Par Pascal NAUD
Président, fondateur de NAUDRH.COM
Expert en ressources humaines territoriales, dialogue social et management public
Contact : naudrhexpertise@gmail.com
/image%2F1484234%2F20260620%2Fob_8e0e7f_image-1484234-20260131-ob-05d2a0-image.jpg)
L'entrée en vigueur du congé supplémentaire de naissance constitue l'une des évolutions les plus significatives du droit de la fonction publique de ces dernières années. Si l'attention des employeurs publics s'est naturellement portée sur la durée de ce nouveau congé et sur ses conditions d'octroi, une autre question mérite aujourd'hui une vigilance particulière : quel est le sort des congés annuels que l'agent n'a pas pu prendre en raison de son congé supplémentaire de naissance ?
Cette interrogation est loin d'être théorique. Elle concerne directement l'organisation des services, la continuité du service public, la gestion des effectifs et la sécurisation juridique des décisions prises par les collectivités territoriales. Derrière cette question se cachent également des enjeux d'attractivité, de qualité de vie au travail et de dialogue social.
Pour les DRH territoriaux, comprendre les mécanismes de report des congés annuels liés au congé supplémentaire de naissance devient désormais indispensable. Une mauvaise interprétation du dispositif peut exposer la collectivité à des contentieux, tandis qu'une gestion anticipée peut au contraire renforcer la qualité du climat social et l'image de l'employeur public.
Sommaire
1. Le congé supplémentaire de naissance protège-t-il les droits à congés annuels ?
2. Quel mécanisme de report s'applique dans la fonction publique territoriale ?
3. Quels impacts organisationnels pour les collectivités territoriales ?
4. Comment les DRH doivent-ils anticiper cette nouvelle règle ?
1. Le congé supplémentaire de naissance protège-t-il les droits à congés annuels ?
Le principe est désormais clairement établi : lorsqu'un agent public est empêché de prendre ses congés annuels en raison d'une période d'absence légalement protégée, il ne peut pas perdre le bénéfice de ces congés. Le congé supplémentaire de naissance s'inscrit pleinement dans cette logique.
Cette protection découle d'une évolution profonde du droit du travail et du droit de la fonction publique sous l'influence du droit européen. Le droit au repos annuel est considéré comme un droit fondamental du travailleur. Dès lors, lorsqu'un agent est placé dans une situation qui l'empêche objectivement d'exercer ce droit, la perte automatique des congés annuels devient juridiquement difficilement justifiable.
Le congé supplémentaire de naissance poursuit précisément un objectif de protection de la parentalité et d'accompagnement des premiers mois de vie de l'enfant. Il serait contradictoire qu'un agent bénéficiant de ce droit se retrouve finalement pénalisé par la perte de jours de congés annuels acquis.
D'un point de vue RH, cette évolution traduit une transformation progressive des attentes des agents publics. Les nouvelles générations sont particulièrement attentives aux dispositifs favorisant l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Les collectivités qui appliquent ces règles avec clarté et sécurité juridique renforcent leur attractivité dans un contexte de concurrence accrue sur le marché de l'emploi territorial.
Point de vigilance. Le droit au report des congés annuels ne constitue pas une faveur accordée par l'employeur. Il résulte directement de l'impossibilité pour l'agent d'exercer son droit à congé du fait de son congé supplémentaire de naissance.
2. Quel mécanisme de report s'applique dans la fonction publique territoriale ?
Lorsqu'un agent territorial n'a pas pu prendre tout ou partie de ses congés annuels en raison de son congé supplémentaire de naissance, les jours concernés bénéficient d'un mécanisme de report. La durée maximale de ce report est fixée à quinze mois.
Cette période de quinze mois constitue un compromis entre deux objectifs parfois contradictoires. Le premier consiste à garantir effectivement le droit au repos de l'agent. Le second vise à éviter une accumulation excessive de congés qui pourrait fragiliser l'organisation des services publics.
Concrètement, l'agent conserve ses droits à congés annuels et peut les utiliser au cours de la période de report. Il ne lui appartient pas de démontrer qu'il souhaitait initialement poser ses congés pendant la période couverte par le congé supplémentaire de naissance. L'impossibilité de les prendre suffit à justifier le maintien de ses droits.
Cette règle aura des conséquences très concrètes dans les collectivités territoriales. Un agent bénéficiant d'un congé supplémentaire de naissance en fin d'année pourra ainsi reporter plusieurs semaines de congés sur l'année suivante, voire au-delà selon les circonstances. Les services RH devront être en mesure de suivre précisément ces droits afin d'éviter toute erreur de calcul ou toute suppression automatique de jours de congés.
Exemple concret. Un agent territorial dispose encore de vingt jours de congés annuels lorsqu'il débute son congé supplémentaire de naissance à la fin de l'année. À son retour, ces congés ne sont pas perdus. Ils demeurent utilisables pendant la période de report prévue par les textes, sous réserve des nécessités du service.
3. Quels impacts organisationnels pour les collectivités territoriales ?
La création de ce nouveau droit ne sera pas sans conséquences sur l'organisation des services.
Dans de nombreuses collectivités, les absences sont déjà rendues complexes par les difficultés de recrutement, l'augmentation de l'absentéisme et la raréfaction de certains profils. L'ajout de périodes de report de congés annuels liées au congé supplémentaire de naissance risque d'accroître les tensions sur les plannings.
L'impact sera particulièrement sensible dans les petites structures ou dans les services fortement spécialisés. Lorsqu'un agent revient d'un congé supplémentaire de naissance avec plusieurs semaines de congés annuels à solder, la collectivité devra concilier son droit au repos avec les impératifs de continuité du service public.
Au-delà des aspects organisationnels, des conséquences financières indirectes peuvent également apparaître. Certaines collectivités pourront être conduites à recourir à des remplacements temporaires, à redistribuer les charges de travail ou à mobiliser davantage d'heures supplémentaires pour maintenir leur niveau de service.
Cette évolution invite les employeurs territoriaux à renforcer leur gestion prévisionnelle des effectifs et des compétences. Le pilotage des absences ne peut plus être envisagé uniquement sous l'angle administratif. Il devient progressivement un enjeu stratégique de management public.
Ce que risque la collectivité. La principale erreur consiste à considérer que ces reports demeureront marginaux. Avec la montée en puissance des dispositifs favorisant la parentalité, les collectivités pourraient être confrontées à une augmentation régulière du nombre de situations à gérer.
4. Comment les DRH doivent-ils anticiper cette nouvelle règle ?
La première priorité consiste à vérifier la conformité des règles internes relatives aux congés annuels. Certaines notes de service ou certains règlements du temps de travail comportent encore des dispositions héritées d'une époque où les mécanismes de report étaient beaucoup plus limités.
Les DRH ont également intérêt à examiner les paramétrages de leurs logiciels RH. Un nombre important de systèmes d'information ont été conçus autour de règles de péremption automatique des congés qui pourraient se révéler incompatibles avec les nouvelles dispositions.
La formation des encadrants constitue un autre enjeu majeur. Dans la pratique, ce sont souvent les responsables de proximité qui répondent aux premières questions des agents. Une mauvaise information peut rapidement générer de l'incompréhension, puis un contentieux.
Cette réforme doit enfin être intégrée dans les réflexions plus globales relatives à la marque employeur. Les dispositifs de soutien à la parentalité occupent désormais une place importante dans les critères d'attractivité des employeurs publics. Une collectivité capable de sécuriser les droits de ses agents tout en maintenant la qualité du service public dispose d'un avantage concurrentiel réel.
Les questions que doit se poser un DRH. La collectivité dispose-t-elle d'une doctrine claire concernant le report des congés annuels liés au congé supplémentaire de naissance ? Les outils RH permettent-ils un suivi fiable des périodes de report ? Les managers connaissent-ils précisément les nouvelles règles applicables ? Les impacts sur les effectifs ont-ils été intégrés dans les prévisions de gestion ?
5. Ce qu'il faut retenir
Le congé supplémentaire de naissance ne crée pas seulement un nouveau droit à absence. Il modifie également les règles de gestion des congés annuels et oblige les collectivités territoriales à repenser certaines pratiques RH.
Lorsqu'un agent ne peut pas prendre ses congés annuels en raison de ce congé, ceux-ci ne sont pas perdus et bénéficient d'un mécanisme de report pouvant atteindre quinze mois. Cette règle, qui participe à la protection de la parentalité, impose aux employeurs publics d'anticiper les conséquences organisationnelles, budgétaires et managériales de ces reports.
6. Le regard de naudrh.com
Le véritable enjeu du congé supplémentaire de naissance dépasse largement la seule question du temps d'absence. Il illustre une évolution plus profonde du droit de la fonction publique vers une meilleure prise en compte des parcours de vie des agents.
Après les réformes relatives au congé parental, à la protection de la maternité ou encore à l'articulation entre vie professionnelle et vie familiale, les employeurs territoriaux devront apprendre à intégrer durablement ces nouveaux droits dans leur stratégie RH.
Les collectivités qui considéreront ces évolutions comme une simple contrainte réglementaire risquent d'en subir les effets organisationnels. Celles qui les anticiperont comme un levier d'attractivité et de fidélisation disposeront au contraire d'un avantage significatif dans un contexte de tensions persistantes sur le recrutement.
Demain, la qualité de la politique de parentalité pourrait devenir un critère aussi déterminant que la rémunération dans le choix d'un employeur public territorial.
📌 Ne laissez plus l’actualité RH FPT vous surprendre.
Vous venez de lire une analyse NAUDRH.COM. Chaque jour, nous décryptons pour vous les textes officiels, jurisprudences, réformes statutaires et évolutions réglementaires qui impactent directement les employeurs publics territoriaux.
Notre veille juridique statutaire analytique RH FPT 24/7 vous permet de gagner du temps, de sécuriser vos décisions et d’anticiper les risques RH avant qu’ils ne deviennent des urgences.
✅ Ce que vous recevez :
des alertes utiles, des analyses opérationnelles, des jurisprudences commentées, des conseils pratiques et une lecture RH directement exploitable par les DRH, DGS, responsables RH et employeurs publics territoriaux.
Faites de NAUDRH.COM votre appui quotidien pour piloter vos décisions RH avec méthode, sécurité et sérénité.
commenter cet article …
/image%2F1484234%2F20210131%2Fob_9b4fbf_unnamed-4.png)

/image%2F1484234%2F20200908%2Fob_a29e39_iconenewsletter.gif)
