Une décision du Tribunal administratif de Montpellier du 12 mai 2026 apporte un rappel essentiel pour les employeurs territoriaux : la date de consolidation d’un accident de service ne permet pas, à elle seule, de mettre fin au congé pour invalidité temporaire imputable au service. Avant toute sortie du CITIS, l’administration doit apprécier l’aptitude réelle de l’agent à reprendre ses fonctions.
2. La question juridique posée
4. Les enseignements pratiques pour les DRH territoriaux
1. Le contexte de l’affaire
Un agent de police municipale, titulaire du grade de brigadier-chef principal, avait été victime d’un accident reconnu imputable au service. Il avait donc été placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service, plus communément appelé CITIS.
À la suite d’une expertise médicale, une date de consolidation avait été fixée. Sur cette base, la commune avait décidé de placer l’agent en congé de maladie ordinaire pour la période postérieure à cette consolidation, en considérant que le CITIS ne se justifiait plus.
L’agent a contesté cette décision devant le juge administratif. Le Tribunal administratif de Montpellier lui a donné raison en annulant l’arrêté qui l’avait placé en congé de maladie ordinaire.
2. La question juridique posée
La question centrale était la suivante : une collectivité peut-elle mettre fin au CITIS au seul motif qu’une expertise médicale a fixé une date de consolidation de l’état de santé de l’agent ?
La réponse est non. La consolidation médicale ne doit pas être confondue avec la guérison, ni avec l’aptitude de l’agent à reprendre effectivement ses fonctions.
Cette distinction est fondamentale en gestion RH territoriale. La consolidation correspond au moment où les lésions se stabilisent et acquièrent un caractère permanent. Elle permet notamment d’apprécier un éventuel taux d’incapacité permanente partielle. Mais elle ne signifie pas nécessairement que l’agent est guéri, qu’il n’a plus besoin de soins ou qu’il peut reprendre son poste.
3. La solution du tribunal
Le tribunal rappelle que l’article L. 822-22 du Code général de la fonction publique prévoit que le fonctionnaire bénéficiaire d’un CITIS conserve l’intégralité de son traitement jusqu’à ce qu’il soit en état de reprendre son service ou jusqu’à sa mise à la retraite.
Autrement dit, la question décisive n’est pas seulement celle de la consolidation, mais celle de l’aptitude effective de l’agent à reprendre ses fonctions.
En l’espèce, la commune s’était fondée exclusivement sur la date de consolidation pour placer l’agent en congé de maladie ordinaire. Elle n’avait pas réellement statué sur son aptitude à reprendre le travail. Pour le tribunal, cette méthode constitue une erreur de droit.
L’arrêté plaçant l’agent en congé de maladie ordinaire a donc été annulé. La commune a été invitée à réexaminer sa situation administrative.
4. Les enseignements pratiques pour les DRH territoriaux
Cette décision est particulièrement utile pour les services RH des collectivités territoriales, car elle rappelle que la sortie du CITIS ne peut pas être traitée comme une simple conséquence automatique d’une expertise médicale fixant une date de consolidation.
Avant de modifier la situation statutaire de l’agent, l’autorité territoriale doit sécuriser son analyse. Elle doit distinguer clairement la reconnaissance de l’imputabilité au service, la consolidation médicale et l’aptitude à reprendre les fonctions.
Ces trois notions relèvent d’une logique différente. L’imputabilité rattache l’accident ou la maladie au service. La consolidation permet d’apprécier la stabilisation de l’état de santé. L’aptitude à la reprise concerne la capacité réelle de l’agent à exercer ses missions, le cas échéant avec des restrictions, un aménagement de poste, un reclassement ou une autre solution statutaire.
Bonne pratique RH : avant toute décision de sortie du CITIS, il est indispensable de disposer d’éléments médicaux et administratifs permettant d’établir que l’agent est effectivement en état de reprendre son service ou qu’une autre orientation statutaire est juridiquement fondée.
5. Les risques en cas de mauvaise qualification statutaire
Une décision de sortie du CITIS mal motivée peut entraîner des conséquences importantes pour la collectivité. L’annulation contentieuse peut conduire à un réexamen de la situation de l’agent, à des rappels de rémunération, à la remise en cause de titres de recettes ou encore à une fragilisation globale de la procédure suivie.
Le risque est d’autant plus sensible que les situations de CITIS concernent souvent des agents déjà fragilisés par un accident de service, une maladie professionnelle ou un long parcours d’arrêt de travail. Une erreur de qualification peut donc avoir des effets humains, financiers et contentieux significatifs.
Point de vigilance : la consolidation ne ferme pas automatiquement les droits de l’agent au CITIS. L’administration doit toujours se demander si l’agent est en état de reprendre son service. C’est cette appréciation qui conditionne juridiquement la suite de la situation statutaire.
6. Ce qu’il faut retenir
Le jugement du Tribunal administratif de Montpellier du 12 mai 2026 constitue un rappel clair pour les employeurs territoriaux. En matière de CITIS, la date de consolidation ne peut pas être utilisée comme un raccourci juridique pour basculer l’agent en congé de maladie ordinaire.
La collectivité doit raisonner avec méthode. Elle doit examiner l’état de santé de l’agent, son aptitude à reprendre ses fonctions, les suites médicales nécessaires et les conséquences statutaires appropriées. Ce n’est qu’à cette condition que la décision administrative pourra être juridiquement sécurisée.
Pour les DRH, responsables carrière, gestionnaires des absences et juristes territoriaux, cette décision rappelle une règle simple mais essentielle : le CITIS ne se termine pas parce qu’un état est consolidé, mais parce que la situation de l’agent permet juridiquement de mettre fin à ce régime protecteur.
Mon opinion : cette décision est importante car elle clarifie une confusion encore fréquente dans les collectivités. La consolidation est un concept médico-légal, tandis que la fin du CITIS suppose une appréciation statutaire distincte de l’aptitude à la reprise. Pour les employeurs publics, la sécurisation de cette étape est indispensable afin d’éviter des contentieux coûteux et humainement sensibles.
Par Pascal NAUD
Président, fondateur de NAUDRH.COM
Expert en ressources humaines territoriales, dialogue social et management public
Contact : naudrhexpertise@gmail.com
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