Faut-il reculer ou avancer l’âge de départ à la retraite ? Le débat public se concentre souvent sur l’âge légal. Pourtant, une analyse publiée par François Ecalle pour FIPECO le 30 septembre 2026 montre que les enjeux sont beaucoup plus larges : âge effectif de liquidation, emploi des seniors, équilibre financier des régimes, finances publiques, durée de cotisation et conséquences sociales des différents scénarios.
Reculer l’âge légal de deux ans ne signifie pas nécessairement repousser de deux ans l’âge moyen réel de départ. La réforme de 2023 produirait, selon les travaux cités, un décalage moyen d’environ huit mois seulement.
Sommaire
1. Le vrai enjeu : au-delà de l’âge légal
2. Reculer l’âge de départ augmente-t-il le chômage ?
3. Quel impact sur les finances publiques ?
4. La réforme de 2023 : deux ans affichés, huit mois réellement ?
5. Des perspectives financières toujours dégradées
6. Âge légal ou durée de cotisation : deux leviers, deux effets sociaux
7. Ce que cela implique pour les employeurs publics
8. Conclusion
1. Le vrai enjeu : au-delà de l’âge légal
Le débat sur les retraites est souvent résumé à une seule question : faut-il maintenir, reculer ou avancer l’âge légal de départ ?
Cette approche est pourtant incomplète. L’analyse publiée par François Ecalle pour FIPECO rappelle que le sujet doit être examiné sous plusieurs angles : évolution de l’emploi des seniors, âge effectif de liquidation, équilibre financier des régimes, niveau des dépenses publiques, recettes fiscales et sociales, durée de cotisation, carrières longues ou discontinues.
Autrement dit, l’âge légal constitue un paramètre important, mais il ne permet pas à lui seul de mesurer les effets réels d’une réforme des retraites.
2. Reculer l’âge de départ augmente-t-il le chômage ?
C’est l’une des objections les plus fréquemment formulées : faire travailler les seniors plus longtemps pourrait réduire les possibilités d’embauche pour les plus jeunes ou augmenter le chômage.
L’analyse FIPECO apporte ici une réponse nuancée. À court terme, un recul de l’âge d’ouverture des droits peut effectivement provoquer une hausse du chômage pour certaines classes d’âge. Mais cet effet n’apparaît pas durable à l’échelle macroéconomique.
Les données reprises dans la note montrent notamment que le taux d’emploi des personnes âgées de 55 à 64 ans est passé de 41 % en 2010 à 61,7 % en 2025.
La hausse du taux d’emploi des seniors ne signifie pas que leur maintien dans l’emploi est sans difficulté. Elle ne doit pas conduire à minimiser les enjeux d’usure professionnelle, d’employabilité, de santé au travail, de mobilité ou de reclassement.
L’analyse souligne également qu’au niveau agrégé, les données macroéconomiques ne démontrent pas un effet mécanique d’éviction des jeunes par les seniors.
3. Quel impact sur les finances publiques ?
L’un des apports les plus intéressants de la note consiste à élargir l’analyse au-delà des seules caisses de retraite.
Selon les simulations présentées, un recul de deux ans de l’âge minimal de départ améliorerait à long terme le solde de l’ensemble des administrations publiques d’environ 0,9 point de PIB.
Cet effet résulterait de plusieurs mécanismes :
- une diminution des pensions versées sur la période concernée ;
- une augmentation des cotisations retraite ;
- une hausse d’autres prélèvements obligatoires grâce à davantage d’activité et d’emploi ;
- mais aussi une augmentation de certaines dépenses sociales, notamment maladie, chômage, invalidité ou minima sociaux.
L’intérêt économique d’un recul de l’âge ne se limiterait donc pas au financement du système de retraite : il résiderait également dans ses effets sur la production, l’emploi et les recettes publiques.
4. La réforme de 2023 : deux ans affichés, huit mois réellement ?
C’est probablement l’un des enseignements les plus contre-intuitifs du document.
La principale mesure de la réforme de 2023 consiste à relever progressivement l’âge minimal d’ouverture des droits de 62 à 64 ans.
Pourtant, ce décalage de deux ans ne se traduit pas par un recul équivalent de l’âge moyen effectif de liquidation.
Selon les travaux du Conseil d’orientation des retraites cités dans la note, la réforme provoquerait une hausse de l’âge moyen de liquidation d’environ huit mois.
Deux raisons principales l’expliquent : d’une part, un certain nombre d’assurés seraient partis après 64 ans même en l’absence de réforme ; d’autre part, l’âge d’annulation de la décote reste fixé à 67 ans.
relever l’âge légal ne permet pas de déduire mécaniquement le nouvel âge moyen réel de départ. L’effet dépend de nombreux paramètres du système.
5. Des perspectives financières toujours dégradées
Les projections reprises dans le document montrent également que l’équilibre des régimes de retraite reste fragile.
Dans les hypothèses du rapport 2026 du Conseil d’orientation des retraites, le déficit des régimes serait d’environ 0,2 % du PIB en 2030, puis augmenterait progressivement dans les décennies suivantes.
La note évoque notamment un déficit pouvant atteindre 0,6 % du PIB en 2040, 1,2 % en 2050 et 2,4 % en 2070.
Ces chiffres doivent néanmoins être interprétés avec prudence. Ils dépendent fortement des hypothèses retenues sur la productivité, la démographie, l’évolution des revenus, le nombre de cotisants et les modalités de financement des différents régimes.
6. Âge légal ou durée de cotisation : deux leviers, deux effets sociaux
Le débat sur les retraites ne se limite pas à l’âge minimal d’ouverture des droits.
Une autre voie consiste à augmenter la durée de cotisation nécessaire pour obtenir une pension à taux plein.
Mais ces deux instruments n’ont pas les mêmes conséquences sociales.
- Relever l’âge minimal affecte davantage les personnes ayant commencé à travailler jeunes.
- Allonger la durée de cotisation pénalise davantage les personnes entrées tardivement sur le marché du travail ou ayant connu des carrières interrompues ou discontinues.
La note rappelle également que les carrières discontinues concernent plus fréquemment les femmes.
Elle souligne enfin qu’une hausse de la durée de cotisation d’un an aurait un effet plus faible à court et moyen terme sur l’âge moyen de liquidation qu’un relèvement d’un an de l’âge minimal.
7. Ce que cela implique pour les employeurs publics
Pour les employeurs publics, le débat sur le recul de l’âge de départ n’est pas seulement budgétaire ou national. Il comporte des conséquences très concrètes en matière de gestion des ressources humaines.
Si les agents doivent rester plus longtemps en activité, les politiques RH devront nécessairement évoluer pour accompagner l’allongement des carrières.
Cela suppose notamment de renforcer :
- la prévention de l’usure professionnelle ;
- l’adaptation des postes de travail ;
- la mobilité professionnelle ;
- la formation tout au long de la carrière ;
- les dispositifs de reclassement ;
- la gestion des secondes parties de carrière ;
- l’anticipation des situations de pénibilité ;
- le maintien en emploi des agents expérimentés.
Pour les DRH territoriaux, c’est probablement l’un des principaux enseignements à retenir : une réforme des retraites modifiant l’âge effectif de départ entraîne nécessairement des effets sur la gestion prévisionnelle des emplois, des compétences et des parcours professionnels.
Conclusion : ne pas réduire le débat à un chiffre
Le débat sur les retraites est souvent enfermé dans une opposition simple entre 62 ans, 64 ans ou davantage.
L’analyse FIPECO montre pourtant que cette lecture est insuffisante.
L’enjeu réel porte sur l’âge effectif de liquidation, le taux d’emploi des seniors, la durée de cotisation, les trajectoires professionnelles, la soutenabilité financière du système et les conséquences sociales des choix retenus.
Pour les employeurs publics, la question centrale devient alors moins : « à quel âge les agents pourront-ils partir ? » que : « dans quelles conditions pourront-ils rester durablement en emploi ? »
François Ecalle, « Reculer ou avancer l’âge de la retraite », FIPECO, 30 septembre 2026.
Analyse fondée notamment sur les travaux du Conseil d’orientation des retraites, de la Direction générale du Trésor, de l’INSEE, de l’OCDE et de l’OFCE.
Retraites, emploi des seniors, prévention de l’usure professionnelle et gestion des secondes parties de carrière : ces sujets vont devenir de plus en plus structurants pour les employeurs territoriaux dans les prochaines années.
Reculer ou avancer l'âge de la retraite
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