La stabilisation du nombre d’offres publiées sur Choisir le service public ne signifie pas un ralentissement uniforme du recrutement public. Elle révèle surtout le poids déterminant de la fonction publique territoriale et la persistance d’enjeux RH majeurs pour les employeurs locaux.
Sommaire
1. Une stabilisation qui masque des dynamiques différentes
En 2025, le nombre d’offres d’emploi publiées sur le site Choisir le service public se stabilise à 347 200 annonces. Ce chiffre marque une rupture après plusieurs années de progression soutenue. Le volume avait augmenté de 18 % en 2022, de 11 % en 2023 puis encore de 5 % en 2024. La stabilisation observée en 2025 ne traduit donc pas une absence de besoins, mais plutôt une nouvelle phase du marché de l’emploi public.
Cette stabilité globale recouvre toutefois des réalités très contrastées selon les versants. La fonction publique de l’État connaît une baisse de 4,6 % du nombre d’offres publiées. À l’inverse, la fonction publique territoriale progresse légèrement, tandis que la fonction publique hospitalière poursuit sa montée en charge sur la plateforme avec une hausse de 11,5 %.
2. La fonction publique territoriale, premier recruteur public
La fonction publique territoriale représente 221 400 offres publiées en 2025, soit 64 % de l’ensemble des offres diffusées sur Choisir le service public. Elle demeure ainsi, très largement, le premier versant recruteur de la fonction publique.
Cette donnée est essentielle pour les décideurs locaux. Elle confirme que les collectivités territoriales sont au cœur des besoins de recrutement public, qu’il s’agisse des communes, des intercommunalités, des départements ou des régions. Plus de la moitié des offres territoriales proviennent des communes, qui représentent 53 % des publications. Les intercommunalités concentrent quant à elles près d’un quart des offres.
Cette situation correspond à la réalité de l’emploi public local : les collectivités assurent directement de nombreux services de proximité et ont besoin de compétences nombreuses, diversifiées et immédiatement opérationnelles.
3. Des besoins centrés sur les métiers opérationnels
Dans la fonction publique territoriale, les métiers les plus recherchés relèvent d’abord de l’intervention technique et logistique. Ce domaine représente à lui seul 25 % des offres publiées, soit 54 500 annonces. Il progresse fortement par rapport à 2024.
Le deuxième domaine le plus représenté concerne l’animation, la jeunesse et les sports, avec 30 200 offres, soit 14 % du total territorial. Cette progression traduit le poids des politiques éducatives, périscolaires, sportives et de proximité dans les besoins quotidiens des collectivités.
Les métiers du social, de l’enfance et de la famille représentent également une part significative des recrutements, tout comme les ressources humaines, qui totalisent 17 800 offres. Ce dernier chiffre montre que la fonction RH elle-même reste en tension et que les collectivités doivent renforcer leurs capacités internes pour piloter des politiques RH devenues plus complexes.
4. La catégorie C au cœur des recrutements territoriaux
La structure des offres territoriales se distingue nettement de celle des autres versants. Dans la fonction publique de l’État et dans la fonction publique hospitalière, plus d’une offre sur deux concerne un poste de catégorie A. Dans la fonction publique territoriale, la situation est inverse : 55 % des offres concernent des emplois de catégorie C.
Cette donnée est déterminante pour comprendre les enjeux d’attractivité des collectivités. Les politiques RH territoriales ne peuvent pas être construites uniquement autour des cadres, des experts ou de l’encadrement supérieur. Elles doivent prioritairement intégrer les agents d’exécution, les métiers techniques, les agents d’accueil, les personnels d’animation, les agents sociaux et les professionnels de proximité.
C’est sur ces métiers que se joue une grande partie de la continuité du service public local. Or ce sont aussi des métiers exposés à la concurrence du secteur privé, à la pénibilité, à la faiblesse relative des rémunérations et parfois à un déficit de reconnaissance.
5. Un enjeu stratégique d’attractivité RH
Les chiffres publiés par la DGAFP rappellent une réalité désormais incontournable : publier une offre ne suffit plus. La question centrale n’est plus seulement celle du nombre d’annonces diffusées, mais celle de leur capacité à générer des candidatures qualifiées, à convaincre les candidats et à sécuriser les recrutements.
Les offres territoriales publiées sur Choisir le service public recueillent en moyenne 21 visites par offre, contre 114 pour la fonction publique de l’État. Cet écart s’explique notamment par l’existence d’une plateforme propre à la fonction publique territoriale, Emploi territorial, mais il invite aussi les collectivités à s’interroger sur la visibilité réelle de leurs offres.
Dans un marché de l’emploi plus concurrentiel, les collectivités doivent travailler leur marque employeur, la lisibilité de leurs annonces, la rapidité des procédures, la qualité du premier contact candidat et la cohérence entre le discours d’attractivité et la réalité managériale vécue par les agents.
Les collectivités doivent désormais professionnaliser toute la chaîne du recrutement : rédaction des offres, diffusion multicanale, délais de réponse, qualité des entretiens, intégration des nouveaux agents et fidélisation. L’attractivité ne se décrète pas ; elle se construit dans l’expérience concrète proposée aux candidats et aux agents.
Conclusion
La stabilisation du nombre d’offres publiées sur Choisir le service public ne doit pas masquer la place centrale de la fonction publique territoriale dans l’emploi public. Avec près des deux tiers des offres, les collectivités demeurent le premier recruteur public du pays.
Mais cette position dominante s’accompagne d’une responsabilité stratégique. Les collectivités doivent désormais passer d’une logique administrative de publication des postes à une véritable politique d’attractivité, de recrutement et de fidélisation. Les tensions sur les métiers de proximité, les emplois techniques, les fonctions sociales et les postes de catégorie C imposent une transformation profonde des pratiques RH.
Le recrutement territorial n’est plus seulement une opération de gestion. Il devient un enjeu de continuité du service public, de performance managériale et de capacité des collectivités à répondre durablement aux besoins des usagers.
Cette étude confirme que le véritable défi des collectivités n’est plus de publier davantage d’offres, mais de rendre leurs recrutements plus attractifs, plus rapides et plus crédibles. La fonction publique territoriale recrute massivement, mais elle doit désormais apprendre à séduire autant qu’à sélectionner.
Par Pascal NAUD
Président, fondateur de NAUDRH.COM
Expert en ressources humaines territoriales, dialogue social et management public
Contact : naudrhexpertise@gmail.com
Le nombre d’offres publiées sur le site Choisir le service public se stabilise en 2025
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