réelle des services : effectifs, disponibilité, charge opérationnelle, santé, fidélisation, besoins de recrutement et évolution des missions.

C’est à partir de ce diagnostic que pourra être appréciée la véritable ambition de la réforme.

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Ce que devrait désormais mesurer une DRH de SDIS

La première évolution consisterait probablement à rapprocher beaucoup plus systématiquement les données opérationnelles des données RH. L’évolution du nombre et de la nature des interventions devrait être analysée avec celle des effectifs professionnels, de la disponibilité effective des volontaires, des gardes, des astreintes, de l’absentéisme, des accidents de service, des restrictions d’aptitude et des départs.

Cette approche permettrait de dépasser la photographie administrative des effectifs pour mesurer la capacité humaine réellement mobilisable. Elle pourrait notamment faire apparaître les territoires ou périodes dans lesquels la continuité du service repose sur un nombre particulièrement réduit de personnels très sollicités. Or une organisation dont la performance dépend durablement du surengagement de quelques individus est, par définition, une organisation fragile.

La fidélisation des volontaires devrait également devenir un indicateur de premier rang. Il serait utile d’identifier la durée moyenne d’engagement, les moments auxquels interviennent les départs, leurs motifs, les profils les plus exposés au décrochage et l’existence éventuelle d’une corrélation entre intensité de sollicitation et cessation de l’activité.

La même logique devrait être appliquée à la santé. L’absentéisme ne doit pas être regardé isolément. Les accidents, les restrictions d’aptitude, les reclassements, les expositions particulières, les heures nocturnes et les indicateurs de fatigue devraient être analysés ensemble afin d’identifier les phénomènes d’usure avant qu’ils ne se transforment en incapacité durable.

Vers un tableau de bord de soutenabilité humaine : l’objectif n’est pas de remplacer les indicateurs opérationnels, mais de déterminer si la performance constatée aujourd’hui est réellement reproductible demain.

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Pour les DRH territoriaux, la sécurité civile annonce peut-être une évolution beaucoup plus générale de la fonction RH publique

Le débat dépasse largement les SDIS. De nombreuses administrations territoriales connaissent désormais une situation comparable : augmentation des attentes des usagers, complexification normative, difficultés de recrutement, vieillissement de certains collectifs professionnels et marges budgétaires réduites. Pendant longtemps, une partie de ces tensions a été absorbée grâce à l’engagement des agents, à leur sens du service public et à la capacité des organisations à trouver localement des ajustements.

Mais cette ressource possède une limite. Lorsque l’adaptation exceptionnelle devient permanente, l’organisation commence à consommer son propre capital humain.

La sécurité civile rend simplement cette réalité particulièrement visible parce que les conséquences d’une insuffisance de capacité peuvent être immédiates et parce que l’engagement des sapeurs-pompiers professionnels et volontaires demeure exceptionnellement élevé.

Elle pourrait donc préfigurer une transformation plus générale de la fonction RH territoriale. Demain, la performance d’une organisation publique ne pourra probablement plus être appréciée seulement à travers ses effectifs, son absentéisme ou sa masse salariale. Elle devra également être évaluée à travers sa capacité à maintenir dans le temps un niveau de service sans épuiser les personnes qui le produisent.

Cela conduit à une conception différente de la performance publique. Une organisation performante n’est pas seulement celle qui accomplit aujourd’hui ses missions avec les moyens disponibles. C’est celle qui peut continuer à les accomplir demain.

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Conclusion : passer du pilotage des effectifs au pilotage de la capacité humaine soutenable

Le futur projet de loi de modernisation de la sécurité civile est encore en construction. Il serait donc prématuré de porter un jugement définitif sur ce que sera la réforme lorsqu’elle aura achevé son parcours de concertation et ses arbitrages. Les premières réactions permettent néanmoins d’identifier une question qui ne pourra probablement plus être évitée.

Le modèle français de sécurité civile ne peut plus être analysé en séparant financement, effectifs professionnels, volontariat, santé, organisation des secours et évolution des risques. Ces dimensions constituent désormais les différentes composantes d’une même équation de capacité.

La décision du Conseil d’État du 9 juillet 2026 accentue encore cette évolution. Elle rappelle que la disponibilité opérationnelle des volontaires ne peut être pensée indépendamment de leur santé et de leur repos. Elle oblige ainsi, d’une certaine manière, à passer d’une conception quantitative de la ressource humaine à une conception qualitative et temporelle de la capacité.

Pour les directeurs des ressources humaines territoriaux, c’est probablement là que se situe le principal enseignement de la réforme.

La question n’est plus seulement : « De combien de sapeurs-pompiers disposons-nous ? »

Elle devient : « De quelle capacité humaine réellement disponible, durable et soutenable disposons-nous pour répondre aux risques de demain ? »

Cette différence peut sembler sémantique. Elle est en réalité considérable. Un effectif mesure le nombre de personnes présentes dans une organisation. Une capacité humaine soutenable mesure ce que cette organisation peut réellement demander à ces personnes, pendant combien de temps, avec quel niveau de disponibilité et sans compromettre leur santé, leur engagement ou leur fidélisation.

L’effectif est une donnée administrative. La capacité humaine soutenable est une stratégie RH.

Et face à l’intensification des risques auxquels sera confrontée la sécurité civile, c’est probablement cette seconde notion qui devrait désormais devenir l’un des principaux indicateurs de pilotage des SDIS.

Pascal NAUD
Président fondateur de NAUDRH.COM
Expert en ressources humaines territoriales, droit de la fonction publique et management public

naurhexpertise@gmail.com

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5 septembre 2026 6 05 /09 /septembre /2026 16:47

 

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29 septembre 2026 : et si la mobilisation de la fonction publique révélait surtout une crise du modèle RH ?

Salaires, tassement des grilles, attractivité, fidélisation et progression de carrière : derrière la conflictualité sociale, c’est la valeur perçue de la carrière publique qui est désormais interrogée.

Dialogue social • Rémunération • Attractivité • FPT

La journée nationale de mobilisation annoncée dans la fonction publique pour le 29 septembre 2026 pourrait être regardée comme une nouvelle séquence de conflictualité sociale autour des salaires et des choix budgétaires. Pour les directeurs des ressources humaines territoriaux, cette lecture serait pourtant trop courte. Derrière les revendications immédiates apparaît une question beaucoup plus structurelle : le modèle de rémunération et de progression professionnelle de la fonction publique reste-t-il suffisamment lisible pour continuer à attirer, fidéliser et engager les agents ?

Le rendez-vous salarial du 8 juillet a surtout révélé deux temporalités devenues difficiles à concilier

Le rendez-vous salarial du 8 juillet 2026, organisé après deux années sans exercice comparable, devait permettre de renouer un dialogue national sur les rémunérations, les carrières et le pouvoir d’achat.

Il a surtout mis en évidence deux temporalités qui ne se rencontrent plus.

Du côté de l’État, la priorité est budgétaire. Les finances publiques imposent de contenir la dépense et rendent particulièrement difficile toute mesure générale présentant un coût immédiat et récurrent.

Du côté des organisations syndicales et d’une partie des agents, la temporalité est beaucoup plus immédiate. Elle est celle de la fiche de paie, du coût du logement, de l’alimentation, des transports et du sentiment que les progressions de carrière ne produisent plus nécessairement l’amélioration financière attendue.

Le Gouvernement a donc davantage privilégié des chantiers portant sur les parcours professionnels, la reconnaissance de l’expérience, les promotions et la rénovation progressive de certaines grilles.

La source de l’incompréhension

On répond à une demande immédiate de pouvoir d’achat par des transformations de carrière dont les effets sont différés.

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Le vrai signal d’alerte n’est peut-être pas le gel du point : c’est le tassement des carrières

Depuis plusieurs années, le débat sur la rémunération publique est presque exclusivement structuré autour de la valeur du point d’indice.

Cette question est évidemment importante.

Mais pour un DRH territorial, une autre évolution devrait probablement davantage inquiéter : le rapprochement progressif des premiers niveaux de traitement avec le salaire minimum.

Lorsque le SMIC augmente plus rapidement que certains traitements indiciaires, l’employeur public doit verser une indemnité différentielle permettant de garantir la rémunération minimale.

Le mécanisme est juridiquement identifié. Mais sa multiplication soulève une question beaucoup plus profonde.

La question de fond

Que signifie encore une grille de carrière lorsque plusieurs de ses premiers échelons conduisent pratiquement au même niveau réel de rémunération ?

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Une progression statutaire qui ne se voit plus sur la fiche de paie perd une partie de son sens

La carrière publique repose historiquement sur une promesse relativement simple.

L’agent entre dans un cadre d’emplois. Son ancienneté augmente. Il progresse dans les échelons. Il peut bénéficier d’avancements de grade ou d’une promotion interne. Cette progression statutaire est censée s’accompagner progressivement d’une progression de rémunération.

Lorsque plusieurs échelons se trouvent rattrapés par le SMIC, cette architecture devient beaucoup moins perceptible.

Un agent peut avancer dans sa carrière, acquérir davantage d’expérience, prendre davantage d’autonomie et pourtant constater que l’amélioration nette de sa rémunération reste extrêmement faible.

Le problème n’est donc plus uniquement financier. Il devient symbolique.

Car la rémunération ne récompense pas seulement un travail. Elle matérialise également, aux yeux de l’agent, la reconnaissance de son expérience, de ses compétences et de sa progression professionnelle.

Lorsque cette traduction financière disparaît, le sentiment de carrière peut lui aussi progressivement disparaître.

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La « smicardisation » des premiers niveaux de rémunération est donc aussi une crise de reconnaissance

Le terme est politiquement chargé, mais le phénomène qu’il désigne mérite d’être pris au sérieux.

Ce qui fragilise les premiers niveaux de grille n’est pas seulement leur proximité avec le SMIC.

C’est l’écrasement des écarts.

Dans un système de carrière, les différences entre les échelons ont une fonction importante. Elles rendent perceptible l’expérience acquise et entretiennent la perspective d’une amélioration future.

Lorsque ces différences deviennent presque invisibles, la question posée à l’agent change.

La question que se pose désormais l’agent

« Si je reste cinq ou dix années supplémentaires, qu’est-ce que ma carrière va réellement m’apporter ? »

Pour une DRH territoriale confrontée à des difficultés de recrutement et de fidélisation, cette question est considérable.

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L’indemnité différentielle corrige juridiquement le problème sans résoudre le problème RH

L’indemnité différentielle est indispensable.

Elle garantit que la rémunération de l’agent ne se situe pas sous le minimum applicable.

Mais elle constitue un mécanisme de compensation, pas une politique de carrière.

Elle corrige le résultat.

Elle ne corrige pas la grille qui produit ce résultat.

C’est une nuance importante.

Plus le nombre d’agents concernés augmente, plus apparaît une difficulté structurelle : le traitement indiciaire ne joue plus totalement son rôle de différenciation des débuts de carrière.

Or cette situation peut avoir des conséquences très concrètes.

Lorsqu’un candidat compare une rémunération publique à une rémunération privée, il ne raisonne généralement pas en indice brut, indice majoré ou perspective d’avancement statutaire à dix ans.

Il regarde ce qu’il gagnera à la fin du mois.

C’est particulièrement vrai sur les métiers en tension.

Un problème d’attractivité immédiate

Le maintien d’un système de rémunération dont la valeur se trouve principalement dans sa progression théorique devient difficile à défendre lorsque cette progression est peu visible financièrement.

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Pour les collectivités, le problème devient aussi celui de l’attractivité relative

Le secteur public territorial ne recrute pas dans un marché du travail séparé.

Il recrute souvent les mêmes professionnels que les entreprises, les associations, les établissements sanitaires ou médico-sociaux et parfois d’autres collectivités.

Techniciens, informaticiens, travailleurs sociaux, professionnels de santé, ingénieurs, personnels de maintenance ou spécialistes de la commande publique disposent parfois de plusieurs options professionnelles.

Dans ce contexte, une rémunération d’entrée peu différenciée peut devenir un handicap majeur.

Le régime indemnitaire permet évidemment aux collectivités de disposer d’une marge d’action.

Mais cette solution rencontre elle aussi des limites.

Toutes les collectivités ne disposent pas des mêmes capacités financières.

Une nouvelle inégalité entre employeurs

La question salariale nationale peut progressivement devenir une question d’égalité territoriale des employeurs publics.

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Les DRH se retrouvent alors dans une position particulièrement inconfortable

C’est probablement l’un des aspects insuffisamment compris dans le débat national.

Le DRH territorial doit simultanément expliquer aux agents les contraintes budgétaires de la collectivité, préserver l’équité interne, rendre les métiers attractifs, limiter les départs, reconnaître l’engagement professionnel et maîtriser la masse salariale.

Ces objectifs deviennent de plus en plus difficiles à concilier.

Lorsqu’un agent demande une revalorisation, la réponse peut être juridiquement fondée et budgétairement rationnelle.

Mais elle peut être socialement inaudible.

À l’inverse, multiplier les réponses indemnitaires individuelles afin de conserver certains agents peut progressivement fragiliser la cohérence de la politique de rémunération.

Le risque est alors de passer d’une politique salariale à une succession de négociations de rétention.

Un risque d’équité interne

Lorsque ceux qui menacent de partir obtiennent davantage que ceux qui restent, le système de rémunération finit par envoyer un signal paradoxal aux agents les plus fidèles.

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Le 29 septembre peut aussi être lu comme une crise de la promesse de carrière

Les revendications salariales occupent naturellement le devant de la scène.

Mais derrière elles se trouve une question plus profonde.

Pendant longtemps, la fonction publique pouvait proposer une forme d’échange implicite : une rémunération parfois inférieure au secteur privé à certains moments de la carrière, compensée par la stabilité de l’emploi, une progression organisée, une protection sociale et une perspective professionnelle de long terme.

Cet équilibre évolue.

Les nouvelles générations de salariés accordent davantage de valeur à la rémunération immédiate, à la mobilité, à l’autonomie, aux conditions de travail et à la capacité de faire évoluer rapidement leur parcours.

Dans le même temps, les carrières deviennent moins linéaires.

La fidélité n’est plus acquise

Elle se construit. Et dans cette construction, la rémunération reste un élément majeur, même si elle n’est évidemment pas le seul.

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Le dialogue social de l’automne ne devrait donc pas être réduit au suivi du taux de grévistes

Pour un DRH territorial, la tentation sera naturellement de préparer opérationnellement la journée du 29 septembre.

Combien d’agents seront absents ? Quels services seront concernés ? Comment assurer la continuité ? Quelle information apporter aux usagers ?

Ces questions sont nécessaires.

Mais elles ne suffisent pas.

Le taux de participation à une journée de grève ne mesure pas parfaitement le niveau de malaise d’une organisation.

Un agent peut ne pas faire grève et considérer néanmoins que sa rémunération est insuffisante.

Il peut ne pas manifester et chercher simultanément un autre employeur.

Il peut continuer à exercer correctement ses missions tout en ayant cessé de se projeter dans la collectivité.

Le vrai risque silencieux

Le désengagement professionnel est souvent beaucoup moins visible que le conflit social. Et il peut être beaucoup plus coûteux.

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La contrainte budgétaire des collectivités rend pourtant les marges de réponse limitées

Il serait artificiel de prétendre que les employeurs territoriaux disposent seuls des moyens de résoudre la question salariale.

Les collectivités doivent elles-mêmes absorber l’évolution de leurs charges, les décisions nationales relatives aux rémunérations et aux cotisations, les coûts liés à la protection sociale complémentaire, les besoins de remplacement et l’évolution de leurs politiques publiques.

La masse salariale demeure l’un de leurs premiers postes de dépense.

Une revalorisation générale décidée nationalement peut donc représenter immédiatement plusieurs centaines de milliers, voire plusieurs millions d’euros pour les employeurs les plus importants.

C’est pourquoi les DRH se trouvent souvent au croisement de deux légitimités parfaitement compréhensibles.

La première est celle des agents qui demandent une amélioration de leur rémunération.

La seconde est celle des exécutifs locaux qui doivent maintenir leurs équilibres financiers.

Le rôle du DRH

Le problème n’est pas de choisir entre les deux. Il est de construire une politique RH crédible dans l’espace de plus en plus étroit qui les sépare.

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Le véritable risque serait désormais une fonction publique où la carrière ne suffit plus à fidéliser

C’est probablement ce que la mobilisation du 29 septembre devrait conduire les DRH territoriaux à regarder.

La question n’est plus seulement : « Nos agents sont-ils correctement rémunérés par rapport à la grille ? »

Elle devient :

La question employeur

« Notre proposition employeur est-elle encore suffisamment attractive pour qu’un professionnel choisisse notre collectivité et souhaite y rester ? »

La nuance est considérable.

Elle oblige à regarder simultanément la rémunération, le régime indemnitaire, la progression professionnelle, les possibilités de promotion, la mobilité, le management, les conditions de travail, la protection sociale, la formation et l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

Autrement dit, elle oblige à sortir d’une approche exclusivement statutaire de l’attractivité.

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La question des promotions devient elle aussi stratégique

Dans un contexte où les possibilités de revalorisation générale restent contraintes, les perspectives de carrière prennent mécaniquement davantage d’importance.

Mais encore faut-il qu’elles soient visibles.

Un agent qui ne comprend pas comment il peut évoluer, qui ignore les critères de promotion ou qui considère que les perspectives sont trop éloignées ne transforme pas cette possibilité théorique en motivation professionnelle.

Les lignes directrices de gestion et les politiques de promotion devraient donc être pensées aussi comme des outils d’engagement.

La transparence comme levier d’engagement

Dire qu’une carrière est possible ne suffit plus. Il faut pouvoir montrer comment elle se construit.

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Le régime indemnitaire ne pourra pas éternellement corriger toutes les faiblesses du système indiciaire

Depuis plusieurs années, le RIFSEEP est devenu l’un des principaux leviers de politique salariale des collectivités.

Il permet de reconnaître les responsabilités, les sujétions, l’expertise et parfois de répondre aux tensions de recrutement.

C’est un outil précieux.

Mais lui demander de résoudre à lui seul les difficultés structurelles des grilles serait dangereux.

Plus la part indemnitaire devient importante, plus la rémunération réelle peut différer entre collectivités pour des fonctions comparables.

Cette évolution peut être assumée comme une manifestation de l’autonomie employeur.

Elle peut également produire une concurrence croissante entre collectivités.

Un arbitrage permanent

Le DRH territorial doit trouver un équilibre subtil entre attractivité externe et équité interne. Chaque décision salariale devient ainsi une décision d’architecture RH.

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Ce que je regarderais aujourd’hui dans une DRH territoriale

Je ne commencerais pas par mesurer le nombre prévisible de grévistes.

Je commencerais par regarder les rémunérations.

Pas uniquement leur niveau moyen.

Je regarderais l’écrasement des écarts entre échelons, les métiers sur lesquels le régime indemnitaire représente une part croissante de l’attractivité, les demandes de revalorisation individuelles, les refus de recrutement pour motif salarial et les départs vers d’autres employeurs.

Je rapprocherais ensuite ces informations des données de mobilité et de recrutement.

Si un même métier concentre les vacances de postes, les refus de candidats, les demandes de revalorisation et les départs, le problème n’est probablement plus individuel.

Il devient structurel.

Je regarderais également la manière dont les agents perçoivent leurs perspectives de carrière.

Un agent peut accepter une rémunération d’entrée modérée s’il comprend que sa situation évoluera réellement.

Il l’acceptera beaucoup moins facilement s’il considère que dix années d’ancienneté modifieront à peine son niveau de vie.

Enfin, j’utiliserais la séquence sociale de l’automne pour réinterroger le discours employeur.

Le discours employeur doit évoluer

Une collectivité ne peut pas uniquement expliquer ce qu’elle ne peut pas financer. Elle doit également être capable d’expliquer ce qu’elle offre en contrepartie d’un engagement professionnel durable.

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Conclusion : derrière le 29 septembre, une question beaucoup plus profonde pour les DRH

La mobilisation annoncée du 29 septembre 2026 sera naturellement commentée à travers les taux de grévistes, le nombre de manifestants, les perturbations des services et les réponses gouvernementales.

Mais pour les directeurs des ressources humaines territoriaux, son enseignement principal pourrait être ailleurs.

Le système de rémunération de la fonction publique entre dans une zone de fragilité particulière.

Lorsque les premiers échelons se rapprochent du salaire minimum, lorsque les différences entre niveaux de carrière deviennent moins perceptibles et lorsque les collectivités doivent mobiliser toujours davantage leur régime indemnitaire pour conserver leur attractivité, ce n’est plus simplement le pouvoir d’achat qui est interrogé.

C’est la lisibilité de la carrière publique elle-même.

Or une administration peut fonctionner longtemps avec des agents insatisfaits.

Elle fonctionne beaucoup plus difficilement lorsqu’elle ne parvient plus à les recruter, à les fidéliser ou à leur donner envie de progresser.

La question stratégique pour les DRH territoriaux n’est donc peut-être pas : « Quelle sera l’ampleur de la grève du 29 septembre ? »

Elle est plutôt : « Que nous dit cette mobilisation sur ce que nos agents attendent désormais d’un employeur public, et sommes-nous encore capables de construire une proposition RH suffisamment forte pour y répondre ? »

Le premier sujet appartient au dialogue social de septembre.

Le second déterminera probablement une grande partie de la politique RH territoriale des prochaines années.

Mon opinion

Le véritable risque pour la fonction publique territoriale n’est pas seulement la faiblesse ponctuelle du pouvoir d’achat. Il est la perte progressive de lisibilité de la carrière publique. Lorsque l’avancement, l’expérience et la fidélité deviennent peu perceptibles financièrement, les DRH doivent reconstruire une proposition employeur qui articule rémunération, progression, conditions de travail, management et perspectives. Le 29 septembre est un signal social ; il peut aussi devenir un révélateur stratégique.

Pascal NAUD
Président fondateur de NAUDRH.COM
Expert en ressources humaines territoriales, droit de la fonction publique et management public

naudrhexpertise@gmail.com

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2 septembre 2026 3 02 /09 /septembre /2026 16:32

 

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Rentrée RH FPT 2026 : ce que les DRH territoriaux doivent retenir d’un été particulièrement dense.

Temps partiel thérapeutique, arrêts de travail, congés annuels reportés, rupture conventionnelle, encadrement supérieur territorial, ASA, retraite, jurisprudences… L’été 2026 n’a pas été une période de pause pour le droit de la fonction publique territoriale.

 

Pour les directeurs et responsables des ressources humaines territoriales, la difficulté de cette rentrée ne tient pas seulement au nombre de textes publiés. Elle réside surtout dans leur traduction concrète : des délais changent, de nouvelles obligations d’information apparaissent, certaines procédures doivent être sécurisées et plusieurs modèles ou circuits RH peuvent désormais nécessiter une actualisation.

 

Le risque n’est donc plus seulement de ne pas avoir lu un texte. Il est de continuer à appliquer, parfois de bonne foi, une procédure devenue partiellement obsolète.

 

C’est dans cet objectif que NAUDRH.COM a réalisé son Flash RH FPT – Rentrée 2026, consacré aux principales évolutions statutaires intervenues en juillet et août. Au-delà de cette synthèse, plusieurs changements méritent une attention particulière des DRH territoriaux dès la reprise.

 

 

Une rentrée RH qui impose d’abord de distinguer les différentes échéances

 

Une première précaution est indispensable : ne pas confondre la date de publication d’une réforme, sa date d’entrée en vigueur et le moment auquel elle produira concrètement ses premiers effets dans la gestion quotidienne d’une collectivité.

 

Certaines mesures doivent être intégrées immédiatement dans les pratiques RH. C’est notamment le cas des évolutions intervenues durant l’été concernant le temps partiel thérapeutique, les congés annuels reportés ou encore la rupture conventionnelle. D’autres appellent surtout un travail préparatoire au cours des prochains mois. C’est le cas du nouveau cadre applicable aux autorisations spéciales d’absence et à plusieurs aménagements horaires liés à la parentalité et aux évènements familiaux, dont l’entrée en vigueur est fixée au 1er janvier 2027.

 

Pour une direction des ressources humaines, cette distinction est essentielle. Une bonne veille juridique ne consiste pas simplement à identifier qu’un texte a été publié : elle doit permettre de déterminer quand agir, quels dossiers sont concernés, quels actes doivent être modifiés et quelle procédure doit désormais être appliquée.

 

 

Temps partiel thérapeutique : la procédure RH devient plus exigeante

Le décret n° 2026-705 du 29 juillet 2026 modifie plusieurs règles relatives aux congés pour raisons de santé des agents publics et apporte notamment des évolutions importantes concernant le temps partiel thérapeutique.

 

Pour les services RH, l’un des changements majeurs réside dans l’encadrement plus précis du traitement de la demande. Lorsque celle-ci intervient à la suite de certaines situations statutaires, notamment après un congé de longue maladie, un congé de longue durée, un CITIS ou une disponibilité pour raison de santé, la décision doit intervenir au plus tard le jour de la reprise. Dans les autres situations, l’administration dispose d’un délai de trente jours pour statuer.

 

Le refus ou l’interruption d’un temps partiel thérapeutique doit par ailleurs être motivé. Lorsque la décision repose sur les nécessités liées à la continuité ou au fonctionnement du service, la procédure suppose une attention particulière, notamment au regard de l’entretien préalable et de la possibilité pour l’agent d’être assisté.

 

Cette réforme doit conduire les DRH à vérifier leurs circuits internes. La réception de la demande, son enregistrement, le suivi du délai de décision, la motivation d’un éventuel refus et la distinction entre considérations médicales et contraintes organisationnelles ne peuvent plus être traités de manière informelle.

 

Un autre point mérite d’être rappelé : le certificat médical ne vaut pas, à lui seul, décision administrative. L’employeur conserve son rôle dans l’instruction de la demande et doit articuler correctement préconisation médicale, situation statutaire de l’agent et exigences du service.

 

Arrêts de travail : de nouvelles règles à intégrer depuis le 1er septembre 2026

La réforme des congés pour raisons de santé produit également des effets sur la gestion des arrêts de travail. Depuis le 1er septembre 2026, plusieurs nouvelles exigences doivent être prises en compte par les employeurs publics.

 

Le dispositif renforce notamment la sécurisation de la transmission des avis d’arrêt de travail, en particulier lorsqu’ils sont établis sous format papier, et fait évoluer certaines règles relatives aux prescriptions, prolongations, obligations de l’agent pendant son arrêt et possibilités de contrôle.

 

Ces changements ne doivent toutefois pas conduire à une gestion automatique des situations irrégulières. Lorsqu’un document apparaît incomplet ou non conforme, le bon réflexe juridique consiste d’abord à qualifier précisément l’irrégularité constatée, à informer l’agent et à appliquer la procédure correspondant à la situation.

 

Pour les DRH territoriaux, la rentrée constitue donc le bon moment pour revoir les notices remises aux agents, les consignes données aux gestionnaires, les modalités de réception des arrêts papier et les procédures internes de contrôle.

 

Congés annuels reportés : l’information de l’agent devient un élément central de la sécurité juridique

 

Le décret n° 2026-768 du 11 août 2026 constitue une évolution particulièrement importante pour la gestion des congés annuels dans la fonction publique.

 

Lorsqu’un agent n’a pas pu prendre ses congés en raison d’un congé pour raison de santé ou d’un congé lié aux responsabilités parentales ou familiales, l’employeur doit désormais l’informer du nombre de jours pouvant être reportés ainsi que de la date limite à laquelle ils peuvent être utilisés.

 

Cette information doit intervenir dans le mois suivant la reprise et être transmise par un moyen permettant d’en établir la date avec certitude. Lorsque les congés n’ont pas pu être pris pour des raisons tenant à l’intérêt du service, l’information doit intervenir avant le 31 janvier de l’année suivante.

 

L’enjeu est loin d’être purement administratif. La date à laquelle l’information est effectivement portée à la connaissance de l’agent peut avoir des conséquences sur le point de départ de la période pendant laquelle les jours reportés peuvent être utilisés.

 

Un compteur de congés correctement renseigné dans le SIRH ne suffit donc pas nécessairement à satisfaire à l’obligation d’information. Les collectivités doivent pouvoir démontrer qu’une information individuelle, compréhensible et datée a effectivement été adressée à l’agent.

 

Ce changement mérite une attention particulière car il déplace une partie du risque contentieux vers la capacité de l’administration à établir la preuve de l’information délivrée.

 

Rupture conventionnelle : la pérennisation du dispositif impose de revoir les dossiers en cours

 

Le décret n° 2026-745 du 6 août 2026 actualise la procédure applicable à la rupture conventionnelle dans la fonction publique, dans le prolongement de sa pérennisation par la loi de finances pour 2026.

 

Le dispositif concerne notamment les fonctionnaires et les agents contractuels territoriaux relevant de son champ d’application. La rupture conventionnelle conserve sa caractéristique fondamentale : elle repose sur un accord entre l’agent et l’employeur. Elle ne constitue donc pas un droit que l’une des parties pourrait imposer à l’autre.

 

Les évolutions intervenues pendant l’été nécessitent également une vigilance particulière sur le calcul de l’indemnité spécifique et sur l’utilisation des modèles réglementaires actualisés. Les dossiers déjà engagés doivent donc être réexaminés avant leur finalisation afin de vérifier que la procédure, le montant et le support conventionnel utilisés correspondent bien au droit applicable au moment de la signature.

 

Mais l’analyse d’une rupture conventionnelle ne devrait jamais être limitée à la seule indemnité versée à l’agent. Pour une collectivité, la décision doit également intégrer le coût du remplacement éventuel, les conséquences en matière d’assurance chômage, l’impact sur l’organisation du service et les risques juridiques attachés au dossier.

 

Encadrement supérieur territorial : la réforme doit désormais être vérifiée dans les actes et sur la paie

 

La réforme de l’encadrement supérieur territorial issue des décrets publiés le 10 juin 2026 est entrée en vigueur le 1er juillet.

 

Elle modifie l’architecture de plusieurs emplois fonctionnels administratifs de direction et, pour certains emplois supérieurs relevant des collectivités et établissements concernés, fait évoluer le régime indemnitaire applicable.

 

Pour les DRH, la rentrée doit donc être l’occasion de passer du stade de l’analyse juridique à celui du contrôle effectif de sa mise en œuvre. Le classement des agents concernés, leur situation indiciaire, les délibérations indemnitaires, les arrêtés individuels et les éventuelles régularisations de paie constituent les principaux points de contrôle.

 

Sur ce type de réforme, la conformité juridique se vérifie finalement très concrètement sur le bulletin de paie et dans l’acte individuel. Une réforme connue mais imparfaitement traduite dans le SIRH ou dans les décisions administratives demeure une réforme mal appliquée.

 

ASA et parentalité : le 1er janvier 2027 doit se préparer dès maintenant

 

Le décret n° 2026-604 du 6 juillet 2026 fixe un nouveau cadre relatif aux autorisations spéciales d’absence et aux aménagements horaires liés à la parentalité et à certains évènements familiaux dans la fonction publique. Ses dispositions entreront en vigueur le 1er janvier 2027.

 

L’échéance peut sembler encore éloignée. Elle ne l’est pas réellement à l’échelle d’une direction des ressources humaines territoriale.

 

Les prochains mois doivent permettre de comparer les règles actuellement appliquées dans la collectivité avec le nouveau dispositif, d’identifier les autorisations relevant désormais d’un droit et celles qui demeurent soumises aux conditions prévues par le texte, d’examiner la situation des dispositifs locaux existants et de mesurer les conséquences sur les règlements internes, le SIRH et l’information des encadrants.

 

Selon les adaptations envisagées et leur nature, le calendrier devra également intégrer les étapes de dialogue social et les éventuelles saisines des instances compétentes. Attendre décembre 2026 pour engager ce chantier exposerait les collectivités à une mise en conformité précipitée.

 

Retraite, Livre IV du CGFP, collaborateurs de cabinet : plusieurs sujets ne doivent pas rester hors radar

 

L’été a également été marqué par plusieurs autres évolutions qui, sans nécessiter toutes le même niveau d’urgence, doivent être intégrées dans la veille des directions des ressources humaines.

 

L’entrée en vigueur du Livre IV réglementaire du code général de la fonction publique conduit notamment à revoir progressivement les références utilisées dans les actes, modèles et procédures RH. La codification ne signifie pas nécessairement que toutes les règles de fond changent, mais elle impose d’éviter de continuer à viser mécaniquement des références devenues obsolètes.

 

Les évolutions concernant la retraite des parents doivent également être analysées avec prudence. Les conséquences ne sont pas identiques selon la situation des agents, leur régime de retraite et leur carrière. Les formules trop générales doivent donc être évitées au profit d’une analyse individualisée des dossiers.

 

La rémunération des collaborateurs de cabinet et certaines conséquences de la réforme de l’encadrement supérieur doivent enfin conduire les employeurs concernés à vérifier les plafonds applicables, les contrats, les arrêtés et la paie.

 

Les jurisprudences de l’été rappellent que la procédure reste aussi importante que la règle de fond

 

Plusieurs décisions juridictionnelles publiées durant l’été 2026 présentent également un intérêt direct pour les pratiques RH territoriales.

 

Le Conseil d’État et les cours administratives d’appel ont notamment apporté des précisions concernant le temps de travail des sapeurs-pompiers volontaires, les garanties de défense dans une procédure disciplinaire, l’appréciation de l’inaptitude, l’éligibilité de certains DGS et DGA aux élections professionnelles, les changements d’affectation décidés dans l’intérêt du service ou encore l’appréciation de comportements susceptibles d’être confrontés au principe de neutralité.

 

Ces décisions ont un point commun : elles rappellent que la sécurité juridique d’une décision RH repose rarement sur un principe abstrait pris isolément. Elle dépend des faits, du statut de l’agent, de la procédure suivie, des éléments de preuve disponibles et de la motivation de la décision.

 

Une jurisprudence ne doit donc jamais être transposée mécaniquement. Elle constitue un outil d’aide à la décision à condition d’en restituer précisément les circonstances et la portée.

 

Que devrait faire une DRH territoriale dans les quinze premiers jours de la rentrée ?

 

La priorité devrait être donnée aux dossiers déjà ouverts et susceptibles d’être immédiatement affectés par les nouvelles règles. Les demandes de temps partiel thérapeutique en cours, les arrêts de travail, les situations de congés annuels reportés et les procédures de rupture conventionnelle méritent ainsi une revue prioritaire.

 

Dans un second temps, les modèles de courriers, accusés de réception, décisions, visas juridiques et notices d’information doivent être comparés avec les nouvelles dispositions. L’objectif n’est pas de tout réécrire, mais d’identifier ce qui est devenu juridiquement insuffisant ou matériellement inadapté.

 

La paie constitue également un point de vigilance immédiat pour les collectivités concernées par la réforme de l’encadrement supérieur ou par l’évolution de la rémunération des collaborateurs de cabinet.

 

Enfin, la préparation de 2027 doit commencer dès cette rentrée, notamment sur les ASA et les aménagements horaires liés à la parentalité. Ce chantier devra associer les compétences juridiques, les équipes carrière-paie, les responsables du SIRH, les managers et, lorsque les textes l’imposent, les instances de dialogue social.

 

Une synthèse de rentrée ne remplacera jamais une veille juridique continue

Le Flash RH FPT – Rentrée 2026 de NAUDRH.COM constitue volontairement une photographie de l’actualité arrêtée au 31 août 2026.

 

Il permet de reprendre rapidement la main sur plusieurs semaines de publications particulièrement denses. Mais le droit de la fonction publique territoriale ne se fige évidemment pas à la date de publication d’une synthèse.

 

Un décret peut être complété par un arrêté. Un texte peut faire l’objet d’une correction ou d’une nouvelle interprétation. Une décision du Conseil d’État peut modifier l’analyse d’une pratique jusque-là considérée comme sécurisée. Une réponse ministérielle peut apporter un éclairage supplémentaire. Une mesure d’application peut surtout transformer une réforme théorique en obligation concrète pour les services RH.

 

C’est précisément la vocation de la Veille statutaire et juridique analytique RH FPT 24H/24 – 7J/7 de NAUDRH.COM : ne pas simplement transmettre de l’information, mais sélectionner les évolutions utiles aux employeurs territoriaux, vérifier leur applicabilité à la FPT, en analyser la portée et les traduire en conséquences opérationnelles pour les directions des ressources humaines.

 

Dans un environnement statutaire devenu particulièrement mouvant, la valeur d’une veille professionnelle ne réside plus dans la quantité d’informations reçues. Elle réside dans la capacité à identifier rapidement celles qui doivent réellement modifier une décision ou une pratique RH.

 

Le Flash permet de reprendre la main à la rentrée. La veille juridique NAUDRH.COM permet de ne plus la perdre.

 

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Cette analyse est arrêtée au 31 août 2026. Elle privilégie les textes officiels, la jurisprudence administrative et les réponses ministérielles utiles à la gestion des ressources humaines territoriales. Elle constitue une information professionnelle générale et ne dispense pas de vérifier, pour chaque situation individuelle, le statut de l’agent, le champ d’application du texte, sa version en vigueur et les circonstances propres au dossier.

Flash rentrée 2026 NAUDRH.COM

 

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31 août 2026 1 31 /08 /août /2026 06:59

 

 

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Rentrée RH territoriale 2026 : les changements de l’été que les DRH doivent avoir intégrés

L’été 2026 n’a pas été une période creuse pour les ressources humaines territoriales. Plusieurs textes publiés en juillet et en août modifient directement les pratiques des collectivités en matière de congés pour raisons de santé, de temps partiel thérapeutique, de congés annuels, de rupture conventionnelle, de retraite, d’autorisations spéciales d’absence ou encore de rémunération des cadres supérieurs.

À cela s’ajoutent les élections professionnelles de décembre 2026, dont la préparation entre désormais dans sa phase opérationnelle.

Pour un directeur des ressources humaines, la difficulté n’est donc pas simplement d’avoir identifié les textes publiés pendant l’été. Elle consiste surtout à savoir lesquels sont déjà applicables, lesquels le deviennent au 1er septembre, lesquels doivent être préparés pour 2027 et quelles procédures internes doivent être corrigées sans attendre.

La rentrée 2026 appelle ainsi moins une lecture supplémentaire du Journal officiel qu’une véritable revue de conformité des pratiques RH.

La première vigilance de rentrée : ne pas confondre publication et entrée en vigueur

La densité de l’actualité réglementaire de cet été crée un premier risque : appliquer trop tôt une disposition ou, à l’inverse, continuer à utiliser une règle devenue obsolète.

Le décret du 29 juillet 2026 relatif aux congés pour raisons de santé illustre parfaitement cette difficulté. Certaines dispositions concernant le temps partiel thérapeutique sont applicables depuis le 1er août 2026. D’autres mesures relatives aux congés pour raisons de santé concernent les congés débutant ou prolongés à compter du 1er septembre 2026. Certaines dispositions relatives à la préparation de la reprise ne produiront leurs effets qu’en 2028.

Pour la DRH, la bonne méthode consiste donc désormais à raisonner pour chaque réforme selon quatre critères : le texte, la date d’entrée en vigueur, la population concernée et la procédure interne impactée.

À retenir :

La date de publication d’un texte ne suffit jamais à déterminer immédiatement la règle applicable. La date d’entrée en vigueur, les dispositions transitoires et la situation individuelle de l’agent doivent toujours être vérifiées.

Congés pour raisons de santé : la procédure RH devient plus exigeante

Le décret n° 2026-705 du 29 juillet 2026 constitue l’une des principales évolutions de l’été. Il modifie directement les règles applicables aux fonctionnaires territoriaux et aux agents contractuels territoriaux en matière de congés pour raisons de santé.

Le texte renforce plusieurs mécanismes de contrôle des arrêts tout en introduisant une approche plus large du maintien dans l’emploi. Pour les congés concernés à compter du 1er septembre 2026, la collectivité doit notamment intégrer de nouvelles exigences relatives à la prescription et à la prolongation des arrêts de travail.

Cette évolution oblige les services RH à revoir leurs procédures. La réception d’un arrêt ne peut plus se résumer à contrôler le délai de transmission puis à enregistrer automatiquement le congé dans le SIRH.

La DRH doit être en capacité de vérifier si l’arrêt répond aux nouvelles conditions applicables et, lorsque cela est nécessaire, d’en tirer les conséquences juridiques appropriées.

Le texte développe également le contrôle administratif des arrêts de travail. L’autorité territoriale peut faire vérifier la présence de l’agent à son domicile ou sur son lieu de repos pendant les périodes où celle-ci est requise.

Cette faculté doit cependant être utilisée avec méthode. Il ne s’agit pas d’autoriser un manager à vérifier lui-même la présence d’un agent malade. Le contrôle doit être exercé par une personne dûment habilitée et s’inscrire dans une procédure sécurisée, respectueuse de la vie privée et du secret médical.

Point de vigilance :

Une politique de contrôle des absences ne peut pas constituer à elle seule une politique de maîtrise de l’absentéisme. Elle doit être articulée avec la prévention, l’analyse des conditions de travail, le management et le maintien dans l’emploi.

Temps partiel thérapeutique : le délai de décision devient un sujet juridique

Le temps partiel pour raison thérapeutique mérite une attention particulière dès cette rentrée. Les nouvelles règles s’appliquent aux autorisations accordées ou prolongées depuis le 1er août 2026.

Lorsque la demande intervient notamment à la suite d’un congé de longue maladie, d’un congé de longue durée, d’un congé pour invalidité temporaire imputable au service ou d’une disponibilité pour raison de santé, la décision doit intervenir au plus tard au jour de la reprise.

Dans les autres situations, la collectivité dispose d’un délai maximal de trente jours à compter de la réception de la demande.

Cette évolution oblige à revoir l’organisation interne des dossiers. Un temps partiel thérapeutique ne peut plus être traité comme une demande qui resterait plusieurs semaines en attente d’arbitrage entre le service carrière, la médecine agréée et le manager.

Le refus d’une demande ou son interruption doivent également être motivés. Lorsque la décision repose sur les nécessités de continuité ou de fonctionnement du service, un entretien avec l’agent doit précéder la décision.

Cette évolution renforce la dimension managériale du dispositif. Le temps partiel thérapeutique ne doit plus être envisagé comme une simple quotité de travail réduite. Il constitue un outil de reprise progressive et de maintien dans l’emploi.

Un agent reprenant à 50 % ne peut raisonnablement pas conserver 100 % de ses missions avec simplement deux fois moins de temps pour les réaliser. La réussite du dispositif suppose donc d’organiser le contenu réel de l’activité, d’anticiper la charge transférée aux collègues et de préparer les étapes vers une éventuelle reprise complète.

Formation pendant un congé de santé : une évolution discrète mais stratégique

L’une des mesures les plus intéressantes de la réforme reste la possibilité, dans certaines situations, de réaliser ou de poursuivre une action de formation ou un bilan de compétences pendant un congé de maladie, de longue maladie ou de longue durée.

Sous réserve de l’avis médical prévu par le texte, l’objectif est de faciliter la réadaptation ou la reconversion professionnelle de l’agent.

Cette évolution mérite une attention particulière dans les collectivités confrontées à l’usure professionnelle. Dans de nombreux cas, la réflexion sur la reconversion commence encore trop tard, parfois seulement lorsque l’inaptitude est installée.

La possibilité de préparer une réorientation avant le retour effectif de l’agent peut donc devenir un levier important pour les métiers techniques, sociaux, médico-sociaux, de la petite enfance, de l’entretien ou de la restauration.

Enjeu stratégique :

Formation, prévention de l’usure professionnelle, mobilité, reclassement et maintien dans l’emploi doivent désormais être pensés comme les composantes d’une même politique de sécurisation des parcours.

Congés annuels reportés : la preuve de l’information devient essentielle

Le décret n° 2026-768 du 11 août 2026 transforme une pratique très quotidienne de la gestion RH.

Lorsqu’un agent n’a pas pu prendre tout ou partie de ses congés annuels et bénéficie d’un report, la collectivité doit désormais l’informer, dans les conditions prévues par le texte, du nombre de jours concernés et de la date jusqu’à laquelle ils peuvent être utilisés.

Cette information doit être délivrée par un moyen permettant d’en établir la date.

Ce point change beaucoup de choses. Jusqu’à présent, de nombreuses collectivités considéraient que l’affichage d’un solde dans le logiciel de gestion du temps permettait de matérialiser les droits de l’agent.

Désormais, la question n’est plus seulement de savoir combien de jours figurent dans le compteur. Il faut pouvoir démontrer que l’agent a reçu une information suffisamment précise sur ses droits et sur leur échéance.

Le sujet devient donc autant juridique que technique. Les DRH doivent vérifier comment cette information sera produite, comment elle sera conservée et comment le SIRH permettra d’en établir la traçabilité.

Risque pour la collectivité :

Un système supprimant automatiquement des jours arrivés à échéance sans permettre de démontrer que l’agent a été correctement informé pourrait devenir une source de réclamation ou de contentieux.

Rupture conventionnelle : un dispositif désormais durable mais à utiliser avec discernement

L’été 2026 clarifie l’avenir de la rupture conventionnelle dans la fonction publique. Le dispositif est pérennisé et les textes du 6 août 2026 adaptent à la fois sa procédure et son régime indemnitaire.

Les nouvelles règles abaissent les montants minimaux et le plafond de l’indemnité spécifique de rupture conventionnelle.

Pour les employeurs territoriaux, la réforme peut donc rendre certaines ruptures moins coûteuses en indemnité directe. Mais cela ne signifie pas que la rupture conventionnelle devient mécaniquement une bonne solution.

Une rupture conventionnelle doit toujours être appréciée comme une décision de gestion. Le coût de l’indemnité doit être mis en regard de l’éventuelle indemnisation chômage, de la difficulté de remplacement, de la perte de compétence, du coût du recrutement, du contexte relationnel et du risque contentieux.

Dans certains dossiers, elle permet de sortir proprement d’une situation durablement bloquée. Dans d’autres, elle revient à financer le départ d’un agent occupant un métier en forte tension que la collectivité aura ensuite beaucoup de difficultés à remplacer.

La question à se poser :

La bonne question n’est pas de savoir si l’agent peut solliciter une rupture conventionnelle, mais si la collectivité a elle-même intérêt à la conclure.

Retraite des parents : certains dossiers de départ doivent être réexaminés

Les décrets du 29 juillet 2026 relatifs à la retraite des parents produisent également des effets dès la rentrée.

Ils modifient notamment certaines règles concernant les droits liés aux enfants et la retraite anticipée pour carrière longue.

Pour la DRH, l’enjeu n’est pas de se substituer au régime de retraite, mais de s’assurer que les dossiers déjà préparés restent exacts.

Un agent ayant programmé son départ à l’automne ou à la fin de l’année 2026 peut se trouver dans une situation modifiée par ces nouvelles dispositions.

Il est donc prudent de reprendre les dossiers concernés, notamment lorsque les agents ont des enfants entrant dans le champ des nouvelles règles.

Il faut cependant éviter toute généralisation. Ces nouvelles dispositions ne créent pas un avantage uniforme pour tous les parents. Leur effet dépend de la carrière, du régime de retraite, de la date de naissance des enfants et du dispositif mobilisé.

Autorisations spéciales d’absence : préparer 2027 sans appliquer trop tôt le nouveau régime

Le décret n° 2026-604 du 6 juillet 2026 fixe un cadre réglementaire relatif à plusieurs autorisations spéciales d’absence et aménagements horaires liés à la parentalité et à certains événements familiaux.

Pour les DRH, le principal point de vigilance tient à sa date d’entrée en vigueur : le texte s’appliquera au 1er janvier 2027.

Il ne doit donc pas être utilisé pour traiter les situations de la rentrée scolaire de septembre 2026.

Cette précision est importante, car le décret prévoit justement la possibilité d’accorder des aménagements horaires aux agents ayant la charge d’enfants scolarisés en maternelle ou en école élémentaire à l’occasion de la rentrée scolaire.

Pour autant, la réforme doit être préparée dès l’automne. De nombreuses collectivités disposent aujourd’hui de règlements d’absence construits au fil des années à partir de délibérations, de circulaires, de pratiques locales ou d’usages.

La DRH doit donc comparer le régime actuel avec celui qui s’imposera au 1er janvier 2027, puis adapter si nécessaire les règlements, formulaires, paramétrages du SIRH et informations communiquées aux managers.

Encadrement supérieur territorial : la réforme du 1er juillet doit être auditée

La réforme de l’encadrement supérieur territorial a été publiée avant l’été, mais elle est entrée en vigueur au 1er juillet 2026. Elle doit donc figurer dans toute revue sérieuse de rentrée.

Les nouveaux textes modifient notamment le statut de plusieurs emplois fonctionnels administratifs de direction et instaurent, pour certains emplois supérieurs, un nouveau cadre indemnitaire.

Pour les collectivités concernées, cette réforme ne peut pas être traitée comme une simple opération de reclassement.

Elle impose de vérifier la situation individuelle de chaque DGS ou DGA concerné, le classement applicable, les incidences indiciaires, le nouveau régime indemnitaire, les actes nécessaires et les éventuels dispositifs transitoires.

La question de la rémunération doit également être abordée dans une perspective stratégique. Le recrutement des cadres dirigeants devient de plus en plus concurrentiel entre collectivités.

Le niveau de rémunération proposé, dans les limites du cadre réglementaire, participe directement à l’attractivité et à la fidélisation.

Collaborateurs de cabinet : les références de rémunération doivent être vérifiées

Le décret du 10 juillet 2026 relatif aux collaborateurs de cabinet adapte leurs modalités de rémunération à la réforme de l’encadrement supérieur.

Pour les collectivités concernées, la rentrée doit être l’occasion de vérifier que les rémunérations servies restent compatibles avec les nouveaux plafonds de référence.

La question peut sembler marginale au regard de la masse globale des effectifs, mais elle ne l’est ni juridiquement ni politiquement.

Une erreur de calcul ou un dépassement de plafond sur la rémunération d’un collaborateur de cabinet peut rapidement devenir un sujet sensible.

La bonne pratique consiste donc à conserver dans chaque dossier concerné une justification claire du calcul de la rémunération et de la référence réglementaire utilisée.

Élections professionnelles 2026 : septembre est désormais un mois décisif

Les élections professionnelles du 10 décembre 2026 sont probablement le dossier collectif le plus sensible de cette fin d’année.

La décision du Conseil d’État du 16 juillet 2026 apporte une précision importante sur l’éligibilité des agents occupant certains emplois fonctionnels de direction.

Le juge considère que les DGS et DGA qui, compte tenu de leurs fonctions, ont vocation à représenter l’employeur territorial ne peuvent pas être candidats comme représentants du personnel au comité social territorial concerné.

Cette jurisprudence devra être prise en compte dans l’analyse des candidatures.

Au-delà de cette décision, septembre constitue le mois au cours duquel les calendriers doivent être définitivement fiabilisés.

Les listes électorales, les populations relevant des différents scrutins, les conditions d’éligibilité et les modalités de vote doivent être examinées avec une attention particulière.

Le vote électronique nécessite notamment une vigilance accrue. Lorsque la période de scrutin commence avant le 10 décembre, certaines échéances réglementaires doivent être calculées en fonction du premier jour de vote et non seulement de la date finale.

Risque :

Une erreur de calendrier peut fragiliser l’ensemble du scrutin et affecter durablement la qualité du dialogue social de la collectivité.

Formation et parcours professionnels : une évolution de fond se poursuit

Plusieurs dispositions réglementaires du Code général de la fonction publique relatives à la formation professionnelle sont entrées en vigueur pendant l’été.

Elles s’inscrivent dans une évolution plus large de la gestion des parcours.

La formation professionnelle ne doit plus être seulement regardée comme un catalogue d’actions auquel les agents accèdent en fonction des besoins du service.

Elle devient progressivement un levier de prévention des ruptures de parcours, de mobilité et d’adaptation aux transformations des métiers.

La possibilité de suivre certaines actions pendant un congé pour raisons de santé renforce cette logique.

Pour les DRH territoriaux, l’enjeu consiste donc à rapprocher les politiques de formation, de prévention, de gestion prévisionnelle des emplois, de mobilité et de reclassement.

Ce que le DRH doit réellement faire à la rentrée

La première priorité consiste à revoir les procédures relatives aux congés pour raisons de santé et au temps partiel thérapeutique. Les modèles internes doivent être actualisés et les gestionnaires doivent disposer d’une lecture claire des dates d’entrée en vigueur.

La deuxième priorité concerne les congés annuels reportés. La DRH doit vérifier comment l’information de l’agent est délivrée, comment sa date est établie et comment cette donnée est conservée dans le système d’information.

La troisième priorité concerne les ruptures conventionnelles engagées depuis août et les dossiers de retraite prévus pour la fin de l’année. Ces situations doivent être reprises à la lumière des nouveaux textes.

La quatrième priorité est électorale. Le calendrier des élections professionnelles doit être sécurisé avant que les échéances de l’automne ne deviennent irréversibles.

Enfin, les collectivités concernées par l’encadrement supérieur doivent s’assurer que toutes les conséquences de la réforme entrée en vigueur au 1er juillet ont bien été intégrées.

Parallèlement, le chantier des autorisations spéciales d’absence doit être préparé afin d’être opérationnel au 1er janvier 2027.

Le véritable objectif de la rentrée est donc simple : s’assurer que les pratiques appliquées quotidiennement par les équipes RH sont toujours juridiquement exactes.

Ce qu’il faut retenir

L’été 2026 confirme que le droit des ressources humaines territoriales évolue de plus en plus par modifications successives de procédures très opérationnelles.

Les sujets les plus sensibles concernent cette année les congés pour raisons de santé, le temps partiel thérapeutique, le report des congés annuels, la rupture conventionnelle et les élections professionnelles.

La difficulté tient autant au contenu des réformes qu’à leur calendrier d’application. Pour les DRH, la priorité n’est donc pas d’accumuler les textes mais de vérifier leurs conséquences sur les pratiques de gestion.

La réforme des congés pour raisons de santé renforce parallèlement une évolution plus profonde vers le maintien dans l’emploi, l’anticipation de la reconversion et la sécurisation des parcours.

Le SIRH devient lui aussi un enjeu juridique. Un compteur, une échéance automatique ou un workflow peuvent créer du risque lorsqu’ils ne sont pas adaptés au nouveau droit.

Enfin, plusieurs réformes doivent être anticipées avant même leur entrée en vigueur, notamment celle des autorisations spéciales d’absence applicable au 1er janvier 2027.

Le regard de NAUDRH.COM

La rentrée 2026 met en évidence une transformation silencieuse mais importante du métier de DRH territorial.

Le risque juridique ne provient plus seulement des grandes réformes statutaires que chacun identifie facilement. Il réside de plus en plus dans des modifications techniques, parfois discrètes, qui changent une étape précise d’une procédure appliquée quotidiennement.

Un délai de décision change. Une obligation d’information apparaît. Une règle de calcul est modifiée. Une nouvelle condition de prescription entre en vigueur. Un automatisme du SIRH n’est plus juridiquement exact.

Pris séparément, ces changements peuvent sembler modestes. Additionnés, ils modifient profondément la sécurité de la gestion RH.

Une veille utile ne consiste donc plus seulement à signaler qu’un décret vient d’être publié. Elle doit permettre de répondre immédiatement à quatre questions : qu’est-ce qui change ? À quelle date ? Pour quels agents ? Que doit modifier concrètement l’employeur territorial ?

C’est précisément cette logique qui fonde la veille juridique analytique statutaire RH FPT 24/7 de NAUDRH.COM.

L’objectif n’est pas d’accumuler l’information. Il est de permettre au DRH de prendre plus rapidement une décision juridiquement sûre et d’anticiper avant qu’une évolution réglementaire ne devienne un risque contentieux ou organisationnel.

Car en matière de ressources humaines territoriales, le texte le plus dangereux n’est pas toujours celui qui bouleverse le statut. C’est souvent celui qui modifie discrètement la procédure que l’on croyait parfaitement maîtriser.

 

 

 

 

📘 Ressources recommandées pour les professionnels RH territoriaux

📌 Pour sécuriser la gestion RH, l’information seule ne suffit plus.

La véritable difficulté consiste désormais à hiérarchiser les impacts, à repérer les échéances immédiates et à déterminer l’ordre des actions à engager par les services RH.

C’est précisément là que la veille statutaire et juridique analytique RH FPT 24/7 de NAUDRH.COM prend tout son sens : transformer plusieurs textes publiés simultanément en arbitrages RH clairs, en alertes ciblées et en priorités opérationnelles directement exploitables.

✅ Passez de l’information à la décision

Chaque actualité est analysée au regard de ses conséquences concrètes sur l’activité des services RH, la carrière des agents publics et les obligations des employeurs territoriaux. Vous disposez ainsi de préconisations opérationnelles pour savoir rapidement ce qui change, quels sont les risques et par où commencer.

En période de réforme, la ressource la plus rare n’est pas l’information : c’est le temps de décision.

Faites de NAUDRH.COM votre appui juridique quotidien pour anticiper les évolutions statutaires, sécuriser vos arbitrages et agir au bon moment.

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28 août 2026 5 28 /08 /août /2026 17:46

 

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À chaque rentrée scolaire, la même question revient dans les services RH des collectivités territoriales : les agents publics peuvent-ils bénéficier d’un aménagement de leurs horaires pour accompagner leurs enfants ?

 

La réponse mérite d’être précisée.

 

En 2026, le dispositif applicable repose encore sur les règles antérieures, alors même qu’un nouveau cadre réglementaire a été publié et entrera en vigueur le 1er janvier 2027.

 

⚠️ Il est donc essentiel de ne pas appliquer par anticipation à la rentrée 2026 des dispositions qui ne sont pas encore entrées en vigueur.

 

Dans cette vidéo, NAUDRH.COM vous explique concrètement :

👉 quels agents peuvent demander un aménagement d’horaires à l’occasion de la rentrée scolaire ;

👉 quels enfants sont concernés ;

👉 jusqu’à quel niveau de scolarité le dispositif peut être envisagé ;

👉 si l’employeur territorial est obligé d’accepter la demande ;

👉 comment articuler cette possibilité avec les nécessités de fonctionnement du service ;

👉 pourquoi il ne faut pas confondre aménagement d’horaires et autorisation spéciale d’absence ;

👉 et surtout, ce qui changera à compter du 1er janvier 2027.

⚖️ UNE FACILITÉ, PAS UN DROIT AUTOMATIQUE

 

Le point essentiel à retenir pour les services RH est simple : l’agent ne bénéficie pas automatiquement d’une journée ou d’une demi-journée d’absence rémunérée pour la rentrée scolaire.

Il s’agit d’une facilité d’aménagement des horaires, accordée sous réserve de sa compatibilité avec le fonctionnement normal du service.

Cette distinction est importante pour éviter de transformer une possibilité d’organisation en véritable autorisation d’absence.

 

📅 2026 / 2027 : ATTENTION AU CHANGEMENT DE CADRE

La rentrée 2026 présente une particularité : le décret n° 2026-604 du 6 juillet 2026 prévoit désormais expressément, à son article 19, que des aménagements horaires peuvent être accordés aux agents ayant la charge d’un ou plusieurs enfants inscrits dans une école maternelle ou élémentaire à l’occasion de la rentrée scolaire.

 

Mais ces nouvelles dispositions n’entrent en vigueur que le 1er janvier 2027.

 

La distinction entre le régime applicable en septembre 2026 et celui applicable à compter de 2027 doit donc être parfaitement maîtrisée par les employeurs territoriaux.

 

 

🎯 La vidéo ci-dessous s’adresse aux DRH territoriaux, responsables et gestionnaires RH, DGS, secrétaires généraux de mairie, managers, collectivités territoriales et agents publics parents d’enfants scolarisés.

 

 

 

 

 

📘 Ressources recommandées pour les professionnels RH territoriaux

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28 août 2026 5 28 /08 /août /2026 13:54

 

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Cumul d’activités : le statut territorial peut-il encore exiger l’exclusivité dans une société de la pluriactivité ?

Principe d’exclusivité, micro-entreprise, création d’entreprise, transports scolaires, déontologie et nouvelles aspirations professionnelles des agents territoriaux.

Analyse RH FPT • Déontologie • 2026

Le cumul d’activités est souvent traité par les directions des ressources humaines comme un dossier essentiellement technique. Pourtant, derrière la multiplication des demandes apparaît une question beaucoup plus profonde pour les employeurs territoriaux : le modèle statutaire fondé sur l’engagement professionnel exclusif correspond-il encore totalement au rapport au travail d’une partie des agents publics ?

La question mérite d’être posée sans caricature. Il ne s’agit ni de considérer que le principe d’exclusivité serait devenu obsolète, ni de transformer la fonction publique en espace de multi-activité généralisée. Neutralité, impartialité, disponibilité pour le service, prévention des conflits d’intérêts et continuité du service public justifient pleinement que l’employeur conserve un droit de regard sur les activités privées de ses agents.

Mais les attentes ont changé. Certains agents cherchent un complément de revenus, d’autres souhaitent développer une compétence, enseigner, exercer une activité artistique, tester un projet entrepreneurial ou préparer progressivement une reconversion. Le cumul d’activités devient ainsi un révélateur particulièrement intéressant de l’évolution du rapport au travail dans la fonction publique territoriale.

Le principe demeure pourtant très clair : l’activité publique reste prioritaire

Le Code général de la fonction publique n’a pas renversé la logique historique. L’agent public doit consacrer l’intégralité de son activité professionnelle aux tâches qui lui sont confiées. L’exercice professionnel d’une activité privée lucrative demeure en principe interdit, sauf dans les cas expressément prévus par les textes.

Le point de départ du raisonnement

La liberté de cumuler n’est pas le principe ; elle résulte d’exceptions organisées par le droit.

Mais ces exceptions sont suffisamment nombreuses pour rendre le paysage beaucoup plus ouvert qu’il ne l’était historiquement. Certaines activités peuvent être exercées librement, d’autres après déclaration, certaines nécessitent une autorisation préalable et la création ou la reprise d’une entreprise relève encore d’un régime spécifique comportant notamment un passage à temps partiel.

C’est précisément cette superposition de régimes qui rend le cumul d’activités trompeusement simple. Deux agents souhaitant exercer exactement la même activité privée peuvent être soumis à des procédures différentes selon leur situation statutaire, leur quotité d’emploi, la nature de l’activité ou la manière dont celle-ci sera exercée.

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Pour une DRH, la première difficulté consiste donc à bien qualifier la demande

L’erreur la plus fréquente serait de raisonner uniquement à partir de la nature concrète du projet : « il veut donner des cours », « elle souhaite créer une micro-entreprise », « il veut travailler quelques heures chez un autre employeur ».

La qualification juridique doit venir avant l’appréciation d’opportunité. Une activité d’enseignement peut relever d’une activité accessoire soumise à autorisation. La création d’une entreprise destinée à devenir une véritable seconde activité professionnelle obéit à un autre régime. Un agent occupant un emploi permanent à temps non complet dont la durée est inférieure ou égale au seuil réglementaire bénéficie d’un régime plus souple. En revanche, un fonctionnaire qui a choisi de travailler à 80 % à temps partiel ne devient pas, de ce seul fait, un agent à temps non complet au sens du régime du cumul.

Une distinction à ne jamais perdre de vue

Temps partiel et temps non complet sont deux situations juridiques différentes. Cette confusion reste l’une des principales sources d’erreurs dans le traitement des demandes de cumul.

La micro-entreprise constitue un autre piège classique. Le fait qu’une activité soit exercée sous le régime de la micro-entreprise ne dit pas, à lui seul, si elle est autorisée. C’est d’abord la nature de l’activité exercée et le régime juridique auquel elle appartient qu’il faut examiner. Le statut fiscal ou social utilisé pour facturer la prestation vient ensuite.

Autrement dit, il ne faut jamais répondre à la question « un fonctionnaire peut-il être micro-entrepreneur ? » par un oui ou par un non abstrait. La vraie question est : pour faire quoi, dans quelle situation administrative et sous quel régime de cumul ?

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La création d’entreprise montre que le statut accepte désormais davantage les parcours hybrides

Le régime applicable à la création ou à la reprise d’une entreprise est particulièrement révélateur. Un agent public peut être autorisé à créer ou reprendre une entreprise tout en conservant temporairement son activité publique, à condition notamment de respecter les modalités prévues par le Code général de la fonction publique et d’être placé, le cas échéant, à temps partiel dans les conditions fixées par les textes.

Ce dispositif mérite d’être lu autrement que comme une simple dérogation. Il reconnaît qu’un agent peut souhaiter expérimenter un autre modèle professionnel sans devoir immédiatement choisir entre fonction publique et secteur privé. Le statut organise ainsi lui-même une période d’hybridation professionnelle.

Pour les DRH territoriaux, cette possibilité peut être intéressante dans une politique plus large d’accompagnement des mobilités. Un agent qui ne se projette plus durablement dans son métier peut parfois avoir davantage intérêt à construire progressivement un projet professionnel cohérent qu’à rester plusieurs années dans une situation de désengagement avant de quitter brutalement la collectivité.

Un autre regard sur le cumul

Dans certaines situations, le cumul peut être un instrument de transition professionnelle plutôt qu’un simple problème à contrôler.

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Le cas des transports scolaires montre jusqu’où le pragmatisme peut conduire le droit

L’évolution intervenue en 2026 est particulièrement éclairante. Face aux difficultés de recrutement de conducteurs, une expérimentation avait permis aux agents publics d’exercer à titre accessoire une activité lucrative de conduite d’un véhicule affecté aux transports scolaires ou assimilés.

Le décret n° 2026-409 du 26 mai 2026 a pérennisé cette possibilité. La conduite d’un véhicule de transport de personnes affecté aux services de transport scolaire ou assimilés figure donc désormais parmi les activités susceptibles d’être autorisées à titre accessoire.

Ce texte est intéressant bien au-delà du transport scolaire. Il montre que lorsque les besoins économiques ou territoriaux deviennent suffisamment importants, le droit statutaire sait desserrer le principe d’exclusivité.

L’agent y trouve la possibilité d’exercer une activité complémentaire rémunérée. L’entreprise de transport trouve une ressource professionnelle supplémentaire. Le territoire sécurise un service essentiel. Mais cette ouverture reste organisée : l’activité nécessite une autorisation préalable de l’employeur public et doit demeurer compatible avec le fonctionnement normal du service, les obligations déontologiques de l’agent et les règles relatives au temps de travail et au repos.

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C’est précisément cet équilibre que le DRH doit protéger

Une demande de cumul ne devrait jamais être examinée avec pour seule question : « l’activité figure-t-elle dans la liste réglementaire ? »

Même lorsqu’une activité est juridiquement susceptible d’être autorisée, l’autorité territoriale doit encore apprécier les conditions concrètes dans lesquelles elle sera exercée. L’activité doit être réalisée en dehors des heures de service et ne doit pas porter atteinte au fonctionnement normal, à l’indépendance ou à la neutralité du service. L’administration peut également revenir sur une autorisation lorsque les conditions qui avaient permis de l’accorder ne sont plus réunies.

Un agent occupant une fonction particulièrement exposée, disposant d’informations sensibles ou intervenant dans un secteur directement lié à l’entreprise auprès de laquelle il souhaite exercer doit donc faire l’objet d’une analyse beaucoup plus approfondie qu’un agent donnant ponctuellement une formation dans un domaine sans lien avec ses missions.

La question du conflit d’intérêts est ici centrale. Le rôle du DRH n’est pas seulement de vérifier la conformité administrative de la demande. Il doit rechercher si l’activité privée peut affecter, ou paraître affecter, l’impartialité avec laquelle l’agent exerce ses fonctions publiques.

Le bon réflexe

Lorsque la situation présente une difficulté sérieuse, le recours au référent déontologue n’est pas un aveu d’incertitude juridique. Il constitue au contraire un outil de sécurisation de la décision.

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Le cumul ne doit pas davantage devenir une solution individuelle à une politique salariale insuffisante

C’est probablement le point le plus délicat du débat. Lorsqu’un agent demande à exercer quelques heures supplémentaires ailleurs pour financer ses dépenses courantes, il est tentant de considérer que la collectivité lui offre, en autorisant le cumul, une forme de souplesse bienvenue.

Individuellement, cela peut être vrai. Collectivement, le raisonnement devient plus problématique.

Si un nombre croissant d’agents territoriaux ressentent la nécessité économique de rechercher un second revenu, le phénomène ne relève plus seulement du droit du cumul. Il interroge l’attractivité des rémunérations publiques, la progression des carrières et, plus largement, la capacité de certains emplois territoriaux à garantir un niveau de vie jugé satisfaisant par leurs titulaires.

Un signal RH à ne pas banaliser

Le cumul ne peut pas devenir la politique sociale implicite d’un employeur qui ne peut plus agir sur les rémunérations.

Pour un DRH, l’augmentation des demandes devrait être observée comme un indicateur RH. Qui formule ces demandes ? Quels métiers ? Quelles catégories ? Pour quelles activités ? Dans quel objectif déclaré ? Une augmentation concentrée sur certains emplois faiblement rémunérés n’a pas la même signification qu’une hausse des demandes liées à l’enseignement, à l’expertise ou à des projets entrepreneuriaux.

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Il existe également un risque de fatigue professionnelle que les autorisations ne doivent pas ignorer

Autoriser une activité supplémentaire n’est jamais neutre sur le temps de récupération de l’agent. Dans les métiers territoriaux déjà marqués par la pénibilité, les horaires décalés, les astreintes ou une forte charge mentale, l’exercice régulier d’une seconde activité peut contribuer à une fatigue accrue.

Ce sujet mérite d’être particulièrement regardé lorsque l’activité accessoire implique de la conduite, du travail physique, des horaires matinaux ou tardifs ou une responsabilité importante.

La DRH doit donc éviter deux excès symétriques : refuser une activité simplement parce qu’elle génère un revenu complémentaire, mais aussi accorder mécaniquement toutes les demandes qui entrent formellement dans une catégorie autorisable.

La ligne d’équilibre

Autoriser juridiquement n’interdit pas d’apprécier humainement et organisationnellement la soutenabilité du cumul.

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L’autorisation peut être durable, mais elle n’est jamais intangible

Une autre confusion fréquente consiste à penser qu’une autorisation d’activité accessoire devrait nécessairement être accordée pour quelques mois ou une année.

La jurisprudence administrative a rappelé que, sauf texte imposant expressément une durée limitée, le droit applicable n’interdit pas qu’une demande de cumul soit formulée sans terme déterminé. L’administration conserve néanmoins la faculté d’y mettre fin lorsque l’intérêt du service le justifie, et une nouvelle autorisation doit être sollicitée lorsqu’un changement substantiel intervient dans les conditions d’exercice de l’activité.

Pour les DRH, cette jurisprudence invite à abandonner les automatismes. Une autorisation à durée indéterminée n’équivaut pas à un droit acquis définitif. Elle repose sur des conditions qui doivent continuer d’être remplies.

Un changement de volume horaire, de clientèle, de statut juridique, de nature des prestations ou de lien entre l’activité privée et les nouvelles fonctions publiques de l’agent peut justifier un réexamen. Le meilleur réflexe consiste donc à prévoir dans l’autorisation une obligation claire d’information de l’employeur en cas d’évolution substantielle de l’activité.

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Les sanctions montrent que le sujet ne relève pas d’une simple formalité administrative

Le défaut d’autorisation préalable n’est pas une irrégularité anodine. Un cumul exercé contrairement aux règles applicables peut conduire à une sanction disciplinaire et produire des conséquences financières, notamment lorsque les textes prévoient le reversement des sommes perçues au titre d’activités interdites.

Pour le DRH, l’objectif ne devrait toutefois pas être d’utiliser cette sévérité comme un argument dissuasif systématique. Il vaut mieux prévenir l’irrégularité.

Beaucoup d’agents ne maîtrisent pas la distinction entre activité libre, activité accessoire, micro-entreprise, création d’entreprise, temps partiel et temps non complet. Certains peuvent sincèrement penser qu’une activité exercée pendant leurs soirées ou leurs week-ends ne regarde pas leur employeur dès lors qu’elle n’empiète pas directement sur leurs heures de travail.

Une politique efficace de prévention suppose donc que les règles soient connues. Une collectivité a probablement davantage à gagner à expliquer clairement le régime du cumul lors de l’intégration des agents et à mettre à disposition une procédure simple de demande qu’à découvrir plusieurs années plus tard une activité non déclarée.

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La question du cumul devrait aussi être intégrée à la politique de mobilité

Il existe une autre manière de regarder ces demandes. Un agent qui souhaite créer une activité parallèle est peut-être en train de préparer une reconversion. Un autre cherche à valoriser une expertise que son emploi public ne lui permet pas suffisamment d’exercer. Un troisième souhaite simplement diversifier son activité sans quitter la fonction publique.

Ces signaux peuvent intéresser la politique de gestion des compétences. Plutôt que de traiter chaque demande comme un dossier isolé de déontologie, la DRH peut parfois profiter de l’échange pour comprendre le projet professionnel de l’agent.

Une activité d’enseignement peut révéler des compétences de transmission mobilisables comme formateur interne. Une activité associative ou sportive peut révéler des capacités d’encadrement. Un projet entrepreneurial peut traduire un besoin d’autonomie ou une envie de mobilité qu’il est utile d’entendre.

Une donnée de gestion des compétences

Le cumul ne doit évidemment pas devenir un outil d’évaluation des intentions de départ. Mais il peut constituer une information supplémentaire sur l’évolution des aspirations professionnelles des agents.

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Le véritable enjeu est peut-être finalement celui-ci : que signifie encore « travailler pour un seul employeur » ?

Pendant des décennies, une carrière professionnelle était pensée selon une logique relativement linéaire : un métier principal, une organisation, une progression professionnelle et une séparation assez nette entre l’activité rémunérée et la vie privée.

Cette représentation évolue fortement. Le développement du travail indépendant, de la création numérique, de la formation, des plateformes, de la micro-entreprise et des reconversions conduit de plus en plus de personnes à construire leur identité professionnelle autour de plusieurs activités.

Les agents publics ne vivent évidemment pas en dehors de cette transformation sociale. Le statut continue légitimement de leur imposer des obligations plus fortes parce qu’ils servent l’intérêt général. Mais il ne pourra probablement pas ignorer indéfiniment l’évolution du rapport au travail.

La pérennisation du cumul pour les transports scolaires constitue à cet égard un petit texte réglementaire, mais un signal intéressant : lorsque l’intérêt du service public et les nouvelles formes de pluriactivité peuvent être conciliés, le droit sait évoluer.

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Ce que je ferais aujourd’hui dans une DRH territoriale

Je ne commencerais pas par assouplir les autorisations. Je commencerais par sécuriser la méthode.

La collectivité devrait disposer d’une procédure suffisamment simple pour permettre à l’agent d’exposer précisément son projet, son volume horaire, ses conditions d’exercice, la clientèle éventuelle et les liens possibles avec ses fonctions publiques. L’analyse devrait ensuite distinguer clairement le régime juridique applicable avant d’examiner les risques déontologiques et l’incidence sur le fonctionnement du service.

Je formerais également les gestionnaires RH à trois distinctions qui produisent une grande partie des erreurs : activité accessoire et création d’entreprise, temps partiel et temps non complet, micro-entreprise et nature juridique réelle de l’activité.

Enfin, je suivrais statistiquement les demandes de cumul, non pour surveiller davantage les agents, mais pour comprendre ce qu’elles révèlent. Une progression régulière des activités motivées par le besoin de revenus complémentaires n’appelle pas la même réponse RH qu’une augmentation des projets entrepreneuriaux ou des activités d’enseignement et d’expertise.

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Conclusion : le cumul d’activités n’est plus seulement une exception statutaire, c’est un indicateur des transformations du travail public

Le principe d’exclusivité demeure et il conserve une justification forte. Servir une collectivité territoriale implique des obligations particulières qui ne permettent pas d’assimiler totalement l’agent public à un salarié libre d’organiser sans contrôle l’ensemble de ses activités professionnelles.

Mais le cumul n’est plus marginal. Il répond à des motivations économiques, professionnelles et personnelles suffisamment diverses pour que les DRH ne puissent plus le traiter uniquement comme une anomalie dérogatoire au statut.

L’enjeu consiste à préserver une ligne d’équilibre : permettre la souplesse lorsqu’elle est compatible avec le service, protéger l’agent contre une surcharge excessive, prévenir les conflits d’intérêts et ne jamais perdre de vue la primauté des fonctions publiques exercées.

La question posée aux employeurs territoriaux n’est donc probablement pas de savoir s’il faut abandonner le principe d’exclusivité.

Elle est plus subtile : jusqu’où peut-on assouplir l’exclusivité professionnelle sans affaiblir ce qui fait la singularité et la confiance attachées au service public ?

C’est sur cette ligne de crête que le droit du cumul d’activités va probablement continuer d’évoluer.

Mon opinion

Pour des DRH territoriaux, la véritable valeur de ce sujet réside moins dans l’inventaire des catégories de cumul que dans ce qu’elles révèlent. L’augmentation de la pluriactivité peut traduire des tensions de pouvoir d’achat, des envies de reconversion, des besoins d’autonomie ou de nouvelles façons de construire une identité professionnelle. Le DRH doit donc sécuriser juridiquement les demandes, mais également apprendre à les lire comme un indicateur de transformation de son organisation.

Pascal NAUD
Président fondateur de NAUDRH.COM
Expert en ressources humaines territoriales, droit de la fonction publique et management public

naudrhexpertise@gmail.com

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26 août 2026 3 26 /08 /août /2026 10:09

 

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Transparence salariale : les DRH territoriaux doivent-ils déjà revoir leur politique de rémunération ?

Contractuels, RIFSEEP, CIA, travail de valeur égale et nouveaux risques contentieux : les pratiques salariales vont devoir devenir plus explicables.

Directive UE 2023/970 • RH FPT

La transparence des rémunérations est en train de changer de nature. Jusqu’à présent, dans la fonction publique territoriale, l’égalité salariale entre les femmes et les hommes était principalement appréhendée à travers des règles statutaires, des indicateurs collectifs, l’index de l’égalité professionnelle et les obligations liées aux plans d’action. La directive européenne du 10 mai 2023 ouvre une étape différente : elle renforce le droit individuel à l’information et oblige progressivement les employeurs à être capables d’expliquer les écarts de rémunération qu’ils pratiquent.

Une réforme encore en cours de transposition

La France n’a pas respecté l’échéance européenne de transposition du 7 juin 2026. Au 26 août 2026, la loi française n’est donc toujours pas adoptée. Le gouvernement a toutefois annoncé la présentation du projet de loi en Conseil des ministres le 9 septembre 2026, avant son examen parlementaire. La DGAFP confirme de son côté que la directive, actuellement en cours de transposition, renforcera les obligations de publication et le droit à l’information des agents publics.

Cette précaution juridique est essentielle pour les DRH territoriaux : il ne faut pas présenter aujourd’hui les dispositions du projet français comme des obligations définitivement entrées en vigueur. Mais il serait tout aussi imprudent d’attendre la publication de la loi et de ses textes d’application pour commencer à travailler. Le projet concerne explicitement les agents publics et pourrait profondément modifier les pratiques de recrutement, de rémunération des contractuels, d’attribution du régime indemnitaire et de justification des écarts entre fonctions comparables.

Le véritable changement

Pour les DRH territoriaux, le sujet dépasse largement la seule égalité femmes-hommes. La véritable transformation consiste à passer progressivement d’une rémunération administrée à une rémunération qui devra aussi être explicable.

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L’index égalité professionnelle ne suffira plus à résumer la politique salariale

L’index de l’égalité professionnelle a déjà conduit les employeurs publics à mesurer certains écarts entre les femmes et les hommes. Il répond toutefois à une logique essentiellement collective : l’organisation calcule des indicateurs, publie des résultats et, lorsque cela est nécessaire, engage des mesures correctrices.

La directive européenne introduit une logique complémentaire beaucoup plus individuelle. Un agent pourra davantage interroger son employeur sur son propre niveau de rémunération et sur les niveaux moyens constatés pour des agents accomplissant un même travail ou un travail de valeur égale.

Le changement est important. Une collectivité pourra parfaitement présenter de bons résultats globaux en matière d’égalité professionnelle tout en étant confrontée à une contestation individuelle portant sur le régime indemnitaire d’un agent, la rémunération d’un contractuel ou une différence entre deux fonctions considérées comme comparables.

La question que devra savoir traiter la DRH

Il ne s’agira plus seulement de savoir si la collectivité respecte globalement ses obligations en matière d’égalité, mais si elle est capable d’expliquer objectivement pourquoi un agent perçoit cette rémunération plutôt qu’une autre.

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Le recrutement des contractuels devrait être l’un des premiers chantiers

C’est probablement sur les agents contractuels que les conséquences seront les plus immédiates. Pour un fonctionnaire, une part importante de la rémunération repose sur le grade, l’échelon et des règles statutaires objectivées. Pour un contractuel, la marge de négociation est beaucoup plus importante. L’expérience professionnelle, la rareté du profil, le niveau de responsabilité, la difficulté de recrutement ou encore la rémunération souhaitée par le candidat peuvent intervenir dans la décision.

Cette souplesse n’est pas en elle-même problématique. Elle devient cependant difficile à défendre lorsque deux personnes placées dans des situations comparables obtiennent des rémunérations sensiblement différentes sans que l’employeur soit capable d’identifier précisément les critères ayant conduit à cet écart.

Le projet de transposition prévoit notamment de renforcer l’information relative à la rémunération dès le recrutement et d’interdire de demander au candidat sa rémunération actuelle ou antérieure. Pour les collectivités territoriales, cela pose une question très concrète : combien disposent aujourd’hui d’un véritable référentiel de rémunération des contractuels permettant de rattacher une proposition salariale à des critères préalablement définis ?

L’expérience utile peut être valorisée, tout comme la rareté d’une compétence, le niveau de responsabilité, l’encadrement, l’expertise technique ou les tensions du marché de l’emploi. Mais ces critères devront progressivement devenir plus cohérents, plus reproductibles et surtout plus traçables. La formule « rémunération selon profil » risque ainsi de devenir de moins en moins confortable pour les DRH.

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Le véritable sujet sensible pourrait être le régime indemnitaire

Dans la FPT, le traitement indiciaire est relativement transparent. Deux fonctionnaires placés dans le même grade et au même échelon disposent du même traitement indiciaire brut. Les écarts les plus délicats se trouvent ailleurs.

Ils peuvent apparaître dans l’IFSE, dans le CIA, dans certaines primes spécifiques, dans la manière de classer les fonctions au sein des groupes du RIFSEEP ou encore dans les pratiques héritées de l’histoire de la collectivité. Or c’est précisément dans ces espaces de marge managériale que la transparence peut produire les effets les plus importants.

Prenons deux cadres exerçant des responsabilités comparables. L’un perçoit une IFSE sensiblement supérieure à l’autre parce qu’il a négocié son recrutement il y a plusieurs années dans un contexte de pénurie. La situation peut parfaitement avoir été compréhensible au moment de l’embauche. Mais sera-t-elle toujours juridiquement facile à expliquer plusieurs années plus tard si l’écart persiste et que les deux fonctions présentent désormais une valeur comparable ?

Même difficulté avec le CIA. Si deux agents obtiennent des montants sensiblement différents, la collectivité devra être capable de rattacher cette différence à des critères professionnels identifiables. Une appréciation générale de la manière de servir insuffisamment documentée deviendra beaucoup plus fragile qu’un dispositif reposant sur des critères connus, un entretien professionnel cohérent et des éléments précis permettant de retracer la décision.

Conséquence directe

La transparence salariale va renforcer indirectement l’importance de la qualité de l’entretien professionnel et de la traçabilité des décisions indemnitaires.

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« Travail de valeur égale » : la notion qui peut réellement bouleverser les habitudes territoriales

Le concept le plus intéressant de la directive n’est peut-être pas celui de transparence, mais celui de travail de valeur égale. La comparaison ne s’arrête plus nécessairement à deux agents exerçant exactement le même métier. La directive demande d’apprécier la valeur du travail selon des critères objectifs et non discriminatoires, tels que les compétences, l’effort, les responsabilités et les conditions de travail.

Cette approche pourrait avoir des conséquences particulières dans la fonction publique territoriale, structurée autour de filières et de cadres d’emplois historiquement distincts. Pourquoi, par exemple, une fonction fortement féminisée relevant de la filière sociale ou administrative serait-elle nécessairement moins valorisée qu’une fonction technique lorsque les responsabilités, la qualification, l’autonomie, la charge mentale ou les contraintes professionnelles sont objectivement comparables ?

La question est évidemment beaucoup plus complexe qu’une comparaison mécanique entre deux intitulés de postes. Il ne s’agit pas de considérer que tous les emplois comportant un même niveau hiérarchique doivent recevoir la même rémunération. Mais l’employeur devra être capable d’expliquer pourquoi certaines fonctions présentent une valeur différente lorsqu’elles conduisent à des écarts de rémunération.

Pour les collectivités disposant d’un RIFSEEP fortement construit sur l’histoire des filières davantage que sur une véritable cotation des fonctions, cette évolution pourrait devenir un chantier important.

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Les filières féminisées pourraient se retrouver au cœur du débat

Les métiers territoriaux restent fortement genrés. Certaines fonctions sociales, médico-sociales, administratives ou liées à la petite enfance sont très majoritairement exercées par des femmes, tandis que certaines fonctions techniques demeurent plus masculines.

Or les différences de valorisation entre métiers ne résultent pas toujours uniquement de leur niveau de responsabilité. Elles peuvent aussi être héritées de classifications anciennes et de représentations sociales de la valeur des métiers. La directive européenne vise précisément à permettre la comparaison entre travaux différents mais de valeur équivalente.

Pour un DRH territorial, cette approche peut conduire à regarder différemment le régime indemnitaire. Il ne s’agira plus seulement de vérifier qu’une femme et un homme occupant exactement le même poste sont rémunérés de manière identique. Il faudra également pouvoir expliquer pourquoi des métiers différents, mais présentant des niveaux comparables de qualification, de responsabilités ou de contraintes, ne bénéficient pas des mêmes niveaux de valorisation.

L’enjeu peut devenir financier. Lorsque des écarts historiques apparaissent difficilement justifiables, leur correction suppose parfois de revaloriser certaines fonctions. Et contrairement à une modification purement procédurale, une revalorisation indemnitaire produit naturellement un effet durable sur la masse salariale.

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La transparence ne signifie pas que chacun connaîtra la rémunération nominative de ses collègues

Il faut éviter une confusion qui risque rapidement d’apparaître parmi les agents. La transparence salariale ne signifie pas que chaque fonctionnaire pourra obtenir le bulletin de paie de son collègue ou connaître précisément la rémunération nominative d’un agent déterminé.

La logique de la directive repose sur la communication d’informations permettant de comparer les niveaux de rémunération dans des catégories de travailleurs comparables, notamment sous la forme de données moyennes ventilées selon le sexe. Le respect de la protection des données personnelles continuera naturellement à s’appliquer, en particulier lorsque les effectifs sont tellement faibles que la communication d’une moyenne permettrait indirectement d’identifier une personne.

Dans une petite collectivité, ce sujet sera particulièrement sensible. Une catégorie regroupant deux ou trois agents peut rendre l’anonymisation extrêmement difficile. Les DRH devront donc trouver un équilibre entre deux obligations qui ne doivent pas être opposées : donner accès à une information salariale suffisamment utile tout en protégeant les données individuelles des agents.

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Le risque juridique ne résidera pas seulement dans l’écart mais dans l’impossibilité de l’expliquer

Deux agents peuvent parfaitement percevoir des rémunérations différentes sans qu’il y ait discrimination. L’expérience, les responsabilités, certaines contraintes professionnelles ou la performance, lorsque celle-ci constitue légalement un critère de rémunération et qu’elle est correctement évaluée, peuvent justifier une différence.

Le danger apparaît lorsque l’employeur ne sait plus reconstituer les raisons de cette différence. Un directeur recruté il y a huit ans a obtenu une indemnité supérieure parce que le poste était difficile à pourvoir, mais aucun document ne l’explique aujourd’hui. Un contractuel négocie une rémunération plus élevée parce qu’il gagnait davantage chez son précédent employeur. Un CIA est attribué selon une appréciation globale du manager sans critères suffisamment formalisés.

Ces pratiques sont encore courantes. Demain, elles pourraient devenir beaucoup plus difficiles à défendre. La transparence salariale introduit donc une exigence de mémoire organisationnelle de la décision RH. Il ne suffit plus que la différence ait été justifiée dans l’esprit du décideur au moment où elle a été accordée. Il faut que l’organisation puisse encore l’expliquer plusieurs années plus tard.

Il serait toutefois excessif d’affirmer qu’à la moindre différence de rémunération l’employeur sera automatiquement condamné ou qu’il devra justifier chaque euro versé. La directive renforce néanmoins significativement les mécanismes probatoires en matière de discrimination salariale. Pour les DRH territoriaux, la conséquence pratique reste la même : une décision documentée est beaucoup plus défendable qu’une décision simplement habituelle ou intuitive.

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Il ne faut cependant pas transformer chaque décision salariale en procédure bureaucratique

Il existe ici un risque inverse. Face à la peur du contentieux, une collectivité pourrait multiplier les formulaires, tableaux, validations et justificatifs au point de rendre toute décision de rémunération extrêmement lourde. Ce serait une mauvaise réponse.

L’objectif doit être de disposer de quelques critères robustes et compréhensibles, non de produire plusieurs pages de justification pour chaque décision. Un bon référentiel de rémunération des contractuels peut, par exemple, identifier quelques variables essentielles : niveau de responsabilité, expérience directement utile au poste, expertise rare, fonctions d’encadrement, contraintes particulières et situation du marché de l’emploi.

De la même manière, une architecture claire du RIFSEEP peut permettre de distinguer les fonctions à partir de critères préalablement déterminés et connus.

Le bon principe

La sécurité juridique ne vient pas de la quantité de documents. Elle vient de la cohérence des critères et de leur application dans le temps.

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Les managers seront beaucoup plus exposés qu’ils ne l’imaginent aujourd’hui

Le sujet ne peut pas rester cantonné à la direction des ressources humaines. Lorsque les agents disposeront de droits renforcés à l’information et comprendront mieux les niveaux de rémunération pratiqués, les premières questions ne seront pas toujours adressées au DRH. Elles arriveront fréquemment chez le supérieur hiérarchique.

Pourquoi mon CIA est-il inférieur ? Pourquoi cette fonction est-elle classée dans un groupe RIFSEEP supérieur ? Pourquoi cette personne recrutée récemment gagne-t-elle davantage ? Pourquoi mon expérience n’a-t-elle pas été valorisée de la même manière ? Un manager incapable d’expliquer les critères appliqués risque rapidement de transformer une question de rémunération en sentiment d’injustice.

Les collectivités ont donc intérêt à anticiper un véritable travail de pédagogie managériale. Les cadres devront connaître les principes de la politique indemnitaire, savoir ce qui relève de leur appréciation et ce qui relève de règles collectives, mais également apprendre à ne pas improviser des justifications susceptibles d’aggraver une situation. La transparence salariale sera donc également une réforme du management de la rémunération.

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Les petites collectivités ne doivent pas croire qu’elles sont hors du sujet

Les obligations statistiques les plus lourdes seront naturellement modulées selon la taille des employeurs et le texte français définitif reste à connaître. Mais la philosophie générale de la directive ne se limite pas aux grandes collectivités.

Les droits liés au recrutement, à l’égalité de rémunération et à l’information individuelle concernent beaucoup plus largement les travailleurs. Une commune disposant de trente agents peut donc être beaucoup moins concernée par des obligations de reporting massif qu’une métropole, tout en restant exposée à une contestation individuelle sur la rémunération d’un contractuel ou sur un écart indemnitaire.

Dans les petites structures, l’enjeu peut même être plus délicat parce que les rémunérations ont parfois été construites au fil des recrutements sans véritable référentiel global.

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Faut-il attendre la loi avant d’agir ? Certainement pas pour tout

Il serait juridiquement imprudent de modifier dès maintenant l’ensemble des procédures internes en appliquant comme définitif un projet de loi qui devra encore être adopté par le Parlement. Mais plusieurs travaux peuvent être engagés immédiatement sans aucun risque de suranticipation.

Une collectivité peut déjà examiner les rémunérations de ses contractuels et rechercher les écarts qui ne semblent reposer sur aucune justification documentée. Elle peut vérifier que ses critères d’attribution du CIA sont suffisamment précis. Elle peut analyser la cohérence de ses groupes de fonctions RIFSEEP. Elle peut regarder les écarts de rémunération entre métiers fortement féminisés et métiers majoritairement masculins. Elle peut également revoir ses annonces de recrutement et réfléchir à la manière dont elle détermine ses propositions salariales.

Aucun de ces travaux n’exige d’attendre une nouvelle loi. Ils relèvent déjà d’une politique RH saine.

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Le premier audit à conduire devrait porter sur les endroits où le DRH aurait aujourd’hui du mal à répondre

Une méthode simple peut être utilisée. Imaginez qu’un agent demande demain : « Pourquoi ma rémunération est-elle inférieure à celle d’un agent exerçant des responsabilités comparables ? »

Si la DRH peut produire immédiatement une réponse fondée sur le grade, les fonctions, l’expérience, les responsabilités ou des critères indemnitaires formalisés, le risque est maîtrisé. Si la réponse devient « cela a toujours été comme cela », « il avait mieux négocié à son arrivée », « son prédécesseur percevait déjà ce montant », « c’est une décision de l’ancien exécutif » ou encore « le manager estimait qu’il était meilleur », alors il existe probablement un chantier à ouvrir.

Un test simple mais révélateur

Si la DRH ne peut pas expliquer aujourd’hui un écart de rémunération sans recourir à l’histoire, à l’habitude ou à une négociation individuelle ancienne, cet écart mérite probablement d’être audité.

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La transparence salariale va aussi obliger les DRH à arbitrer entre équité et attractivité

C’est un angle souvent oublié. Les collectivités territoriales rencontrent de fortes difficultés de recrutement sur certains métiers. Pour attirer un profil très recherché, elles peuvent être conduites à proposer une rémunération supérieure à celle de professionnels déjà présents dans la collectivité.

Cette pratique peut être économiquement rationnelle. Mais elle crée un risque d’iniquité interne. Le futur cadre de transparence rendra simplement cette tension beaucoup plus visible.

Le DRH devra donc concilier deux logiques qui peuvent entrer en conflit : payer suffisamment pour recruter sur un marché tendu et préserver une cohérence salariale avec les agents déjà en poste. La réponse ne sera probablement pas de supprimer toute capacité de négociation. Elle consistera plutôt à définir les circonstances dans lesquelles une prime d’attractivité ou un positionnement salarial particulier peut être accordé, puis à déterminer ce qu’il advient lorsque la tension sur le métier disparaît ou lorsque les écarts deviennent difficiles à justifier.

Le nouvel arbitrage

La transparence ne supprimera pas les arbitrages salariaux. Elle obligera à mieux les assumer.

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Ce que je ferais dès maintenant dans une DRH territoriale

Je commencerais par une cartographie très ciblée des zones dans lesquelles la collectivité dispose de la plus grande marge d’appréciation : rémunération des contractuels, IFSE, CIA, primes particulières et différences de positionnement entre métiers comparables.

Je ne chercherais pas immédiatement à corriger tous les écarts. Je chercherais d’abord à distinguer trois situations : les écarts objectivement justifiables, ceux qui pourraient être justifiés mais qui ne sont pas suffisamment documentés, et ceux pour lesquels aucune justification convaincante n’apparaît.

Le deuxième travail concernerait les procédures de recrutement. Il faudrait progressivement construire des fourchettes ou des référentiels suffisamment robustes pour éviter que la rémunération d’un contractuel ne dépende principalement de ses qualités de négociateur ou du salaire qu’il percevait auparavant.

Le troisième chantier porterait sur la politique indemnitaire. Les critères du RIFSEEP et du CIA devraient pouvoir être expliqués simplement à un agent, à un manager, à une organisation syndicale et, si nécessaire, au juge administratif.

Enfin, je préparerais les managers. La transparence salariale ne doit pas être découverte par l’encadrement le jour où un agent demande pourquoi son collègue semble mieux rémunéré.

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Conclusion : demain, la bonne politique salariale sera celle que la collectivité sait expliquer

La directive européenne sur la transparence des rémunérations ne va pas supprimer les grilles indiciaires, effacer les différences statutaires ou rendre publiques toutes les fiches de paie des agents territoriaux. Son impact pourrait néanmoins être profond.

Elle va progressivement déplacer le centre de gravité de la politique salariale. Il ne suffira plus que la rémunération soit juridiquement possible. Il faudra de plus en plus être capable d’en expliquer la construction et de démontrer que les différences reposent sur des critères objectifs et étrangers au sexe.

Pour les DRH territoriaux, les principales zones d’attention sont déjà identifiables : rémunération des contractuels, RIFSEEP, CIA, valorisation des fonctions, métiers fortement féminisés et cohérence des pratiques de recrutement.

La France n’a pas encore achevé la transposition et plusieurs paramètres définitifs dépendront du texte finalement adopté. Ce délai ne doit cependant pas devenir un prétexte à l’inaction.

Car la question la plus utile à poser aujourd’hui n’est probablement pas : « Quand la réforme entrera-t-elle en vigueur ? »

Elle est plutôt : « Si un agent me demandait demain pourquoi il gagne moins qu’un autre, serais-je capable de lui répondre objectivement, précisément et documents à l’appui ? »

Si la réponse est hésitante, la transparence salariale a déjà commencé à produire son premier effet : elle révèle les endroits où notre politique de rémunération a besoin d’être clarifiée.

Mon opinion

La réforme peut être beaucoup plus structurante pour les DRH territoriaux que ne le laisse penser l’expression « transparence salariale ». Le véritable sujet est la justification des écarts. Les collectivités dont les rémunérations des contractuels, l’IFSE ou le CIA reposent encore largement sur l’histoire, la négociation individuelle ou des appréciations insuffisamment documentées sont les plus exposées. Je commencerais donc dès maintenant par ces zones de marge de manœuvre plutôt que par la production de nouveaux indicateurs. C’est là que se situe, selon moi, le véritable risque juridique et managérial.

L'auteur

Pascal NAUD
Président fondateur de NAUDRH.COM
Expert en ressources humaines territoriales, droit de la fonction publique et management public

naudrhexpertise@gmail.com

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