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Décrets n° 2026-986 et n° 2026-987 du 23 octobre 2026 : les nouvelles obligations, les garanties minimales et les décisions RH à préparer.
Analyse juridique et opérationnelle | 26 octobre 2026
La prévoyance obligatoire se prépare dès aujourd'hui.
Le nouveau cadre réglementaire de la protection sociale complémentaire transforme les obligations des collectivités territoriales. Adhésion obligatoire, garanties d'incapacité et d'invalidité, participation financière, dialogue social et commande publique : la réforme ne constitue pas seulement une évolution des contrats d'assurance. Elle engage toute la fonction RH.
La publication des deux décrets du 23 octobre 2026 marque une étape déterminante dans la mise en œuvre de la protection sociale complémentaire (PSC) en matière de prévoyance au sein de la fonction publique territoriale.
Pris en application de la loi n° 2025-1251 du 22 décembre 2025, ces textes précisent les conditions de généralisation des contrats collectifs à adhésion obligatoire ainsi que le socle minimal de garanties bénéficiant aux agents territoriaux.
Pour les DRH, responsables RH, DGS et employeurs publics territoriaux, l'enjeu est désormais de traduire ces nouvelles dispositions en un dispositif juridiquement conforme, financièrement soutenable et administrativement opérationnel.
Huit questions essentielles doivent être examinées avant la mise en œuvre du nouveau régime.
L'essentiel de la réforme en une infographie
Huit évolutions réglementaires et leurs conséquences pratiques pour les directions des ressources humaines.
1. L'adhésion obligatoire : identifier précisément les agents concernés
Le nouveau dispositif repose sur la souscription par les employeurs territoriaux d'un contrat collectif de prévoyance à adhésion obligatoire.
Il concerne notamment les fonctionnaires territoriaux titulaires et stagiaires, les agents contractuels de droit public, les apprentis ainsi que les assistants maternels et familiaux, dans les conditions prévues par les textes.
Les bénéficiaires doivent être identifiés au regard de leur situation juridique et de leur rattachement à l'employeur. Les situations particulières doivent faire l'objet d'un examen spécifique.
Référence : décret n° 2026-986, articles 1 à 5.
2. Incapacité de travail : sécuriser le niveau des garanties
Le décret n° 2026-987 définit les garanties minimales destinées à compléter la protection des agents en situation d'incapacité temporaire de travail.
Le dispositif vise une couverture à hauteur de 90 % de la rémunération nette de référence, selon l'assiette et les modalités déterminées par le texte. Le traitement indiciaire, la nouvelle bonification indiciaire et le régime indemnitaire constituent des éléments essentiels à examiner.
Les modalités d'indemnisation doivent être articulées avec les droits statutaires à congé de maladie et les prestations déjà perçues par les agents.
Point de vigilance : le décret n° 2026-986 interdit de faire du passage à demi-traitement une condition d'acquisition du droit aux garanties. Il faut distinguer l'ouverture des droits et le déclenchement effectif des prestations.
3. Invalidité : distinguer les régimes de protection
La couverture de l'invalidité constitue une composante essentielle du nouveau socle réglementaire. Les modalités de garantie doivent tenir compte de l'affiliation des agents au régime de la CNRACL ou au régime général de la sécurité sociale.
Pour les agents relevant de la CNRACL, les garanties prennent notamment en considération le taux d'invalidité. Pour ceux relevant du régime général, les conditions d'indemnisation dépendent des situations d'invalidité ou d'incapacité reconnues.
4. Dispenses d'adhésion : prévenir les erreurs d'affiliation
Si l'adhésion obligatoire constitue le principe, les décrets prévoient plusieurs hypothèses de dispense strictement encadrées.
Elles concernent notamment certains contrats de courte durée, les agents déjà couverts par un contrat individuel répondant aux conditions réglementaires, ainsi que certaines situations d'emploi à temps non complet ou d'apprentissage.
Une dispense spécifique peut également être prévue pour certains agents employés simultanément par plusieurs employeurs territoriaux, sous réserve d'un accord collectif local valide et du respect des conditions fixées par le décret.
La dispense n'est pas définitive : l'agent qui en bénéficie peut ultérieurement demander son adhésion.
Référence : décret n° 2026-986, articles 3 à 5.
5. Financement : mesurer le coût réel pour la collectivité
Le financement de la prévoyance collective repose sur une participation de l'employeur et une contribution des agents, dans les conditions prévues par les textes.
Le décret n° 2026-986 encadre les modalités de calcul des cotisations et permet aux employeurs de majorer leur participation au-delà de la moitié du montant de la cotisation, selon des critères sociaux ou tenant à la rémunération des agents.
La cotisation est exprimée en pourcentage de la rémunération, avec un taux identique pour les bénéficiaires actifs, sans différenciation fondée sur l'âge ou l'état de santé.
Référence : décret n° 2026-986, articles 15, 16 et 20.
6. Choix de l'assureur : préparer une commande publique sécurisée
Les nouveaux contrats collectifs de prévoyance doivent être souscrits dans le respect des règles applicables à la commande publique.
Le marché est conclu pour six ans, avec une possibilité de prorogation limitée à un an pour des motifs d'intérêt général.
L'appréciation des offres ne peut se limiter à la seule comparaison des tarifs. La qualité des garanties, les capacités financières des candidats, la maîtrise du dispositif, les principes de solidarité et la qualité des prestations de gestion doivent être examinés.
La collectivité doit également déterminer sa stratégie : mise en concurrence propre, mutualisation avec d'autres employeurs ou recours à une procédure organisée par un centre de gestion.
Référence : décret n° 2026-986, articles 6 à 14.
7. Gouvernance paritaire : faire du dialogue social un levier de pilotage
Le nouveau dispositif prévoit la constitution d'un comité de pilotage et de suivi paritaire, dans les conditions déterminées par l'article 13 du décret n° 2026-986.
Ce comité réunit des représentants des employeurs et des organisations syndicales représentatives. Les deux collèges disposent d'un nombre égal de voix. Sa présidence est assurée par l'autorité territoriale ou son représentant, nécessairement élu local.
Le comité intervient notamment dans la définition des critères de sélection des candidats et des offres, ainsi que dans le suivi de l'exécution du contrat. Il adopte un règlement intérieur.
Référence : décret n° 2026-986, articles 10, 11, 13 et 14.
8. Calendrier : comprendre les véritables règles de transition
Le 1er janvier 2029 constitue la date de référence de la généralisation du nouveau régime réglementaire. Toutefois, les collectivités disposant déjà d'une convention de participation doivent examiner sa date d'échéance.
Point juridique essentiel
Lorsqu'une convention de participation était en cours à la date de publication des décrets, le nouveau dispositif s'applique au terme de cette convention si celui-ci intervient avant le 1er janvier 2029, ou au 1er janvier 2029 si la convention se termine après cette date. L'existence d'une convention en cours ne permet donc pas, à elle seule, de reporter l'application au-delà de 2029.
Le régime transitoire impose ainsi d'examiner chaque situation contractuelle plutôt que d'appliquer un calendrier uniforme sans vérification préalable.
Références : décret n° 2026-986, article 24, et décret n° 2026-987, article 8.
Les cinq chantiers RH à engager dès maintenant
La préparation de la réforme ne doit pas être limitée à la date de lancement de la consultation des assureurs. Elle implique une démarche transversale.
1. Cartographier l'existant : conventions, garanties, agents couverts, échéances et dispositifs individuels.
2. Préparer le dialogue social : négociation éventuelle, modalités de consultation et gouvernance paritaire.
3. Définir la stratégie contractuelle : besoins, mutualisation, critères de choix, calendrier et procédure d'achat.
4. Anticiper les impacts financiers : simulations budgétaires, participation employeur et organisation des opérations de paie.
5. Accompagner les agents : information pédagogique, notices de garanties, dispenses et gestion des situations particulières.
Ce que cette réforme change réellement dans le métier de DRH
La réforme de la prévoyance illustre une évolution profonde des responsabilités des employeurs territoriaux. Il ne s'agit plus seulement de contribuer au financement d'une protection individuelle, mais d'organiser et de suivre un dispositif collectif structuré.
Les arbitrages portent simultanément sur les droits des agents, les engagements financiers, la qualité des prestations, le dialogue social et la sécurisation juridique des procédures.
La réussite du projet dépendra largement de la capacité des directions des ressources humaines à travailler avec les directions financières, les services juridiques, la commande publique, les représentants du personnel et les organismes gestionnaires.
La principale difficulté n'est donc pas de connaître la date de la réforme, mais de construire un dispositif opérationnel adapté à la situation réelle de chaque collectivité.
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Votre dossier RH ne s'arrête pas ici
La réforme de la prévoyance soulève des difficultés différentes selon l'avancement des travaux de votre collectivité. Retrouvez trois analyses complémentaires organisées par problème RH, pour approfondir votre réflexion et préparer vos décisions.
PROBLÈME RH N° 1 — PRÉPARER LE CALENDRIER
Comprendre les grandes étapes de la protection sociale complémentaire, identifier les obligations et replacer les changements réglementaires dans leur contexte.
PROBLÈME RH N° 2 — COMPRENDRE LES GARANTIES
Revenir sur les enjeux du renforcement des garanties en incapacité de travail et en invalidité, pour mieux comprendre les objectifs de la réforme et les difficultés de mise en œuvre.
Lire l'analyse : un renforcement réel du risque prévoyance ?
PROBLÈME RH N° 3 — SÉCURISER LA COUVERTURE DES AGENTS
Examiner les limites pratiques de la transition, les risques de rupture de couverture et les points de vigilance pour les agents dont la situation administrative ou contractuelle est particulière.
Lire l'analyse : des agents encore laissés sans couverture ?
Ces articles antérieurs éclairent les enjeux et la préparation de la réforme. Pour le droit applicable après publication, il convient de se référer aux décrets du 23 octobre 2026.
Références juridiques
Décret n° 2026-986 du 23 octobre 2026 relatif à la protection sociale complémentaire en matière de prévoyance des agents des collectivités territoriales et de leurs établissements publics.
Décret n° 2026-987 du 23 octobre 2026 relatif à la protection sociale complémentaire en matière de couverture du risque prévoyance des agents publics territoriaux.
Loi n° 2025-1251 du 22 décembre 2025 relative à la protection sociale complémentaire des agents publics territoriaux.
Analyse établie à partir des textes publiés au Journal officiel du 24 octobre 2026. Les situations individuelles et les conventions existantes nécessitent un examen au cas par cas.
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