Nouvelles obligations, contrôles, garanties procédurales et prévention de la désinsertion professionnelle
Réforme applicable à compter du 1er août 2026Le décret n° 2026-705 du 29 juillet 2026 redéfinit en profondeur la gestion des congés pour raisons de santé et du temps partiel thérapeutique dans la fonction publique. Il renforce les contrôles des arrêts de travail, formalise davantage les obligations des agents et transforme le TPT en une véritable procédure RH, avec des délais, des garanties, des motifs de refus encadrés et une articulation plus forte avec le maintien dans l’emploi.
Sommaire
- Le nouveau cadre statutaire
- Le durcissement du contrôle des arrêts maladie
- Les contrôles administratifs et médicaux
- La refonte du temps partiel thérapeutique
- Refus et interruption : les nouvelles garanties
- La contestation devant le conseil médical
- La prévention de la désinsertion professionnelle
- Formation, bilan de compétences et reconversion
- Les tensions sociales et difficultés opérationnelles
- Foire aux questions
- Les priorités pour les DRH
- Conclusion
Le nouveau cadre statutaire
Le décret n° 2026-705 modifie plusieurs textes statutaires afin d’assurer une application transversale de la réforme aux différentes catégories d’agents publics.
| Catégorie d’agents | Textes concernés | Employeurs principalement concernés |
|---|---|---|
| Militaires | Code de la défense | Ministères des armées et de l’intérieur |
| Fonctionnaires de l’État | Décret n° 86-442 du 14 mars 1986 | Ministères, préfectures, rectorats et services déconcentrés |
| Fonctionnaires territoriaux | Décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 | Communes, départements, régions et établissements publics locaux |
| Fonctionnaires hospitaliers | Décret n° 88-386 du 19 avril 1988 | Établissements publics de santé et EHPAD publics |
| Agents contractuels | Textes propres à chaque versant | Ensemble des employeurs publics |
| Ouvriers de l’État | Textes statutaires spécifiques | Ateliers et établissements industriels de l’État |
La réforme s’inscrit dans le cadre général du Code général de la fonction publique et de ses dispositions relatives au maintien dans l’emploi pour raisons de santé.
Le décret poursuit une logique commune, mais les modalités précises doivent toujours être vérifiées au regard du statut de l’agent et du texte réglementaire applicable à son versant.
Le durcissement du contrôle des arrêts maladie
Le décret renforce le formalisme relatif à l’établissement et à la transmission des arrêts de travail pour raisons de santé.
L’agent doit produire un certificat conforme aux exigences réglementaires et le transmettre dans le délai prévu. Les règles applicables aux prescriptions initiales et aux prolongations sont davantage encadrées.
La collectivité doit toutefois éviter une lecture purement automatique. Une irrégularité formelle ne suffit pas toujours à justifier immédiatement une suspension de rémunération. La situation doit être instruite, les circonstances vérifiées et l’agent mis en mesure de présenter ses observations.
Le renforcement du formalisme ne supprime ni l’exigence de proportionnalité ni les garanties procédurales. Une décision défavorable doit être motivée, individualisée et juridiquement fondée.
Les contrôles administratifs et médicaux
Le décret distingue le contrôle administratif de présence du contrôle médical d’aptitude.
Le contrôle administratif peut être organisé au domicile de l’agent ou sur le lieu de repos déclaré. Il vise à vérifier le respect des obligations de présence et ne doit pas porter sur des informations couvertes par le secret médical.
Le contrôle médical peut être diligenté par l’employeur à tout moment de l’arrêt. Il est réalisé par un médecin agréé et peut, dans certaines situations, être effectué à distance au moyen d’un dispositif sécurisé.
| Nature du contrôle | Objet | Limites |
|---|---|---|
| Contrôle administratif | Vérifier la présence de l’agent et le respect des obligations liées à l’arrêt | Respect de la vie privée et absence d’accès aux données médicales |
| Contrôle médical | Apprécier la justification médicale de l’arrêt et l’aptitude de l’agent | Secret médical et intervention d’un médecin agréé |
| Télécontrôle médical | Faciliter l’examen à distance lorsque les conditions le permettent | Consentement, sécurité des données et possibilité d’un examen en présentiel |
L’absence de l’agent à un contrôle ne doit pas être assimilée automatiquement à une fraude. Un rendez-vous médical, une urgence ou une impossibilité matérielle peuvent constituer une justification légitime.
↑ Retour au sommaireLa refonte du temps partiel thérapeutique
Le temps partiel thérapeutique devient l’un des pivots du maintien dans l’emploi des agents publics dont la santé est altérée.
La réforme supprime l’obligation de renouvellements systématiques par périodes très courtes. L’administration peut désormais autoriser le TPT pour une durée pouvant aller jusqu’à un an, sous réserve des conditions médicales et statutaires applicables.
Le contrôle médical systématique au-delà de trois mois disparaît. L’employeur conserve néanmoins la possibilité de demander un examen ponctuel lorsque la situation le justifie.
Le TPT ne doit plus être géré comme un simple acte d’enregistrement. Il devient un processus RH de maintien dans l’emploi, avec un calendrier, une instruction et une décision motivée.
Refus et interruption : les nouvelles garanties
Le refus ou l’interruption ne peut intervenir sans l’avis préalable d’un médecin agréé. L’administration ne peut pas substituer sa propre appréciation médicale à celle d’un professionnel de santé.
Un entretien préalable doit être organisé. L’agent peut être assisté par la personne de son choix. La décision doit être écrite et précisément motivée.
Une simple référence aux nécessités du service ne suffit pas. L’employeur doit démontrer les contraintes concrètes du poste, les difficultés d’organisation et l’absence de solution alternative raisonnable.
↑ Retour au sommaireLa contestation devant le conseil médical
L’agent qui conteste les conclusions du médecin agréé peut saisir le conseil médical compétent en formation restreinte.
Lorsque la contestation porte sur l’interruption ou le renouvellement d’un TPT déjà en cours, les droits de l’agent peuvent être maintenus à titre provisoire jusqu’à l’intervention de l’avis du conseil médical, dans les conditions prévues par les textes.
Cette garantie vise à éviter une reprise à temps complet ou une baisse de rémunération avant qu’une nouvelle appréciation médicale ait été rendue.
À l’inverse, l’absence injustifiée de l’agent à l’examen demandé peut entraîner les conséquences prévues par le décret. Là encore, l’employeur doit vérifier l’existence d’une éventuelle justification avant de prendre une décision défavorable.
↑ Retour au sommaireLa prévention de la désinsertion professionnelle
Le décret ne se limite pas au contrôle des arrêts. Il ouvre également la voie à une préparation plus précoce du retour à l’emploi.
Après une absence prolongée, des échanges peuvent être organisés entre le médecin agréé, le médecin traitant et le médecin de prévention afin d’anticiper les conditions de reprise, les aménagements nécessaires et les risques d’inaptitude durable.
Cette logique permet de passer d’une gestion passive de l’arrêt à une démarche de maintien dans l’emploi. Elle doit toutefois respecter le consentement de l’agent et le secret médical.
↑ Retour au sommaireFormation, bilan de compétences et reconversion
Le décret permet, sous conditions, à un agent placé en congé pour raisons de santé de participer à certaines actions de formation, de bilan de compétences, de réadaptation ou de préparation au reclassement.
Cette possibilité peut être utile lorsque le retour sur le poste d’origine paraît incertain. Elle permet de préparer une transition professionnelle sans attendre la fin complète du congé.
La participation à ces actions doit rester compatible avec l’état de santé et reposer sur les avis médicaux nécessaires. Elle ne doit jamais devenir une obligation imposée à l’agent malade.
La formation pendant l’arrêt doit servir la reprise ou la reconversion. Elle ne doit pas être utilisée comme un moyen de pression ou comme un substitut à la période de soins.
Les tensions sociales et difficultés opérationnelles
La réforme a suscité de fortes réserves de la part des organisations syndicales. Les critiques portent notamment sur le renforcement des contrôles, les risques de suspension de rémunération et la crainte d’une gestion trop répressive de la maladie.
Les services RH doivent également composer avec la pénurie de médecins agréés dans certains territoires. L’organisation rapide d’un contrôle ou d’une expertise peut devenir difficile.
Le principal risque réside dans une automatisation des sanctions. Une décision prise sans instruction contradictoire, sans vérification des faits ou sans examen des circonstances particulières pourrait être annulée par le juge administratif.
La réforme intervient enfin dans un calendrier déjà fortement chargé pour les DRH publics, notamment avec l’entrée en vigueur simultanée de la partie réglementaire du livre IV du Code général de la fonction publique.
↑ Retour au sommaireFoire aux questions
Oui. Il peut solliciter un TPT alors qu’il est en position d’activité lorsque la réduction du temps de travail est médicalement justifiée.
L’agent est placé sous le régime du congé de maladie correspondant. Les conditions de reprise en TPT doivent ensuite être réexaminées.
Dans certaines situations prévues par les textes, le maintien provisoire du TPT et de la rémunération est assuré jusqu’à l’avis du conseil médical.
Oui. Le décret renforce les obligations de transmission et de contrôle également pour les agents placés en CITIS, sous réserve des règles propres à ce congé.
Il ne doit être utilisé que lorsque les conditions médicales et techniques le permettent. Un examen en présentiel reste nécessaire si la situation l’exige.
Les priorités pour les DRH
La première priorité consiste à mettre à jour les modèles de courriers, les arrêtés, les formulaires et les fiches réflexes.
La deuxième priorité est le suivi des délais. Les demandes de TPT doivent être datées, tracées et suivies dans le système d’information RH.
La troisième priorité concerne l’entretien préalable. Les managers doivent disposer d’une trame leur permettant d’exposer les contraintes du service et d’examiner les solutions alternatives.
La quatrième priorité est l’information des agents. Les nouvelles obligations relatives aux arrêts de travail, aux contrôles et aux voies de recours doivent être clairement expliquées.
Enfin, le TPT doit être intégré dans une politique plus large de maintien dans l’emploi, articulée avec la médecine préventive, l’aménagement du poste, le reclassement et la formation.
La réforme renforce le contrôle, mais elle ouvre également de nouveaux outils de prévention. Une politique RH mature doit sécuriser les absences sans perdre de vue l’objectif de retour durable à l’emploi.
Conclusion
Le décret n° 2026-705 du 29 juillet 2026 transforme profondément la gestion des arrêts maladie et du temps partiel thérapeutique dans la fonction publique.
Il renforce les obligations de transmission, élargit les possibilités de contrôle et encadre plus strictement les décisions de refus ou d’interruption.
Il développe également une approche plus préventive, en permettant d’anticiper le retour à l’emploi, la formation, la réadaptation ou le reclassement.
Pour les employeurs publics, l’enjeu consiste à concilier la maîtrise des absences, le respect des droits des agents et la prévention de la désinsertion professionnelle.
Une application purement répressive multiplierait les contentieux. Une application insuffisamment structurée fragiliserait les décisions RH. Seule une mise en œuvre individualisée, juridiquement maîtrisée et humainement équilibrée permettra de donner à cette réforme toute sa portée.
Pascal NAUD
Président fondateur de NAUDRH.COM
Expert en ressources humaines territoriales, droit de la fonction publique et management public
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