NAUDRH.COM | JURISPRUDENCE RH FPT
Imputabilité au service, incapacité permanente de 25 %, avis médical et sécurisation du CITIS : les enseignements de la cour administrative d'appel de Toulouse.
Analyse juridique et opérationnelle pour les employeurs publics territoriaux
Un agent souffre de troubles anxiodépressifs. Il estime que sa maladie résulte directement de ses conditions de travail. Un organisme médical consultatif émet un avis favorable. Pourtant, l'administration refuse de reconnaître l'imputabilité au service de cette pathologie.
Une telle décision est-elle nécessairement illégale ?
Dans un arrêt du 10 septembre 2026, la cour administrative d'appel de Toulouse répond par la négative, en rappelant les conditions juridiques de reconnaissance des maladies professionnelles qui ne figurent pas dans les tableaux réglementaires.
Cette jurisprudence apporte un éclairage utile aux directions des ressources humaines : l'existence d'une pathologie, le lien avec le travail et le respect des conditions réglementaires de reconnaissance constituent des questions distinctes.
À RETENIR
Pour une maladie professionnelle hors tableau, le constat d'une souffrance liée au travail ne dispense pas de vérifier les conditions légales de reconnaissance, notamment le seuil d'incapacité permanente susceptible d'être entraînée par la maladie.
01 — Comprendre le litige
Les faits : une maladie psychique dont l'imputabilité au service est refusée
Une fonctionnaire de l'État, affectée à l'École nationale de l'aviation civile, avait présenté une demande de reconnaissance de maladie professionnelle le 5 mars 2020.
Cette demande concernait un trouble anxiodépressif qu'elle estimait imputable à l'exercice de ses fonctions.
La commission de réforme avait rendu, le 14 janvier 2021, un avis favorable à la reconnaissance, tout en relevant l'absence d'incapacité permanente.
Le ministre chargé des transports a néanmoins rejeté la demande par une décision du 22 juillet 2021.
Après le rejet de son recours devant le tribunal administratif de Toulouse, l'intéressée a saisi la cour administrative d'appel.
La solution retenue
La cour rejette l'appel. Elle considère que l'intéressée n'établissait pas que sa pathologie était susceptible d'entraîner une incapacité permanente atteignant le seuil réglementaire de 25 %.
Les juges estiment dès lors qu'il n'était pas nécessaire de rechercher si la maladie présentait un lien direct avec l'exercice des fonctions.
02 — Identifier la règle de droit
Le cadre juridique : deux conditions à ne pas confondre
L'article L. 822-20 du Code général de la fonction publique prévoit les conditions de reconnaissance de l'imputabilité au service des maladies professionnelles.
Pour une maladie inscrite dans les tableaux de maladies professionnelles, une présomption d'imputabilité peut s'appliquer lorsque les conditions prévues par le tableau sont remplies.
En revanche, pour une maladie qui ne figure pas dans ces tableaux, la reconnaissance repose sur des conditions spécifiques.
Première condition : le lien avec le service.
La maladie doit être essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions.
Deuxième condition : l'incapacité permanente.
La maladie doit être susceptible d'entraîner une incapacité permanente atteignant le seuil réglementaire fixé à 25 %.
Ces conditions sont cumulatives. La preuve d'un lien professionnel ne permet donc pas, à elle seule, de satisfaire aux exigences de reconnaissance d'une maladie hors tableau.
Il convient également de distinguer ce régime de celui de la réparation d'une incapacité permanente, qui répond à des conditions propres.
03 — Apprécier l'incapacité
Pourquoi le seuil de 25 % a-t-il été déterminant ?
L'un des principaux enseignements de l'arrêt concerne l'appréciation du taux d'incapacité permanente.
Dans cette affaire, la commission de réforme avait retenu un taux nul.
La fonctionnaire produisait notamment un rapport établi le 8 mars 2024 par une psychologue clinicienne, faisant état de la persistance de symptômes anxiodépressifs.
Toutefois, ce rapport ne suffisait pas à établir que l'appréciation du taux d'incapacité retenue à la date de la décision contestée était erronée.
Surtout, aucun élément suffisamment probant ne permettait, selon la cour, d'établir que la maladie était susceptible d'entraîner un taux d'incapacité permanente d'au moins 25 %.
Une précision juridique essentielle
Le seuil réglementaire ne doit pas être confondu avec l'obligation de constater une incapacité permanente déjà consolidée à hauteur de 25 %. Le texte vise l'incapacité que la maladie est susceptible d'entraîner. Cette distinction doit guider l'évaluation médicale.
La question n'est donc pas simplement de savoir si l'agent présente encore des symptômes, mais si les éléments médicaux permettent de caractériser le niveau d'incapacité pertinent au regard des textes.
04 — Apprécier les avis médicaux
Un avis favorable ne lie pas automatiquement l'administration
La présence d'un avis favorable de la commission de réforme constitue un aspect particulièrement intéressant de l'affaire.
L'administration avait néanmoins refusé la reconnaissance en raison de l'absence d'incapacité permanente relevée dans cet avis.
La cour valide cette décision au regard des circonstances du litige.
En pratique RH
Un avis médical favorable doit être examiné avec attention, mais ne dispense pas l'autorité administrative de vérifier les conditions légales de reconnaissance de la maladie. La décision doit reposer sur une instruction complète et une appréciation juridiquement fondée du dossier.
Il ne faut cependant pas en déduire que les avis médicaux peuvent être écartés arbitrairement. L'employeur doit respecter les règles de consultation applicables et s'appuyer sur des éléments objectifs.
05 — Sécuriser la base légale
Une erreur de fondement juridique n'entraîne pas toujours l'annulation
L'arrêt présente une seconde dimension juridique, moins visible mais importante pour les services RH.
Pour rejeter la demande, le ministre avait directement appliqué l'article L. 461-1 du Code de la sécurité sociale.
Or, la cour relève que ces dispositions ne sont pas, par elles-mêmes, directement applicables aux fonctionnaires dans les conditions retenues par l'administration.
Le juge identifie donc une erreur de droit.
Cette erreur n'entraîne toutefois pas l'annulation de la décision : la cour accepte de substituer au fondement initial les dispositions statutaires applicables à l'intéressée.
Cette substitution est admise notamment parce qu'elle ne prive pas la fonctionnaire des garanties auxquelles elle pouvait prétendre et que l'administration disposait du même pouvoir d'appréciation.
Attention pour les employeurs territoriaux
La possibilité pour le juge de substituer une base légale ne doit jamais être considérée comme une méthode de gestion administrative. Une décision RH doit, dès son adoption, reposer sur les textes applicables et sur une instruction régulière.
06 — Transposer avec prudence
Quelles conséquences pour la fonction publique territoriale ?
L'arrêt concerne une fonctionnaire relevant de la fonction publique de l'État.
Il ne faut donc pas transposer indistinctement les dispositions réglementaires propres à cette fonction publique aux agents territoriaux.
Pour la FPT, l'analyse doit notamment s'appuyer sur le Code général de la fonction publique et sur le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987, dans sa rédaction applicable à la situation examinée.
| Question RH | Vérification à effectuer |
|---|---|
| La pathologie est-elle médicalement établie ? | Examiner les conclusions médicales utiles à l'instruction, dans le respect du secret médical. |
| La maladie est-elle imputable au service ? | Identifier le régime applicable et les éléments établissant le lien avec les fonctions. |
| Les conditions légales sont-elles réunies ? | Vérifier notamment le seuil d'incapacité lorsque la pathologie est hors tableau. |
Cette méthode permet d'éviter deux erreurs opposées : refuser une demande insuffisamment instruite ou reconnaître une maladie sans avoir vérifié toutes les conditions réglementaires.
Elle suppose également de distinguer la maladie professionnelle de l'accident de service, leurs conditions juridiques de reconnaissance n'étant pas identiques.
07 — Passer à l'action
Comment sécuriser concrètement les dossiers de maladie professionnelle ?
Pour les directions des ressources humaines territoriales, cette jurisprudence appelle une méthode d'instruction structurée et traçable.
1. Qualifier la situation statutaire. Vérifier le statut de l'agent, la date pertinente et les dispositions applicables.
2. Identifier la nature de la déclaration. Distinguer accident de service, maladie figurant dans un tableau et maladie hors tableau.
3.Vérifier les pièces justificatives. Examiner la déclaration, les certificats et les éléments administratifs utiles.
4. Organiser les consultations nécessaires. Respecter les compétences du conseil médical et les procédures réglementaires applicables.
5.Apprécier les conditions spécifiques. Pour une maladie hors tableau, vérifier le lien essentiellement et directement causal et le seuil d'incapacité réglementaire.
6. Sécuriser la décision. Vérifier sa base légale, les garanties procédurales, sa motivation lorsqu'elle est requise, et les modalités de notification.
7.Préserver la confidentialité. Limiter l'accès aux informations de santé aux personnes et organismes habilités.
8. Assurer le suivi. Tracer les étapes de l'instruction, les échéances et les conséquences statutaires de la décision.
Le refus juridique de reconnaissance d'une maladie professionnelle ne dispense pas l'employeur de prendre au sérieux les alertes relatives aux risques psychosociaux.
Une pathologie qui ne remplit pas les conditions d'imputabilité au service peut néanmoins révéler des difficultés organisationnelles nécessitant une évaluation et, le cas échéant, des mesures de prévention.
08 — Analyse NAUDRH.COM
Notre analyse : une décision juridiquement rigoureuse qui impose de la méthode
La portée de cet arrêt ne doit pas être résumée à l'idée qu'une maladie psychique ne serait pas suffisamment grave pour être reconnue comme professionnelle.
Ce n'est pas ce que juge la cour.
Les juges rappellent que la reconnaissance d'une maladie hors tableau obéit à des conditions légales dont l'administration doit vérifier le respect.
Cette jurisprudence confirme ainsi une exigence pour les responsables RH : ne pas confondre l'évaluation d'une situation humaine et la qualification juridique de cette situation.
L'employeur territorial doit être capable de conduire simultanément une instruction administrative rigoureuse, une évaluation adaptée des risques professionnels et un accompagnement respectueux de l'agent.
La sécurité juridique n'est pas incompatible avec une politique de prévention ambitieuse. Elle en constitue l'un des fondements.
La question à se poser avant toute décision
Le dossier permet-il réellement de démontrer, sur le fondement des textes applicables, que toutes les conditions de reconnaissance de l'imputabilité au service sont réunies ou, à l'inverse, qu'une condition fait défaut ?
Bibliothèque professionnelle NAUDRH.COM
Votre dossier RH ne s'arrête pas ici
Une décision sur l'imputabilité au service soulève souvent d'autres difficultés : apprécier le lien avec le travail, construire un dossier probant et mesurer les conséquences d'un placement en CITIS.
Pour approfondir ces trois questions, retrouvez les analyses complémentaires de NAUDRH.COM organisées par problèmes professionnels.
PROBLÈME RH N° 1 — QUALIFIER LA MALADIE
Comment distinguer les difficultés relationnelles, les facteurs personnels et les conditions de travail dans l'appréciation de l'imputabilité ?
Cette analyse permet d'approfondir la question du lien de causalité et de l'importance des expertises médicales.
PROBLÈME RH N° 2 — CONSTITUER LES PREUVES
Quels éléments permettent d'établir le rôle des conditions de travail dans l'apparition d'un burn-out ?
Cette jurisprudence concernant une agente territoriale met en lumière l'importance de la surcharge de travail, des alertes, du contexte organisationnel et des éléments médicaux concordants.
PROBLÈME RH N° 3 — SÉCURISER LA DÉCISION
Quelle différence entre un CITIS accordé à titre provisoire et une décision définitive reconnaissant l'imputabilité ?
Cet article examine les conséquences juridiques des décisions de placement en CITIS, notamment leur caractère créateur de droits et les possibilités de retrait.
Le parcours conseillé : qualification juridique → constitution du dossier → sécurisation de la décision administrative.
EXPERTISE ET VEILLE JURIDIQUE RH FPT
Une jurisprudence peut changer la sécurité de vos décisions RH.
Reconnaissance d'une maladie professionnelle, gestion du CITIS, procédures statutaires, risques contentieux : les employeurs territoriaux doivent disposer d'une information juridique fiable, actualisée et directement exploitable.
NAUDRH.COM accompagne les collectivités territoriales dans leur veille juridique RH et la sécurisation de leurs pratiques de gestion.
Veille juridique RH FPT 24 h/24 et 7 j/7
10 — Documentation juridique
Références juridiques
CAA Toulouse, 2e chambre, 10 septembre 2026, n° 24TL02217, inédit au recueil Lebon.
Code général de la fonction publique, notamment article L. 822-20.
Décret n° 87-602 du 30 juillet 1987, relatif notamment aux congés de maladie des fonctionnaires territoriaux.
Article L. 461-1 du Code de la sécurité sociale, concernant les maladies d'origine professionnelle.
Article R. 461-8 du Code de la sécurité sociale, relatif au seuil réglementaire d'incapacité.
Note méthodologique : la décision analysée concerne la fonction publique de l'État. Les conséquences pratiques évoquées pour la fonction publique territoriale constituent une analyse de transposition, sous réserve des dispositions statutaires et réglementaires effectivement applicables.
/image%2F1484234%2F20211218%2Fob_af407f_image-1484234-20200908-ob-787123-banni.png)
/image%2F1484234%2F20210131%2Fob_9b4fbf_unnamed-4.png)

/image%2F1484234%2F20261101%2Fob_fc049e_image-1484234-20240630-ob-da3f1b-malad.jpg)
/image%2F1484234%2F20200908%2Fob_a29e39_iconenewsletter.gif)
