La préparation physique est indispensable à la capacité opérationnelle des sapeurs-pompiers. Pourtant, elle constitue aussi une source majeure d'accidents en caserne. Une étude Relyens publiée en octobre 2026 met en évidence les limites d'une prévention exclusivement centrée sur l'encadrement des séances et invite les directions des services d'incendie et de secours à faire évoluer leurs pratiques.
La question n'est pas de faire pratiquer moins d'activité physique aux sapeurs-pompiers. Elle est de garantir que cette activité les prépare réellement aux interventions, sans compromettre leur santé ni leur disponibilité opérationnelle à long terme.
1. Une accidentologie qui interroge les pratiques habituelles
L'étude publiée en octobre 2026 par Relyens, intitulée « L'activité physique des sapeurs-pompiers volontaires et professionnels : comprendre les risques, renforcer la prévention », repose sur l'analyse des accidents déclarés en 2025 auprès de 53 services d'incendie et de secours, représentant près de 50 000 sapeurs-pompiers. Elle mobilise également plus de 2 000 accidents sportifs documentés entre 2021 et 2025.
Ses conclusions remettent en perspective certaines idées reçues sur les causes des accidents liés à la pratique sportive.
Le caractère particulièrement instructif de ces résultats réside dans le contexte de survenue des accidents. Ceux-ci ne sont pas principalement associés à des conditions manifestement dégradées de pratique.
Dans l'échantillon étudié, les séances sont généralement organisées, limitées dans le temps et accompagnées d'un échauffement. Les équipements ne sont mis en cause que dans 5 % des accidents documentés. Les conditions climatiques défavorables ne concernent que 12 % des accidents survenus à l'extérieur.
Autrement dit, la présence d'un encadrant et le respect des usages sportifs habituels ne suffisent pas à supprimer les risques.
Ce qu'un directeur de SDIS doit retenir
L'analyse des accidents ne doit pas s'arrêter à la recherche d'un défaut de matériel, d'échauffement ou de surveillance. Elle doit également interroger le choix des disciplines, l'intensité de l'effort, les capacités individuelles et la finalité opérationnelle des séances.
2. Sports collectifs et vieillissement : deux facteurs de risque majeurs
Selon Relyens, les sports collectifs représentent 62 % des accidents sportifs analysés, contre 38 % pour les disciplines individuelles. Le football arrive en tête avec 34 % des accidents, suivi notamment de la course à pied (17 %), du volley-ball (11 %) et de la musculation (10 %).
Les membres inférieurs et les pieds concentrent 67 % des lésions. Les contacts physiques, les appuis et les changements rapides de direction constituent des situations particulièrement exposantes.
Il convient néanmoins de distinguer la part d'une discipline dans les accidents du risque individuel attaché à sa pratique. Le football étant également très pratiqué, son poids dans les déclarations ne permet pas, à lui seul, de calculer un risque comparatif par heure de pratique.
L'enjeu pour les services n'est donc pas nécessairement de supprimer les sports collectifs, mais de s'assurer que leurs modalités de pratique répondent à un objectif de préparation physique et de cohésion, plutôt qu'à une logique de compétition.
L'étude met également en évidence les conséquences du vieillissement des effectifs. Si l'âge ne se traduit pas mécaniquement par une augmentation du nombre d'accidents, il influence leur gravité pratique, notamment à travers l'allongement des durées d'arrêt.
Chez les sapeurs-pompiers volontaires de 55 ans et plus, la durée moyenne d'arrêt après un accident sportif atteint 127,5 jours en 2025 dans l'échantillon étudié.
Cette évolution pose une question essentielle aux directions : comment maintenir les capacités nécessaires aux missions opérationnelles tout en tenant compte des transformations physiques qui accompagnent les parcours professionnels et les engagements prolongés ?
Point de vigilance RH
L'âge ne saurait constituer, à lui seul, un critère justifiant une restriction individuelle d'activité ou une modification des fonctions. Les décisions doivent reposer sur les exigences des missions, les compétences et les évaluations d'aptitude réalisées dans le cadre réglementaire applicable.
La prévention de l'usure professionnelle suppose par conséquent une approche anticipatrice : individualisation des entraînements, accompagnement des reprises, suivi des capacités et recherche, lorsque cela est nécessaire, de modalités d'exercice compatibles avec l'état de santé.
3. La prévention sportive relève aussi de la responsabilité juridique des SDIS
Les enseignements de cette étude doivent être replacés dans le cadre des obligations applicables aux employeurs publics et dans celui, particulier, des services d'incendie et de secours.
L'article 2-1 du décret n° 85-603 du 10 juin 1985 confie aux autorités territoriales la responsabilité de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité.
L'article 3 du même décret renvoie, sous réserve des dispositions particulières applicables, aux règles de santé et de sécurité figurant dans les livres Ier à V de la quatrième partie du Code du travail.
Ces dispositions imposent aux employeurs concernés une démarche organisée de prévention. La seule existence de consignes ou la désignation d'un encadrant ne dispensent pas d'évaluer les risques et de prendre des mesures adaptées.
Pour les sapeurs-pompiers professionnels, la prévention des risques associés aux activités physiques s'inscrit ainsi dans les obligations de santé et de sécurité au travail, en tenant compte des règles propres à leurs fonctions.
Les sapeurs-pompiers volontaires relèvent d'un régime juridique particulier. Leur engagement ne doit pas être assimilé automatiquement à une relation statutaire ou salariale identique à celle des professionnels.
Il convient donc de distinguer les fondements juridiques des obligations applicables à chaque catégorie, notamment en matière d'aptitude, de protection, de prise en charge des accidents et de responsabilités.
Cette distinction ne remet pas en cause la nécessité d'organiser des pratiques physiques sécurisées pour l'ensemble des personnels participant aux activités.
La bonne méthode juridique
Avant d'apprécier une situation individuelle, le service doit identifier le statut de la personne concernée, les circonstances exactes de l'accident, les règles applicables à l'activité, les mesures de prévention mises en place et les éventuels manquements constatés.
La survenue d'un accident ne permet pas, à elle seule, de conclure à une faute de l'autorité ou de l'encadrement. Inversement, le caractère habituel d'une séance ne démontre pas automatiquement que toutes les mesures de prévention nécessaires ont été prises.
La prévention sportive doit également s'articuler avec l'évaluation des risques professionnels et les dispositifs de prévention existants dans le service, selon les règles applicables aux personnels concernés.
Référence juridique : Décret n° 85-603 du 10 juin 1985, version consolidée sur Légifrance .
4. Le management de proximité constitue un levier décisif
L'un des apports les plus intéressants du rapport Relyens tient à la place accordée au commandement et à l'encadrement des activités physiques.
La prévention ne peut être considérée comme la seule responsabilité des spécialistes du sport ou des professionnels de santé. Elle repose sur une articulation permanente entre la direction, la hiérarchie opérationnelle, les encadrants des activités physiques et les acteurs compétents en matière de santé.
La hiérarchie fixe les conditions d'organisation des séances et veille à leur adéquation avec les contraintes opérationnelles. Les encadrants des activités physiques déterminent les modalités de pratique, régulent les efforts et favorisent la progressivité. Les professionnels de santé interviennent dans le cadre de leurs compétences propres, notamment en matière d'aptitude et de suivi médical.
Cette organisation suppose aussi une implication des agents dans l'entretien de leur condition physique et le respect des consignes.
Deux situations doivent faire l'objet d'une vigilance particulière : une activité physique insuffisante, susceptible de fragiliser la reprise d'efforts, et, à l'inverse, des entraînements excessifs ou insuffisamment adaptés, pouvant favoriser les blessures et réduire temporairement les capacités opérationnelles.
Le rapport insiste sur l'intérêt de ne plus considérer l'évaluation physique comme une simple photographie des performances à un instant donné.
L'objectif doit être de suivre les évolutions de la condition physique au cours du temps, d'identifier les pertes de capacités et de proposer des réponses adaptées.
Cette logique permet de mieux accompagner les agents au fil de leur carrière, de leurs blessures éventuelles et des évolutions de leurs missions.
Un changement de philosophie managériale
L'encadrement ne doit pas rechercher la performance sportive pour elle-même. Il doit organiser une préparation physique cohérente avec les missions de secours, compatible avec les capacités individuelles et inscrite dans une logique de préservation durable de la santé.
Lorsque le suivi repose sur des outils numériques, il convient de distinguer les informations utiles au management de l'activité de celles relevant du secret médical et des données de santé protégées. L'accès aux informations médicales ne saurait être généralisé à la chaîne hiérarchique.
5. Quelles décisions concrètes les directions de SDIS doivent-elles prendre ?
Le principal intérêt d'une étude d'accidentologie est de permettre aux directions de passer du constat à une politique de prévention mesurable. Plusieurs actions peuvent être engagées sans attendre la survenue de nouveaux accidents.
1. Établir un diagnostic des accidents sportifs. Analyser leur fréquence, leur nature, les disciplines concernées, les circonstances et les durées d'arrêt, en distinguant les catégories de personnels et les périmètres statistiques.
2. Réexaminer les modalités des activités physiques. Vérifier que les séances correspondent aux objectifs de préparation opérationnelle, avec une intensité adaptée et une place maîtrisée des activités compétitives.
3. Clarifier les responsabilités d'encadrement. Formaliser le rôle de la hiérarchie opérationnelle, des encadrants des activités physiques et des professionnels de santé, dans le respect de leurs compétences respectives.
4. Développer un suivi physique individualisé. Privilégier l'observation des évolutions dans le temps, la progressivité des efforts et l'accompagnement des agents présentant des fragilités.
5. Sécuriser les reprises après blessure. Organiser, lorsque la situation le justifie, une remise en condition progressive et compatible avec les avis et décisions d'aptitude applicables.
6. Évaluer les effets des mesures engagées. Suivre des indicateurs adaptés, examiner régulièrement les résultats et réviser les pratiques lorsque leur efficacité n'est pas démontrée.
| Problème identifié | Décision à envisager | Indicateur de suivi |
|---|---|---|
| Accidents récurrents dans certaines disciplines | Adapter les modalités et l'intensité des séances | Accidents par discipline et par volume de pratique |
| Arrêts longs après blessure | Renforcer la prévention et l'accompagnement des reprises | Durée des arrêts et évolution dans le temps |
| Variabilité des pratiques entre centres | Établir un cadre partagé de prévention | Application des mesures définies |
| Faible exploitation des évaluations physiques | Structurer un suivi régulier et individualisé | Évolution des indicateurs de condition physique |
| Retour insuffisant sur les causes des accidents | Organiser des analyses et retours d'expérience | Actions correctives réalisées et réévaluées |
Ce tableau constitue une proposition de pilotage NAUDRH.COM élaborée à partir des enseignements du rapport. Il ne représente pas une liste d'obligations réglementaires nouvelles.
6. Une prévention dont les résultats deviennent mesurables
La publication Relyens ne se limite pas à constater les risques. Elle présente également une évolution favorable de plusieurs indicateurs d'accidentologie.
Selon le rapport, 90 % des services ayant bénéficié des diagnostics de prévention mentionnés enregistrent une diminution marquée de leur sinistralité.
Ces résultats confortent l'intérêt d'une politique structurée, construite à partir de données objectives, d'analyses de terrain et d'actions adaptées aux réalités de chaque service.
Ils ne permettent toutefois pas, à eux seuls, d'établir un lien de causalité exclusif entre les diagnostics réalisés et les baisses observées. D'autres évolutions organisationnelles, humaines ou statistiques peuvent également intervenir.
Le véritable indicateur de performance
Une politique de prévention ne doit pas seulement comptabiliser les séances de sport organisées ou les évaluations réalisées. Elle doit aussi mesurer si les accidents diminuent, si leurs conséquences sont mieux maîtrisées et si la capacité opérationnelle des personnels est durablement préservée.
7. Conclusion : protéger aujourd'hui les capacités opérationnelles de demain
La condition physique des sapeurs-pompiers représente une ressource opérationnelle essentielle. Elle constitue également un capital humain que les services d'incendie et de secours ont intérêt à préserver pendant toute la durée des carrières et des engagements.
L'étude Relyens rappelle qu'une pratique sportive organisée, même correctement encadrée au regard des usages habituels, n'est jamais totalement dépourvue de risques.
Les enjeux portent désormais sur l'adaptation des pratiques, la prévention de l'usure, la progressivité des efforts, le suivi individualisé et la coordination entre les acteurs de la prévention.
Pour les directions de SDIS, cette évolution appelle un changement de perspective : la préparation physique ne peut plus être considérée uniquement comme une activité de garde ou un instrument ponctuel d'évaluation des performances. Elle doit être intégrée à une politique de santé, de sécurité et de maintien en capacité opérationnelle.
Préserver la capacité opérationnelle ne consiste pas seulement à préparer les sapeurs-pompiers à intervenir aujourd'hui. C'est aussi leur permettre de continuer à exercer leurs missions demain, dans des conditions compatibles avec leur santé et leur sécurité.
La prévention sportive constitue ainsi un sujet de management public à part entière, au croisement de la santé au travail, de la gestion des ressources humaines et de la performance opérationnelle.
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Étude principale : Relyens, L'activité physique des sapeurs-pompiers volontaires et professionnels : comprendre les risques, renforcer la prévention, Focus, octobre 2026, 16 pages.
Cadre juridique : décret n° 85-603 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale, notamment ses articles 2-1 et 3.
Consulter le texte consolidé sur Légifrance
Les données statistiques reproduites dans cette publication concernent les échantillons étudiés par Relyens et ne doivent pas être interprétées comme des statistiques exhaustives de l'ensemble des services d'incendie et de secours français. Les propositions opérationnelles formulées par NAUDRH.COM constituent des recommandations professionnelles et non des obligations juridiques nouvelles.
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