Surcharge, injonctions contradictoires, isolement, charge émotionnelle : le DRH territorial est-il devenu l’amortisseur de presque toutes les tensions de la collectivité ?
Management public • Santé au travail • DRH FPT
Les directeurs des ressources humaines territoriaux occupent aujourd’hui une position paradoxale. Ils sont chargés de prévenir les risques psychosociaux, d’accompagner les agents en difficulté, de conseiller les managers, de sécuriser les décisions de l’employeur et de maintenir les conditions d’un dialogue social de qualité. Pourtant, leur propre exposition aux risques professionnels demeure rarement interrogée. Comme si la maîtrise des mécanismes de prévention, l’expérience professionnelle ou la position de cadre dirigeant constituaient en elles-mêmes une protection contre l’épuisement.
Sommaire
- Le DRH, point de convergence des tensions de la collectivité
- Une charge qui n’est plus seulement quantitative
- L’instabilité réglementaire entretient une vigilance permanente
- La transformation numérique ne simplifie pas automatiquement le travail
- La charge émotionnelle, risque le moins visible
- La solitude des fonctions de direction
- Le DRH territorial dans une tenaille particulièrement exigeante
- L’invisibilité des réussites RH
- Le présentéisme des cadres RH
- Pourquoi la résilience individuelle ne suffit pas
- Arrêter de tout faire en même temps
- Le DRH ne doit pas devenir la permanence générale
- Les réseaux de pairs comme outil de prévention
- Une autre question à poser au DRH
- Protéger le DRH, c’est protéger la capacité de décision
- Conclusion
La réalité est différente. L’accumulation des réformes statutaires, les contraintes budgétaires, les difficultés de recrutement, l’absentéisme, les transformations organisationnelles, la multiplication des situations individuelles complexes et les attentes parfois contradictoires de l’exécutif, de la direction générale, des managers, des agents et des organisations syndicales placent progressivement la DRH au centre de toutes les tensions de la collectivité. Pris isolément, chacun de ces sujets relève normalement de ses responsabilités. C’est leur accumulation permanente, et surtout l’absence de véritables arbitrages entre eux, qui transforme progressivement une fonction exigeante en fonction potentiellement épuisante.
La question mérite donc d’être posée autrement. Il ne s’agit pas de savoir pourquoi certains DRH « ne tiennent plus », ni de rechercher chez eux un défaut de résistance au stress. Il faut plutôt comprendre pourquoi certaines organisations territoriales finissent par faire de leur DRH l’amortisseur de presque toutes leurs contradictions, tout en continuant à attendre de lui disponibilité, sécurité juridique, réactivité et capacité d’anticipation.
Le DRH est devenu l’un des principaux points de convergence des tensions de la collectivité
Lorsqu’un service ne parvient plus à fonctionner faute d’effectifs, la DRH est sollicitée. Lorsqu’un manager ne parvient plus à réguler son équipe, elle intervient. Lorsqu’un agent rencontre une difficulté professionnelle ou personnelle ayant des conséquences sur son travail, elle doit accompagner la situation. Lorsqu’une réforme statutaire doit être appliquée, lorsqu’une organisation syndicale conteste une décision, lorsqu’une réorganisation est envisagée ou qu’un recrutement devient urgent, la fonction RH se retrouve une nouvelle fois en première ligne.
Cette centralité n’est pas anormale : elle traduit l’importance stratégique acquise par la fonction RH. Mais elle devient problématique lorsque la DRH cesse d’être l’un des acteurs de la régulation pour devenir le réceptacle de tout ce que l’organisation ne parvient plus à réguler ailleurs. Une difficulté managériale devient alors un problème RH, une insuffisance d’organisation devient un problème d’effectifs, une absence d’arbitrage devient une urgence de recrutement et une décision différée finit par devenir une procédure à sécuriser dans des délais impossibles.
Le risque est alors de confondre la capacité professionnelle du DRH à résoudre les difficultés avec la capacité de son organisation à les produire indéfiniment. Plus le DRH est expérimenté et réactif, plus il peut d’ailleurs contribuer involontairement à masquer les dysfonctionnements : il trouve une solution, absorbe l’urgence et permet au système de continuer à fonctionner. L’efficacité individuelle devient paradoxalement un facteur de pérennisation de la surcharge.
Une charge qui n’est plus seulement quantitative
Parler de surcharge des DRH uniquement en nombre de dossiers serait réducteur. La difficulté tient surtout à la nature extrêmement différente des sollicitations auxquelles ils doivent répondre au cours d’une même journée. Il faut produire rapidement, sécuriser juridiquement, expliquer une décision, négocier socialement, conseiller un manager et accompagner humainement une situation individuelle. Or ces exigences ne se succèdent pas : elles s’additionnent.
Une même journée peut confronter le DRH à un dossier disciplinaire, un arbitrage budgétaire, une situation de harcèlement allégué, une réunion avec les organisations syndicales, un recrutement urgent, un accident de service ou une demande de la direction générale ou de l’exécutif. Chacun de ces dossiers mobilise une posture professionnelle différente et impose parfois de passer en quelques minutes d’une analyse juridique très technique à un entretien humainement éprouvant.
Elle est simultanément quantitative, cognitive, juridique, relationnelle et émotionnelle. C’est pourquoi le nombre de dossiers ou le seul temps de travail ne suffisent pas à mesurer l’exposition professionnelle d’un DRH.
L’instabilité réglementaire entretient une forme de vigilance permanente
Cette usure possède une dimension particulièrement forte dans la fonction publique territoriale. Le droit applicable aux agents publics évolue rapidement et oblige les directions des ressources humaines à maintenir une veille permanente. Temps de travail, protection sociale complémentaire, maladie, reclassement, rémunération, retraite, formation, égalité professionnelle, télétravail, mobilité, discipline, prévention ou déontologie : chaque évolution doit être comprise avant d’être transformée en pratique de gestion.
La publication d’un texte ne constitue en effet que le début du travail pour une DRH. Il faut déterminer son champ d’application à la FPT, identifier les agents concernés, vérifier les dispositions transitoires, modifier les procédures, adapter les modèles d’actes, paramétrer éventuellement le SIRH, informer les gestionnaires, préparer les arbitrages de la direction générale et, lorsque cela est nécessaire, organiser le dialogue social. Une réforme apparemment technique peut ainsi produire plusieurs mois de travail diffus.
Cette situation crée une forme de vigilance juridique permanente. Le DRH sait qu’une pratique correcte hier peut nécessiter une adaptation demain et qu’une erreur peut produire des conséquences individuelles, financières ou contentieuses importantes. Le droit change parfois plus vite que les organisations territoriales ne peuvent adapter leurs procédures, et c’est principalement à la DRH qu’il revient d’absorber cet écart.
La transformation numérique ne simplifie pas automatiquement le travail
La dématérialisation, les SIRH, l’automatisation et désormais l’intelligence artificielle sont légitimement présentés comme des leviers de modernisation. Ils peuvent effectivement réduire certaines tâches répétitives et améliorer la fiabilité des processus. Mais leur déploiement comporte une phase beaucoup moins visible pendant laquelle la transformation numérique produit davantage de travail qu’elle n’en supprime.
Reprendre les données, contrôler les historiques, dématérialiser les dossiers individuels, paramétrer les circuits, former les utilisateurs, corriger les anomalies et maintenir simultanément les procédures existantes représentent une charge considérable. Pendant plusieurs mois, voire davantage, une DRH peut ainsi devoir faire fonctionner l’ancien système tout en construisant le nouveau.
L’intelligence artificielle pose aujourd’hui la même question. Elle peut constituer un formidable assistant pour la recherche, l’analyse, la préparation documentaire ou certaines tâches répétitives. Mais son intérêt ne devrait pas être apprécié à partir du nombre d’outils déployés. La véritable question est beaucoup plus simple : combien d’heures de travail à faible valeur ajoutée avons-nous réellement supprimées ? Si aucune tâche ne disparaît, la technologie n’a pas simplifié l’organisation ; elle lui a simplement ajouté une nouvelle couche.
La charge émotionnelle constitue probablement le risque le moins visible
Le métier de DRH territorial confronte quotidiennement à des situations humaines difficiles : maladie, inaptitude, accident de service, conflit, harcèlement allégué, difficultés financières, rupture professionnelle, sanction, reclassement ou décès. Derrière la technicité des procédures, il y a presque toujours des personnes, des histoires et parfois une véritable souffrance.
Le professionnel RH doit alors parvenir à écouter sans absorber, comprendre sans perdre sa neutralité, soutenir sans promettre ce qu’il ne peut pas accorder et décider tout en maintenant la distance nécessaire. Cette posture demande une maîtrise émotionnelle importante, d’autant qu’un dossier humainement difficile est rarement suivi d’un temps permettant de récupérer : la réunion suivante commence et une autre situation doit immédiatement être traitée.
Cette exposition répétée peut progressivement produire une fatigue émotionnelle, voire une forme de fatigue de compassion. Or le paradoxe est particulièrement fort pour les DRH : ils savent organiser l’accompagnement des agents en difficulté, mobiliser la médecine du travail, recommander un soutien psychologique ou rappeler à un manager son obligation de prévention, mais disposent rarement eux-mêmes d’un espace institutionnel dans lequel déposer les situations qu’ils absorbent.
Plus on monte dans l’organisation, plus il devient difficile de dire que l’on ne va pas bien
La fonction de direction produit également une solitude particulière. Un gestionnaire peut solliciter son responsable et un responsable de service peut se tourner vers son directeur. Pour le DRH, les interlocuteurs possibles sont moins évidents. Le DGS ou la direction générale est également celui avec lequel les arbitrages doivent être rendus ; les élus sont les décideurs qu’il conseille ; ses collaborateurs attendent de lui sécurité et orientation ; les organisations syndicales sont des interlocuteurs permanents du dialogue social.
Cette position conduit naturellement à une forme de retenue. Il faut rassurer son équipe lorsque la charge augmente, porter loyalement les décisions de l’autorité territoriale, maintenir le dialogue lorsqu’une situation devient conflictuelle et continuer à apporter des réponses alors même que l’on peut soi-même commencer à douter de sa capacité à absorber la totalité des demandes.
La solitude n’entraîne évidemment pas mécaniquement l’épuisement professionnel. Mais lorsqu’elle se combine avec une surcharge durable, une faible autonomie décisionnelle et l’impossibilité de partager certaines difficultés, elle prive le cadre dirigeant d’un mécanisme essentiel de régulation professionnelle.
Le DRH territorial est pris dans une tenaille particulièrement exigeante
La spécificité territoriale tient à la superposition des légitimités auxquelles le DRH doit répondre. Il conseille l’autorité territoriale, travaille sous l’autorité de la direction générale, garantit l’application du statut, pilote le dialogue social, accompagne les managers, répond aux agents et doit simultanément intégrer les contraintes financières de la collectivité.
On attend donc de lui qu’il accompagne la décision politique tout en sachant dire lorsqu’elle n’est pas juridiquement sécurisée ; qu’il protège les agents tout en conduisant des transformations susceptibles de les inquiéter ; qu’il améliore l’attractivité alors que les marges salariales sont contraintes ; qu’il réduise l’absentéisme sans toujours disposer des leviers permettant d’agir sur ses causes organisationnelles ; qu’il accélère les recrutements tout en sécurisant les procédures ; qu’il modernise l’administration sans perturber la continuité du service.
À l’approche des échéances municipales, cette position peut devenir encore plus sensible. Les projets se multiplient, certaines décisions sont accélérées quand d’autres sont différées, les demandes de sécurisation augmentent et la fonction RH doit simultanément préparer les conséquences organisationnelles du prochain mandat. Le DRH territorial n’est donc ni seulement un expert statutaire, ni seulement un manager, ni seulement le conseiller RH de l’exécutif : il exerce simultanément ces trois fonctions.
L’invisibilité des réussites RH renforce le sentiment de non-reconnaissance
Il existe une asymétrie particulière dans la perception du travail RH. Une erreur de paie est immédiatement visible. Un recrutement qui n’aboutit pas, une procédure disciplinaire fragilisée ou un conflit qui éclate le sont également. À l’inverse, une médiation qui évite un contentieux, une procédure parfaitement sécurisée, un agent maintenu dans l’emploi grâce à un accompagnement réussi ou un manager aidé avant que son équipe ne bascule dans une crise produisent peu de visibilité.
Plus encore, certaines des meilleures réussites d’une DRH sont précisément des événements qui ne se produisent pas : un contentieux évité, une rupture prévenue, un accident anticipé ou un conflit désamorcé. Il est donc particulièrement difficile d’en mesurer la valeur.
Le paradoxe peut être résumé ainsi : plus une DRH fonctionne correctement, moins une partie de son travail est perceptible. Cette invisibilité peut nourrir un déficit de reconnaissance, notamment lorsque les moyens de la fonction sont principalement examinés sous l’angle de leur coût administratif plutôt que de leur contribution à la maîtrise des risques et au fonctionnement de la collectivité.
Le présentéisme des cadres RH constitue un risque à ne pas sous-estimer
Les professionnels des ressources humaines connaissent généralement les manifestations de l’épuisement professionnel. Cette connaissance ne signifie pourtant pas qu’ils les identifient correctement chez eux. Elle peut même favoriser une forme de rationalisation : la fatigue devient la conséquence normale d’une période chargée, les troubles du sommeil sont attribués à un dossier difficile, l’irritabilité à une succession de réunions et la perte de concentration à un simple besoin de congés.
Le cadre dirigeant peut ainsi continuer longtemps à fonctionner malgré les signaux d’alerte, notamment parce que son absence apparaît difficilement envisageable. Certains dossiers ne peuvent être reportés, certaines négociations reposent directement sur lui et certains arbitrages semblent nécessiter sa présence. Plus l’organisation dépend personnellement du DRH, plus celui-ci peut éprouver des difficultés à s’arrêter.
Lorsqu’une direction ne peut plus fonctionner correctement en l’absence temporaire de son directeur, le problème ne concerne déjà plus seulement la santé de celui-ci : il concerne la robustesse de l’organisation.
La réponse ne peut pas consister à demander aux DRH d’être plus résilients
La prévention de l’épuisement professionnel ne peut se limiter à des formations à la gestion du stress, à des conseils de déconnexion ou à une invitation à mieux prioriser. Ces outils peuvent avoir leur utilité, mais ils deviennent insuffisants lorsque la surcharge résulte directement de l’organisation.
Un DRH ne peut pas véritablement se déconnecter lorsque toutes les urgences convergent vers lui. Il ne peut pas déléguer efficacement lorsque ses équipes sont déjà saturées. Il ne peut pas prioriser lorsque chacune des demandes qui lui sont adressées est présentée comme prioritaire par celui qui la formule. Il ne peut pas davantage développer une fonction RH stratégique lorsqu’une part croissante de son temps est consacrée à compenser les dysfonctionnements opérationnels.
La première politique de prévention consiste à agir sur le travail avant d’agir sur la capacité du professionnel à le supporter.
La première décision devrait être d’arrêter de tout faire en même temps
Les feuilles de route RH territoriales deviennent parfois irréalistes. Réforme statutaire, refonte du SIRH, protection sociale complémentaire, élections professionnelles, nouvelle politique de recrutement, prévention de l’absentéisme, réorganisation des services, formation des managers, pilotage de la masse salariale, marque employeur, intelligence artificielle et qualité de vie et des conditions de travail peuvent être simultanément présentés comme des priorités.
Chacun de ces projets est potentiellement légitime. C’est leur empilement qui devient problématique. Lorsqu’une direction générale définit dix priorités, elle n’en définit en réalité aucune : elle transfère simplement à la DRH la responsabilité d’arbitrer seule entre des demandes concurrentes.
Un véritable plan RH devrait donc être aussi un exercice explicite de renoncement et de séquençage. Déterminer trois priorités suppose d’accepter que certaines autres soient différées. Cette capacité d’arbitrage relève de la direction générale et de l’exécutif autant que du DRH.
Le DRH ne doit pas devenir la permanence générale de la collectivité
Dans certaines organisations, presque tout finit par remonter à la direction des ressources humaines. L’agent qui rencontre une difficulté, le manager qui hésite, le gestionnaire qui souhaite sécuriser une décision, l’élu qui demande une solution immédiate ou la direction générale qui sollicite une expertise peuvent progressivement faire du DRH le passage obligé de toute décision humaine.
Cette centralisation donne une impression de maîtrise mais fragilise profondément l’organisation. Les gestionnaires doivent disposer de véritables champs de responsabilité, les responsables RH de délégations suffisamment claires et les managers opérationnels doivent assumer la part RH inhérente à leur fonction. Un problème managérial ne doit pas automatiquement être transféré à la DRH simplement parce qu’il concerne un agent.
Le DRH doit pouvoir concentrer son intervention sur les dossiers pour lesquels son niveau d’expertise, d’arbitrage ou de responsabilité est réellement nécessaire. À défaut, il devient progressivement le goulot d’étranglement du système qu’il est chargé de faire fonctionner.
Les réseaux de pairs sont une composante de la prévention
L’isolement des fonctions de direction explique également l’importance des réseaux professionnels, communautés de pratique et échanges entre DRH territoriaux. Leur intérêt dépasse largement l’accès à une expertise juridique. Ils permettent de confronter une décision, comparer une organisation, partager une difficulté ou simplement constater qu’une situation particulièrement complexe est rencontrée ailleurs.
Ces espaces ont une fonction professionnelle essentielle parce qu’ils permettent de parler à des personnes qui comprennent immédiatement les contraintes du métier sans qu’il soit nécessaire de les expliquer. Ils offrent également une distance utile lorsque le DRH est enfermé depuis plusieurs semaines dans un dossier sensible et qu’il devient difficile de distinguer ce qui relève réellement de l’urgence de ce que l’environnement organisationnel a fini par présenter comme tel.
Pour des cadres qui disposent de peu d’espaces où exprimer librement leurs propres difficultés, le réseau de pairs constitue donc aussi un instrument de prévention de l’isolement professionnel.
Et si les directions générales commençaient par poser une autre question à leur DRH ?
Les échanges entre une direction générale et sa DRH sont naturellement centrés sur l’action : où en est le recrutement ? Quand la note sera-t-elle prête ? Comment appliquer ce nouveau texte ? Quand le CST peut-il être réuni ? Quelle économie peut être réalisée ? Comment résoudre cette situation ? Toutes ces questions sont légitimes.
Mais une autre devrait régulièrement trouver sa place :
Lorsqu’une direction des ressources humaines ne dispose plus du temps nécessaire pour anticiper et ne fait plus que traiter les urgences, ce n’est pas seulement son organisation interne qui se dégrade. C’est la collectivité tout entière qui perd progressivement une partie de sa capacité d’anticipation RH.
Le niveau de saturation de la DRH devrait donc être considéré comme un véritable indicateur de risque organisationnel.
Protéger le DRH, c’est protéger la capacité de décision de la collectivité
L’enjeu dépasse largement la santé individuelle d’un cadre dirigeant. Une DRH durablement saturée commence nécessairement à fonctionner différemment. Elle traite l’urgence avant l’important, reporte les projets de fond, réduit le temps consacré aux managers, diminue sa capacité de veille et de prospective et peut devenir davantage exposée aux erreurs.
Progressivement, elle risque de passer d’une direction stratégique des ressources humaines à une direction de gestion permanente des crises humaines.
C’est précisément pour cette raison que la prévention de l’épuisement du DRH devrait intéresser directement les DGS et les exécutifs locaux. Protéger la capacité d’action de la direction des ressources humaines, c’est préserver la capacité de la collectivité à recruter, fidéliser, prévenir les risques, conduire les transformations et maintenir un dialogue social de qualité.
Conclusion : qui prend soin de ceux qui prennent soin des autres ?
Les DRH territoriaux n’ont pas besoin d’être héroïques. Ils ont besoin d’organisations soutenables.
La fonction publique territoriale leur demande aujourd’hui énormément : maîtriser un droit complexe et évolutif, accompagner les transformations, réguler les tensions sociales, conseiller l’exécutif et la direction générale, soutenir les managers, prendre en charge les situations individuelles les plus sensibles et contribuer simultanément à la maîtrise des dépenses publiques.
Ces responsabilités font partie du métier. Mais elles ne peuvent être assumées durablement sans moyens, sans arbitrages, sans marges de décision et sans espaces de soutien.
La question ne devrait donc plus être : « Comment aider les DRH à mieux supporter la pression ? »
Elle devrait devenir : « Pourquoi avons-nous construit des organisations qui exigent d’eux qu’ils supportent une telle pression ? »
Ce déplacement est essentiel. La prévention de l’épuisement professionnel ne commence pas par la capacité individuelle à résister davantage. Elle commence par la capacité collective à organiser autrement le travail, à distinguer ce qui est réellement prioritaire, à responsabiliser chaque niveau managérial et à accepter que les ressources disponibles imposent aussi de renoncer ou de différer certains projets.
Prendre soin de ceux qui prennent soin des agents n’est pas un confort managérial. Pour une collectivité territoriale, c’est aussi protéger sa capacité à décider, à anticiper et à assurer durablement la qualité du service public.
Le véritable angle de cet article n’est finalement pas le burnout. C’est la place que nous avons progressivement donnée au DRH dans les organisations territoriales. À force d’en faire simultanément l’expert juridique, le conseiller de l’exécutif, le soutien des managers, le régulateur social et le destinataire des situations humaines que les autres niveaux de l’organisation ne parviennent plus à résoudre, nous risquons de transformer une fonction stratégique en fonction d’absorption. La meilleure prévention consiste donc moins à apprendre au DRH à supporter davantage qu’à cesser de considérer comme normal que tout finisse par arriver sur son bureau.
Pascal NAUD
Président fondateur de NAUDRH.COM
Expert en ressources humaines territoriales, droit de la fonction publique et management public
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